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    Citizenkan
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    default L’invention de La Mecque

    le Sam 1 Avr - 12:28



    L’invention de La Mecque

    (Partie 6/1)



    Ibn Taïmiya rapporte l’adage arabe selon lequel l’amour rend sourd et aveugle ! Majmû’ el fatâwâ (9/314).

    Matthieu 13 : 13 : "parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre."

    « Ils ne comprennent pas, ils ne discernent pas, car leurs yeux sont encrassés, au point de ne plus voir, leurs cœurs le sont Aussi, au point de ne plus saisir ! » (Essaie 44 : 18). Le Nouveau Testament répète cette leçon dans Marc 4 : 11-12 et Matthieu 13 :11-15.





    Prologue



    À vouloir démontrer l’évidence, on ne fait que la rendre floue. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des thèses farfelues qui revisite l’Histoire à des fins pas toujours catholiques ! À quoi bon vouloir prouver par un sophisme éhonté que le soleil pointe au zénith, si ce n’est que la poussière lancée dans sa direction n’entamera jamais sa lumière. On cherche à tout prix à noyer tout ce qui bouge sur la berge de ses phobies ! Humble, tout chercheur digne de ce nom, fait profil bas. On ne construit pas de théorie loufoque sur des bribes d’informations, ne serait-ce qu’au minimum, sans parler d’honnêteté intellectuelle – ne soyons pas trop exigeant –, pour échapper au ridicule. « Je sais que je ne sais pas » disait le sage, et le savoir est une mer sans rivage, alors que la culture, c’est comme la confiture…



    Michel Orcel apporte sa pierre à l’édifice ! Dans L’invention de l’Islam, il confronte sereinement, avec la plus stricte neutralité, le corpus islamique à la science laïque contemporaine. Pour se faire, comme tout chercheur, il est retourné aux sources. Cependant, prenant en compte que l’essentiel des sources musulmanes est constitué de sources orales et que celles-ci ont été compilées par écrit tardivement, deux ou trois siècles après le prophète de l’Islam, Orcel est allé chercher d’autres éléments, des éléments « parallèles », exogènes. Il a ainsi utilisé des sources grecques, arméniennes, syriaques, non musulmanes, ou encore des sources musulmanes secondaires, qui ont été souvent écartées par la tradition.



    Pour notre chercheur, les éléments externes à la Tradition musulmane, viennent le plus souvent corroborer celle-ci. Que ce soit sur l’existence du Prophète de l’Islam ou bien sur la « constitution » du Coran, « il semble bien que l’islam soit mieux loti que le christianisme » pour lequel les plus anciens témoignages et textes (biographiques et dogmatiques) date de prés d’un siècle après la mort de Jésus. De même, nier l’existence de la Mecque et de la Kaaba avant l’époque des califes Omeyyades comme le font certains tenant de l’hyper-criticisme (pour ne pas dire certains « révisionnistes »), pour l’auteur « cela relève aujourd’hui non de l’hypothèse scientifique, mais de l’idéologie et presque de la mauvaise foi, tant sont nombreux les indices et témoignages contredisant cette thèse ».[1]

    Patricia Crone et Michael Cook défient le récit traditionnel selon lequel le Coran fut compilé du vivant de Mahomet quand ils écrivent « Aucune preuve de l'existence du Coran sous aucune forme n'existe avant la dernière décade du VIIe siècle de l'ère commune. » Ils soulèvent aussi le débat sur la précision de quelques-uns des récits « historiques » donnés par le Coran. On admet le plus souvent que le travail de Crone et Cook renouvelle l'approche dans sa reconstruction de l'histoire des origines de l'islam, mais leur récit alternatif de cet islam originel fut à l'origine quasi unanimement rejeté. Josef van Ess récusa leur thèse disant « qu'une réfutation n'est peut-être pas nécessaire vu que les auteurs ne font aucun effort de démonstration dans le détail... Là où ils ne donnent qu'une nouvelle interprétation de faits bien connus, ils ne sont pas décisifs. Mais là où les faits acceptés sont consciemment mis sous le tapis, leur approche est désastreuse. »



    https://fr.wikipedia.org/wiki/Historicit%C3%A9_de_Mahomet#cite_ref-40



    Pour ce qui concerne les thèses révisionnistes, quant à la non-existence de Mahomet, elles sont, pour l'instant, dépassées. Elles ont toutefois eu un grand mérite : ouvrir de nouveaux paradigmes. Pour paraphraser J. Johns, l'absence d'une preuve n'est pas la preuve d'une absence.



    L'approche historico-critique est bien entendu un dénominateur commun des orientalistes depuis les travaux de Ignaz Goldziher. Néanmoins, s'il est bien clair que l'histoire de Mahomet a été sacralisée à des fins de légitimation religieuse, dans un contexte marqué par la canonisation de la tradition islamique, on ne peut plus, pour autant, tomber dans les dérives ultra-critiques du courant « sceptique » représenté par Wansbrough et ses élèves (Gerald R. Hawting et Patricia Crone, entre autres). Certains d'entre eux, notamment Patricia Crone, sont revenus sur leurs thèses quant à l'historicité de Mahomet.



    Rattrapée par les faits, Patricia Crone, en effet, est revenue en partie sur sa thèse notamment dans deux articles :

    - Le premier a été publié en 2007  « Qurays and the Roman army: Making sense of the Meccan leather trade» dans le Bulletin of the School of Oriental and African Studies 70, n°1, 2007, pp 63-88 ;

    - Le second en 2008 : What do we actually know about Mohammed?

    En outre, même son maître John Wansbrough ne l'a pas suivi, pourtant chef de file de l'école de la critique radicale de l'Islam.



    Depuis 2007, P.Crone admet l'existence d'un site préislamique, et, il est vrai qu’elle n’a plus vraiment le choix avec les découvertes archéologiques récentes, notamment les graffitis qui témoignent de l’existence des chemins de Pèlerinage à la Mecque.



    Pour ce qui concerne la naissance de l’islam proprement dit, souligne Michel Orcel dans un interview, en passant au crible tous les témoignages externes, il m’apparaît en effet que seul le Prophète a une existence réelle dans les chroniques qui lui sont contemporaines ou de peu postérieures.  Il n’y a aucun témoignage externe de l’existence de Jésus avant Flavius Josèphe, soit à la fin du 1er siècle, et encore s’agit-il d’un témoignage en partie interpolé.[2] On voit donc que, de ce point de vue, l’avantage est indubitablement du côté du Prophète de l’islam – même si ses traces sont très floues.

    En revanche, du point de vue interne, la Sira est si tardive et les hadiths si peu fiables (d’un point de vue historique), qu’on ne peut rien tirer de certain sur les actes et les propos de Mahomet – même si le cœur de cette tradition a de bonnes chances d’être historique. Pour le christianisme, en revanche, malgré leurs incohérences partielles et surtout l’absence totales de documents d’époque (archéologiques et épigraphiques), les Evangiles sont très convergents et, surtout, l’Evangile de Jean présente un certain nombre de caractères qui peuvent le faire attribuer à un témoin direct, un jeune prêtre juif.



    Aujourd’hui, ces querelles scientifiques ont franchi les bornes des cercles académiques : l’immigration incontrôlée et même inquiétante que connaît l’Europe, la diffusion d’un islam politique qui a pris auprès des déshérités la place du communisme, l’apparition d’un terrorisme religieux et sacrificiel, parallèlement à l’expansion financière de l’islam wahhabite, tout aussi odieux, ont tout ensemble exacerbé et diffusé (via internet, notamment) l’islamophobie.[3]



    Paul-Éric Blanrue, qui depuis s’est converti à l’islam, s’est évertué à travers une enquête révisionniste à démystifier l’existence du Christ.[4] Comme par un effet de miroir, nos « amis » catholiques projettent sur leur meilleur ennemi la carence de leurs sources face à l’hypercritique.



    Michel Orcel pointe du doigt cette nouvelle islamophobie savante : « On exerce son agressivité sur un objet haï en tentant de le démolir de façon à la fois symbolique et rationnelle. La psychanalyse aurait là-dessus son mot à dire. Que peut signifier pour Mingana, Prémare, Gillot ou autres Gallez cette tentative de disqualifier, de discréditer, l’islam et le Coran en les historicisant ? Je l’ignore, mais il va de soi qu’il y a souvent là-dessous du « règlement de compte »…»[5]



    L’absence de preuves n'est pas forcément synonyme d'absences de faits



    L’étude de milliers de graffitis en Arabie Saoudite, jusqu’alors délaissés par les chercheurs, nous livrent une photographie de la société arabe et musulmane des débuts de l’islam totalement inédite. Gravés dans la pierre, analysés en masse, ces graffitis du Haute époque islamique écrits en caractères dits coufiques archaïques permettent de jeter un nouveau regard sur l’histoire des débuts de l’islam au VII-VIIIe de l’ère chrétienne et au Iier et IIe siècle de l’hégire que nous ne connaissions que par des textes hagiographiques et relativement tardifs.



    Pour ne prendre que le cas de l’Arabie, les prospections menées par le Département des Antiquités saoudien dans le cadre du Comprehensive Archaeological Survey fait état de plus d’un millier de textes coufiques non encore étudiés.

