Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

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Message par Citizenkan le Dim 4 Jan - 17:41





Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 1)

Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de sa religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 68).

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

L’Imâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb déclare que les bédouins du Najd qui lui furent contemporains accusaient plus de 100 annulations de l’Islam (ils reniaient la résurrection des corps, préféraient les coutumes véhiculées par leurs ancêtres à la Législation musulmane, commettaient du shirk ta’tîl et shirk tamthîl, wa yaz’umûn anna shar’ahum el bâtil huwa haqq Allah, tafdhîl e-tâghût ‘alâ hukm Allah, sabb e-shar’, sihr, etc.).[1]

Introduction

Le D. ‘Abd el ‘Azîz Âl ‘Abd e-Lâtif souligne que les savants d’aimmat e-da’wa étaient conformes au crédo traditionalistes dans le domaine du takfîr. Cela veut dire que dans la pratique, quand bien même, ils auraient fait parfois des erreurs d’appréciation, cela ne remet nullement en cause leur adhésion à l’orthodoxie musulmane, car relevant de l’ijtihâd (tahqîq el manât).[2]

Si cela est clair, je n’ai pas la prétention ici de faire une étude exhaustive de la position des savants d’aimmat e-da’wa dans la question épineuse du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah. On m’a appris dernièrement qu’une thèse universitaire lui fut consacrée à Médine, et il serait bien qu’elle soit publiée pour profiter de ses conclusions. En attendant, je ne pense pas trop me mouiller en présentant cet article, car les textes que j’ai ramenés reviennent aux mêmes conclusions d’ibn Taïmiya et de son élève ibn el Qaïyim pour lesquels j’ai consacré respectivement un article :

Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

http://mizab.over-blog.com/2014/12/ibn-le-qaiyim-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

Il suffit, pour reprendre les termes de Sheïkh el ‘Uthaïmîn, que de grandes références comme ibn Taïmiya[3] et son élève ibn el Qaïyim[4] aient corroboré le principe du kufr dûn kufr, qui n’est, rappelons-le, pas propre au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, mais qui s’étale sur de nombreux points de la religion, comme l’a développé en détail ibn el Qaïyim, mais aussi l’Imam ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, comme nous allons le voir.[5] Après cette mise au point, nous pouvons passer au sujet.

Le fameux passage de Manhâj e-sunna

Ibn Taïmiya a dit : « Nul doute que quiconque n’est pas convaincu qu’il incombe d’appliquer les Lois qu’Allah a révélées à Son Messager est un mécréant. Quiconque autorise moralement (istahalla) à régner sur les hommes selon ce qu’il croit être juste, sans se conformer aux Lois d’Allah est un mécréant.

Toute nation en effet aspire à faire régner la justice qui peut être appréciée, dans certaines éthiques, par l’élite. Bon nombre de communautés affiliées à l’Islam se permettent elles-mêmes de se référer à leurs coutumes qui n’ont aucun lien avec la Révélation, comme les coutumes bédouines ou celles qui sont sous l’autorité d’un chef ; celles-ci pensent qu’il convient de suivre ces conventions aux dépens du Coran et de la sunna. La mécréance correspond exactement à cela. Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage.

Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, ou sinon, de simples ignorants, comme ceux que nous avons vu précédemment.

Allah a ordonné aux musulmans de soulever leurs litiges éventuels à Allah et au Messager à travers le Verset : [Si vous avez le moindre litige, alors ramenez-le à Allah et au Messager, si vraiment vous croyez en Allah et au Jour du jugement dernier ; cela vaut mieux pour vous et aura de meilleures conséquences],[6] [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges, et qu’ensuite, ils ne soient pas infligés par ton jugement en s’y soumettant totalement].[7]

Allah jure par Lui-même que celui qui n’adhère pas (iltazama) au jugement d’Allah et de Son Messager pour les litiges qui opposent les musulmans n’a pas la foi. Quant à celui qui adhère intérieurement et extérieurement au jugement d’Allah, mais qui, dans un élan de désobéissance, obéit à ses passions, est considéré comme les autres désobéissants musulmans. C’est ce genre de Versets que les kharijites utilisent pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, ils prétendent que leur croyance est conforme à la Loi d’Allah… »[8]

L’ignorance est l’incapacité peuvent s’interposer entre l’individu et ses obligations

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-l-interaction-entre-le-coeur-et-les-actes-partie-1-116518598.html

« ou sinon, de simples ignorants, comme ceux que nous avons vu précédemment. » De qui parle-t-il ?

