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le Lun 16 Nov - 21:05


Fatwas de savants contemporains sur les attentats-suicides

(Partie 1)


Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî


Voici l’opinion des plus grands érudits de l’époque sur les attentats-suicide en vogue.


• Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz


Question : a-t-on le droit de se faire exploser pour tuer un grand nombre de juifs ?


En réponse : selon moi, et je l’ai signalé plus d’une fois, il n’est pas pertinent de se donner la mort, ce qui est le cas ici, conformément au Verset : [Ne vous tuez pas].[1] Dans ce registre, le Prophète (r) affirme : « La chose avec laquelle on se donne la mort sert de châtiment jusqu’au Jour de la résurrection. »[2]


Il vaut mieux dans un premier temps leur prêcher l’Islam, et si le djihâd est proclamé, on peut toujours rejoindre les armées musulmanes et mourir au combat, qu’Allah soit loué. En revanche, les attentats-suicide sont inadmissibles et condamnables. Il est interdit de se donner volontairement la mort, mais il est possible de mourir les armes à la main aux côtés de ses frères, si l’occasion se présente réellement. Les actions perpétrées par nos frères Palestiniens sont inadmissibles. Ils feraient mieux, et c’est même un devoir, de se pencher sur la prédication, l’orientation, l’enseignement et le bon conseil, sans n’avoir recours à ce genre de violence.[3]


• Mohammed Nâsir e-dîn el Albânî


Question : certains groupes islamiques revendiquent le « djihâd isolé » en s’appuyant sur l’action du Compagnon Abû Basîr. Ils perpétuent ce qui est communément connu sous le nom d’opération-martyre, et ce que j’appelle opération-suicide. Quelle est la légitimité de ses opérations en regard de la religion ?


En réponse : depuis combien de temps… ?

Depuis quatre ans !
Que connaissent-ils le succès ou bien l’échec ?
L’échec.
C’est à leur fruit qu’on les reconnait.[4]


• Sheïkh Mohammed ibn Sâlih el ‘Uthaïmîn :


Question : vous êtes au courant – qu’Allah vous garde – de l’action des moudjahidines de mercredi dernier et ayant fait vingt morts et une cinquante de blessés du côté juif. Un moudjahid s’était entouré d’une ceinture explosive qu’il déclencha à l’intérieur d’une salle des fêtes dans laquelle il avait réussi à pénétrer. Les raisons de son action sont :

Primo : il savait très bien que tôt ou tard il allait se faire tuer, car les juifs planifient le meurtre des jeunes palestiniens musulmans.

Secundo : les moudjahidines ont organisé des représailles au massacre d’Hébron qui fit de nombreuses victimes dans la mosquée d’Ibrahim.

Tercio : ils ont conscience que les Juifs et les chrétiens mettent tout en œuvre pour éradiquer l’esprit de djihad en Palestine.


La question est la suivante : cette action est-elle une forme de suicide ou une forme de djihâd ? Quels conseils pouvez-vous donner à cette occasion, car nous savons pertinemment qu’elle est condamnable, mais nous aimerions faire passer le message à nos frères sur place, qu’Allah vous accorde le succès !


En réponse : ce jeune homme s’est vêtu d’une ceinture qui a d’abord causé la mort à lui-même avant de la semer à autrui. Il va sans dire qu’il est responsable de sa propre perte. Son action est donc condamnable, sauf si elle avait récolté un avantage de taille en faveur des musulmans. Le fait est que le meurtre de civils ne rapporte aucun avantage. Ces civils ne représentent pas l’autorité juive, et leur mort reste sans conséquence. S’il y avait eu un vrai intérêt, elle aurait pris toute sa légitimité.


Ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – parle explicitement de cette question. Il donne l’exemple de l’enfant qui vivait au milieu d’un peuple gouverné par un païen infidèle. Ce roi employa, en vain, tous les moyens possibles pour se débarrasser de l’enfant, dont le seul crime avait été de croire en Dieu. Une fois, il voulut le faire jeter dans le vide du haut d’une montagne, et une autre fois, il voulut le faire périr par les eaux en pleine mer. Allah fit avorter les deux tentatives en le sauvant des mains de ses bourreaux. Le roi en fut consterné. Un jour, l’enfant lui confia : « Veux-tu vraiment me tuer ?