    Au regard des plus anciens monuments de l’écriture lapidaire arabe d’époque islamique, on est étonné par l’absence de références directes au religieux. Le graffito d’al-Muthallath près de Yanbuʿ en Arabie, daté de 23/643, étonne par son laconisme (Kawatoko, 2005 : 51) : kataba Salma thalath wa ʿishrîn (Salma a écrit en 23). Ce personnage anonyme a gravé son texte afin de marquer son passage en ce lieu et pour rappeler qu’il était l’auteur de la gravure. À cet effet, il introduit directement la datation sans employer le mot sana (année) traditionnellement utilisé. Le début du comput hégirien fut mis en place entre 16/637 et 18/639, sous le califat de ʿUmar (de Prémare, 2002 : 272), ce qui implique que le personnage ait eu connaissance de l’ajustement calendaire.



    Le formulaire du second graffito le plus ancien, trouvé à l’est d’al-ʿUlâ (Arabie) et daté de 24/644-45 (Ghabbân, 2003 : 337) se place dans la même logique : anâ Zuhayr katabtu zaman tuwuffiya ʿUmar sanat arbaʿ wa ʿishrîn (C’est moi, Zuhayr ! J’ai écrit à l’époque de la mort de ʿUmar, en l’année 24).[6]

    À Ruwâwa, près de Médine en 76/695, dans le contexte particulier d’une demande de guérison, nous relevons l’invocation suivante (Râshid, 1993 : 83) : Allâhumma ʿâfi Rabâḥ b. Ḥafṣ ’ûṣî bi-yad Allâh wa l-riḥm (Ô Dieu, rends la santé à Rabâḥ b. Ḥafṣ ; je recommande de se lier à Allâh et à la parenté).

    L’épigraphiste regrettera bien sûr que les tous premiers documents épigraphiques entourant l’avènement de l’islam (à Usays en -94 avant l’islam et en Arabie en 23, 24 et 27 de l’Hégire) ne nous fournissent aucun élément en rapport direct avec le religieux.



    Il paraît par ailleurs très probable que dans le lot des graffiti non datés puissent se trouver des textes antérieurs à l’apparition de l’islam, c’est-à-dire datables d’avant 1/622, date sur laquelle s’accorde la tradition historiographique.

    Les graffiti faisant état de la croyance des lapicides, stricto sensu, sont très nombreux en Arabie comme sur l’ensemble du Proche-Orient. Ils ne sont généralement pas datés et apparaissent sous des formulations variées ; les plus brèves, sans doute les plus anciennes, utilisent l’accompli comme l’inaccompli.



    Il est intéressant de noter que les déclarations de foi les plus anciennes s’adressent à la seule divinité nommée Allâh (ou rabb Seigneur) et que la mention du prophète Muḥammad en est absente. À titre d’exemple, un personnage a laissé un credo sur les parois d’une montagne de Dîsa où il décline les fondements de sa foi, incluant les anges et les livres révélés sans mentionner le (ou les) prophète(s) : âmana Ṣâliḥ b. Abî Ṣâliḥ bi-Llâh wa malâ’ikati-hi wa kutubi-hi (Ṣâliḥ b. Abî Ṣâliḥ croit en Allâh, en ses anges et ses livres). Parfois la croyance se voit évoquée d’une façon assez indirecte à travers la mention des peuples anéantis par Dieu : en 83/702 à Aqraʿ, non loin d’al-Ḥîjr (actuelle Madâ’in Ṣâliḥ) nous lisons : âmantu bi-mâ kadhdhaba bi-hi aṣḥâb al-Ḥijr (j’ai cru en ce que les gens d'al-Ḥijr ont nié).



    Derrière les particularités textuelles locales propres à chaque site, à savoir le choix d’une formule singulière répétée et recopiée à l’envie, il semble possible d’isoler de grandes tendances comme, par exemple, le recours aux invocations de demande de pardon, de miséricorde ou de bénédiction. Parmi celles-ci, les demandes de pardon sont les plus communes en Arabie comme sur l’ensemble du Proche-Orient. Elles prennent la forme stéréotypée d’une invocation à Dieu en faveur d’un personnage qui, dans la plupart des cas, s’avère être le lapicide lui-même.



     Dans la région de Najrân, nous trouvons la plus ancienne mention datable, en contexte, de 27/648.



    En termes de données matérielles, la plus ancienne mention du prophète remonte à l’année 66/685 sur une drachme arabo-sassanide (Walker, 1941 : 97) ; vient ensuite une pierre tombale égyptienne de 71/691 (Hawary, 1932 : 289) et l’inscription du Dôme du Rocher de Jérusalem datée de 72/692 (Grabar, 1996 : 184).



    S’attacher à étudier les graffiti exprimant la foi, souligne Frédéric Imbert, le spécialiste en la matière, c’est aussi entrer dans une logique d’argumentum ex silentio comme semble le montrer la question de la présence ou de l’absence du prophète, illustrant notre volonté de retrouver les premières strates de la croyance en islam à partir de ce que les graffiti ne mentionnent pas. Il faudra du temps pour comprendre vraiment les réalités religieuses de l’islam lapidaire que l’on pensait si évidentes. Les graffiti sont des textes qui ne disent que le nécessaire et vont à l’essentiel car la pierre est dure et la gravure difficile, interdisant de s’exprimer autrement que par la concision et l’allusion ; écrire la foi, c’est aussi aller à l’essentiel. Entre ceux qui exploitent les silences des témoignages de la pierre et ceux qui y lisent l’expression d’une croyance immuable, se trouve une voie médiane que la recherche en épigraphie se doit maintenant d’emprunter.[7]



    À suivre…

                         

    Par : Karim Zentici

    http://mizab.over-blog.com/






    [1] Voir : http://www.lescahiersdelislam.fr/Michel-Orcel-L-invention-de-l-islam_a866.html

    http://www.lescahiersdelislam.fr/De-la-dignite-de-l-islam-Refutation-de-quelques-theses-de-la-nouvelle-islamophobie-chretienne_a189.html

    [2] Ce témoignage est controversé : https://fr.wikipedia.org/wiki/Testimonium_flavianum

    [3] http://www.viabooks.fr/interview/michel-orcel-aux-sources-de-l-islam-46329

    [4] http://www.zetetique.ldh.org/jesus.html

    [5] https://iqbal.hypotheses.org/2251

    [6] La première inscription citant ʿUmar fut trouvée par le chercheur saoudien A.Ghabban à Qāʿ al Muʿtadil à l’est d’al-ʿUlā en Arabie. Il s’agit d’un texte à portée purement historique daté de 24/644 : anā Zuhayr katabt zaman tuwuffiya ʿUmar sanat arbaʿwa ʿišrīn (C’est moi, Zuhayr ! J’ai écrit à l’époque de la mort de ʿUmar, en l’année 24). Autrement dit, ce graffito est postérieur de seulement 12 ans à la mort du prophète.

    Plus récemment, en 2012, deux autres graffiti mentionnant le même personnage ont été découverts par nos soins sur le site d’al-Murakkab près de Najrān au sud de l’Arabie Saoudite. Un graffito unique, récemment trouvé près de Taymā’ en Arabie Saoudite, cite l’événement [de l’assassinat du troisième calife] 17 : Anā Qays al-kātib Abū Kuṯayr, laʿana Allāh man qatalaʿUṯmān b. ʿAffān wa aḥ a ṯṯ a qatla-hu taqtīlan (je suis Qays, le scribe, Abū Kuṯayir. Que Dieu maudisse celui qui a assassiné ʿUṯmān b. ʿAffān et [ceux qui] ont incité à ce meurtre sans pitié!) Le calife ayant été tué à la toute fin de l’année 35 h., le texte doit probablement dater de l’année 36/656, l’année de la bataille du Chameau.

    http://www.academia.edu/30937312/Note_%C3%A9pigraphique_sur_la_d%C3%A9couverte_r%C3%A9cente_de_graffiti_arabes_mentionnant_le_calife_%CA%BFUmar_b._al-%E1%B8%AAa%E1%B9%AD%E1%B9%AD%C4%81b_Najr%C3%A2n_Arabie_Saoudite_

    [7]http://www.academia.edu/30964676/LE_CORAN_DES_PIERRES_STATISTIQUES_EPIGRAPHIQUES_ET_PREMIERES_ANALYSES
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    Citizenkan
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    default Re: L’invention de La Mecque

    le Dim 2 Avr - 12:09

    L’invention de La Mecque

    (Partie 6/2)



    Les résultats des dernières découvertes dans le domaine de l’épigraphie islamique en Arabie Saoudite