Il fait notamment allusion à ce passage : « … De la même manière, les mécréants qui se trouvent en terre non musulmane et qui, ayant entendu parler de la prédication du Prophète (r), surent qu’il était le Messager d’Allah, puis crurent en lui et à ses enseignements, tout en craignant Allah dans la mesure du possible. Ce fut le cas notamment du Najâshî, qui n’était pas en mesure d’émigrer en terre musulmane ni d’adhérer à toutes les lois de l’Islam. Sa place lui empêchait, en effet, de sortir de son royaume et d’afficher sa religion. Et cela, d’autant plus qu’il n’avait personne sous la main pour lui apprendre toutes les lois de la religion. Il était pourtant un croyant, promis au Paradis. Dans ce cas, nous avons les croyants de la famille de Pharaon, dont sa propre femme, qui se comportaient de la même façon avec leur peuple.

Yûsaf (u) le véridique lui-même ne pouvait pas faire autrement avec les habitants d’Égypte qui étaient des mécréants. Il n’était pas en mesure de leur imposer les enseignements de l’Islam qu’il connaissait ; ils les avaient bien conviés à embrasser la foi, et la religion monothéiste, mais sans succès. Allah (I) relate les paroles des croyants de la famille de Pharaon : [Yûsaf vous était venu auparavant avec des preuves éclatantes, mais vous n’aviez cessé de douter de ce qu’il vous avait ramené. Lorsqu’il mourut, vous prétendirent alors qu’Allah n’enverrait aucun messager après lui].[9]

Najâshî, pour sa part, était certes le roi des chrétiens, mais son peuple ne le suivit jamais dans sa conversion, à part un tout petit nombre. Ses partisans étaient tellement peu nombreux qu’on ne trouva personne, à sa mort, pour prier sus sa dépouille. Ce fut le Prophète (r) qui se chargea de le faire d’où il était à Médine. Les musulmans s’étaient rassemblés pour prier à l’air libre. Il organisa les rangs, et fit la prière mortuaire. Il annonça sa mort aux fidèles le jour même de l’évènement. Voici quelles furent ses paroles : « L’un de vos frères qui était un pieux vient de rendre l’âme aujourd’hui en terre abyssine. »[10]

Il est mort sans n’avoir pu vivre pleinement de nombreuses lois, pour ne pas dire la plupart des lois de la religion, car il en fut incapable. Il n’a jamais fait la hijra (l’émigration ndt.), ni le djihâd, ni le pèlerinage à la Maison sacrée. Certaines annales vont jusqu’à dire qu’il n’aurait pas observé les cinq prières, ni le jeûne du ramadhân, ni verser l’aumône légale. Il avait trop peur que son peuple découvre sa conversion, et qu’il le lui reproche. Il aurait été incapable d’entrer en conflit avec eux. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il ne pouvait pas régner sur eux par le Coran. »[11]

Comment les savants de d’aimmat e-da’wa ont-ils compris ces passage de Minhâj e-sunna ?

L’Imâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb a fait un résumé de ce long passage de Minhâj e-sunna. Il en ressort que le Négus n’était pas en mesure de gouverner sur ces sujets par le Coran. De nombreux individus qui sont élus gouverneurs et juges dans les rangs des musulmans et des tatars ne sont pas en mesure de faire appliquer la justice ; en sachant que : [Allah n’impose rien au-dessus des capacités].[12] Ensuite, il met le passage cité ci-dessus : « Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage. Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, ou sinon, de simples ignorants. » Il nous fait comprendre qu’il a déjà fait allusion à ces ignorants en question dans le passage du Négus, et des gouverneurs dans son genre.

Ensuite, il explique que ce sont les kharijites qui utilisent le Verset : [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges…][13] pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, il nous fait un résumé de ce long exposé en débutant par « Wa el maqsûd ». Il conclut qu’il incombe dans l’absolu de gouverner selon la justice.