Oui, toutes ces tentatives n’étaient qu’en vue de te tuer !
Fais réunir tes sujets sur une grande place... Ensuite, prends une flèche de mon carquois et arme ton arc. Après cela, prononce : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. À cette époque, ils utilisaient la formule : au nom du Roi…


Le roi suivit les instructions à la lettre, et devant une foule rassemblée sur une grande place, il prit une flèche du carquois de l’enfant qu’il avait crucifié sur un tronc, et arma son arc, avant de prononcer : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. La flèche partit et atteignit l’enfant qui rendit l’âme. La foule fut subjuguée devant la scène et s’écria d’une seule voix : « Le vrai Seigneur est Celui de l’enfant ! Le vrai Seigneur est Celui de l’enfant ! »


Ils remirent en question les pouvoirs de ce gouverneur païen. Ils surent qu’il mit, en vain, tout en œuvre pour enlever la vie au garçon. Il lui suffit, pour arriver à ses fins, d’une seule parole qui était : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. C’était la preuve indéniable qu’Allah gérait l’ordre des choses.


Sheïkh el Islâm explique donc que ce sacrifice engendra un bien immense pour la religion, si l’on sait que l’enfant est à l’origine de sa propre mort. En regard des bénéfices récoltés, la cause en valait la peine ; un peuple entier se convertit. Si quelqu’un est assuré d’apporter les mêmes fruits, qu’il fasse triompher l’Islam aux dépens de sa vie.


En revanche, éliminer dix ou vingt personnes ne résout absolument rien. Un tel sacrifice est insignifiant. Il est même purement et simplement interdit. Surtout que les juifs risquent, en guise de représailles, d’exécuter des centaines de personnes.


Quoi qu’il en soit, il incombe d’aborder ce genre de questions avec intelligence et réflexion. Nous devons peser les conséquences de nos actes et opter pour le choix qui offre le plus gros avantage et le moins d’inconvénients possible. C’est à ce moment-là que nous devons évaluer avec précision chacune des hypothèses soulevées.


•••


On lui posa également la question : quelqu’un s’interroge au sujet des opérations de djihâd effectuées sous forme d’attentat-suicide. Par exemple, cela consiste à foncer sur une cible ennemie dans une voiture chargée d’explosifs en sachant qu’inévitablement, on n’en sortira pas vivant.


En réponse : selon moi, c’est une forme de suicide passible des pires châtiments dans l’enfer de la Géhenne, comme le stipule un hadîth authentique. Néanmoins, il est possible que le coupable ignore la chose, et qu’il soit motivé par de bonnes intentions en quête de l’Agrément d’Allah. Le Très-Haut peut lui pardonner pour son effort d’interprétation ; c’est, en tout cas, tout ce que nous lui souhaitons. Je reste, malgré tout, circonspect, car, de nos jours, tout le monde sait que ce genre de suicides est interdit. En cela, je ne lui offre aucune circonstance atténuante. Il lui aurait suffit d’interroger les savants sur la chose, afin de dissiper son ignorance, et de distinguer entre le bon et le mauvais chemin.


Comment peut-on se donner la mort quand on connait l’interdiction dictée par le Verset : [Ne vous tuez pas ; Allah était certes Tout-Miséricordieux envers vous][5] ! Quoi que beaucoup de candidats aux attentats-suicides aient pour seule motivation la vengeance qu’ils réclament par n’importe quels moyens, qu’ils soient légitimes ou non.[6] L’essentiel, pour eux, est d’apaiser leur colère.