    Les récentes prospections épigraphiques menées en Arabie Saoudite en novembre 2012 dans le cadre de la mission Oasis d’Arabie (CNRS, UMR 8167) ont permis de découvrir de nouveaux textes arabes datant des deux premiers siècles de l’Hégire. Il s’agit essentiellement de graffiti islamiques que la mission épigraphique se donnait pour but de relever et d’analyser. Lors d’une première prospection autour de la ville de Najrân (au sud de l’Arabie, près de la frontière yéménite), note l’épigraphiste Frédéric Imbert, notre attention a été particulièrement attirée par une cinquantaine de graffiti rassemblés sur des amoncellements de rochers au lieu-dit al-Murakkab. Les relevés systématiques ont mis en évidence la présence d’un noyau de textes très anciens dont l’un est daté de 59 de l’Hégire (678 de notre ère). Curieusement, ce texte est associé à des représentations gravées grandeur nature d’hommes aux bras levés dans la position dite de l’orant. Sans aucun doute ces figures humaines sont contemporaines des textes épigraphiques ; au-dessus de l’une d’entre elles, le nom d’al-Hayṯam b. Bishr se trouve gravé et se répète dans divers autres sites des alentours de Najrân.[1]



    « En 1998, s’enthousiasme notre épigraphe de renom – ce qui ressemble à un aveu déguisé – nous avions posé les premiers jalons d’une réflexion se fondant sur l’analyse des graffiti de Jordanie, réflexion à travers laquelle nous devinions la matière d’une orientation nouvelle en épigraphie arabe. »



    La nature des textes que nous découvrons petit à petit est parfois surprenante et relève d’une épigraphie de tous les possibles. Il est bien évident que les résultats auxquels nous sommes parvenus demandent encore à être confortés à la lumière de nouvelles analyses et de nouveaux textes épigraphiques. »[2]



    La Ka'ba, un point d'eau pérenne, un enclos sacré



    Professeur à l'université Paris VIII-Saint-Denis, la spécialiste Jacqueline Chabbi, qu’on ne peut soupçonner d’islamophilie, admet que la Ka'ba mecquoise fut édifiée à une époque indéterminée, peut-être vers la fin de la période romaine (sic). Ptolémée, géographe grec alexandrin du IIe siècle apr. J.-C., connaît la ville sous le nom de Macoraba. Ce nom, d'origine sémitique certaine, signifie probablement le « lieu du sanctuaire » pour indiquer que s'y trouve – comme ailleurs en Arabie – un espace sacré, porteur de divers « interdits », autrement dit un haram. Du fait de son étymologie qui ramène par inversion au mot baraka, le nom ptoléméen de Macoraba suggère que ce lieu sacré ait été relié à la présence d'une eau pérenne, qui se serait conservée durant les périodes de pire sécheresse, dans un ou dans plusieurs puits. La baraka combine en effet la notion de bénédiction avec celle de la présence d'une eau d'origine pluviale, condition essentielle de survie pour les populations de ces zones arides. (…)



    Quant à son apparence primitive, la Ka'ba apparaissait probablement au départ comme un simple enclos de pierres sans toit, édifié à proximité immédiate du point d'eau salvateur au fond d'une vallée sèche et non arborée. Sa construction dans ce lieu insolite signalait manifestement déjà une intention cultuelle et confirmait son caractère d'espace sacré. (…)



    Pointant par ses angles vers les points cardinaux, l'enclos sacré primitif, ébauche du cube actuel, aurait eu pour fonction de servir de support fixe à des roches sacrées. Il s'agissait sans doute qu'elles ne fussent pas emportées par les eaux lors de la submersion du site qui intervenait de loin en loin. En effet, cet enclos sacré qui faisait certainement déjà l'objet d'un rituel de pèlerinage se terminant par un sacrifice, se tenait, comme il est demeuré aujourd'hui, au plus bas de la cité. Celle-ci, traversée de ravines profondes entre des hauteurs abruptes, situe la Ka'ba dans le lieu de confluence de plusieurs vallées sèches. L'actuelle urbanisation forcenée du site, hérissé de palais princiers ou de gratte-ciel, ne parvient pas à masquer cette configuration particulière du terrain. (…)



    Selon le régime bien connu des oueds, ce bas-fond que les textes anciens nomment de façon significative le « ventre » de La Mecque était temporairement et périodiquement inondable, avant que des grands travaux récents de canalisation ne mettent le site à l'abri de cet inconvénient. Ce n'en était pourtant pas un à l'origine, car l'eau provisoirement débordante approvisionnait les puits locaux et assurait l'abondance persistante de leur eau. Le flux submergeant devait donc être considéré comme une bénédiction.[3]



    Généralité



    Voir : http://www.cite-catholique.org/viewtopic.php?t=22674



    La Mecque/Mekke « Makka » est, selon la tradition, la ville ou naquit le prophète en 570 ap JC … Son nom tant à se confondre avec son sanctuaire à savoir la Ka’ba (baytu Ilâh/Maison de Dieu) … La ville et d’ailleurs la Ka’ba existe bien avant l’Islam : le géographe Ptolémée (II siècle) mentionne la « Macoraba » qui peut être identifiée à La Mecque … et Diodore de Sicile parle d’une « pierre très sainte vénérée par les Arabes » qui ne peut être que la Pierre noire de la Ka’ba.

    La Mecque était depuis des siècles, avant l’Islam, un lieu de pèlerinage … Les Arabes idolâtres et polythéistes révéraient, dans la Ka'ba leurs divinités tribales ainsi que la Pierre noire descendue du ciel.



    Le prophète Mahomet fera disparaître les idoles mais gardera le nom du Dieu unique … Le Dieu par excellence : « al 'Ilah » (Allah) appelé aussi dans les tribus du sud de l'Arabie … « al Rahman » le Miséricordieux ce nom d'après Ryckmans : « désigne le Dieu unique dans les inscriptions monothéistes sabéennes » … Il respectera la Pierre noire que les Musulmans vénèrent encore aujourd'hui et le puits de Zamzam … Les pratiques cultuelles anciennes, comme les circuits/tournées (7 fois) autour de l'édifice sacré et l'immolation d'animaux à 'Arafa, à l'issue du pèlerinage annuel … seront aussi maintenues.

    Toutefois, pour la tradition musulmane … il semble que ce ne soit pas la Ka’ba qui a donné naissance à la cité mais bien « l’eau » … celle d’une source que Dieu aurait fait miraculeusement jaillir en cette vallée désertique (nous sommes ici en plein Hijaz) pour sauver une esclave et son fils qui mourraient de soif … reprise du récit biblique de Gn (20,10-18) concernant Agar et son fils … cette source qui « jamais ne tarira » est celle dont s’abreuvent de nos jours les pèlerins et porte le nom de « Zamzam » (situé à l’orient de la Ka’ba).

    D’ailleurs le nom de « Macoraba » d’un point de vue de son étymologie nous ramène à « baraka » … ce qui suggère la présence d’une eau pérenne … « baraka » combine la notion de « bénédiction/chance » avec celle de la présence « d’eau » d’origine pluviale.



    La Mecque est nommément désignée dans le Coran qu’à deux reprises en (3,96) et (48,24) :



    a) en (3,96) : Ici avec le nom de Bakka qui fait référence à une époque beaucoup plus reculée … celle du « premier temple/sanctuaire institué pour les hommes » … car pour le Coran le cycle prophétique commence par Abraham qui serait le fondateur de la Mecque (et donc de ce premier sanctuaire) … et dont les « assises ont été élevées » avec Ismaël (2,127) … et c’est là qu’Abraham aurait demandé à Dieu un « Messager » issu de sa descendance (2,129) … ce messager n’étant autre que Mahomet.

    À cette « légitimité » historique (via Abraham) vient se greffer une « identité » ethnique des « habitants de la Mère des Cités » et de ses environs … ce principe identitaire permet de « particulariser » le peuple de la « Mecque » (et de ses environs) au même titre que les juifs et les chrétiens.

    Les exégètes en ont conclu que la Mecque (Makka) s’appelait initialement « Bakka » … mais enfin tout cela ce sont des « croyances » au même titre que celles de la Bible … nous sommes dans une « continuité » mythique.

    b) en (48,24) : Ici avec le nom Mecque/Mekke … où il est fait référence à la « vallée de la Mecque (batn Makka) » et la bataille entre polythéistes et musulmans (donc à l’époque de Mahomet). Mais nous avons d’autres versets où la Mecque est mentionnée en tant que … « cité » (2,126) (14,35) (27,91) (28,57) (29,67) (45,3) … ou « mère des cités » (6,92) (42, 7) etc.



    A-t-on des références sur l’existence de la Mecque avant l’Islam ?



    Ce problème est une constante dans les « critiques » qu’elles soient sur le Coran ou sur la Bible … nous n’avons qu’à nous remettre en mémoire le cas de Nazareth … sans parler de la Jérusalem de l’AT. Le moins que l’on puisse dire c’est que les géographes et autres historiens de l’Antiquité ne se bousculent pas pour nous parler de la Mecque … cela vaut ce que ça vaut, Ptolémée et Diodore de Sicile, et il y en a bien sûr d’autres.