Le hukm bi mâ anzala Allah est une forme de justice particulière, il incarne même la plus parfaite forme de justice. Ce hukm incombe à toute la communauté dans les affaires qui touchent à la croyance et dans les affaires pratiques de la religion. Ainsi, celui qui n’y adhère pas (c’est le ‘adam el iltizâm), est un vulgaire mécréant.[14] Il va sans dire que le Négus, qui ne pouvait gouverner selon les Lois d’Allah n’est pas concerné par ce statut. L’essentiel, c’est que sa foi renferme le tasdîq (le qawl el qalb), le khudhû’ et l’inqiyâd (‘amal el qalb).

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : mualaffât Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb (3/39) et târikh ibn Ghannâm (1/108, 163-164).

[2] Masâil el i’tiqâd ‘inda ‘ulamâ Nadj (p. 17-18).

[3] Voir notamment majmû’ el fatâwâ (7/312).

[4] Voir : voir madârij e-sâlikîn (1/336) et e-salat wa hukm târikuha (p. 72).

[5] Voir : lettre à Mukhlif.

[6] Les femmes ; 59

[7] Les femmes ; 65

[8] Manhâj e-sunna (5/130-131).

[9] L’Absoluteur ; 34

[10] Rapporté par el Bukhârî (5/51), et Muslim (2/656-658), selon notamment Abû Huraïra (t).

[11] Manhâj e-sunna (5/111-113).

[12] La vache ; 286

[13] Les femmes ; 65

[14] Masâil lakhkhasahâ el imâm que renferme majmû’ el mu-allafât (2/2/88-89).
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Message par Citizenkan le Lun 5 Jan - 17:33





Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 2)

Sheïkh Hamd ibn ‘Atîq

Dans l’un de ses ouvrages, Sheïkh Hamad ibn ‘Atîq traite des annulations de l’Islam.[1] La quatorzième consiste à ne pas soumettre ses affaires (tahâkum) au Coran et à la sunna. Pour appuyer ses dires, il reprend en partie le texte d’ibn Kathîr que nous avons utilisé dans le tashrî’,[2] et que voici : « … C’est un livre qui rassemble diverses lois puisées des législations juive, chrétienne et musulmane. Nombre d’entre elles sont le fruit de ses pensées et de ses penchants. Le Yâsiq fut transmis à ses héritiers qu’ils préféraient dans leurs affaires au Livre d’Allah et à la tradition de Son Messager (r). Or, celui d’entre eux qui relève de ce cas, devient un mécréant qu’il incombe de combattre jusqu’à ce qu’il se soumette au Coran et à la sunna. Il n’incombe de rien suivre d’autres dans la moindre des lois. »[3]

Ensuite, il utilise le texte de Minhâj e-sunna cité précédemment : « La mécréance correspond exactement à cela. Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage. Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants... »[4] Il s’agit bien en effet de l’istihlâl, en sachant que désormais, nous en pénétrons mieux les contours, qu’Allah soit loué ![5]

Ismâ’îl ibn Ibrahim el Is’ardî, un contemporain, reprend également quasiment mot pour mot le passage de Minhâj e-sunna pour parler de l’istihlâl.[6]

La définition du hukm et de tahâkum

Le problème reste de délimiter le sens de hukm et de tahâkum. Dans le v. 44 de la s. el mâida, la phrase est construite de telle façon (avec les ism mawsûl « mâ » et « man »), qu’aucune distinction n’est faite entre les fautifs ni entre les formes de désobéissance. Ibn Hazm explique au sujet des trois Versets de la s. el mâida : « … Si les mu’tazilites s’en tiennent à leur raisonnement, ils doivent nécessairement sortir de l’Islam tout désobéissant, tout homme injuste ou pervers, étant donné que l’auteur d’un péché lam yahkum bi mâ anzala Allah. »[7] Selon lui, toute croyance, ou auteur d’une parole ou d’un acte est relativement un hâkim (cela concerne donc les innovateurs).[8] Ibn Taïmiya explique notamment : « Toute personne qui doit trancher entre deux parties prend la place de juge ; cela concerne aussi bien le militaire que l’administrateur des comptes, ou l’employé du service de la morale publique. Les Compagnons considéraient même les enseignants des enfants comme des responsables de l’autorité (hukkâm). »[9]

