Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi

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Message par Citizenkan le Dim 27 Nov - 22:38

[size=32]Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi[/size]
(Partie 1)

Sufiân ibn ‘Uaïyna : « Tout individu qui néglige un élément de la foi parce qu’il le renie, est un mécréant, à nos yeux, mais s’il le néglige par fainéantise ou distraction, il n’est qu’un négligeant qui mérite notre punition. [El ibâna el kubrâ d’ibn Batta (h n° 414).][url=#_ftn1][1][/url]

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Suite à la réponse d’Ibrâhim e-Ruhaïlî au D. ‘Isâm Sinânî dont j’ai posté le lien,[url=#_ftn2][2][/url] un intervenant m’a fait part d’une remarque intéressante sur laquelle j’aimerais discuter, et que voici :

cheykh a ruheyli explique longuement au début de l’audio que la définition de el imane chez les gens de la sunna (croyance dans le coeur, parole par la langue et action par les membres) est celle de el imane el kamel et non de Asl el imane. 
ce qui est étonnant, c’est qu’a aucun moment il ne donnera la définition de ASL el imane qui est forcement différente dans ce cas pour lui !
le discours quand à lui montre clairement que la définition de Asl el imane sera débarrassé du 3é pilier qui est el 3amal (l’action des membres) !
Par conséquent, il y a un silence sur une définition de Asl el imane qui ne pourrait pas être assumé textuellement en disant quelle n’est faite que de 2 piliers et non 3 !
il va d’ailleurs anticiper ce problème sans le citer en récupérant l’action de la langue et en en faisant une action des membres tout comme certains le faisaient avec les actions du coeur.
de cette manière, il pense combler le vide laissé dans sa définition de la base de la foie par l’absence total d’action des membres …
tout le discours est orienté pour justifié ce vice non cité puisqu’il amènera ensuite le discours vers un sujet pourtant de fiqh qui est la divergence sur le jugement de celui qui abandonne l’un des 4 piliers. Or, il reprochera lui même par la suite de mélanger le chapitre propre selon lui au fiqh ( le takfir) a celui de la foie. il est vrai que ce sont 2 chapitres différents mais on ne peut nier le lien qui les unis. d’ailleurs, l’approche de cheykh a ruheyli est beaucoup plus discutable que celle de cheykh issam a sunnani.
en effet, il récupère la divergence sur chacun des 4 piliers pour justifier que l’abandon de toute les actions dans l’entièreté sont sujet à divergence dans l’établissement de la foie.
Or cette définition est valable pour les 3 niveaux de la foie 
nous dirons donc que Asl el imane tout comme el imane el wajib ainsi que el imane el moutlaq se définissent par : « croyance dans le coeur, parole par la langue et action par les membres » à la différence que les actions apparentes des membres entrant dans chacun de ces 3 niveaux diffères.


  1. dans le 1er se trouvera ce dont le délaissement est une mécréance et l’abandon de ce qui fait sortir de l’islam
  2. dans le second les obligations et le délaissement des interdits
  3. dans le derniers les actes surérogatoires et le délaissements des détestables


bien entendu, tout ceci est dit au milieu de beaucoup d’informations qui elle, est juste et même parfois pertinente. en gros ce débat renvoie exactement à celui plus connu sous le nom de Chart kamal et qui a fait l’objet de beaucoup de divergence entre gens de la sunna.
bien entendu, je ne juge pas l’avis que je ne partage pas comme étant celui de murji sortant définitivement de la sunna mais il en reste pas moins a mon sens une erreur car elle attribut une defiition de la foie (dans ce cas asl el imane) amputée de l’un de ses piliers

Puis, le frère en question – qu’Allah le garde – a précisé :

Un petit détail omis dans intervention et qu'il contredit la regle qu'il a LUI même cité à savoir qu'une définition doit être englobante de tt ce qu'elle défini LUI la cité pour dire qu'elle doit englober la plus large à savoir El imane El moutlaq alors qu'il serait plus juste qu'elle doit pouvoir s'appliquer au 3 indépendamment

Et quand je lui ai demandé plus d’explications, il a ajouté :

Je veux dire comme à la fin de l'écris qu'elle doit pouvoir être appliqué tant à asl El imane qu'à El imane El wajib ou à El imane El kamal pour répondre à la regle d'une définition chez les ousouliyins À savoir qu'elle doit être englobante
Or LUI cité la regle pour dire qu'elle doit être La Définition de la plus large  C'est à dire El imane El kamil qui englobe les 2 autres 
Ce n'est pas ce que je connais de la parole des ousouliyins sur cela Wa lahou Alem

En réponse :

• Comme souvent, les divergences entre traditionalistes portent plus sur la forme que sur le fond.[url=#_ftn3][3][/url] Quand Sinânî fait allusion à jins el ‘amal (l’ensemble des actes), quoi qu’il valorise indirectement sa position sur l’abandon de la prière,[url=#_ftn4][4][/url] le discours du D. Ibrâhim s’oriente plus vers ahad el ‘amal (l’acte en tant qu’unité), bien qu’il rechigne à ce genre de classification, par soucis de fidélité au vocabulaire des anciens et aux analyses pointues d’ibn Taïmiya. Fort de sa dirâya (esprit d’analyse) aigue, il n’a pas échappé à l’accusation notoire de murjite, ce qui, selon moi, est un compliment :

Si le détail dans le takfir est de l'irja
Alors sachez que je suis le roi des murjites !

Bi famika adîn !
La vérité sort de la bouche des… détracteurs !
Wa el insân ‘aduwwun li mâ yajhaluhu ! Qui ignore haït…

• Il est vrai que l’approche de Sheïkh Ruhaïlî peut sembler obscure. Il en avait déjà donné une ébauche lors de la réfutation dans laquelle il fustigeait ‘Abd e-Latîf Bâshmîl, un fervent détracteur de l’Albânî. En substance, il y mettait en lumière la classification des actes en deux catégories ; ceux qui permettent de parfaire la foi imposée (kamâl el imân et wâjib) et ceux qui permettent de parfaire la foi recommandée (kamâl el imân el mustahab). Il établit également que la prière, l’aumône, le jeûne et le pèlerinage, qui font partie des piliers de l’Islam, intègrent les branches pratiques de la foi (shu’ab el imân el ‘amaliya). ne pas considérer mécréant (kaffar) celui qui délaisse (tark) les actes n’implique nullement que les actes ne fassent pas partie intégrante de la foi.

À l’unanimité des traditionalistes, en fournissant la croyance et les quatre piliers de l’Islam, et en délaissant les autres branches pratiques de la foi tout en les reconnaissant avec le cœur, cela n’implique pas nécessairement de perdre l’essence de la foi (asl el imân). On perd uniquement la foi parfaite imposée (kamâl el imân et wâjib), à la différence des murjites pour qui elle reste parfaite ; et des kharijites qui kaffar les auteurs des grands péchés.[url=#_ftn5][5][/url]

Concernant les quatre piliers de l’Islam, les savants divergent sur le takfîr de celui qui délaisse l’un d’entre eux tout en reconnaissant leur aspect obligatoire.[url=#_ftn6][6][/url] Ainsi, les deux tendances sont affiliées au traditionalisme et aux anciens :

  • Celle qui ne kaffar pas celui qui les délaisse tout en partie.
  • Celle qui kaffar celui qui les délaisse tout en partie.


Néanmoins, tout le monde s’accorde à dire qu’ils relèvent des branches pratiques de la foi. Ainsi, il n’est pas pertinent de taxer la première tendance de murjite, comme il n’est pas pertinent de taxer la seconde de kharijite.
En outre, le terme « kamâl » fait allusion à la fois au parfait imposé (kamâl el wâjib) et au parfait recommandé (kamâl el mustahab).

Sheïkh el Islâm explique à ce sujet : « Les termes kamâl et tamâm (parfait) peuvent renvoyer soit au parfait imposé soit au parfait recommandé. Par exemple, certains légistes disent que la grande ablution se divise en parfait (kamâl) et valable (mujzi). »[url=#_ftn7][7][/url] Ainsi, pour appliquer cette règle au domaine de la foi, nous pouvons dire que certains actes relèvent d’une foi parfaite imposée et que d’autres relèvent d’une foi parfaite recommandée.

Remarque : nous venons de voir la place qu’occupent les actes dans la foi, mais quel est le statut de celui qui les délaisse (tark) ?