    Passage en revue :



    a) Il est une ville d’Arabie qui est connue depuis la plus haute antiquité, c’est « Taymâ » … elle se situe sur un centre routier reliant l’Arabie (Sud de la Mecque), à la Syrie (environ 1000 Km de Damas), puis à la Mésopotamie (environ 1000 Km de Babylone) … Elle est mentionnée pour la première fois sous Teghlath-Phalazar III (744-727 av JC) qui lui imposa un tribut. Mais, chose encore plus extraordinaire, cette oasis (de surcroit Arabe) a été hissée au rang de capitale Babylonienne sous Nabonide (556-539 av JC) … Ce dernier y séjourna une dizaine d’années, et construisit un palais prestigieux (voir Beaulieu « le règne de Nabonide »).



    b) Un autre nom de la Mecque est « Kûthâ » … c’est le même nom portée par une cité Mésopotamienne (autre lien avec la Mésopotamie) abritant le Temple de Nergal depuis ses origines … C’est le géographe arabe Yâqût qui avance ce nom donnée à la Mecque (voir son : « Dictionnaire des Pays ») … Ce dernier fournit quelques indications sur les origines de cette dénomination mésopotamienne. Yâqût explique que dans un premier temps … cette dénomination ne s’appliquait qu’au quartier de la famille mecquoise à charge du Temple … et ensuite celle-ci finit par désigner l’ensemble de la cité.



    Selon Al Yaqût, « Bakka » désigne l’emplacement de la Kaaba tandis que Mekka désigne l’ensemble de la cité qui porte une vingtaine de noms : Nassa, Bassa, Kutha, al Haram, ar Râs, Al qâdis al Hatîma, et plus souvent : Umm-l-Qurâ (métropole ou mère des cités) et aussi Bayt-al-‘atiq : le temple antique… Géographes et commentateurs pensent que le terme de « Bakka » serait d’origine chaldéenne.



    D’autre part Yâqût (via les dires de Alî ibn Abî Tâlib cousin de Mahomet) nous dit que les Qurayshites provenaient de la cité de Kûthâ … plus exactement ils se disaient Nabatéens venant de Kûthâ. Et enfin Yakût de préciser que les habitants de la Mecque peuvent s’appeler « kûthî » ou « kûthânî » … en donnant des noms de Mecquois portant ces noms.



    c) L’historien Toufic Fahd, dans son étude sur « Le Panthéon de l’Arabie Centrale à la Veille de l’Hégire » montre que le terme de « Nabatéens de Kûthâ » désignait, entre autres, les descendants de Qusayy (réformateur qurayshite). Il explique aussi que ce nom de « kûtâh » serait aussi en rapport avec Abraham … mais bon !



    d) Pour ce qui concerne Ptolémée qui intègre l’Arabie dans sa cartographie … il donne une localité du nom de « Macoraba/Makoraba » qui est, sauf preuve du contraire, identifiée à la Mecque … pour les « mordu » d’invariance des noms, ce dernier signale une autre localité du nom de « Lathrippa » qui n’est autre que « Yathrib » et maintenant « Médine ».



    e) L’historien Romain Ammianus Marcellinus (vers 330) dans un de ses livres donne la liste de 7 cités d’Arabie Occidentale … dont l’une est « Hiérapolis » (pouvant se traduire par « ville sainte ») … c’est qu’à son époque la « sainteté » de la Mecque était clairement établie … ce qui n’était pas le cas sous Ptolémée qui lui parle de Macoraba.



    f) Edward Gibbon … dans son livre « le déclin et la chute de l’Empire Romain » parle de la Mecque et de la Ka’ba en faisant référence à Diodore.



    g) Dans un ouvrage sur le commerce ayant pour titre : De la politique et du commerce des peuples de l'antiquité ... nous avons bien la confirmation que la Mecque est bien l’ancienne Macoraba … ceci en faisant référence à M. Seetzen.



    h) Une dernière référence il faut savoir terminer … qui confirme bien que la Mecque n’est autre que Macoraba, à savoir : La route caravanière de l’encens dans l’Arabie préislamique qui nous renseigne que : « …les arrêts suivants étaient la Tabala de Ptolémée (actuelle Tabâla), Jarab et, la route suivant un long passage sédimentaire sur Harrat al-Buqûm jusqu’au wâdî Karâ, al-‘Ulaba dans le wâdî Turba. Puis, contournant par l’est les montagnes de cette partie du Hédjaz et suivant plus ou moins le tracé de la route actuelle qui contourne Harrat Hadan, la caravane gagnait les puits de Bi’r ‘Ân (ou Hâthin) puis ‘Ukâz - bien connue pour avoir été un centre majeur de réunion annuelle pour les tribus préislamiques venues débattre de questions commerciales, politiques ou sociales, mais aussi pour ses joutes de prose et de poésie. La Mecque, la Macoraba de Ptolémée, se trouve à trois jours de marche plus à l’ouest ; il est impensable que les caravanes ralliant la Méditerranée se soient détournées d’autant pour y faire étape. Ainsi, seuls les commerçants en route pour la Mecque laissaient la route principale derrière eux pour suivre celle qu’empruntèrent les pèlerins du Moyen Âge, route passant par Qurn al-Manâzil (aujourd’hui al-Sayl al-Kabîr) et al-Zayma. De Bîsha à ‘Ukâz, près de 260 kilomètres étaient ainsi parcourus en six jours de marche. »[4]



    De nombreux autres bétyles,[5] parfois nommés également Kaaba, ont été adorés par les Arabes préislamiques. Ainsi, faisant allusion à la pierre noire de Dusares à Petra, Clément d'Alexandrie mentionnait vers 190 « que les Arabes adorent des pierres ».[6]



    À suivre…

                         

    Par : Karim Zentici

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    [1] http://www.canalacademie.com/ida10344-Graffiti-islamiques-du-debut-de-l-islam-nouvelles-decouvertes-en-Arabie-Saoudite.html

    [2] http://remmm.revues.org/7067

    [3]https://www.clio.fr/BIBLIOTHEQUE/aux_origines_de_la_mecque_le_regard_de_l_historien.asp

    [4] https://cy.revues.org/160

    [5] Bétyle/Béthel même combat … Je vous renvoie à Jacob notamment Gn (28,18-19 ; 31,13 et 35,1-15).

    Abraham a construit son premier temple à béthel, dans la vallée de Beka/Baka, aux environ de jerusalem.

    [6] Saint Clément d'Alexandrie, l'un des Pères de l'Église, est né à Athènes vers 150 et mort en Asie Mineure vers 220 :
    https://books.google.fr/books?id=Hek1AAAAMAAJ&pg=RA2-PA476&lpg=RA2-PA476&dq=maco+raba&source=web&ots=eyNYx8_ZyE&sig=auC9R_l_9tjqjuyCc54ymZAZxdE&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false par Jacques-Antoine Dulaure, né le 3 décembre 1755 à Clermont-Ferrand et mort le 18 août 1835 à Paris, est un archéologue et historien français.

    https://books.google.fr/books?id=c6VEJ6J17RUC&pg=PA64-IA2&lpg=PA64-IA2&dq=cl%C3%A9ment+d%27alexandrie+arabes+pierre&source=bl&ots=eKW5Qh_GMf&sig=WiPNqJGhpkWQ3Gd6TRh0hg94Gwk&hl=fr&sa=X&ei=p__WT9_fEuai0QXDtPyPBA&ved=0CFoQ6AEwBA#v=onepage&q=arabes%20pierre&f=false
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    default Re: L’invention de La Mecque

    le Lun 3 Avr - 10:38



    L’invention de La Mecque

    (Partie 6/3)



    Reprenons les principaux protagonistes de notre enquête



    Diodore de Sicile (Ier siècle av. J-C) :



    Voir : http://remacle.org/bloodwolf/historiens/diodore/livre3.htm



    XXI. Description du rivage du golfe arabique.



    On y trouve plusieurs habitations d'Arabes Nabathéens qui occupent non seulement une grande partie du rivage mais qui s'étendent même très avant dans les terres. Ces Arabes sont en grand nombre et ils possèdent une quantité infinie de bestiaux.



    Ceux qui habitent aux environs s'appellent Bnizomènes, ils ne vivent que de leur chasse. On trouve dans ce pays un temple respecté de tous les Arabes.



    René Brunel confirme : « (…) Nous supposerons quand à nous que l'antique Ka'aba, dont Diodore de Sicile parlait cinquante ans avant Jésus-Christ comme étant le véritable panthéon de l'Arabie païenne, était visitée par le culte Egyptien de Bubastis dans le pèlerinage chaque année, lors des fêtes votives qui s'y donnaient (...) » René Brunel, Le monachisme errant dans l'Islam, Sidi Eddi et les Heddawa, Paris, Maisonneuve et Larose, 2001, p. 428



    (….) D'après la tradition musulmane, La Mecque est le premier point qui surgit des eaux lors de la création. Ismaël y vécut et y fut enseveli après avoir élevé un temple au dieu de son père Abraham. Sa nombreuse postérité fut dépossédée de la garde de ce temple par les Banou Djorhom, tribu yéménite. La Kaaba et la Pierre noire doivent, dès une haute antiquité, avoir attiré les pèlerins de l'Arabie entière; Diodore de Sicile parle d'une pierre très sainte vénérée des Arabes qui ne peut être que la Pierre noire (…)



    « Ce serait, selon Claude Addas, à partir de la moitié du IIIe siècle de notre ère que les pierres constituant des répliques de la Pierre noire lors des voyages en dehors de la Mecque seraient devenues idoles, et de plus en plus fabriquées en bois, au lieu de pierre. Cela, après que 'Amr ibn Luhay importe Hubal,[1] et puis d'autres idoles d'al-Balqâ vers la Mecque. » Claude Addas, article Idoles in M.A. Amir-Moezzi, Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p.408-409.