Qu’Allah nous ouvre les yeux sur les lois de notre religion et qu’Il nous oriente vers les œuvres qu’Il agrée ! Il est certes capable de toute chose ![7]


• Le grand Muftî d’Arabie Saoudite Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Mohammed Âl e-Sheïkh :


Question : des citoyens de pays musulmans en guerre ou sous occupation d’une puissance étrangère se lancent dans des opérations-suicides contre l’envahisseur. Le candidat provoque sa mort et fait plusieurs victimes du côté ennemi. Parfois, ce sont des civils locaux et étrangers qui subissent les frais de ces attentats. Selon leurs auteurs, c’est une forme de djihâd parmi tant d’autres, et qui offre tout autant le martyre. Quel est l’avis de son Éminence sur ce genre d’action ?


En réponse : le djihâd sur le sentier d’Allah est l’une des œuvres les plus pieuses qui soient. De nombreux textes du Coran et de la sunna l’enjoignent, l’encouragent et vantent ses vertus. Ils sont tellement nombreux que, selon certains savants, il faudrait, pour tous les recenser, y consacrer un tome entier.


• Nous avons notamment le hadîth : « Partir le matin ou revenir le soir sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses. »[8]


• Selon Abî ‘Abs el Hârithî (t), j’ai entendu dire le Prophète (r) : « Allah interdit à l’Enfer les deux pieds qui ont foulé la poussière sur son sentier. »[9]


• Selon ibn Abî Awfâ, le Messager d’Allah (r) a dit : « Sachez que le Paradis est à l’ombre des épées. »[10]


• D’après el Bukhârî et Muslim, selon Sahl ibn Sahd, le Messager d’Allah (r) affirme également : « Faire la sentinelle sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses ; la place du fouet de l’un d’entre vous au Paradis vaut mieux que la terre et toutes ses richesses ; partir le matin ou revenir le soir sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses. »[11]


Par ailleurs, de nombreux Versets imposent le djihâd, dont : [Ô Prophète, combat les infidèles et les hypocrites, et sois dur avec eux ; ils auront pour demeure la Géhenne, une bien mauvaise destinée !][12] ; [Partez au combat, que vous soyez lourds ou légers, et engagez vos biens et vos personnes sur le sentier d’Allah ; cela vaut mieux pour vous, si vous en aviez vraiment conscience].[13]


Le Coran va jusqu’à privilégier les moudjahiddines aux autres croyants : [Les croyants qui sont restés chez eux sans souffrir d’aucun handicap ne sont pas comparables à ceux qui engagent sur le sentier d’Allah leurs biens et leurs personnes ; Allah donne la préférence à ceux qui engagent sur le sentier d’Allah leurs biens et leurs personnes sur les autres ; s’Il a promis une belle récompense à tous, les combattants seront largement favorisés sur les croyants restés chez eux • Il les élève en degré et leur accorde pardon et miséricorde, Il était certes Absoluteur et Tout-Miséricordieux],[14] etc.


Autant d’attention démontre que le djihâd rapporte des avantages énormes pour la religion, mais aussi pour la vie profane. D’un point de vue religieux, il contribue à élever, à faire triompher, et à répandre la Parole d’Allah sur terre, conformément aux injonctions divines. En même temps, il veille à la défense de la religion et de ses adeptes contre toute menace extérieure. Il protège les frontières, les richesses et les personnes.


Les savants disent que le djihâd relève de l’obligation individuelle et incombe à tout musulman ayant toutes ses capacités dans trois situations :


Primo : quand les armées musulmanes engagent les hostilités contre l’ennemi, il incombe à tous les soldats d’y participer, conformément au Verset : [Ô Croyants, quand vous faites face à l’ennemi, répondez présent, et multipliez l’évocation d’Allah ; ainsi dépend votre succès][15] ; [Ô Croyants, quand vous êtes face à une armée d’infidèles, ne lui tournez pas le dos].[16] Par ailleurs, le Prophète (r) compte parmi les sept péchés « capitaux » le fait de fuir le champ de bataille.


Secundo : quand l’ennemi est aux portes du pays, il incombe à tous les habitants de défendre ses frontières.