Nous disons que les actes par rapport à la foi n’ont pas tous le même degré. De la même façon, le tark sera différent en fonction de l’importance que leur donne le Législateur. En délaissant les actes recommandés, on affaiblit le kamâl el mustahab, et en délaissant les actes obligatoires on affaiblit le kamâl el wâjib, en sachant que pour cette dernière catégorie, ils n’ont pas tous le même degré. S’ils comptent parmi les quatre piliers, nous avons vu que les anciens divergent sur le statut de celui qui les délaisse tout en partie. La plus grosse divergence porte particulièrement sur la prière.
S’ils comptent parmi les autres branches pratiques de la foi, nous avons vu qu’on affaiblit le kamâl el wâjib, sans remettre en question l’essence de la foi, contrairement à la tendance kharijite.
Ibn Taïmiya met en lumière un point d’une extrême importance. Il nous dit en effet : « Le Législateur n’infirme (yanfî) pas la foi à un individu pour avoir délaissé un acte recommandé, mais pour un acte imposé ; étant donné qu’il a délaissé ce qu’on lui impose de faire de façon parfaite (kamâl et tamâm), non ce qu’on lui recommande. »[url=#_ftn8][8][/url]    

Les exigences du tawhîd

Celles-ci se vérifient à deux niveaux :

Premièrement : réaliser l’essence de la foi consiste à se soumettre aux exigences et aux conditions de l’attestation de foi, qui s’opposent littéralement à la grande association, relevant de l’apostasie à l’unanimité des traditionalistes.
En revanche, il est possible que le fidèle ne fournisse pas parfaitement les exigences du tawhîd. Ce n’est pas souvent qu’un individu soit purifié totalement du shirk, de l’innovation, et des péchés, comme le souligne ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan.[url=#_ftn9][9][/url] L’essentiel pour être sauvé de l’Enfer éternel, c’est de fournir l’essence du tawhîd ou de ne pas commettre ce qui s’oppose à son essence à tous les niveaux.

Deuxièmement : un hadîth exprime que les musulmans désobéissants ayant fourni l’essence du tawhîd jouiront de l’intercession dans l’au-delà. Puis, avec Sa Main, Allah sortira de l’Enfer une poignée d’hommes qui n’auront fait aucun bien au cours de leur vie.[url=#_ftn10][10][/url] Les savants divergent sur l’interprétation de ce hadîth. Pour ibn Khuzaïma, il s’agit de ceux qui n’ont pas fourni parfaitement (tamâm et kamâl) les actes.[url=#_ftn11][11][/url] En d’autres termes, le minimum acceptable est la croyance du cœur, la parole, et certains actes des piliers de la foi comme la prière. D’autres savants, comme ibn ‘Abd el Barr,[url=#_ftn12][12][/url] ibn Rajab,[url=#_ftn13][13][/url] ibn el Wazîr,[url=#_ftn14][14][/url] el Qurtubî,[url=#_ftn15][15][/url] l’interprètent autrement. Pour eux, il s’agit de ceux qui n’ont fourni aucune œuvre.

Voir : http://www.mizab.org/lalbani-et-lirja

À suivre…


Par : Karim Zentici



[url=#_ftnref1][1][/url] Je mets les références originales pour couper court à tout téméraire mal avisé : http://library.islamweb.net/hadith/display_hbook.php?bk_no=560&pid=307175&hid=414
[url=#_ftnref2][2][/url] Voir : https://soundcloud.com/rehyli/shobhat_erja

[url=#_ftnref3][3][/url] Voir : http://www.mizab.org/introduction--la-dfense-de-lalbani
[url=#_ftnref4][4][/url] D’ailleurs, bien que bénéfique, son ouvrage sur el îmân manque cruellement d’analyse (dirâya), au profit d’une compilation de citations (riwâya) ; un peu comme, dans un domaine voisin, les écrits, non moins intéressant, de ‘Alawî Saqqâf et de Râshid e-Râshid, l’auteur de ‘âridh el jahl. Pour la distinction entre dirâya et riwâya, voir : http://www.mizab.org/la-hirarchie-des-savants
[url=#_ftnref5][5][/url] Voir : fath el Bârî d’ibn Rajab (1/27).
[url=#_ftnref6][6][/url] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/609).
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/648).
[url=#_ftnref8][8][/url] Majmû el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/647).
[url=#_ftnref9][9][/url] Voir : fath el Majîd (p. 75).
[url=#_ftnref10][10][/url] Rapporté par el Bukhârî (7439) et Muslim (183).
[url=#_ftnref11][11][/url] E-tawhîd (2/732).
[url=#_ftnref12][12][/url] E-tamhîd (23/290).
[url=#_ftnref13][13][/url] E-takhwîf min e-nâr (p. 259).
[url=#_ftnref14][14][/url] El ‘awâsim min el qawâsim (9/102).
[url=#_ftnref15][15][/url] Comme le rapporte ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dans fath el Majîd (p. 45).
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Message par Citizenkan le Lun 28 Nov - 16:28

[size=32]Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi[/size]
(Partie 2)

• Les anciens faisaient la distinction entre l’essence et les branches de la foi. Un article recense 51 citations de savants qui, à travers les époques mettent en avant cette distinction.

Voir : http://www.mizab.org/le-seuil-minimum-de-la-foi

En voici quelques-unes :

Ibn Manda : « Pour les kharijites, la foi est l’ensemble de toutes les dévotions imposées que ce soit venant du cœur, de la langue ou des autres membres. Les traditionalistes disent également que la foi représente toutes les dévotions, que ce soit venant du cœur, de la langue, ou des autres membres. Sauf que, pour eux, elle est composée d’une essence et de branches. Son essence, c’est la connaissance et la croyance en/pour Allah et à Ses enseignements avec le cœur et la langue, en étant mû par la soumission extrême, l’amour, la peur, et l’encensement, loin de tout orgueil et obstination. En fournissant cette essence, on entre dans la foi, on prend le nom de musulman, et on est soumis aux lois qui en découlent. Cependant, cette foi ne peut devenir parfaite sans fournir les branches qui incarnent les commandements divins : faire les obligations et renoncer aux interdictions. »[url=#_ftn1][1][/url]

Abû Nasr el Marwazî : « … La foi est composée d’une essence et des branches ; elle est antonyme à la mécréance dans tous les sens du terme. L’essence se compose de la reconnaissance et de la croyance, et les branches permettent de parfaire les actes du cœur et des membres. Mécroire en Allah, en Ses enseignements, et renoncer à croire en/pour Lui est antonyme de la reconnaissance et de la croyance qui composent l’essence de la foi.

L’antonyme de la foi qui touche aux actes non à la reconnaissance est une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion, mais qui consiste à négliger les actes ; de la même manière que les actes intègrent la foi, mais sans relever de la reconnaissance d’Allah. En délaissant la foi au niveau de la reconnaissance d’Allah, on devient un mécréant à qui on somme de se repentir. De la même manière, en délaissant la foi au niveau des actes (l’aumône légale, le pèlerinage, le jeûne, éviter de boire du vin et de faire l’adultère par scrupule religieux) on perd une partie de la foi, mais on n’est pas sommé de se repentir, selon notre opinion et celle de nos opposants sur la question qui nous concerne parmi les traditionalistes, mais aussi parmi les innovateurs adhérant au crédo selon lequel la foi est composée de la croyance et des actes. Seuls les kharijites se distinguent sur la question.

Quand nous disons qu’il est mécréant pour avoir négligé les actes, cela ne veut pas forcément dire qu’on lui somme de se repentir et qu’il n’est plus concerné par les lois de l’Islam… étant donné qu’il ne touche pas à l’essence de la mécréance qui consiste à renier Allah ou Ses enseignements…

C’est à partir de ce raisonnement que nous soutenons l’idée selon laquelle en délaissant la croyance, on est mécréant, et en délaissant les obligations tout en donnant foi à leur caractère obligatoire, on ne le devient pas, sauf qu’on a délaissé la vérité. On dit bien : tu as renié mon droit et mes bienfaits dans le sens où tu les as négligés en faisant preuve d’ingratitude.

Les tenants de cette tendance disent : nous nous appuyons en cela sur l’exemple des Compagnons et de leurs successeurs qui pouvaient désigner par le terme mécréant les branches de la mécréance, non son essence ; soit une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion ; de la même manière qu’ils pouvaient désigner par le terme foi, les branches de la foi non son essence ; en les délaissant, on ne sort pas de la religion. »[url=#_ftn2][2][/url]

L’Imâm Tabarî : « Pour certains, la foi est composée de la connaissance du cœur, de la reconnaissance verbale, et des actes extérieurs. En fournissant deux de ces trois éléments, on ne peut, en tout état de cause, porter le nom de « croyant ». Néanmoins, en en ayant deux d’entre eux (la connaissance du cœur et la reconnaissance verbale), mais en étant négligeant dans les actes extérieurs, on porte le nom de « musulman ». »[url=#_ftn3][3][/url]

Plus loin, il confirme : « Avec la connaissance et la reconnaissance verbale, on est croyant (mu-mîn bi Allah wa rasûlihi), même en négligeant les actes, bien que nous ne disons pas qu’il est croyant dans l’absolu. »[url=#_ftn4][4][/url] L’auteur utilise l’expression mu-min bi itlâq que nous avons traduit pas croyant dans l’absolu pour parler en fait, du croyant absolu, parfait, véritable, comme l’explique Ibn Battâl dans la citation suivante. C’est de ce sens qu’il faut comprendre les autres citations que nous trouvons ici, wa Allah a’lam !