    Pline, encyclopédiste du premier siècle



    VII- « … à 112.500 pas de tour, et est éloignée de la Perse de plus de 112.500 pas ; on n'y arrive que par une passe étroite. Asgilia, île ; nations : les Nochètes, les Zuraches, les Borgodes, les Cataréens, les Nomades ; le fleuve du Chien. Au delà, un littoral que la navigation n'a pas exploré de ce côté, à cause des écueils, au dire de Juba, qui a omis la mention de Batrasabbes, ville des Omanes, et d'Omana, dont les auteurs précédents avaient fait un port célèbre de la Carmanie ; il a omis aussi Omna et Athana, villes que nos négociants disent être aujourd'hui un des rendez-vous les plus fréquentés du golfe Persique.


    VIII- Au delà du fleuve du Chien, d'après Juba, une montagne qui semble brûlée ; la nation des Epimaranites ; puis les Ichthyophages ; une île déserte ; la nation des Bathymes ; les monts Eblitéens ; l'île Omoenus ; le port Machorbe ; les îles Etaxalos et Onchobrice ; la nation des Chadéens ; plusieurs îles sans nom ; îles renommées, Isura, Rhinnéa, et une île voisine où sont des colonnes de pierre portant des inscriptions en caractères inconnus ; le port de Goboea ; les îles Bragae, désertes ; la nation des Thaludéens ; la région de Dabanegoris ; le mont Orsa, avec un port ; le golfe Duatus ; plusieurs îles ; le mont Tricoryphos ; la région de Cardalène ; les îles Solanides et Capina ; les îles des Ichthyophages ; puis Glari, le littoral Hamméen, où sont des mines d'or ; la contrée Canauna ; les nations des Apitames et des Gasanes ; l'île Devade ; la fontaine Goralus ; les îles Calaeu et Amnamethu ; la nation des Darres ; l'île de Chélonitis, plusieurs îles des Ichthyophages ; Eodanda, déserte ; Basag ; plusieurs îles des Sabéens… »[2]



    Concernant « Dabanegoris » port d’Arabie du Sud et que PC nous dit qu’il serait situé entre « Oman et Hadramawt » … est faux c’est une extrapolation de sa part. Pline parle du Golfe Persique décrivant la côte ceci jusqu’au chap. 149 … Puis, il parle de l’Arabie du Sud avec la route de l’encens. Mais les ports de « Dabanegoris » et de « Mochorbae » ne sont mentionnés qu’au chap. 150 … c’est donc PC qui fait d’elle-même le lien de dire que ces ports sont situés entre « Oman et Hadramawt » et non Pline. Et personne n’a jamais entendu parler de tels ports en Arabie du Sud !!!



    PC nous dit également que Quraysh n’est pas un nom patronyme et qu’un groupe de Qoréchites devrait s’appeler les Banî Fihr … en fait c’est tout à fait le contraire, car Quraysh désigne les descendants des Banî Fihr. L’histoire des génécologies est assez complexe ici comme ailleurs … en préalable il est question de la tribu des Kinanah qui est à l’origine de Quraysh … tout cela remonte à l’ancêtre mythique du nom de Adnan (Arabe du Nord) … la tradition rattache Mahomet à cette généalogie au bout de 21 générations.



    Il est important de noter qu'il y a Pline l'ancien et bien d'autres auteurs qui eux mêmes ne citent même pas Jésus alors qu'ils citent tous les autres personnages de la même époque. Comment prétendre s'appuyer sur de tels personnages si eux-mêmes ne citent même pas le Messie ?



    Je cite : ’’Philon d'Alexandrie n'a jamais rien écrit sur Jésus Christ dans aucun de ses ouvrages... Ni d'ailleurs aucun des contemporains : Valerius Maximus (-14 à 37), Pline L'Ancien (23 à 79), Silius Italicus (25 à 100), Perse (34 à 62), Lucain (39 à 65), Dion Chrysostome (40 à 120), Stace (40 à 95), Martial (40 à 104), Sénèque (-4 à 65), Juvénal (65 à 128), Tacite (55 à 120), Pline le Jeune (61 à 114), Suétone (70 à 140), Valerius Flaccus (70 à 100), Plutarque de Chéronée (46 à 120), Pétrone (mort en 65), Quintilien (30 à 96), Apulée (125)’’



    Claudius Ptolémée géographe du IIème siècle de notre ère



    Carte de Ptolémée : http://i59.servimg.com/u/f59/18/97/64/80/291610.jpg

    http://i59.servimg.com/u/f59/18/97/64/80/ptolem10.jpg



    Le catalogue des toponymes de Ptolémée constitue la seule véritable source topographique concernant l’intérieur de l’Arabie durant la période classique. Localiser les sites reste toutefois difficile en raison de l’imprécision des données de longitude.[3]



    Macoraba y est bien mentionnée au sud de Lathrippa (Yathrib qui deviendra Médine) à un endroit qui correspond à la Mecque aujourd'hui :

    http://www.heritageinstitute.com/zoroastrianism/reference/ptolemy/index.htm



    Cyril Glassé écrit dans son Dictionnaire encyclopédique de l'Islam : (La) Mecque (Makkah al-Mukarramah; litt. "La Mecque [cité] bénie. Pendant des millénaires, La Mecque fut un centre spirituel. Ptolémée, le géographe grec du IIe siècle, mentionne La Mecque, en l'appelant "Makoraba". Certains ont interprété ce nom comme signifiant "temple" (de "Maqoribah" en sud-arabique). Les Puramas dravidiens parlent aussi d'un lieu sacré ancien, dédié au dieu de sagesse. A l'origine, La Mecque s'appelait Bakkah ("étroite"), terme rendant compte d'un site entassé entre deux montagnes qui enserrent la ville et la vallée des lieux sacrés. Le Coran dit: "Le premier temple qui ait été fondé par les hommes est celui de Bekka [Bakkah], temple béni, qibla de l'Univers". (III, 90) C. Glassé Dictionnaire encyclopédique de l'Islam, Paris, Bordas, 1991, p. 257-258



    G E von Grunebaum entérine cette thèse : « La Mecque est mentionnée par Ptolémée, et le nom qu'il donne nous permet de l'identifier à une fondation sud-arabique, créé autour d'un sanctuaire. » G E Von Grunebaum, Classical Islam: A History 600-1258, George Allen & Unwin Limited, 1970, p. 19.



    Patricia Crone nous dit : si tant soit peu qu’il ait parlé de « Makka », Ptolémée la dénomme « Moka » une ville d’Arabe Pétrée.



    Il y a bien à Pétra (dans l’état Arabe de Anbat) une ville dénommée « Moka » … mais c’est une ville continentale qui par définition n’a pas de port … il est possible que les tribus d’Anbat se disent originaires du Hedjaz … il est aussi probable qu’ils nommèrent leur ville « Moka » à l’identique de la Mecque comme étant un bon présage … c’était une coutume dans l’antiquité (et même après) que le nom du lieu de chute/migration soit identique au nom du lieu de départ … un seul exemple chez les grecs est Alexandrie en Égypte.



    PC nous dit que « Mocoraba » serait assimilé à la Mecque sur la base d’une « vague similitude » avec « Makka-Rabba » (la Grande Mecque). Personne n’affirme cela pour dire que Mocoraba est bien la Mecque car … la traduction correcte serait la « maison du Seigneur » ou la « maison de Dieu » puisque … la racine « mkk » signifie « maison » et « Rabba » signifie « Seigneur/Dieu » en Arabie du Sud … le terme de « Makka-Rabba » se traduirait donc par « Maison/Temple de Dieu ».



    Le nom des cités antiques ne reflète pas toujours les usages linguistiques de leur propre peuple … ainsi en prenant par exemple le nom Égypte, il n’a pas le même sens en arabe/sémitique qu’en grec … mais nous ne pouvons (et pour cause) conclure que nos ancêtres Égyptiens parlaient en langue sémitique voire en grec ! Dans cette même optique quid de Thèbes … est-ce une province grecque dans l’antiquité ?



    Si le nom Arabe de l’Égypte est bien d’origine sémite (via Misr et plusieurs de ses dérivés notamment Missr, Missreen, et Missr dans le Coran) … son nom dans le langage courant est bien d’origine Grecque. Il est donc difficile de trouver (retrouver) l’exacte explication du nom des lieux de l’antiquité … et encore plus de les rattacher à une langue ou un peuple.



    Si donc à une période de l’histoire « Macoraba » a été reliée à la notion de « Maison de Dieu » … c’est qu’à un moment donné ces deux termes ont été confondus … le Coran signale bien la Ka’ba comme étant la « Maison/Temple/Sanctuaire » … qui est bien la première « maison de culte » (3,96).



    Enfin PC nous dit que si « Macoraba » était situé dans un environnement arabophone … il faudrait dire « Muqarraba ».