Sans entrer dans les détails, de façon plus stricte, Sheïkh Mohammed ibn Ibrahim explique que soumettre ses affaires (tahâkum) à des directions non religieuses est propre au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah.[10]

Le dhâbit e-shirkî du v. 44 de la s. el mâida

Si cela claire, il faut savoir que lorsque Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb affirme que le gouverneur qui n’applique pas les Lois d’Allah est un taghût,[11] il parle de celui qui le fait avec istihlâl. On interrogea son fils ‘Abd Allah : « Est-il permis de soumettre ses affaires (tahâkum) à une autre référence que le Coran ?

Cela n’est pas permis, répondit-il. Celui qui le fait en l’autorisant moralement devient mécréant. »[12]

Nous pouvons mieux comprendre désormais les paroles d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan qui ressemblent énormément à celles d’ibn Taïmiya de Minhâj e-sunna citées plus-haut, et disant : « … la sunna est venue pour expliquer que l’obéissance doit se faire dans les limites du convenable ; ces limites correspondent aux actes obligatoires et recommandés qu’Allah a imposés et agréés pour Ses serviteurs. Il est cependant interdit de se référer à des jugements qui puisent leur source dans une législation illégitime, et qui vont à l’encontre du Coran et de la sunna, comme les lois grecques, franques, tatares ; tous ces codes qui proviennent de leurs propres réflexions et penchants. Nous pouvons en dire autant des coutumes et des traditions bédouines en usage. Quiconque les autorise moralement (istahalla) dans les affaires de sang ou autre est un mécréant. Allah (I) révèle à ce sujet : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants]. Certains exégètes expliquent au sujet de ce Verset qu’il s’agit ici du kufr dûn el kufr el akbar. Ils en comprennent en effet qu’il englobe également celui qui n’applique pas les lois d’Allah, sans toutefois l’autoriser moralement.

Néanmoins, ils ne contestent pas que son sens général concerne celui qui l’autorise moralement, et qu’il sort ainsi de la religion. »[13]

Dans un autre endroit, il explique : « Tu as évoqué la différence au sujet des bédouins, entre ceux qui autorisent moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah (istihlâl) et ceux qui ne le font pas. Cette tendance est celle qui est en vigueur, et elle est la référence chez les savants. »[14]

En commentaire à ce dernier passage, son élève Sulaïmân ibn Sahmân est encore plus éloquent : « C’est-à-dire : celui qui autorise moralement à ne pas appliquer les Lois d’Allah et qui préfèrent la loi du tâghût à celle d’Allah… celui qui a cette croyance est un mécréant. En revanche, celui qui ne l’autorise pas moralement, qui considère que la loi du tâghût est complètement fausse, et que la Loi d’Allah et de Son Messager incarne la vérité, n’est pas un mécréant et ne sort pas de l’Islam. »[15]

Plusieurs citations d’anciens vont dans ce sens

D’après ibn Wahb, selon Bukaïr, ce dernier demanda à Nâfi’ : « Quelle est l’opinion d’ibn ‘Omar sur les Harûrites ?

Pour lui, ils sont les pires des hommes, répondit-il, car ils utilisent contre les musulmans des Versets qui furent révélés sur les mécréants. »

Très content de cette réponse, Sa’îd ibn Jubaïr fit le commentaire suivant : « Parmi les Versets ambigus que les harûrites utilisent, nous avons : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][16] ; un Verset auquel ils font joindre : [Après cela, les mécréants lui donnent des égaux].[17] Dès qu’ils voient que l’Imam ne gouverne pas avec justice, ils prétendent qu’il devient mécréant. Or, étant donné que la mécréance consiste à donner des égaux au Seigneur, cela revient à commettre l’association. Ainsi, à leurs yeux, les membres de cette communauté sont des païens.