Ibn Battâl relate une citation de Tabarî disant notamment : « …De la même manière qu’en reconnaissant Allah et ses Messagers – que les prières et le salut d’Allah soient sur eux tous – sans faire les obligations religieuses, on ne prend pas le nom de croyant dans l’absolu… »[url=#_ftn5][5][/url] Il veut dire qu’on est un véritable croyant en faisant les actes, comme il le laisse sous-entendre dans un autre ouvrage.[url=#_ftn6][6][/url]

Ibn Batta : « La foi est composée de la parole et des actes, elle monte si tu agis bien, et descend quand tu agis mal. Dans ce cas, l’homme sort de l’imân pour entrer dans l’islâm, mais, rien en dehors de l’association, ne peut le faire sortir de l’islâm, ou bien en refusant une obligation venant d’Allah (U) avec l’esprit de la renier. Néanmoins, s’il la délaisse par fainéantise ou négligence, son sort est soumis à la Volonté d’Allah. »[url=#_ftn7][7][/url]
• Ibn Taïmiya entérine ce principe : « La foi est composée d’une essence nécessaire à sa présence, d’éléments obligatoires qui entrainent la punition en cas de diminution et d’absence, et d’éléments recommandés qui font parvenir aux hauts degrés. Par rapport à ces niveaux, trois catégories d’individus vont se dégager : les pervers injustes envers eux-mêmes, les modérés, et les vertueux devanciers. Celle-ci est comparable aux entités concrètes et abstraites (le pèlerinage, un corps, une mosquée, etc.). Certaines de ses parties manquantes font diminuées sa plénitude ou son excellence, d’autres diminuent sa perfection (négliger les obligations et enfreindre les interdictions), et d’autres enfin entament son pilier (la croyance et la parole). »[url=#_ftn8][8][/url]
    
« La religion imprégnée dans le cœur au niveau du savoir et des sentiments est l’essence de la foi, tandis que les actes extérieurs, qui relèvent de la foi parfaite, en constituent les branches. »[url=#_ftn9][9][/url]

« Les traditionalistes, parmi tous les Compagnons sans exception, leurs successeurs, les grandes références traditionalistes, les traditionnistes, l’ensemble des légistes et des soufis, à l’instar de Mâlik, e-Thawrî, el Awzâ’î, Hammâd ibn Zaïd, Shâfi’î, Ahmed, ibn Hanbal, etc. et les grands spécialistes parmi les partisans du kalâm, tous s’entendent à dire que la foi et la religion est composée des paroles et des actes…

Les commentateurs qui ont retranscrit leur tendance établissent qu’elle se partage en une essence et une partie subsidiaire ; celle-ci renferme des piliers, des éléments obligatoires moins importants que les piliers, et des éléments recommandés, au même titre que le pèlerinage et les rituels en général. »[url=#_ftn10][10][/url]

Son élève ibn ‘Abd el Hâdî rapporte ses paroles dans lesquelles il établit le principe traditionaliste selon lequel en délaissant les branches de la foi, on ne devient pas mécréant ; on le devient uniquement en délaissant son essence, soit la croyance (i’tiqâd).[url=#_ftn11][11][/url] Ainsi, les péchés (en dehors des annulations de l’Islam) qui sont les branches de la mécréance ne remettent pas en cause l’essence de la foi.[url=#_ftn12][12][/url] Si l’essence de la foi ne garantit pas l’entrée au Paradis d’emblée, elle épargne, aussi infime soit-elle, d’éterniser en Enfer.[url=#_ftn13][13][/url]

« Ainsi, on peut facilement distinguer entre ce cas et le désobéissant, qui est convaincu de devoir faire telle obligation, mais qui succombe à ses passions et à sa mauvaise volonté (nufra). C’est ce qui le pousse à ne pas s’y plier. Sa foi renferme le tasdîq, le khudhû’ et l’inqiyâd, qui relève du qawl et du ‘amal, mais sans parfaire le ‘amal. »[url=#_ftn14][14][/url]

• Ibn el Qaïyim emboite le pas à son maitre : « La foi véritable est composée des paroles et des actes. Les paroles sont de deux sortes : la parole du cœur qu’est la croyance et la parole verbale qui est la prononciation de l’attestation de foi (kalima el islâm).
Les actes également sont de deux sortes : les actes du cœur que sont l’intention, la sincérité exclusive, et les actes corporels. En faisant disparaitre les quatre réunis, on fait disparaitre la foi parfaite. En faisant disparaitre la croyance du cœur, les autres éléments ne sont plus d’aucune utilité, car elle est une condition pour leur donner foi et les rendre utile.

En faisant disparaitre les actes du cœur, tout en gardant la croyance du cœur, c’est le point de querelle entre les murjites et les traditionalistes. Ces derniers s’accordent à dire que, dans ce cas de figure, la foi disparait, et que la croyance, sans les actes du cœur (l’amour et la soumission à Allah), est inutile. C’est exactement le cas d’Iblis, de Pharaon et son peuple, des Juifs, des païens qui donnaient foi au Messager, mieux, qui reconnaissait la véracité de son message en privé et même en public. Ils avouaient qu’il ne pouvait mentir, mais nous refusons simplement de le suivre, justifiaient-ils, et de croire en lui.

Ainsi, si la foi disparait avec la disparition des actes du cœur, il n’y a aucun mal à ce qu’elle disparaisse avec la disparition de l’acte corporel le plus important. »[url=#_ftn15][15][/url]

• ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan reprendra à son compte ce discours d’ibn el Qaïyim : « Le deuxième principe : La foi a une essence (asl) qui se diversifie en diverses branches. Chaque branche (far’) entre sous l’appellation de la foi. Lâ ilâh illâ Allah est la plus haute d’entre elles, et la plus basse consiste à enlever une entrave du chemin. Si certaines d’entre elles ne sont pas fournies, celles-ci annulent la foi à l’unanimité des savants, comme c’est le cas pour la première. En revanche, d’autres ne l’annulent pas à l’unanimité des savants quand elles sont négligées, comme c’est le cas pour la dernière. Or, entre ses deux branches, il en existe de multiples variétés. Les unes rejoignent la première ; elles en sont donc plus proches. Les autres rejoignent la dernière, et en sont donc plus proches.

En voulant mettre toutes ces branches sur le même pied d’égalité lorsque celles-ci sont rassemblées, on s’oppose ainsi aux textes et à la voie des anciens et des grandes références de cette communauté.

D’autres parts, la mécréance (kufr) se compose également d’une essence et de branches. Ainsi, de la même manière que les branches de la foi entrent dans la foi, nous pouvons en dire autant pour la mécréance. Tous les péchés sont des branches du kufr, comme en parallèle, les bonnes œuvres sont des branches de la foi. Il n’est donc pas pertinent de les mettre sur le même pied d’égalité au niveau des statuts et des noms légitimes qui leur sont accolés.

Il y a donc une différence entre délaisser la prière, l’aumône, ou le jeûne, ou commettre l’association, ou encore dénigrer le Coran, et entre commettre un vol, l’adultère, boire de l’alcool, piller, et afficher une certaine muwâlât pour les non-musulmans à la façon de Hâtib.

Celui qui met sur le même pied d’égalité les différentes branches de la foi au niveau des noms et des lois qui leur correspondent, ou qui fait la même chose avec les branches du kufr, il s’oppose au Coran et à la sunna ; il s’écarte de la voie des anciens, et entre dans l’ensemble des adeptes de l’innovation et des passions.

 Le troisième principe : La foi est composée des paroles et des actes.
Il existe deux sortes de paroles : la parole du cœur qui se matérialise par la croyance, et la parole verbale qui se matérialise par l’attestation de foi.
Il existe deux sortes d’actes : les actes du cœur qui consiste à s’orienter vers Allah, Le choisir comme divinité, L’aimer, chercher Sa satisfaction, et à Lui donner foi.
Les actes extérieurs comme la prière, l’aumône, le pèlerinage, le djihad, etc.
S’il n’y a plus la croyance du cœur (tasdîq), accompagnée des actes intérieurs, la foi s’annule entièrement. Si ce sont simplement certains actes extérieurs qui sont délaissés, comme la prière, tout en gardant à la fois la croyance et la parole du cœur, il y a divergence entre les savants sur le statut qui lui correspond : est-ce que la foi s’annule entièrement ou non en délaissant l’un des cinq piliers de l’Islam ? Est-ce que le coupable devient mécréant ou non ? Faut-il distinguer la prière des autres piliers ou non ?

Les traditionalistes s’accordent à dire qu’il faut absolument fournir les actes du cœur (l’amour d’Allah, Sa soumission, et la recherche de Son Agrément).