    Et quand bien même, ses doutes étaient fondées, cela ne remettrait nullement en cause l’existence préislamique de la Ville sainte des musulmans. En témoigne ce commentaire de l'éditeur de l’œuvre d'Edward Gibbon, « La Mecque (Makkah) ne peut être la Macoraba de Ptolémée ; les situations ne s'accordent pas, et jusqu'au temps de Muhammad, elle portait le nom de Becca, ou la Maison, dû à son temple célèbre. Elle est appelée ainsi même dans quelques parties du Coran. »[4]



    Maxime de Tyr



    Maxime de Tyr, philosophe et rhéteur du IIème siècle de notre ère y fait allusion dans son huitième chapitre de ses dissertations : « [...] Les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l'objet sensible de leurs adorations, je l'ai vu, c'est une pierre quadrangulaire. »[5]



    On observe que Mohammed n'a pas renié l'ensemble des croyances païennes Hejazi et plus largement Antiques, avec le mythe des Bétyles (Pierre Noire de la Kaaba), les Djiins, la circumambulation, la lapidation symbolique du diable etc. Cassius Maximus Tyrius (grec du IIe siècle) dans ses Dissertations, au IIe siècle, rapporte : « les Arabes adorent aussi, mais je ne sais quoi. Quant à l'objet sensible de leurs adorations, je l'ai vu, c'est une pierre quadrangulaire. » (Maxime de Tyr, Dissertations, VIII)



    Quant à la ville, La Mecque, elle est citée dans les puranas, écrits hindous, en tant que temple du dieu de la sagesse "Shiva".



    Ammien Marcellin historien de l’Antiquité tardive



    PC passe un peu trop rapidement sur Ammien Marcellin … se contentant de dire qu’il est nul fait mention de Makka dans ses écrits. Pour rappel : Ammien Marcelin est un historien qui écrit au IV siècle ap JC … il est né à Antioche (Syrie) d’une famille aisée … Son œuvre en latin couvre la période de 78 à 378 … malheureusement les 13 premiers tomes sont perdus et il ne reste que les 14-31 relatant les évènements de 353 à 378.



    Il fait mention de 7 cités d’Arabie Occidentale … 5 de ces 7 villes se retrouvent chez Ptolémée exactement dans le même ordre … Cela suggère que les deux avaient sous les yeux la même liste … Ammien ne mentionne pas la « Macoraba » de Ptolémée … mais il fait mention d’une ville qu’il nomme « Hiérapolis » (Ville sainte) qu’il situe en Arabie de l’Ouest … ceci ne peut que être rapproché avec la Mecque qui a l’époque d’Ammien avait acquise une « sainteté » (nous somme au IV siècle) qu’elle n’avait pas du temps de Ptolémée … cela semble une raison pour expliquer pourquoi Ammien l’appelle « Hiérapolis » et non « Macoraba » comme Ptolémée.



    Personne n’a dit … du moins avant le IV-V siècle … que la Mecque était un centre commercial d’importance (au sens du transit des caravanes) … la route traversant la Mecque à cette époque était un axe « secondaire » au regard de l’axe majeur partant du Yémen (Shabwah, Tamna’a) et traversant l’Arabie (Najrân).[6]



    D’autres sources



    Lapidus, Ira. History of Islamic Societies, pp. 16–17 rapporte en gros que Les conditions étaient difficiles dans la péninsule arabique qui était en état quasi-constant de conflit entre tribus locales, mais une fois par an les tribus pactisaient et déclaraient la trêve ; ils tendaient (convergeaient) alors vers un but commun en direction de la Mecque pour accomplir le pèlerinage annuel. Jusqu'au 7e siècle, ce voyage était prévu pour des raisons religieuses par les Arabes païens, ils se rendaient dans leur sanctuaire pour rendre des hommages et faire des offrandes, buvaient l'eau des puits de Zamzam, cette eau étant louée pour ses vertus guérisseuses et bénéfiques. Les chefs des tribus ennemis tentaient de résoudre les différents problèmes durant cette trêve. Ces événements annuels apportaient aux tribus un sentiment d'identité commune, la Mecque était un axe important de la péninsule, pas seulement commercial et cultuel.



    Dans son livre, l'Islam : A Short History, Karen Armstrong (professeure spécialisée dans l'anthropologie des religions et religions comparées_Oxford) affirme que la Kaaba a été consacrée à Hubal, une divinité nabatéenne et que la Kaaba contenait 360 idoles représentant les jours de l'année ou bien les effigies du panthéon arabe. Une fois par an, les tribus de la péninsule arabique, qu'ils soient chrétiens ou païens, convergeaient vers la Mecque pour accomplir le Hajj (pèlerinage).



    Antoine Daniélou, écrivain du XXème siècle écrit dans son livre l'Histoire de L’Inde : « Les parties géographiques des puranas, mentionnent, parmi les lieux saints, La Mecque, sous le nom de Makheshvara, et sa pierre noire emblème du dieu shiva. »[7]



    Les puranas auraient écrits entre l'an 400 et 1000 de notre ère, mais il est évident que les parties mentionnant La Mecque en tant que temple du Dieu shiva (de par la pierre noire qui serait son emblème) sont antérieures au VIIème siècle, car après la prise de la Mecque en 629, les idoles ont définitivement été bannies de la ville, puis les années suivantes, de l'Arabie.



    Enfin Nous soulignons également la remarque de Gaillaume Dye (qui est tout sauf Nöldekian) dans un article critique au sujet d’un ouvrage publié sous la direction d’Angelika NEUWIRTH (Le coran dans son contexte), à la page 250, il fait référence aux Ethniques d’Etienne de Byzance pour rapprocher Μάκαι θνο μεταξ Καρμανικαραβί à la Mecque, source : Stephani Byzantii Ethnicorum quae supersunt , Ed.Meineke, Berlin, 1849, p427 ( 17)



    À suivre…

                         

    Par : Karim Zentici

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    [1] Il y aurait beaucoup à dire sur Hubal qui effectivement trouve sa place dans la Ka’ba … il est le gardien du « puit » à l’intérieur du sanctuaire … « puit » qui symboliquement une « porte » d’accès au monde infernal lieu des «eaux souterraines ».

    [2] Concernant « Dabanegoris » un lien existe… bien que la notion de chapitre (sous-chapitre) n’est pas tout à fait la même (ainsi d’ailleurs que l’orthographe des lieux/noms) … problème certainement du à la traduction. Bref il y a bien un décalage d’un sous-chapitre entre « Oman, Omana » et « Dabanegoris » et « Machorbe » CQFD.



    [3] http://cy.revues.org/160#bodyftn10

    [4] Gibbon, Edward, Esq. Vol. 5, Chapter L, p. 442.

    [5] http://mercure.fltr.ucl.ac.be/Hodoi/concordances/maxime_Tyr_dissert_02/lecture/8.htm

    [6] Entre La Mecque et Ukkâz, il a très certainement existé des amalgames créés par les historiographes musulmans, selon une hypothèse. À coté de Ukkâz, La Mecque est plus modeste étant entendu que seuls les caravaniers ayant marché là-bas s'y rendent. La Mecque est désaxée par rapport aux routes caravanières, il faut donc y avoir un commerce pour s'y rendre. A l'opposé, des cités comme ukkâz se situent sur les routes caravanières et à ce titre, n'importe quel marchand y passe, qu'il y ait ou non des affaires à négocier. Nul doute donc qu'il y ait eu confusion, volontaire ou non, entre le rôle tenu par ces deux cités.

    La Mecque ne se présente donc nullement comme une République ni même comme une cité incontournable politiquement, et encore moins comme une sorte de capitale de la région du Hedjaz. Elle n'a pas le prestige de cités comme Qaryat Al Fau où l'on a retrouvé des vestiges de palais, de citadelle et de souks datant du IIIe siècle apr. JC.

    La Mecque ne semble avoir été qu'un petit centre marchand, favorisé géographiquement par sa proximité avec des routes caravanières importantes sans être elle-même véritablement positionnée dessus.

    http://sabyl.forumactif.com/t97-la-mecque-pre-islamique



    [7]https://books.google.fr/books?id=_N1nRV_T6jUC&pg=PA109&lpg=PA109&dq=Makheshvara&source=bl&ots=Df_23M0C1r&sig=Ry6kE3jwz16uZG4_1hNdNLzNHWQ&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwiz0cb-q6LNAhXtZpoKHUK4BFoQ6AEIHTAA#v=onepage&q=Makheshvara&f=false
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    default Re: L’invention de La Mecque

    le Mar 4 Avr - 12:16


    L’invention de La Mecque

    (Partie 6/4)



    La poésie préislamique



    C’est la première source vers laquelle auraient du se tourner nos détectives en herbe, qui, du haut de leur paternalisme, en oublient les fondamentaux de la profession ![1] Certains poèmes décrivent le pèlerinage avant l’avènement de la dernière des religions.[2]



    L’Histoire de la Péninsule juste avant l’avènement de l’Islam



    En 525, les Éthiopiens s’emparèrent de l’Arabie méridionale, et, selon la tradition, ils supprimèrent en 530 le dernier roi himyarite, Dhû Nuwâs, converti au judaïsme. Ryckmans a découvert une inscription de 518 qui relate une expédition abyssine dirigée contre lui. Il a trouvé en outre une inscription qui donne le véritable nom de Dhû Nuwâs. On est là dans les ruines d’une grande cité que l’on désigne par son nom dans le Coran, Ukhdûd : « Ils furent tués, y lit-on, les compagnons des fosses açhâb al-ukhdûd par le feu en brasier, alors qu’ils étaient auprès, assis... Ils leur reprochaient de croire en Dieu ! » Suivant la tradition musulmane, ce sont des gens de Nedjrân, convertis au christianisme, que le roi Dhû Nuwâs fit jeter dans des fosses et brûler vifs. Sauf le détail des fosses, le fait est confirmé par des textes chrétiens, mais l’origine de la légende reste obscure. Ce sont aussi des souverains yéménites que le Coran appelle Tobba‘ et qu’Allah a fait périr pour leur impiété.