C’est alors qu’ils – les harûrites – s’insurgent et répandent le meurtre, comme nous avons pu le voir, en raison de l’interprétation erronée qu’ils font de ce Verset. »[18]

El Qurtubî : « Là où nous voulons en venir dans cette analyse, c’est que ces Versets s’adressent aux mécréants et aux négateurs. Bien qu’ils aient un sens général, les musulmans n’en sont donc pas concernés. Délaisser (tark) la Loi d’Allah tout en donnant foi à son origine est moins grave que le shirk (association), en sachant qu’Allah (I) révèle : [Allah ne pardonne pas qu’on Lui associe quoi que ce soit, mais il pardonne les péchés moindres à qui Il veut].[19] Ainsi, délaisser le hukm de cette manière est un péché moindre que le shirk à l’unanimité des savants. Il est donc pardonnable, alors que le kufr est impardonnable. Délaisser l’application du hukm n’est donc pas du kufr. »[20] Il explique la page juste avant que ce sont les kharijites qui prennent ce Verset au premier degré.

‘Abd el ‘Azîz ibn Yahyâ el Kinânî fut questionné au sujet des trois Versets qui font tant polémiques. Voici quelle fut sa réponse : « Ceux-ci concernent tout ce qu’Allah a révélé, non une partie. Ainsi, celui qui n’applique pas les Lois d’Allah est un kâfir, un zhâlim, et un fâsiq. Quant à celui qui applique les Lois d’Allah dans le domaine du tawhîd et qui délaisse (tark) l’association, puis qui n’applique pas toutes les Lois d’Allah dans le domaine de la Législation, il n’est pas concerné par le statut de ces fameux Versets. »[21]

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Remarque concernant les égarés qui pêchent en eau trouble : Sheïkh ‘Abd Allah ibn ‘Abd el ‘Azîz el ‘Anqarî présume que ces gens-là avaient dû s’inspirer du livre e-dalâil de Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah âl e-Sheïkh et de sabîl e-najât de Hamad ibn ‘Atîq… il explique notamment qu’il faut replacer les choses dans leur contexte et que Sheïkh Sulaïmân composa son ouvrage à l’occasion de l’invasion turque du territoire du Najd. Ces armées étaient venues avec de très mauvaises intentions contre la da’wa salafiya, et avaient même une cinquième colonne auprès des Bédouins, mais aussi des citadins du coin. Nous pouvons en dire autant pour le deuxième auteur. Il incombe donc pour comprendre les intentions d’un auteur de replacer ses paroles dans leur contexte historique.

Ce même Sheïkh ‘Abd Allah leur reproche ainsi de se fier à leur propre compréhension sans revenir aux savants. E-durar e-saniya (7/309) pour la 2ème édition et (9/157) pour la 5ème édition.

[2] Voir : http://mizab.over-blog.com/article-le-tashri-partie-1-109409520.html

[3] Voir : tafsîr ibn Kathîr (2/88) en commentaire au v. 50 de la s. el mâida.

[4] Manhaj e-sunna e-nabawiya (5/130). L’ancien Mufti d’Arabie Saoudite, Mohammed ibn Ibrahim utilise également ce passage d’ibn Kathîr dans e-durar e-saniya (16/211-212).

[5] Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/12/ibn-taimiya-et-l-istihlal-partie-1.html

[6] Tahdhîr ahl el îmân ‘an el hukm bi ghaïr mâ anzala e-Rahmân (p. 141).

[7] El fisal (3/234).

[8] Idem. (3/302).

[9] Majmû’ el fatâwa (18/170).

[10] Fatâwa Mohammed ibn Ibrahim (12/261).

[11] E-durar e-saniya (1/137).

[12] E-durar e-saniya (1/252).

[13] Manhâj e-ta-sîs wa e-taqdîs (p. 70-71).

[14] Voir : ‘uyûn e-rasâil (2/605).

[15] Voir : ‘uyûn e-rasâil (2/603).

[16] Le repas céleste ; 44

[17] Le bétail ; 1

[18] Voir : el i’tisâm de Shâtibî (2/692), e-sharî’a d’el Âjûrrî (1/341-342), et e-tamhîd d’ibn ‘Abd el Barr (23/334-335). Il va sans dire que cette accusation ne vise pas les savants traditionalistes qui prennent ces Versets à leur compte pour kaffar celui qui forge des lois.

[19] Les femmes ; 116

[20] El mufhim (5/118) ; el Jassâs fait également remarquer que les kharijites ont interprété le v. 44 de la s. el mâida en faisant le takfir de ceux qui délaissent (taraka) les Lois d’Allah, sans les renier (sans juhûd). Même chose pour ibn Taïmiya, el Qâdhî Abu Ya’lâ, et Abu Hayyân.