Pour les murjites, le tasdîq est suffisant pour devenir croyant. La divergence entre les traditionalistes concerne donc les actes extérieurs : devient-on un mécréant en les délaissant ou non ? Selon la tendance notoire des anciens, on devient mécréant en délaissant l’un des quatre piliers venant après l’attestation de foi.
Selon une deuxième tendance : seul celui qui les renie est voué à la mécréance.
Une troisième tendance distingue entre la prière et les autres piliers. Toutes ces tendances sont notoires chez les savants. »[url=#_ftn16][16][/url]

À suivre…


Par : Karim Zentici



[url=#_ftnref1][1][/url] El îmân d’ibn Manda (1/331).
[url=#_ftnref2][2][/url] Ta’zhîm qadr e-salât d’Abû Nasr el Marwazî (2/519). Un autre passage nous apprend (2/713) : « … Ils étaient en droit de donner ce statut au croyant ; ils témoignent qu’il a la foi quand il fournit la reconnaissance du cœur et verbale, et ils témoignent que sa foi monte quand il fait de bonnes œuvres, qui, aux dires du Prophète (r), sont des branches (shu’ab) de la foi. À chaque fois qu’il en néglige une, ils savent qu’il s’éloigne davantage de la foi parfaite par rapport à celui qui l’a fourni. Cependant, ils ne lui enlèvent pas le nom de croyant avant que l’essence de la foi ne disparaisse complètement. »
[url=#_ftnref3][3][/url] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 188).
[url=#_ftnref4][4][/url] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 188).
[url=#_ftnref5][5][/url] sharh sahîh el Bukhârî (1/57).
[url=#_ftnref6][6][/url] Musnad ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs (2/643).
[url=#_ftnref7][7][/url] E-sharh wa el ibâna (p. 196).
[url=#_ftnref8][8][/url] Majmû’ el fatâwâ (7/637).
[url=#_ftnref9][9][/url] Majmû’ el fatâwa (10/355).
[url=#_ftnref10][10][/url] Majmû’ el fatâwa (12/471).
[url=#_ftnref11][11][/url] El ‘uqûd e-durriya (p. 98) ; voir également : Majmû’ el fatâwa (11/137).
[url=#_ftnref12][12][/url] Majmû’ el fatâwa (10/283).
[url=#_ftnref13][13][/url] Majmû’ el fatâwa (35/202-203).
[url=#_ftnref14][14][/url] E-sârim el maslûl (p. 521-522).
[url=#_ftnref15][15][/url] E-salât (p. 24).
[url=#_ftnref16][16][/url] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr.
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default Re: Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi

Message par Citizenkan le Mar 29 Nov - 23:22

[size=32]Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi[/size]
(Partie 3)

La différence entre la foi absolue et la foi dans l’absolu

‘Abd e-Rahmân ibn Hasan nous résume merveilleusement bien cette différence en s’inspirant probablement du discours d’ibn Taïmiya et de son élève ibn el Qaïyim.[url=#_ftn1][1][/url] Il nous apprend, en effet : « Si l’on sait que tant les actes extérieurs que les actes intérieurs entrent, au niveau de la religion, dans la définition de la foi, nous pouvons en déduire que tous les actes manquants, à condition qu’ils ne soient pas nécessaires à la foi, atténuent la foi parfaite imposée. » Ensuite, il donne des exemples de plusieurs hadîth dont : « Nul n’est croyant au moment de faire l’adultère... au moment de boire du vin, etc. » Puis, il enchaine : « La négation dans ces textes porte sur la foi parfaite imposée. Nous ne désignons pas leur auteur comme étant un croyant sans restriction, et en faisant abstraction de son péché et de son acte pervers. Nous disons donc qu’il est croyant pour la foi qu’il décèle, et pervers pour avoir commis un grand péché. Il est croyant en fonction des actes intérieurs et extérieurs qu’il a à son actif. De ce point de vue, il compte parmi les adeptes de la foi dans l’absolu…

Quant au croyant ayant une foi absolue et sans restriction, il n’est pas associé à un péché ni à un acte pervers ou autre. Il se distingue pour avoir fourni les obligations dans la mesure du possible, et pour avoir renoncé à tous les péchés. Il mérite en cela l’appellation de croyant sans restriction. C’est là qu’il faut trouver la différence entre le croyant dans l’absolu et le croyant absolu ; le second ne persiste pas à faire certains péchés, contrairement au premier qui est marqué par la récidive.

Cette explication que nous venons de donner est conforme au crédo traditionaliste faisant la distinction entre l’islâm et l’îmân, soit entre la foi dans l’absolu et la foi absolue ; la première désigne le musulman ayant l’essence de la foi indispensable pour entrer dans l’Islam, ou, en d’autres termes, indispensable pour avoir une foi valable. Elle correspond au plus bas degré de la religion dans la mesure où il persiste à faire des péchés ou qu’il délaisse ses obligations sans excuse valable. »[url=#_ftn2][2][/url]

Sheïkh Ibrahim oriente les expressions shart kamâl (condition de perfection de la foi) et shart sihha (condition de validité de la foi) à l’aune de ce principe. À ses yeux, il vaut mieux, malgré tout, éviter des termes comme juz-u kamâl ou shart kamâl qui ne sont pas précis. En parallèle, il faut éviter les termes comme shart sihha (condition de validité de la foi) qui manque tout autant de précision. Nous pouvons certes condamner ces deux termes, pour reprendre les paroles de Sheïkh e-Ruhaïlî, mais cela n’implique nullement de taxer dans l’absolu, les uns et les autres de murjites ou de takfîrîs. Nous avons le droit de dire qu’un savant s’est trompé, mais cela ne nous empêche pas de lui garder le respect qu’il mérite.

Pour éviter tout conflit, il vaut mieux s’en tenir au vocabulaire des textes et des anciens. Nous ne sommes pas obligés de dire que les actes sont soit shart sihha soit shart kamâl, mais il est plus juste de dire qu’ils font partie intégrante de la foi.
Shart sihha et shart kamâl sont des termes à double tranchant. Les actes dans le vocabulaire du Coran et des anciens englobent toutes les branches pratiques de la foi qui n’ont pas le même statut. Il en existe deux sortes : les actes obligatoires et les actes recommandés. Les actes obligatoires se subdivisent en deux : les quatre piliers et les autres branches pratiques de la foi. Et les actes recommandés ne sont pas tous du même degré.

Quant ou parle de shart sihha et shart kamâl, on désigne ces deux sortes d’actes à la fois. Or, à l’unanimité des savants, en dehors des quatre piliers de l’Islam, les actes obligatoires n’ont pas le statut de shart sihha, et encore moins les actes recommandés. Sans les fournir, la foi s’affaiblit, mais ne disparait pas. De la même façon, l’expression shart kamâl englobe les quatre piliers de l’Islam, alors qu’aux yeux de certaines grandes références, ils entrent, tout en partie, dans l’essence même de la foi.

Attention ! Cela ne veut pas dire que les termes shart sihha/shart kamâl sont faux, mais il est plus précis de dire que les actes font partie de la foi (juz-un). Un shart, c’est une condition, qui selon le vocabulaire des spécialistes en usûl el figh, est extérieur à l’entité. Pour d’autres spécialités, le shart fait partie intégrante de l’entité,[url=#_ftn3][3][/url] comme c’est le cas pour les actes qui entrent dans l’entité de la foi chez les traditionalistes.

• Ainsi, au pire des cas Sheïkh el Albânî veut nous dire qu’en règle générale, la foi implique les actes, mais pas dans tous les cas. Il est plus juste en effet de dire qu’une foi parfaite implique les actes, sans pour autant que tous les actes aient tous le même degré (en sachant que, comme nous l’avons vu, les actes se composent en deux catégories : les actes imposés et les actes recommandés). Ainsi, avec une foi faible, les actes diminuent. La foi est certes présente, mais elle n’implique pas forcément les actes. Il rejoint ainsi la tendance des anciens qui ne kaffar pas l’abandon de la prière et des autres piliers de l’Islam. L’essentiel, c’est de garder l’origine ou l’essence de la foi (asl el îmân) dans le cœur.

Il est vrai certes que certains savants, comme nous l’avons vu, ne concèdent pas cette opinion à l’Albânî, mais il faut savoir également qu’il  ne précise pas de quels actes parle-t-il exactement. Il peut parler aussi bien de la prière que des autres piliers de l’Islam. Autrement dit, avec une foi faible, on peut garder au minimum les quatre piliers de l’Islam. Or, à l’unanimité des savants, en ayant une foi faible, on peut délaisser tous les actes extérieurs, en dehors de ces quatre piliers, sans sortir de l’Islam.

Quant à l’expression de l’Albanî disant qu’une foi parfaite implique les actes, il n’y a aucun problème là-dessus entre les traditionalistes. Ainsi, une foi parfaite au niveau du cœur implique une foi parfaite au niveau des actes extérieurs, contrairement aux murjites, pour qui il est possible d’avoir une foi parfaite dans le cœur sans fournir le moindre acte extérieur. C’est ce qui les pousse à dire qu’aucun péché n’affecte la foi de la même façon qu’aucune bonne action n’est utile au mécréant.

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit que la foi intérieure implique les actes extérieurs en fonction de son intensité. Avec une foi forte, on fournit plus d’actes, tandis qu’avec une foi faible, on fournit moins d’actes. Cette analyse est extraordinaire. Elle permet de trancher entre les traditionalistes qui imposent une interaction entre la foi et les actes, et les murjites, qui ne le voient pas.