    Dans cette région, la digue de Ma’rib[3] retenait des eaux et les distribuait sur une large région de plaines cultivées ; c’était un ouvrage fragile qui ne fut plus entretenu durant de longs désordres politiques. Elle se rompit, semant la ruine au lieu de la fertilité, et nul ne fut capable de la reconstruire. La légende a grossi les effets de cette rupture et lui attribue tous les anciens déplacements des tribus méridionales vers le nord.



    L’un des gouverneurs vice-rois du Yémen, aux ordres du roi d’Abyssinie, chrétien monophysite, sous la dépendance religieuse de l’empereur byzantin, fut Abraha, illustre dans la tradition musulmane. En 570, il conduisit une armée contre Mekke, afin d’y détruire la Ka‘ba ; Allah envoya des oiseaux abâbîl, qui lâchèrent sur les soldats une mitraille de cailloux aux blessures mortelles. L’éléphant monté par Abraha donna son nom à l’année. Des inscriptions confirment l’existence d’Abraha : l’une d’elles est relative à la digue de Ma’rib en 542 ; une autre, trouvée au puits de Muraïghân dans le ‘Alem au sud d’at-Tâïf, relate une expédition de 547 contre des tribus. Ces deux inscriptions chrétiennes sont sous l’invocation, l’une de Dieu sous le nom d’ar-Rahmân et son Messie, l’autre sous l’invocation d’ar-Rahmân et de son fils Christos.

    Les cités principales du Yémen étaient Saba, Sana, Zafâr, ancienne capitale himyarite, dont on connaît les ruines, Sahûl où l’on tissait les linceuls, Djanad et, plus au sud, Ta‘izz.

    C’est en l’année 570 que le fils et dernier successeur d’Abraha fut chassé par Wahraz, général du roi sassanide Kesra Anouchirvan ; il organisa au Yémen la domination perse avec la dynastie locale de Dhû Yazan, et il y imposa le christianisme nestorien.[4]



    Voir http://fr.calameo.com/read/0000713681cd1aaee8fd9

    https://books.google.ca/books?id=PuYUAAAAIAAJ&printsec=frontcover&dq=L%27Arbie+Preislamique+Et+Son+Environment+Historique+Et+Culturel&source=bl&ots=-52EfSWtiy&sig=aK3fqhYdQ1HF9CJUJEbgE04OUws&hl=fr&ei=1lKFS93REIW4Nva72DQ&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CAgQ6AEwAA#v=onepage&q&f=false



    Pour la chronologie, voir après l'an 491.


    http://www.nestorian.org/nestorian_timeline.html



    Voici une autre référence reconnue du site du CNRS : relatant les projets de Fouilles en Arabie Saoudite actuelle, en référence à El Ukhdud (cité dans le Coran) qui s'est passé à Nadjran (ou Najran). L'inscription de Abraha y est confirmée.



    http://www.orient-mediterranee.com/spip.php?article364



    En marge de ces travaux, la Mission a également eu la chance d’aller sur plusieurs sites rarement visités par des missions occidentales, al-Khushayba, Umm al-Ayd’, Al-‘amd et Murayghân en particulier. Ces visites sont déterminantes dans le cadre de la réalisation d’une synthèse historique sur la région, et complètent notre connaissance de l’organisation du territoire à l’époque préislamique. C’est durant l’une de ces visites que fut découverte une nouvelle inscription d’Abraha à Murayghân, déterminante pour notre connaissance de l’histoire de la « Jahiliyyah », et qui contribue à elle seule au succès de la Mission 2009.



    À noter que la première inscription de Abraha fut découverte sur le même site en Gras.[5]



    La persécution de Najrân



    Le savant français Joseph Halévy fait le rapprochement entre les événements tragiques évoqués dans cette inscription avec ceux relatés dans Le Martyre de saint Aréthas et de ses compagnons dans la ville de Najrân (Journal asiatique, 1873).



    Le Martyre raconte qu'un roi juif a pris le pouvoir au Yémen. À cause de l'hiver, période de vents violents en mer Rouge, les Éthiopiens n'ont pas pu réagir. Le roi juif entreprend alors le siège de Najrân, grande oasis où les chrétiens dominent. La ville se rend après avoir eu l'assurance que la population serait épargnée. Le roi ne respecte pas sa parole et oblige les chrétiens à se convertir au judaïsme ; ceux qui refusent sont exécutés. Plusieurs centaines de fidèles périssent lors de cette persécution, datée de l'automne 523.

    Bien évidemment, le monde chrétien ne peut pas rester sans réagir. Les autorités religieuses de l'Empire byzantin et l'empereur lui-même demandent au roi chrétien d'Éthiopie, Kâleb, d'organiser la riposte. Kâleb rassemble soixante-dix navires et, après la Pentecôte 525, traverse la mer Rouge. La flotte éthiopienne se présente à l'entrée de la rade de Shaykh Sa'îd, barrée par une chaîne, alors qu'une tempête se lève. Tandis qu'une partie de la flotte brise la chaîne, le reste, avec le roi, est rejeté plus au nord et débarque, semble-t-il, à al-Makhâ'(Moca), où a lieu le combat décisif. Kâleb l'emporte sur le roi juif qui est vaincu et exécuté ; puis il s'empare de l'ensemble du Yémen, impose le christianisme, fonde partout des églises, crée une hiérarchie ecclésiastique et se retire en Éthiopie où il se fait moine.



    De nouvelles pièces viennent bientôt compléter le dossier, notamment le récit en langue syriaque de la persécution de Najrân, publié par un savant italien, sous la forme d'une lettre écrite par un évêque monophysite, contemporain des faits.



    Les chroniqueurs byzantins confirment la trame des événements, notamment Procope, le plus sûr, dans les années 540. Haut dignitaire de l'empire, membre de l'entourage du principal général de Justinien (527-565), il a accès aux archives officielles. Dans l'ouvrage où il traite des guerres entre la Perse et Byzance, il mentionne en 531 l'envoi d'une ambassade byzantine auprès du négus et du roi himyarite chrétien placé sur le trône par les Éthiopiens, afin de demander de l'aide dans la guerre que Byzance fait à la Perse. À ce propos, Procope rappelle brièvement que la conquête du Yémen par les Éthiopiens fait suite à la persécution des chrétiens himyarites par un roi juif.



    Un royaume juif au Yémen, ruiné par les Éthiopiens



    De nouvelles découvertes vont progressivement départager les tenants des deux théories, et surtout trois inscriptions trouvées dans le sud de l'Arabie saoudite au début des années 1950, et écrites par un général du roi juif dont elles nous apprennent le nom véritable, Joseph. Elles rapportent que Joseph a massacré les Éthiopiens en garnison à Zafâr où il a incendié l'église. Ensuite, il a dirigé une campagne dans les régions littorales afin de se prémunir contre un débarquement éthiopien et a fortifié Maddabân (le nom antique de Shaykh Sa'îd) avec une chaîne. Enfin, Joseph a envoyé ses troupes faire le blocus de Najrân.[6]



    Quelques références non-musulmanes neutres à l'expédition du général éthiopien Abraha contre la Mecque : http://www.muhammadanism.org/bell/origin/p038.htm



    Notamment, l'historien allemand : Nöldeke né en 1836 qui a rapporté l'information de l'historien : Procopius (500-565). On lit clairement :



    For some years thereafter the situation is obscure. Then emerges an Abyssinian ruler of Yaman named Abraha (or Abraham), who held power for upwards of forty years, and whose expedition against Mecca has become famous through the reference to it in the Qur'an.[7] The story of this expedition is recounted at length by the Arab historians. It is also thought by Nöldeke 1 to be referred to by Procopius in the statement that "Abramus, when at length he had established his power most securely, promised the Emperor Justinian many times to invade the land of Persia, but only once began the journey and then straightway turned back". The object of the expedition thus falls into the network of international politics. The Romans were seeking...etc.