Tercio : quand le Chef des armées lance un appel au combat, il n’incombe à aucun appelé de se désister : [Ô Croyants, quand vous entendez l’appel à la guerre sur le sentier d’Allah, qu’avez-vous à restez clouer sur vos terres ?][17] Un hadîth nous apprend également : « Quand on vous appelle à la guerre, répondez présent ! »[18]


Le djihâd doit être mu par une intention sincère à Dieu, et être conforme au Coran et à la sunna, au même titre que n’importe quel acte d’adoration.


Il incombe notamment de se placer sous l’étendard et l’autorité du gouverneur musulman en place. L’armée doit suffisamment être équipée en hommes et en matériels militaires. La phase de préparation des forces est indispensable, en mettant l’accent sur la préparation spirituelle qui passe notamment par la réforme du crédo et des pratiques religieuses, etc.


Enfin, pour répondre à la question qui touche à l’action connue sous le nom d’attentat-suicide, je ne lui vois aucune légitimité en regard de la religion, et je ne la considère pas comme un djihâd. Il faudrait plus la mettre au compte du suicide. Alors, certes, la religion nous encourage, voire nous impose de décimer l’ennemi, mais elle nous ordonne également de passer par des moyens légaux.[19]


Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/



[1] Les femmes ; 29

[2] Rapporté par el Bukhârî (6047) et Muslim (176).

[3] Voir : el fatâwâ e-shar’iya fî el qadhâya el ‘asriya du Sheïkh Mohammed ibn Fahd el Husaïn (p. 166).

[4] Voir : e-salafiyûn wa qadhiya Filistîn du Sheïkh et ami Mashhûr Âl Salmân (p. 62).

[5] Les femmes ; 29

[6] Il décrit malheureusement la situation de la plupart des groupes sanguinaires, wa Allah el musta’ân !

[7] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 170).

[8] Rapporté par el Bukhârî (2792) et Muslim (4907).

[9] Rapporté par el Bukhârî (907).

[10] Rapporté par el Bukhârî (2818) et Muslim (4563).

[11] Rapporté par el Bukhârî (2792) et Muslim (4907).

[12] Le repentir ; 73

[13] Le repentir ; 41

[14] Les femmes ; 95-96

[15] Le butin ; 45

[16] Le butin ; 15

[17] Le repentir ; 38

[18] Rapporté par el Bukhârî (2783) et Muslim (3281).

[19] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 166).
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default Re: Fatwas de savants contemporains sur les attentats-suicides

le Mar 17 Nov - 19:31
Fatwas de savants contemporains sur les attentats-suicides

(Partie 2)


Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî


• Sheïkh Sâlih el Fawzân membre de l’Ordre des grands savants d’Arabie Saoudite :


Question : les opérations-suicides sont-elles légitimes ? Si oui, quelle est la condition pour y avoir recours ?


En réponse : Allah (Y) révèle : [Ne vous tuez pas ; Allah était certes Tout-Miséricordieux envers vous • Celui qui tue par animosité et injustice, Nous le jetterons bientôt en Enfer, et, c’est pour Allah chose aisée].[1] Cette menace est valable pour le meurtre, mais aussi pour le suicide. L’homme doit veiller à se maintenir en vie, mais cela ne remet pas en question d’être, au péril de sa vie, au rendez-vous sur le champ de bataille, pour plaire à Dieu et gagner éventuellement le martyre. En revanche, il n’est pas permis de se donner volontairement la mort.


À l’époque du Prophète (r), un homme particulièrement courageux, combattait dans les rangs des musulmans avec une telle ardeur qu’après la bataille, ses frères d’armes le couvrirent d’éloges : « Personne n’a pu rivaliser avec lui aujourd’hui, lancèrent-ils avec admiration !