Quoi que cette règle générale mérite de plus amples explications, alors laissons le soin à ibn Taïmiya lui-même de les donner : « Il devient clair que les bonnes œuvres extérieures ne sont pas le fruit ni les effets de la foi intérieure, si ce n’est que dans la mesure où elle les impose ou les réclame. Dès lors, il y a une interdépendance entre les deux et une relation de cause à effet. Si on fournit moins d’actes extérieurs, c’est en raison d’une foi faible. Il est donc inimaginable qu’en ayant une foi parfaite imposée (kamâl el îmân el wâjib) dans le cœur, on ne fournisse aucun acte extérieur imposé. En fournissant l’un parfaitement (kâmilan) on fournit obligatoirement l’autre parfaitement. De la même façon qu’en fournissant l’un faiblement (naqs), on fournit l’autre faiblement.
Imaginer une fois parfaite (tamm),[url=#_ftn4][4][/url] dans le cœur sans fournir de parole ou d’acte extérieur, c’est comme imaginer une interdépendance parfaite avec l’un des deux éléments manquants, ou une cause parfaite sans effet. »[url=#_ftn5][5][/url]

Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk oriente également les expressions shart sihha et shart kamâl à travers un long exposé dont nous reproduisons les passages qui nous intéressent au vue de leur importante (les titres sont du traducteur pour aider à la compréhension), et nous nous rendrons compte que son discours ne diverge pas d’un iota de celui du Sheïkh Ibrahim :

Est-ce que l’ensemble des actes (jins el ‘amal) est une condition de validité de la foi (shart sihha) ou bien une condition de perfection (shart kamâl) ?

En réponse, nous disons qu’il incombe, pour mieux se le représenter, d’exposer le problème en détail ; problème qui touche à un point du dogme d’une extrême importance. Il prend ses racines chez certains savants des générations récentes, comme le souligne el Hâfizh ibn Hajar avec des explications qu’il a peut-être empruntées à un autre auteur. Quand on parle des actes dans l’absolu ou dans l’ensemble (jins el ‘amal), ils ne font pas allusion à une pratique en particulier. Si on les considère comme une condition de validité de la foi (shart sihha), cela signifie qu’il ne peut y avoir de foi sans les actes ; et si on les considère comme une condition de perfection (shart kamâl), cela veut dire qu’il peut y avoir une foi sans actes, bien que faible. En d’autres termes, sans actes, la foi est-elle faible ou bien inexistante ?

(…)

Si tout cela est clair, on comprendra qu’il ne convient pas dans l’absolu de dire que les actes sont soit shart sihha soit shart kamâl dans la foi, mais le détail s’impose. Les actes, en effet, comme nous venons de le voir, englobe les actes du cœur et les actes du corps, comme ils englobent les actions (fi’l) et les non-actions (tark). Ils englobent les obligations (croire aux six fondements de la foi, la prière, etc.) et les interdictions (l’association, et les péchés). Selon les spécialistes en usûl, un shart est une action, une situation, un fait qui dépend d’un autre fait et qui est donc extérieur à lui ; l’absence de l’un implique l’absence de l’autre, mais n’implique pas forcément sa présence. [Ex. : l’ablution est une condition de la prière. Sans ablution, la prière n’est pas valable, mais ce n’est pas parce qu’on a les ablutions qu’on a forcément prié ndt.]

Le statut des actes extérieurs

Or, il n’existe pas qu’une sorte d’actes au niveau du cœur et des actes. Les actes extérieurs ont différentes formes et différents statuts : les cinq piliers de l’Islam n’ont pas le même statut que le djihâd. Il est donc faux de dire, de ce point de vue, que les actes sont une condition de validité de la foi, comme il est faux de dire qu’ils sont une condition de perfection. Il est plus juste de dire que certains actes relèvent de la première catégorie et que d’autres relèvent de la seconde.

Ce qui relève du shart sihha

S’abstenir de commettre l’association ou mécréance majeure entre dans le shart sihha, dans le sens où la foi s’oppose littéralement à l’impiété et l’apostasie. L’attestation de foi est de ce domaine, car il ne sert à rien de croire sans l’exprimer par la langue. Contrairement aux allégations des jahmites ultra qui confinent la foi dans la connaissance intérieure et qui ne réclame pas forcément d’être exprimée verbalement. Ces derniers s’imaginent tout à fait un musulman qui ne prononce pas sciemment l’attestation de foi. Il suffit, à leurs yeux, de croire à l’existence de Dieu pour devenir croyant.

La soumission du cœur, qui est un acte, un acte intérieur plus exactement comme nous l’avons vu, est de ce registre. Le tasdîq n’est pas suffisant pour prétendre à la foi, sans fournir l’inqiyâd. Il ne suffit pas non plus de reconnaitre (dans le sens de tasdîq) avec la langue que l’Islam est la vérité, mais il incombe d’y adhérer (dans le sens d’iqrâr) verbalement à travers l’attestation de foi. Cette attestation concrétise la soumission du cœur, contrairement aux Juifs et aux chrétiens qui savent très bien, aux dires du Coran, que Mohammed n’est pas un imposteur, mais ils refusent de se soumettre à son message. Cette obstination nait souvent de l’orgueil. On le voit bien avec certains intellectuels occidentaux comme les orientalistes et islamologues. Ces derniers sont trop attachés à leurs valeurs, et prennent les musulmans de haut. C'est pourquoi ils ne peuvent franchir le pas, car cela leur demanderait un trop grand sacrifice.

Ainsi, il n’est pas tout à fait juste de dire que les actes sont à mettre au compte du shart sihha ou shart kamâl. Dans les deux cas, le détail s’impose. Il incombe d’être précis dans ce genre de choses. Le vocable « acte » renvoie aux actes du cœur et aux actes corporels, comme il renvoie aux actions et aux non-actions.

Renoncer à l’association et la mécréance majeure est de l’ordre du shart sihha, mais renoncer aux autres péchés relève du shart kamâl. L’association s’oppose littéralement à la foi et les péchés affaiblissent la foi parfaite imposée (kamâl el imân el wâjib), en sachant que la foi parfaite dans l’absolu comprend les actes imposés et les actes recommandés. Néanmoins, ce point concerne uniquement la foi parfaite imposée non la foi parfaite recommandée.

Les actes du cœur (adhésion, soumission, amour, peur, espoir, etc.) relèvent également du shart sihha, comme nous l’avons vu, au même titre que la reconnaissance verbale.

La divergence sur les quatre autres piliers de l’Islam

Néanmoins, les quatre autres piliers de l’Islam sont sujets à divergence entre les traditionalistes pour qui ils jonglent entre shart sihha et shart kamâl. Ils ne sont pas d’accord sur le statut de leur abandon (tark), ou de l’abandon de l’un d’entre eux, surtout de la prière. Si pour certains, le second pilier de l’Islam est un shart sihha, pour d’autres, il ne dépasse pas le statut de shart kamâl. Pour la majorité des savants, il relève du shart kamâl au même titre que les autres piliers. L’essentiel est d’adhérer avec le cœur à leur aspect obligatoire, quand bien même on les délaisserait dans les actes (tark ‘amalî). Les annales imputent plusieurs tendances à l’Imâm Ahmed sur l’abandon tout en partie de ces piliers. Néanmoins, la plus connue étant celle qui rejoint la grande majorité des savants et qui considère toujours croyant un fautif éventuel.

Au demeurant, la divergence sur l’abandon de la prière, qui est la plus notoire, est très forte. Il existe des textes très explicites sur le sujet. Certains vont jusqu’à imputer la tendance qui le fait sortir de l’Islam à l’unanimité des Compagnons. Le reste des obligations religieuses ne posent pas problème. Tous les savants s’accordent à dire que, ne dépassant pas le statut de simple péché, ils relèvent du shart kamâl. Seuls les kharijites se particularisent pour rendre apostats les auteurs des « grands » péchés (meurtre, adultère, boisson enivrante, usure, etc.).

Que signifie le terme shart ?

Les péchés sont également de deux sortes : enfreindre une interdiction ou ne pas faire une obligation. Dans les deux cas, on parle de shart kamâl, en sachant que le terme shart est à prendre au sens large. Autrement dit, toute action dont la concrétisation dépend d’une autre action indépendamment de savoir si elle lui est intrinsèque (intérieure) ou extrinsèque (extérieur). Il faut comprendre que quand les spécialistes en ‘aqida parlent de shart dans les questions de l’îmân, ils font allusion à l’une de ses parties intégrantes, à l’inverse des spécialistes en usûl, comme nous l’avons vu (dans E-sârim el maslûl (p. 525), ibn Taïmiya dit que la parole, pour celui qui en a la capacité, est une condition de validité de la foi (shart sihha) ndt.).[url=#_ftn6][6][/url]

Exemples de shart chez les usûliyûns : les ablutions sont l’une des conditions de la prière, bien qu’elle soit extérieure à son entité. Elle est l’une des conditions de validité des rituels, mais sans en faire partie intégrante. L’intention qui est également une condition de validité des rituels s’inscrit dans le temps avant eux.

Néanmoins, le shart peut avoir un sens plus large. Par exemple, les légistes lui donnent le sens de pilier. Ex. : les piliers de la prière sont en réalité des shart, étant donné qu’elle dépend d’eux. En d’autres termes, sans eux, celle-ci n’est pas valable.