[21] Voir : tafsîr el baghâwî (3/61) ; ibn el Qaïyim nuance les paroles d’el Kinânî comme nous l’avons vu ici : http://mizab.over-blog.com/2014/12/ibn-le-qaiyim-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html
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Message par Citizenkan le Mar 6 Jan - 19:17



Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 3)

Les causes de la mécréance touchent soit au tasdîq (qawl el qalb) soit à l’iltizâm (‘amal el qalb)

Dans l’un de ses ouvrages, Sheïkh Sa’dî affirme : « En un mot, en démentant (takdhîb) Allah ou en démentant Son Messager dans les enseignements qu’il rapporte, on devient mécréant ; ou bien, en n’adhérant pas (lam yaltazim) aux commandements d’Allah et de Son Messager. Toutes ces choses s’opposent à la foi conformément au Coran et à la sunna. Tous les discours des légistes expliquant en détail les formes d’annulations reconnues de l’Islam reviennent à cette cause. »[1] La cause en question, c’est le takdhîb ou ‘adam el iltizâm. Ainsi, l’ambiguïté que peuvent susciter ces paroles se dissipe, car il veut dire que l’origine du kufr a lieu soit au niveau du qawl el qalb soit au niveau de ‘amal el qalb.

Ainsi, nous pouvons mieux comprendre les paroles d’Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân qu’il emprunte à ibn el Qaïyim, et disant : « Il existe deux sortes de kufr : kufr ‘amal et le kufr juhûd wa ‘inâd qui consiste à renier une chose en sachant pertinemment qu’elle vient du Messager (r) par obstination et dénégation.

Cela concerne les Noms du Seigneur, Ses Attributs, Ses Actions, Ses Lois qui ont pour base, Son tawhîd et Son adoration unique sans Lui vouer le moindre associer. Cette forme d’apostasie s’oppose à la foi à tous les niveaux. Concernant le kufr ‘amal, il y a certains actes qui s’opposent à la foi à tous les niveaux, comme se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, tuer voire offenser un prophète. Quant au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah et l’abandon de la prière, ils relèvent du kufr ‘amal non du kufr i’tiqâd. »[2]

Il parle de l’origine du kufr qui a lieu soit au niveau du qawl el qalb soit au niveau du ‘amal el qalb. Le juhûd qui touche au qawl el qalb est souvent accompagné du ‘inâd qui touche au ‘amal el qalb et qui, souvent, en est la motivation.[3] Sheïkh Hâfizh el Hakamî fait la même classification.[4]

Il devient plus facile également de comprendre le passage controversé de Sheïkh Hâfizh el Hakamî expliquant : « Si on nous demande : se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, insulter le Messager (r), se moquer de la religion, etc. relèvent du kufr ‘amalî (mécréance des actes), et pourtant ils font sortir de la religion, alors que vous avez défini le kufr ‘amalî par la mécréance mineure. » Puis, il enchaîne : « Sache que ces quatre annulations de l’Islam et autres relèvent du kufr ‘amalî uniquement dans le sens où elles proviennent des membres ; c’est ce qui apparait aux gens. Cependant, elles ne peuvent provenir sans perdre les actes du cœur (‘amal el qalb), comme l’intention, la sincérité exclusive, la soumission. Il ne reste plus rien de ces sentiments. Ainsi, bien qu’elles proviennent des actes en apparence, elles impliquent obligatoirement le kufr i’tiqâdî (la mécréance du cœur). Celles-ci ne peuvent provenir que d’un hypocrite, renégat, obstiné et tyran. »[5]

Sheïkh Hâfizh el Hakamî explique qu’en fait, le kufr extérieur implique le kufr intérieur, et c’est dans ce sens qu’il utilise le terme kufr i’tiqâdî, non qu’à ses yeux, il n’y a pas de kufr ‘amalî mukhlij min el milla.