Pourtant, il compte parmi les habitants de l’Enfer, rétorqua l’Ami d’Allah ! »[2]


Il fit cette déclaration prémonitoire qui perturba plus d’un Compagnon. Tous les regards étaient tournés vers ce guerrier, qui pourchassait jusqu’à la mort tous les adversaires qui avaient le malheur de lui tomber sous la main. Pourtant, il était promis à l’Enfer. [Soucieux de dissiper cette énigme,] un homme de l’assemblée le surveilla tout au long des combats, jusqu’au moment où il fut grièvement blessé. [Pour soulager ses douleurs,] il anticipa sa mort. Il intercala son épée entre lui et le sol avec la lame pointée sur sa poitrine. Puis, il lâcha tout son poids dessus et, le dos transpercé, succomba raide mort.


Le témoin de la scène retourna vers le Prophète (r), et lui confia : « J’atteste que tu es vraiment le Messager d’Allah ! » Il s’était réellement rendu compte qu’il ne parlait pas sous l’effet des passions ; l’homme en question se condamna à l’Enfer, car, il mit fin à ses souffrances qui lui étaient devenues insoutenables. Le suicide est donc sévèrement condamnable ![3]


•••


On lui posa également la question : est-ce que les attentats et les opérations-suicides sont considérés comme des moyens de prédication ?


En réponse : ce sont les auteurs de ses actions qui ont besoin qu’on leur fasse la prédication, et qu’on les appelle au Coran et à la sunna, non le contraire ! Comment peuvent-ils ramener les gens sur le bon chemin en semant la destruction et la désolation ? Ils les font plutôt fuir qu’Allah nous préserve, et ils ne construisent rien !


Est-ce que le Prophète (r), entourés de ses nouveaux Compagnons, causait des dégâts à La Mecque ? Était-ce vraiment ce qu’il revendiquait ? Bien sûr que non ! Il avait recours à la sagesse et à la bonne parole ; il sollicitait le soutien et l’aide de ses contemporains, mais jamais il ne les entraina dans des actes de vandalisme. Il avait conscience que cela leur retomberait sur le nez, et que les musulmans seraient les premières victimes de représailles éventuelles, à la grande joie de leurs ennemis. Les attentats-suicides, qui sont strictement interdits par la religion, représentent un moyen d’appeler à Satan, non à l’Islam. Ils mènent droit en Enfer.


Allah (I) révèle : [Nous avons fait d’eux des modèles qui appellent au feu][4] ; [Eux vous appellent à l’Enfer, tandis qu’Allah vous invite au Paradis].[5] Ainsi, la prédication peut emmener en Enfer, qu’Allah nous en préserve, quand on entraine les hommes sur les sentiers de la perdition. Le Prophète (r) met en garde : « … Et celui qui appelle à l’égarement portera le fardeau de son péché et celui de ceux qui l’auront suivi sans que le leur ne soit diminué en rien. »[6]


Ainsi, il est tout à fait possible d’appeler à l’égarement, et pas forcément à la vérité ![7]


•••


Ailleurs, il renchérit en parlant du djihâd : « En revanche, s’il est guidé par des tares comme l’anarchie, l’ignorance, et le manque de clairvoyance, il n’engendre que la désillusion pour la nation. Ce genre de mésaventure coûte très cher aux musulmans exposés aux terribles représailles d’un ennemi bien plus puissant, et qui fait régner la mort, la déportation et la dévastation, wa lâ hawlâ wa lâ quwwata illâ bi Allah (Rien ne peut être accompli ni changé sans Sa Volonté ndt. !). Ils donnent le nom de djihâd à leurs frasques, qui ni ne remplissent les conditions ni ne regroupent tous ses éléments fondamentaux pour acquérir une quelconque légitimité. Nous avons plus à faire à des agressions fortement condamnées par l’Islam. »[8]


• Sheïkh Sâlih e-Luhaïdân membre de l’Ordre des grands savants d’Arabie Saoudite :


Ce dernier fut interrogé aux sujets de l’attentat-suicide du 11/3/1423 h. perpétrés à Riad.


Voici quelle fut en partie sa réponse : il va sans dire que cet évènement est malheureux. Il est d’autant plus triste que le fautif soit un enfant du pays…. Je sais en connaissance de cause que certaines actions entrainèrent la mort de leurs exécutants, ce qui, en soi, est une forme de suicide…[9]


• Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Râjihî


Question : que pensez-vous des opérations-martyres en vogue aujourd’hui ?