Ici, c’est exactement la même chose. Quand on dit que tel élément est un shart de la foi, que ce soit sihha ou kamâl cela ne veut pas dire qu’il n’en fait pas partie intégrante. En outre, les légistes utilisent le terme d’obligation pour désigner les éléments obligatoires de la prière qui ne relèvent pas des piliers. Ce choix n’est pas anodin, car en délaissant une obligation sans le faire express, le rituel n’est pas sanctionné d’annulation, bien qu’il ait moins de valeur.

Parler de shart kamâl pour la prière n’a aucun lien avec l’irja

Si cela est clair, il ne convient pas de taxer de murji un traditionaliste qui ne fait pas sortir de l’Islam l’abandon par fainéantise de l’un des piliers de l’Islam avec la prière à leur tête. De la même façon qu’il ne convient pas de taxer de kharijite un traditionaliste qui voit le contraire. Cette divergence est tolérée au sein d’ahl e-sunna.

Ainsi, aux yeux de certains traditionalistes, l’abandon de la prière relève du shart sihha là, où pour d’autres il a le statut de shart kamâl. Les deux opinions étaient en vogue chez les anciens. Tous s’accordent à dire que la foi est composée de quatre éléments, comme nous l’avons vu : la croyance du cœur, l’acte du cœur, la reconnaissance verbale, et les actes intérieurs et extérieurs. Ce sont les textes qui font dire à un tel et un tel que la prière est soit shart sihha soit shart kamâl, non une croyance préconçue selon laquelle les actes sont extérieurs à la foi.

Shart sihha et shart kamâl sont des terminologies nouvelles

Notons enfin qu’à ma connaissance pour reprendre les termes de Sheïkh el Barrâk, les grands Imâms de la première époque n’ont jamais eu recours à ce genre de vocabulaire (shart sihha soit shart kamâl). Les anciens se contentaient de dire que les actes faisaient partie intégrante de la foi, et s’opposaient avec force à ceux qui reniaient ce crédo. Ce n’est que récemment que certains commentateurs de hadîth ont soulevé la question de savoir si pour les murjites les actes ont un statut de shart kamâl, en se distinguant ainsi des traditionalistes pour qui il aurait un statut de shart sihha. Maintenant, nous savons qu’il n’est pas tout à fait juste de présenter la chose de cette façon.

Voir : http://www.mizab.org/shart-sihha-shart-kaml
http://www.mizab.org/lorigine-et-lvolution-smantique-de-l

À suivre…


Par : Karim Zentici



[url=#_ftnref1][1][/url] Voir notamment : Majmû’ el fatâwa (19/293), (12/478) et badâi’ el fawâid d’ibn el Qaïyim (4/17).
[url=#_ftnref2][2][/url] E-durar e-saniya (1/200).
[url=#_ftnref3][3][/url] Voir : kashf istilâhât el funûn d’e-Tahânuwî (2/492).
[url=#_ftnref4][4][/url] Ici, c’est le contexte qui nous fait traduire tamm par « parfaite », même si ailleurs, voire dans ce même passage, il peut avoir également le sens de « valable », wa Allah a’lam !
[url=#_ftnref5][5][/url] Sharh hadîth Jibrîl (p. 492).
[url=#_ftnref6][6][/url] Un shart, c’est une condition, qui selon le vocabulaire des spécialistes en usûl el figh, est extérieur à l’entité. Pour d’autres spécialités, le shart fait partie intégrante de l’entité. Voir : kashf istilâhât el funûn d’e-Tahânuwî (2/492). Et comme c’est le cas pour les actes qui entrent dans l’entité de la foi chez les traditionalistes. Voir: tabriya el imâm el muhaddith min qawl el murjiya el muhdath de Sheïkh Ibrâhim e-Ruhaïlî.
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Message par Citizenkan le Mer 30 Nov - 18:50

[size=32]Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi[/size]
(Partie 4)

• Cette distinction entre l’essence et les branches de la foi s’inscrit notamment en réfutation aux kharijites pour qui la foi est indivisible. Ibn Hajar el ‘Asqalânî souligne à ce sujet : « Pour les anciens, elle est composée de la croyance du cœur, de la prononciation verbale, et des actes des membres. Ils veulent dire que les actes sont une condition de perfection de la foi. À partir de là, ils mirent en place le crédo selon lequel la foi monte et descend, comme nous allons le voir.
Les murjites la confinent dans la croyance et la prononciation verbale, tandis que les karrâmites l’enferment uniquement dans la prononciation verbale.
Pour les mu’tazilites, elle est également composée de la croyance, de la parole et des actes, à la différence avec les traditionalistes où, à leurs yeux, les actes sont une condition de validité. Alors que, comme nous l’avons vu, pour les anciens, ils sont une condition de perfection. »[url=#_ftn1][1][/url]

• C’est explicitement de cette façon qu’oriente Hâfizh el Hakamî ces deux expressions en parlant de la conception de la foi chez les kharijites, et les mu’tazilites : « …Pour le reste, la foi est composée de la croyance, de la parole, et des actes. La différence avec les pieux prédécesseurs c’est qu’aux yeux de ces derniers, les actes ne sont pas tous une condition de validité de la foi. Néanmoins, bon nombre d’entre sont à mettre au compte des conditions de perfection, qui, comme le souligne ‘Omar ibn ‘Abd el ‘Azîz, permettent de parfaire la foi, en les fournissant. Foi, qui reste imparfaite sans les fournir. Quant aux mu’tazilites, ils les rangent tous dans les conditions de validité, wa Allah a’lam ! »[url=#_ftn2][2][/url]

Sheïkh el Islam explique que toutes les sectes dissidentes au traditionalisme (kharijites, mu’tazilites, murjites, jahmites, etc.) considèrent que la foi est un et indivisible ; si on enlève une partie, elle s’annule entièrement ; et, à l’inverse, si elle existe en partie, elle existe entièrement. Ils s’inscrivent à contre courant du hadîth : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[url=#_ftn3][3][/url]

Pour les kharijites et les mu’tazilites, l’ensemble des actes d’obéissance compose la foi ; « c’est tout ou rien » justifient-ils. C’est selon ce raisonnement qu’ils sortent l’auteur des grands péchés de la religion.  À l’opposé, nous avons les murjites et les jahmites, pour qui la foi est un et indivisible également, à la différence où, pour les seconds, elle se confine dans la croyance du cœur (tasdîq), et pour les premiers, elle se résume au tasdîq et à la parole. À leurs yeux, s’ils devaient faire entrer les actes dans la définition de la foi, cela voudrait dire qu’ils en font partie intégrante, et cela impliquerait, au même titre que les kharijites, de sortir de la religion l’auteur des grands péchés. Cela ne l’empêche pas d’avoir des implications  qui, en cas d’absence, sont la preuve de l’absence de la foi.

Notons enfin que les deux extrêmes pensent que les traditionalistes se contredisent, car d’un côté, ces derniers incorporent les actes dans la définition de la foi, et d’un autre côté, ils acceptent pleinement qu’il puisse y en avoir qu’en partie.[url=#_ftn4][4][/url]

Voir : http://www.mizab.org/les-variations-de-la-foi

• Ibn Taïmiya part dans un long développement qui nous apprend en substance qu’une entité quelconque, qu’elle soit abstraite ou concrète, ne perd pas forcément sa réalité en perdant certains de ses éléments ; de la même manière qu’en perdant certains de ses éléments assemblés, cela n’implique pas forcément de perdre tous les autres. Prenons l’exemple des rituels (prière, pèlerinage, etc.), il ne viendrait à l’esprit d’aucun homme sensé de dire qu’en négligeant certaines de leurs pratiques, ils gardent la même valeur. C’est la même chose pour un arbre, une maison, un homme, un animal qui, avec des éléments en moins, ne seront pas identiques à avant…

Néanmoins, il est légitime de se demander si, avec des éléments en moins, ces entités gardent leur nom ou non. En fait, il existe deux sortes d’entités composées ; celles qui doivent leur nom à la composition de tous leurs éléments réunis, et qui sont donc une condition (shart) pour pouvoir l’appeler ainsi ; et celles qui n’imposent pas cette condition. Le nombre dix et la boisson sakanjabîn relèvent de la première sorte, et dans l’autre nous avons les entités composées d’éléments semblables ou de même nature, mais pas seulement. Beaucoup d’entités aux éléments dissemblables jouissent également de cette caractéristique (garder leur nom après avoir enlevé certains de leurs éléments). C’est le cas des poids et mesures comme le blé, le sable, l’eau, etc. peu importe qu’ils soient en grande ou en petite quantité, ils gardent toujours leur nom.

C’est le cas également pour les entités abstraites comme les rituels, la charité, le savoir, la bienfaisance, les prières (invocations, évocation d’Allah), etc. Une montagne reste une montagne, même après avoir été diminuée en grande partie. Même chose pour une mer, un fleuve, une ville, un village, une maison, une mosquée, et… un arbre. En perdant certaines de ses branches, il reste toujours un arbre. Un homme, même amputé d’un membre, reste un homme. S’il s’appelle Zaïd, il gardera son nom après l’amputation.