La position de l’ancien Mufti Mohammed ibn Ibrahim

Même Mohammed ibn Ibrahim, l’ancien grand Mufti d’Arabie Saoudite (dont la position sur les qawânîn el wadh’iya est connue de tous à travers son fameux tahkîm el qawânîn) adhère au principe de départ établit par ibn el Qaïyim (que reprend Abd e-Latîf comme nous venons de le voir), et dont il se sert en disant : « Allah appelle mécréant celui qui n’applique pas Ses Lois. C’est donc un mécréant dans l’absolu ; soit en faisant du kufr ‘amalî soit en faisant du kufr i’tiqâdî. L’annale d’ibn ‘Abbâs en exégèse à ce Verset et qui est rapporté par la voie de Tâwûs et d’autres expriment que celui qui n’applique pas les Lois d’Allah est un mécréant, soit en faisant du kufr i’tiqâdî qui fait sortir de la religion soit en faisant du kufr ‘amalî qui ne fait pas sortir de la religion. »[6]

5 ans après l’impression de tahkîm el qawânîn, l’ancien grand Mufti d’Arabie Saoudite donne plus de détails sur ses positions (bien qu’il soit possible, en réalité, qu’elle soit un autre avis), à travers une fatwa, qui, elle, est moins célèbre. Il souligne en effet : « De la même manière, il faut mettre en pratique la définition de Mohammed rasûl Allah. Cela consiste à appliquer sa législation, à s’y soumettre, et à abandonner toutes les législations et les coutumes qui s’y opposent, et pour lesquelles Allah n’a donné aucune autorité. Ces législations qui vouent celui qui les applique en étant convaincu qu’elles conviennent et qu’il est permis de le faire, à la mécréance qui fait sortir de la religion. S’il ne le fait pas par conviction ni en autorisant à le faire, il est coupable d’un mécréance qui relève du kufr ‘amalî et qui donc, ne fait pas sortir de la religion. »[7]

Il reprend exactement le discours de son aïeul ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan que nous avons vu plus haut et que nous reproduisons ici : « … la sunna est venue pour expliquer que l’obéissance doit se faire dans les limites du convenable ; ces limites correspondent aux actes obligatoires et recommandés qu’Allah a imposé et agréé pour Ses serviteurs. Il est cependant interdit de se référer à des jugements qui puisent leur source dans une législation illégitime, et qui va à l’encontre du Coran et de la sunna, comme les lois grecques, franques, tatares ; tous ces codes qui proviennent de leur propres réflexions et penchants. Nous pouvons en dire autant des coutumes et des traditions bédouines en usage. Quiconque les autorise moralement (istahalla) dans les affaires de sang ou autre est un mécréant. Allah (I) révèle à ce sujet : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants]. Certains exégètes expliquent au sujet de ce Verset qu’il s’agit ici du kufr dûn el kufr el akbar. Ils en comprennent en effet qu’il englobe également celui qui n’applique pas les lois d’Allah, sans toutefois l’autoriser moralement.

Néanmoins, ils ne contestent pas que son sens général concerne celui qui l’autorise moralement, et qu’il sort ainsi de la religion. »[8]

Plus récemment, Son petit-fils Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh relativise énormément son discours. Qu’on en juge : « Parmi les tâghût, nous avons les gouverneurs tyrans qui changent (mughaïyr) les Lois d’Allah (Y)… Le gouverneur d’un pays impose par exemple d’effacer du Coran le Verset sur l’intérêt, en changeant ainsi la Loi d’Allah, ou d’enlever l’interdiction de commettre l’adultère que dénotent certains hadîth (…) Il faut bien faire attention au terme « changer » qui est ici synonyme d’abroger une Loi du Coran. Ce cas est différent de celui qui reconnait telle loi, mais qui en applique une autre. Il ne s’agit pas dans ce cas de mughaïyr. Il ne prétend pas abrogé une Loi d’Allah, mais, il se donne des prétextes comme le contexte actuel qui rend l’application de cette loi difficile, etc. Il peut être excusable comme il peut ne pas l’être, c’est en fonction des cas. »

C’est à la lumière de ces explications que nous pouvons comprendre les paroles d’ibn Bâz à qui on posa la question suivante : « Est-il vrai que Mohammed ibn Ibrahim voyaient le takfir des hukkâms, sans faire de détails ?