En réponse : j’ai déjà répondu à la question lors d’une série de conférences annuelle donnée à la grande mosquée d’ibn Taïmiya. La même question me fut posée en direct sur internet. Je disais à l’époque, en m’appuyant sur les textes, que de telles actions étaient illégales. Elles ne sont nullement comparables au duel entre deux factions ennemies ni à l’histoire où un homme fonça seul sur les armées romaines. Les pro-attentats-suicides prétendent que c’est du même ordre, et nous, nous disons non pour les raisons suivantes :


Primo : les actions dites opérations-martyres n’ont pas lieu sur le champ de bataille, contre une faction armée, mais contre des civils pris à l’improviste. Ces derniers sont la cible d’un candidat qui se fait sauter au milieu d’eux. En revanche, tous les textes sur le sujet parlent d’un affrontement entre deux armées et au cours desquels un homme fonce seul sur les rangs des infidèles.[10]


Secundo : le volontaire qui fond sur l’armée ennemie ne se donne pas la mort, et il a même des chances, aussi minces soient-elles, de s’en tirer vivant. À l’inverse, le candidat à un attentat suicide, se donne volontairement la mort par explosion.


Tercio : un hadîth certifié notamment par el Bukhârî dans son recueil e-sahîh, retrace l’histoire de ‘Âmir ibn el Aqwa’ (t) aux prises avec un juif à la bataille de Khaïbar. Lors du duel, il retourna malencontreusement son épée contre sa jambe, qu’il toucha grièvement. Peu après, il succomba à ses blessures. Certains Compagnons pensaient qu’il avait rendu vains ses efforts sur le chemin de la guerre en compagnie de l’Élu (r). Ce dernier rejoignit son frère Salama ibn el Aqwa’ qu’il trouva abattu par la tristesse. Salama voulut, malgré tout, confirmer la rumeur, et s’enquit : « Messager d’Allah, certains disent que ‘Âmir a annulé son djihâd !

C’est un mensonge ! C’était un grand moudjahid, et peu d’Arabes peuvent se vanter d’avoir sa bravoure ! »[11]


Cette affaire perturba certains Compagnons qui voyaient en cet accident, pourtant involontaire, une forme de suicide. Ils en conclurent que son djihâd n’avait plus aucune valeur. Les attentats-suicide sont à fortiori plus contestables. Je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre.

L’accident qui déboucha sur la mort de ‘Âmir lors d’un duel avec un juif fut interprété par certains Compagnons comme un suicide. La conclusion qu’ils en tirèrent était sans appel : son djihâd n’avait plus, à leurs yeux, aucune valeur. Le Prophète (r) certes rectifia cette vision des faits, mais il n’en demeurait pas moins que la chose posa problème dans les rangs des premiers musulmans. Pourtant, l’homme qui suscita ces interrogations fut victime d’un accident sur le champ de bataille, et il ne se fit pas exploser la taille. Qu’auraient-ils pensé alors s’il avait, comme ceux d’aujourd’hui, perpétré un attentat-suicide ?


•••


On lui posa également la question – qu’Allah le garde – : les opérations-martyres perpétrées en Palestine ou ailleurs soulèvent de nombreuses controverses ces derniers temps. Sont-elles légitimes, qu’Allah vous récompense ?


En réponse : au sujet de ces actions, j’ai entendu de la bouche de son Éminence Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz – qu’Allah lui fasse miséricorde – une fatwâ les considérant comme une forme de suicide. Il disait, en substance qu’il était interdit de s’entourer d’une ceinture d’explosifs pour se faire sauter au milieu d’une cible. Cela représente, en effet, un meurtre et un suicide. Plusieurs ouvrages cherchent à leur donner du crédit en les comparant à des situations de guerre de la première époque, quand certains Compagnons par exemple se jetaient seuls sur les troupes ennemies. Une annale dépeint le geste héroïque de l’un d’entre eux, qui ouvrit une forteresse de l’intérieur en bravant tous les dangers.