    Geschichte der Perser u. Araber, p. 205. Ref. to Procopius i. 20



    "Abraha aurait attaqué la Mecque en 570, mais son armée aurait été décimée par une épidémie de variole. Abraha serait mort cette même année, ce qui facilite l'intervention d'un corps expéditionnaire perse sassanide qui chasse les Axoumites d'Arabie méridionale et prend le contrôle du Yémen". (Jean Joly, Atlas historique, l'Afrique et son environnement européen et asiatique. éd. L'Harmattan. p.39).[8]



    Le Coran ne confirme pas qu'Abraha voulait détruire la Ka'ba qui avec ses 360 idoles attirait de très nombreux pèlerins, qu'Abraha aurait préféré faire pèlerinage à l'Eglise qu'il a faite construire au Yémen, qui est confirmée par une stèle datant de l'époque... Mais cela n'est pas invraisemblable. A l'époque les missionnaires chrétiens visaient à christianiser les arabes et prêchaient partout. Qu'Abraha ait pu envoyer cette expédition juste pour détruire la Ka'ba est de fait probable, mais n'est pas attestée de façon formelle. Quand à l'épidémie de variole dans le Hijaz en 570, l'année de l'éléphant, elle est confirmée par ibn Ishaq et Procope de Cézarée. Il semblerait donc bien que l'armée d'Abraha ait été contaminée par l'épidémie de la variole, et que les vautours percnoptères immenses tournaient autour de l'armée et des cadavres, et lançaient des pierres sur les soldats se protégeant avec leurs boucliers en peau d'hippopotame, qui vus du ciel ressembleraient à des carapaces de tortues, un met apprécié par ces oiseaux carnassiers chasseurs de tortues, qui brisaient leurs carapaces en lançant des pierres, justement en Ethiopie et dans la région du Hijaz... Les historiens rapportent plusieurs victoires militaires d'Abraha dans le Nord.[9]



                         

    Par : Karim Zentici

    http://mizab.over-blog.com/
























    [1]http://www.al-eman.com/%D8%A7%D9%84%D9%83%D8%AA%D8%A8/%D8%B3%D9%8A%D8%B1%D8%A9%20%D8%A7%D8%A8%D9%86%20%D9%87%D8%B4%D8%A7%D9%85%20%D8%A7%D9%84%D9%85%D8%B3%D9%85%D9%89%20%D8%A8%D9%80%20%C2%AB%D8%A7%D9%84%D8%B3%D9%8A%D8%B1%D8%A9%20%D8%A7%D9%84%D9%86%D8%A8%D9%88%D9%8A%D8%A9%C2%BB%20**/%D8%B4%D8%B9%D8%B1%20%D8%A7%D9%84%D8%B2%D8%A8%D9%8A%D8%B1%20%D9%81%D9%8A%20%D8%A7%D9%84%D8%AD%D9%8A%D8%A9%20%D8%A7%D9%84%D8%AA%D9%8A%20%D9%83%D8%A7%D9%86%D8%AA%20%D8%AA%D9%85%D9%86%D8%B9%20%D9%82%D8%B1%D9%8A%D8%B4%20%D9%85%D9%86%20%D8%A8%D9%86%D9%8A%D8%A7%D9%86%20%D8%A7%D9%84%D9%83%D8%B9%D8%A8%D8%A9/i109&d71531&c&p1

    شعر الزبير في الحية التي كانت تمنع قريش من بنيان الكعبة فلما فرغوا من البنيان ، وبنوها على ما أرادوا ، قال الزبير بن عبدالمطلب ، فيما كان من أمر الحية التي كانت قريش تهاب بنيان الكعبة لها ‏‏:‏‏ عجبت لما تصوبت العقاب * إلى الثعبان وهي لها اضطراب وقد كانت يكون لها كشيش * وأحيانا يكون لها وثاب إذا قمنا إلى التأسيس شدت * تهيبنا البناء وقد تهاب فلما أن خشينا الرجز جاءت * عقاب تتلئب لها انصباب فضمتها إليها ثم خلت * لنا البنينان ليس له حجاب فقمنا حاشدين إلى بناء * لنا منه القواعد والتراب غداة نرفع التأسيس منه * وليس على مسوينا ثياب أعز به المليك بني لؤي * فليس لأصله منهم ذهاب وقد حشدت هناك بنو عدي * ومرة قد تقدمها كلاب فبوأنا المليك بذاك عزا * وعند الله يلتمس الثواب ‏ قال ابن هشام ‏‏:‏‏ ويروي ‏‏:‏‏ وليس على مساوينا ثياب *

    [2] http://arabic.tebyan.net/index.aspx?pid=54205

    [3] https://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Marib

    [4] Au début du VIe s., les souverains alternent, tantôt locaux soutenus par les Perses, tantôt Abyssins soutenus par Byzance. À Ma’dîkarib Ya’fur, roi chrétien vraisemblablement mis sur le trône par les Abyssins, succède Yûsuf As’ar Yath’ar vers 521. Celui-ci tente d’imposer par la force le judaïsme, conversion forcée qui donne lieu à un épisode répercuté par les écrits de l’époque, le martyre des chrétiens de Najrân. Les représailles abyssines
    s’achèvent par la mort de ce souverain et la mise en place sur le trône d’un nouveau roi chrétien, Sumuyafa’ Ashwa’. Le général abyssin Abrahâ lui succède (535-558). Il rompt avec le souverain abyssin et reprend la longue titulature des souverains himyarites et mène de nouveau une politique expansionniste, notamment avec une expédition en Arabie centrale. Il entreprend de nombreux travaux : fondation d’églises, restauration du barrage de Ma’rib.
    La capitale est transférée à San’â où une cathédrale est bâtie.
    f - La domination perse sassanide (560-630)
    Cette dernière phase de l’histoire préislamique de l’Arabie du Sud n’est connue que par l’historiographie médiévale. La dernière inscription rédigée en langue et alphabet sudarabiques, CIH 325, date de 559. Cette tradition mentionne deux fils d’Abrahâ, tous deux ayant eu un règne court et tyrannique : Yaksum dhû-‘âhir à qui aurait succédé Masrûq85. La tradition évoque, en réaction au joug abyssin, une requête effectuée par les populations locales au souverain perse de les libérer de la mainmise abyssine. Après avoir renversé ce souverain, c’est un yaz’anide, Sayf bin dhî-Yazan (ou son fils Ma’dîkarib) qui est installé sur le trône (v. 575-578). La mort brutale de ce souverain et la période d’anarchie qui s’ensuit entraîne une seconde intervention abyssine qui s’achève par l’installation d’un satrape perse, Wahriz, à la tête de la province. Cette satrapie est le dernier événement politique connu de l’Arabie du Sud préislamique. Le dernier satrape, Bâdhân, se convertit à l’Islam en 628 ou 632.
    Source : thèse de 3eme cycle au complet à Paris 1.

    [5] Un écrit gravé sur une stèle datée de mars 549 mentionne les conquêtes en Arabie d'Abraha, ainsi que la réparation du barrage que le Coran dit s'être abîmé. Le Coran en parle, car c'était un des événements les plus marquants de l'époque, vu l'importance du barrage. (Archéo-Théma 9, p.49).



    [6] D'après la tradition arabe, la conversion de l'Arabie du Sud au monothéisme et plus précisément au judaïsme doit être attribuée au roi /himyarite As`ad Abûkarib, identifié avec Abîkarib As`ad, fils de Malkîkarib Yuha'min (et petit-fils de Tha'rân Yuhan`im). Abîkarib As`ad se serait converti au judaïsme au cours de son expédition militaire dans le /Hijâz. Il aurait alors assiégé la ville de Yathrib (l'actuelle Médine) en voulant la détruire. Deux rabbins juifs seraient venus vers lui pour l'en dissuader. Ayant renoncé au siège, il aurait amené les deux rabbins au Yémen et aurait introduit le judaïsme dans le pays. Cette relation paraît s'accorder de manière générale avec les données épigraphiques sudarabiques. A partir du règne d'Abîkarib (d'abord en corégence avec son père Malkîkarib et son frère Dhara''amar), toutes les invocations dans les inscriptions sont monothéistes, un certain nombre d'entre elles sont clairement juives ou judaïsantes, bien qu'aucune inscription royale ne soit explicitement juive.

    Voir : https://www.bladi.info/threads/bible-venait-larabie.318220/

    [7] Seest thou not how thy Lord dealt with the Companions of the Elephant? Did He not make their treacherous plan go astray? And He sent against them Flights of Birds, Striking them with stones of baked clay. Then did He make them like an empty field of stalks and straw, (of which the corn) has been eaten up. al-Fil 105:1-5 (Yusuf Ali's translation).

    [8] Il semblerait en effet qu'il y ait eu une épidémie de variole cette année-là. Cela ne contredit pas le récit coranique. En effet, il existe dans la région des vautours percnoptères de 180 cm d'envergure, qui chassent avec des jets de pierres, et le récit d'une chasse de l'armée d'Abraha, épurée du merveilleux du récit n'est pas en soi invraisemblable. Il est remarquable que le Coran ne parle pas de la protection de la Mecque dans cette sourate, ababil signifie bande. Les historiens arabes rapportent que des oncles de Muhammad avaient été témoins de l'attaque de l'armée, peut-être déjà affaiblie par l'épidémie de la variole par des vautours pour les achever et faire un festin.

    [9] https://bladi.info/threads/sest-passe-mecque-abraham-6e.221586/page-30
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