Ainsi, il est faux de dire dans l’absolu qu’une entité disparait complètement, en perdant certains de ses éléments. Surtout si l’on sait qu’il existe plus d’entités de la seconde sorte que de la première.

Il va sans dire que la foi relève de cette seconde sorte, conformément au hadîth : « La foi est composée de plus de soixante-dix branches – ou selon une version : plus de soixante branches –. La plus haute est l’attestation qu’il n’y a d’autre dieu [digne d’être adorée] en dehors d’Allah, et la plus basse est d’enlever une entrave de la route ; la pudeur étant une branche de la foi »[url=#_ftn5][5][/url] Sans enlever les entraves de la route, on reste croyant !

Le hadîth suivant, comme nous l’avons expliqué plus haut, dit exactement la même chose : « Le jour de la résurrection, Allah (I) dira : Sortez de l’Enfer quiconque décèle dans son cœur la foi la plus infime (mot-à-mot : ne serait-ce que l’équivalent d’un grain de moutarde ndt.). »[url=#_ftn6][6][/url] Il nous apprend, contrairement au crédo des sectateurs en tout genre, que la foi est divisible et partageable, et qu’en en ayant perdu une grande partie, on reste croyant.

La foi est du même ordre que la prière, le pèlerinage, le Coran.

La négligence de certains parties du pèlerinage ou de la prière diminue sa réalisation parfaite imposée (kamâl el wâjib), et pour d’autres, elle diminue sa réalisation parfaite recommandée (kamâl el mustahab) tout en restant valable (ma’a e-sihha).[url=#_ftn7][7][/url]

Certaines de ces parties sont une condition (shart) par rapport à d’autres parties (ex. : croire à tout le Coran non en partie est une condition de la foi), mais ce n’est pas le cas pour toutes. Certaines ne font que diminuer le pèlerinage, comme nous l’avons vu avec le kamâl el wâjib (le jet de pierre et la nuit à Mina) ou le kamâl el mustahab (trottiner et se découvrir l’épaule pendant le tawâf), sans l’annuler entièrement.[url=#_ftn8][8][/url]

• Il existe certes un consensus qui établit l’impossibilité d’avoir une foi sans actes, notamment en raison de l’interaction qui existe entre eux.[url=#_ftn9][9][/url] Nous avons vu dans un article précédent qu’il était possible de conjuguer entre ce fameux consensus et le hadîth de l’intercession.[url=#_ftn10][10][/url] En résumé, toute définition tient compte de la majeure partie des cas (le consensus), et l’exception n’échappe donc pas à la règle (le hadîth de l’intercession).[url=#_ftn11][11][/url] Ainsi, quand Shâfi’î avance qu’il ne peut y avoir de foi sans actes (en sachant que Sheïkh Ibrahim oriente ses propos autrement), il parle du cas général, et, en même temps, il établit cette fameuse distinction entre l’essence et les branches de la foi, comme en témoigne le passage suivant que rapporte Shîrâzî : « La foi est composée de la croyance, de la reconnaissance verbale, et des actes ; l’hypocrite fait uniquement défection du premier élément, le mécréant du second, et le pervers, qui sera sauvé de l’Enfer éternel pour gagner le Paradis, fait uniquement défection du dernier. »[url=#_ftn12][12][/url]

El ‘Aïnî confirme notre propos : « La foi, dans le vocabulaire du Législateur peut renvoyer à son essence, quand elle n’est pas associée aux actes, comme dans le hadîth : « La foi est de croire en Allah, à Ses anges, à Sa rencontre, et à Ses messagers… »
Elle peut renvoyer également à la foi parfaite quand elle est associée aux actes, comme dans le hadîth : « Savez-vous quelle est la foi en Dieu l’Unique… C’est de témoigner qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah, et que Mohammed est le Messager d’Allah, d’accomplir la prière, de verser l’aumône… »

La foi qui immunise d’entrer en Enfer est de la seconde sorte à l’unanimité des musulmans, et celle qui immunise d’y éterniser relève de la première à l’unanimité des traditionalistes, contrairement aux mu’tazilites et aux kharijites… Ainsi, les anciens avec Shâfi’î à leur tête, octroient aux actes le statut de piliers selon la seconde conception, non la première. Ils considèrent que la foi demeure, malgré la défection des actes, en faisant allusion à sa première conception. Autrement dit, elle est à même de sauver de l’Enfer, étant donné qu’elle existe, bien qu’elle ne soit pas accompagnée des actes. »[url=#_ftn13][13][/url]

À suivre…


Par : Karim Zentici



[url=#_ftnref1][1][/url] Fath el Bârî (1/46).
[url=#_ftnref2][2][/url] Ma’ârij el qabûl (2/30).
[url=#_ftnref3][3][/url] Rapporté par el Bukhârî (n° 6560), et Muslim (n° 184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).
[url=#_ftnref4][4][/url] Majmû’ el fatâwâ (7/510-511).
[url=#_ftnref5][5][/url] Rapporté par el Bukhârî (n° 9), et Muslim (n° 35), selon Abû Huraïra (t).
[url=#_ftnref6][6][/url] Rapporté par el Bukhârî (n° 6560), et Muslim (n° 184), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwâ (7/514-518).
[url=#_ftnref8][8][/url] Majmû’ el fatâwâ (7/517-518, 520).
[url=#_ftnref9][9][/url] Voir : http://www.mizab.org/linteraction-entre-le-cur-et-les-actes
[url=#_ftnref10][10][/url] Voir : http://www.mizab.org/le-consensus-vs-le-hadth-de-la-shafa
[url=#_ftnref11][11][/url] Pour être mâni', jâmi', une définition doit être le plus élastique possible et englober le plus de cas possible, notamment les exceptions qui n'échappent pas à la règle, ce qui n'est pas le cas de la définition classique de la foi, si ce n'est qu'en regard de ses éléments constitutifs, non de toutes les catégories d'individus possible, wa Allah a'lam !
[url=#_ftnref12][12][/url] Voir : ‘umda el qârî (1/175).
[url=#_ftnref13][13][/url] ‘Umda el qârî (1/175).
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Message par Citizenkan le Jeu 1 Déc - 18:23

[size=32]Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi[/size]
(Partie 5)

• La divergence sur l’abandon de la prière

Le Qâdhî Abû Ya’lâ établit en parlant du désobéissant musulman : « Il s’agit de quelqu’un ayant fourni la croyance du cœur, et la parole, mais ayant délaissé les actes de dévotion – excepté la prière – et ayant commis des actes de débauche ; prend-il le nom de croyant ? » Ensuite, il enchaine : « L’Imâm Ahmed – qu’Allah lui fasse miséricorde – semble lui accorder le nom de croyant ayant certes une foi faible, mais sans lui enlever complètement ce statut. »[url=#_ftn1][1][/url]   

Après ce passage, l’auteur de la recension du livre, Su’ûd el Khalaf, qui est enseignant à l’Université de Médine fait le commentaire suivant : « S’il est fait ici exception à la prière, c’est en raison de la divergence qui existe sur la question entre savants. L’Imâm Ahmed a deux opinions concernant celui qui la délaisse sciemment, mais sans renier son aspect obligatoire. L’une le voue à la mécréance… et l’autre, dans laquelle il rejoint les Imâms Mâlik et Shâfi’î, le considère musulman. »

Plusieurs savants, à l’instar d’ibn Taïmiya et d’ibn Rajab, font mention de la tendance d’Ahmed selon laquelle il ne kaffar pas l’abandon des quatre piliers, avec la prière à leur tête, tout en reconnaissant leur aspect obligatoire.[url=#_ftn2][2][/url]

Ibn Rajab explique notamment, en commentaire au hadith « L’Islam est fondé sur cinq piliers… » : « En faisant disparaitre ces cinq piliers, l’édifice s’écroule, ou ne serait-ce que son pilier le plus grand, les deux attestations de foi ; toute annulation de l’Islam les remet littéralement en cause. Il règne la divergence entre savants sur la disparation des quatre autres piliers (prière, aumône, jeûne, pèlerinage) ; garde-t-on ou non le nom de croyant en les perdant tous ou ne serait-ce que l’un d’entre eux ? Doit-on distinguer entre la prière et les autres piliers, en disant que sans la prière, on perd également la foi ? Doit-on ajouter plus particulièrement l’aumône à la prière pour considérer l’absence totale de la foi ? Il existe une divergence notoire sur la chose entre savants, et toutes ces opinions sont imputées à l’Imâm Ahmed »[url=#_ftn3][3][/url]

Plus loin, il ajoute : « Quant aux autres éléments de l’Islam et de la foi (en dehors des quatre piliers ndt.), ils ne font pas sortir de l’Islam pour les traditionalistes, contrairement aux innovateurs comme les kharijites. »[url=#_ftn4][4][/url]
  
De grands commentateurs hanbalites reconnaissent la divergence sur l’abandon de la prière au sein de l’école. Ces derniers vont jusqu’à reprendre à leur compte la tendance selon laquelle celui qui délaisse la prière est passible de la peine de mort, mais sans devenir apostat. Nous avons pour ne citer qu’eux, Shams e-Dîn Abû el Faraj ibn Qudâma, le cousin et l’élève d’el Muwaffaq ibn Qudâma, qui impute cette opinion à ibn Batta et à la plupart des légistes dont Mâlik, Shâfi’î et Abû Hanîfa.[url=#_ftn5][5][/url] El Mardâwî, pour sa part, impute cette opinion à ibn ‘Abdûs, el Majd, ibn Razîn, etc.[url=#_ftn6][6][/url] El Muwaffaq lui-même la reprend à son compte dans el mughnî (2/442).