Or, cette analogie n’est pas évidente ; on ne doit pas comparer l’incomparable. Les récits héroïques de l’âge d’or se déroulaient dans un contexte de guerre où les musulmans faisaient face à une armée hostile. En revanche, d’une part, les opérations-martyres se passent loin du théâtre d’opérations militaires. D’autre part, nous devons distinguer entre s’exposer aux périls sans provoquer son autodestruction, et se donner volontairement la mort avec du matériel conçu à cet effet, et qu’on déclenche de son propre chef…


Il est donc inadmissible de se tuer avec des explosifs, car c’est clairement un suicide. J’ai eu sous les yeux quelques écrits sur le sujet, et il m’est apparu qu’ils utilisent des textes au mauvais endroit pour justifier ces actions, en comparant l’incomparable.[12]


•••



Le lecteur peut comparer entre ces fatwâs scientifiques et celles d’un homme qui, tout au long de sa vie, est passé maitre dans l’art de la démagogie. Sheïkh Mashhûr Âl Salmân dévoile : « l’Ustâdh el Qardâwî émit une fatwâ enflammée, qui usait avec ardeur d’un langage juvénile pour justifier ces opérations, et décrier l’opinion contraire.[13] Cependant, plus récemment, il condamna fermement les attentats qui ont ravagé les États-Unis, en regard des inconvénients qu’ils engendrent, selon ses propres dires. Alors, réfléchissons, et ne soyons pas naïfs ! »[14]


Oui, ces fatwas empruntées de zèle et jouant sur la corde émotionnelle sont vides de tout argument scientifique et elles ne respectent aucune logique : elles s’opposent tant à la foi basée sur des textes authentiques qu’à la raison saine. Elles sont le responsable numéro un qui entraine une certaine jeunesse en manque de maturité vers des horizons aussi ténébreux qu’irréversibles.


Traduit par : Karim Zentici

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[1] Les femmes ; 29-30

[2] Rapporté par el Bukhârî (2742).

[3] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 173).

[4] Les récits ; 41

[5] La vache ; 221

[6] Rapporté par Muslim (6901).

[7] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 53).

[8] El djihâd : anwâ’uhu wa ahkâmuhu (p. 24).

[9] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 57).

[10] Le Sheïkh dit : « tous les textes sur le sujet parlent d’un affrontement entre deux armées… » Ce détail est d’une extrême importance, comme le souligne ibn Qudâma l’auteur des paroles : « Les mécréants peuvent se servir d’un musulman comme bouclier dans une situation où il n’y a aucun intérêt à le prendre pour cible, si, par exemple, nous ne sommes pas en temps de guerre, ou qu’il soit possible d’en découdre avec eux sans le toucher, ou encore qu’ils ne représentent pas un véritable danger ; dans ces cas de figure, il est interdit de risquer la vie de l’otage… Selon el Qâdhî et Shâfi’î, il est permis de les prendre pour cible en temps de guerre, car y renoncer reviendrait à déserter le djihâd. » [El mughnî (9/231)].

Pour sa part, e-Nawawî explique : « Les savants sont tous d’accord pour dire qu’il n’est pas permis dans ce cas de les prendre pour cible en dehors des temps de guerre. » [El majmû’ (9/231)].

La question qui se pose d’elle-même : ses actions sont-elles aujourd’hui perpétrées dans un contexte de guerre ou bien par surprise et par traitrise ? Wa Allah el musta’ân !

[11] Rapporté par el Bukhârî (2742).

[12] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 174).

[13] Voir : la revue koweïtienne el mujtama’ (nº 1201 du 19/03/1996 Apr. J.-C. p. 50-51), la revue Filistîn el muslima (nº 9 de septembre 1996 Apr. J.-C.).

[14] Voir : e-salafiyûn wa qadhiya Filistîn de Mashhûr Âl Salmân (p. 67 en bas de note).
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