L’érudit Saksâkî qui est d’obédience hanbalite souligne : « Quand on délaisse la prière sans renier son aspect obligatoire, on est musulman, selon l’opinion la plus juste de l’Imâm Ahmed. La secte mansûriya, qui s’oppose à cette tendance, taxe les traditionalistes de murjites, car cela implique de dire, à leurs yeux, que la foi est composée de la parole sans les actes. »[url=#_ftn7][7][/url]

Il y a également une annale, selon laquelle Ahmed fut interrogé par son fils Sâlih : « J’ai interrogé mon père au sujet du crédo selon lequel la foi monte et descend, sur les éléments qui la font monter et descendre ?

  • Elle monte grâce aux actes et descend en délaissant les actes comme la prière, le pèlerinage, et les obligations religieuses. »[url=#_ftn8][8][/url]

 
Sheïkh ibn Bâz l’avait bien compris et faisait preuve d’une précision extraordinaire en distinguant entre les actes qui relèvent du shart sihha comme la prière (en sachant qu’il existe une divergence sur la question), et ceux qui touchent à la foi parfaite imposée, comme les autres actes.[url=#_ftn9][9][/url] Quand on lui posa la question : « Selon certains savants, celui qui délaisse (tark) les actes extérieurs, tout en fournissant l’attestation de foi, et l’essence de la foi émanant du cœur (asl el imân el qalbî) reste musulman. Est-ce qu’ils sont des murjites ? »
Voici quelle fut sa réponse : « Non, ce sont des traditionalistes ! Selon l’opinion la plus juste qui est imputée à certains savants, l’abandon du jeûne, de l’aumône et du pèlerinage est un péché énorme, mais qui ne fait pas sortir de la religion. Pour d’autres, il relève de la grande mécréance. Pour la prière, celui qui la délaisse sciemment, est un mécréant, selon l’opinion la plus juste, mais pour les autres piliers, il commet une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion, soit un grand péché… »[url=#_ftn10][10][/url]

On lui posa juste après la question suivante : « Sheïkh ! Par rapport à la réponse précédente, certains en ont compris qu’en prononçant l’attestation de foi sans faire d’actes, on a une foi faible. Est-ce que cette compréhension est bonne ? »

En réponse : « Oui. En vouant l’unicité sincère et exclusive à Allah, et en donnant foi au Messager d’Allah (r), mais sans verser l’aumône, ni faire le jeûne ni le pèlerinage dans la mesure du possible, on est un désobéissant ayant commis un grand péché et passible d’entrer en Enfer. On ne devient pas pour autant un mécréant, selon l’opinion la plus juste des savants. En revanche, celui qui délaisse sciemment la prière est un mécréant, selon l’opinion la plus juste. »[url=#_ftn11][11][/url]

Dans une autre fatwa, le Sheïkh associe sa voix à la lajna dâima (fatwa n° 1727) à laquelle on posa la question suivante : « Le cas de quelqu’un qui dit : lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah, mais sans procurer les quatre piliers (la prière, l’aumône, le jeûne, et le pèlerinage) ni les autres actes réclamés par la religion musulmane ; est-ce qu’il aura droit à l’intercession du Prophète (r) le Jour de la résurrection, de façon à ce qu’il échappe à l’Enfer, ne serait-ce qu’une période limitée ? »

Voici qu’elle fut la réponse : «  Celui qui dit : lâ ilâh illâ Allah Mohammed Rasûl Allah, mais qui délaisse les quatre piliers (la prière, l’aumône, le jeûne, et le pèlerinage) en reniant l’aspect obligatoire ne serait-ce que de l’un d’entre eux est un apostat – après avoir été prévenu – à qui on somme de se repentir. S’il s’y soumet, son repentir sera accepté, et il aura droit à l’intercession le Jour de la résurrection, à condition qu’il meure musulman.

Néanmoins, s’il s’entête à les renier, il sera mis à mort par les pouvoirs publics pour apostasie, et il n’aura pas le droit, dans ce cas, à l’intercession du Prophète (r) ni de personne d’autre. L’abandon de la prière à lui tout seul, même mu par la fainéantise et la négligence, relève de la grande mécréance qui fait sortir de la religion, selon l’opinion la plus juste des savants. Que dire alors si on associe à cela, l’abandon des autres piliers ? On sera, à fortiori, privé de toute intercession, en restant ainsi jusqu’à la mort.

Pour certains savants, l’abandon de ses piliers relève de la mécréance mineure (kufr ‘amali) qui ne fait pas sortir du cercle des musulmans. ces derniers estiment que le fautif jouira de l’intercession, bien qu’il commet des grands péchés, à condition, bien sûr, qu’il meure musulman. »

Le Comité permanent de la Fatwa et de la recherche

Président : ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz
Vice-président : ‘Abd e-Razzâq ‘Afîfî
Membre : ‘Abd Allah Qu’ûd
Membre : ‘Abd Allah el Ghudayân

Conclusion

Par rapport à la divergence sur l’abandon de la prière, les savants proposent grossièrement deux définitions d’asl el îmân[url=#_ftn12][12][/url] : 1°) l’une, sans actes, est constituée de qawl el qalb, ‘amal el qalb, et qawl e-lisân, et 2°) l’autre intègre la prière dans l’essence de la foi. Par ailleurs, il incombe de distinguer entre les éléments qui font entrer dans l’Islam (el qadr el mujzî lî dukhûr fi el islâm), et ceux qui permettent de s’y maintenir ; ce que j’appelle el istimrâriya fî el îmân. Or, concevoir cette fameuse essence sans les actes ne signifie nullement que ceux-ci ne sont pas intégrés dans la foi, ou que, mieux, la foi est inexistante sans les actes, en regard de l’interaction qui régit leur relation. En doutant de ce point, on rejoint, sans s’en rendre compte, la pensée murjite – en plus, bien sûr, de la tendance kharijite – qui occulte cette variation et cette interrelation, alors qu’on est sensé jeté le discrédit sur les auteurs traditionalistes qui tiennent compte de ce paramètre fondamental, à même de mieux appréhender le sujet si épineux de l’imân, fa tanabbah !

Wa Allah a’lam, wa bi Allah e-tawfîq !



Par : Karim Zentici


















[url=#_ftnref1][1][/url] Masâil el îmân (p. 313).
[url=#_ftnref2][2][/url] Voir : Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/610-611), et Fath el Bârî d’ibn Rajab (1/22-23).
[url=#_ftnref3][3][/url] sharh kitâb el îmân d’ibn Rajab (p. 26-27).
[url=#_ftnref4][4][/url] sharh kitâb el îmân d’ibn Rajab (p. 28).
[url=#_ftnref5][5][/url] Sharh el kabîr (3/39).
[url=#_ftnref6][6][/url] El insâf
[url=#_ftnref7][7][/url] El burhân fî ma’rifa ‘aqâid ahl el adiyân d’Abû el Fadhl ‘Abbâs ibn Mansûr e-Saksakî (p. 35).
[url=#_ftnref8][8][/url] Masâil el Imâm Ahmed (2/119).
[url=#_ftnref9][9][/url] Voir : aqwâl dhawî el ‘irfân du D. ‘Isâm e-Sinânî (p. 146), et mukhâlafât fî fath el Bârî d’Abd el ‘Azîz e-Shibl (p. 28).
[url=#_ftnref10][10][/url] Hiwâr hawl masâil e-takfîr
[url=#_ftnref11][11][/url] Hiwâr hawl masâil e-takfîr
[url=#_ftnref12][12][/url] Selon un chercheur, il est possible d’abandonner les quatre piliers de l’Islam, tout en gardant certains autres actes [Voir : nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui est une thèse universitaire du D. Mohamed el Wuhaïbî (2/137-138).]. Il s’inspire d’un texte d’ibn Taïmiya (le même que celui de Sheïkh el Barrâk) dans lequel il explique qu’un mécréant peut être loyal, juste, et honnête, sans pour autant devenir musulman, s’il ne se soumet pas à la Législation mohammadienne. On ne peut prétendre à l’Islam sans ne fournir aucune de ses obligations. L’essentiel, ce n’est pas de faire des actes, mais c’est de les faire d’une part avec foi et d’autre part, dans le cercle de la législation musulmane. En adhérant (dans la conviction et les actes) à ces deux conditions, on obtient le jisn el ‘amal, qui n’est donc pas propre aux quatre piliers de l’Islam, wa Allah a’lam !
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