Il voyait le takfîr de tous ceux qui autorisent moralement à ne pas appliquer la Loi d’Allah. ils sont en effet des mécréants. Cette opinion est celle de tous les savants sans exception et disant que ceux qui autorisent moralement à ne pas appliquer la Loi d’Allah sont des mécréants ; et que ceux qui le font en étant motivés par les passions ou pour toute autre raison, sans l’autoriser moralement, dans ce cas, il s’agit du kufr dûn kufr. »[9]

Or, quand bien même, la position de l’ancien Mufti serait la bonne, il n’empêche que ce dernier, au même titre que son petit-fils fait la distinction entre le takfîr el mutlaq et le takfîr el mu’ayyin et condamne fermement l’anarchie. Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh a reconnu récemment à l’occasion de la soutenance de la thèse ès Doctorat taqrîrât aimmat e-da’wâ fî masâil el îmân dont il fut l’un des membres du jury : « Toutes les déviances auxquelles nous assistons aujourd’hui viennent du problème du hukm bi ghaïr ma anzala Allah ; déviances provenant des mouvements radicaux islamiques (djihadistes, takfiristes), qui perpétuent des attentats et le takfîr des pays musulmans pour défendre leur point de vue sur la question. »

Lettre d‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân

L’Imam ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, l’un des fameux descendants de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb adressa une lettre à l’un de ses contemporains, qui ressemble étrangement à ceux d’aujourd’hui qui se réclament pourtant de la pensée wahhabite pure et dure. En voici quelques extraits :

De ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan à ‘Abd el Azîz el Khatîb : e-salâm ‘alâ man ittaba’a el hudâ wa ‘alâ ‘ibâd Allah e-sâlihîn !

Wa bar’d : J’ai bien lu ta lettre, j’en ai bien compris le contenu et le sens des excuses auxquelles tu fais allusion. Néanmoins, tu as tort de remettre en cause les reproches qui te furent imputés par mon père, notre Sheïkh (‘Abd e-Rahmân ibn Hasan ndt.), et disant que vous avez taxé de mécréants (kaffar) ceux qui suivent la bonne voie, et que vous êtes convaincus d’avoir fait le bon choix. Tu les remets ainsi en cause en clamant ton innocence. Tu prétends que tes frères de Naqî’ ne sont pas d’accord avec toi sur notre position. À leurs yeux, nous nous serions tus face à certains problèmes.

Tu sais pertinemment qu’un tel discours a souvent pour vocation de prendre à partie la bonne croyance (‘aqîda) et la bonne voie. Quant bien même ils n’afficheraient pas le takfîr ouvertement, il n’en demeure pas moins qu’ils tournent autour du pot. Qu’Allah nous préserve de l’égarement après que nous ayons connu le droit chemin !

En 1264 h. j’ai rencontré à el Ahsâ deux hommes égarés de votre acabit qui avaient coupé avec la mosquée et la prière du jumu’â. Ils s’inspiraient des mêmes arguments que les vôtres pour kaffar les habitants musulmans de cette région. Ils les accusaient de s’asseoir et de fréquenter ibn Faïrûz, et d’autres personnes de son genre qui n’avaient pas renié le tâghût. Ce fameux ibn Faïrûz refusait également de kaffar ouvertement son grand-père,[10] Un farouche opposant de la prédication du Sheïkh Mohammed. Leur argument était : celui qui ne prononce pas ouvertement son takfîr est un kâfir comme lui, pour ne pas avoir renié le tâghût. Celui qui s’assoit avec lui a droit au même statut.

Ils firent suivre à ces deux prémices mensongères et égarées les mêmes implications que les règles de l’apostasie sur laquelle il ne règne aucune confusion. Ils décidèrent notamment de ne plus répondre à son salut. Leur affaire me fut alors soumise. J’ai demandé à ce que les deux accusés comparaissent devant moi. Je les ai menacés et ai utilisé un ton très sévère avec eux. Tout d’abord, ils prétendirent que leur croyance était conforme à celle du Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, et qu’ils avaient ses lettres en mains.

C’est alors que j’ai dévoilé leur conception erronée ; j’ai détruit leurs arguments tendancieux, en utilisant les miens, ceux qui me vinrent à l’esprit lors de cette audience. Je leur ai fait savoir que le Sheïkh n’avait aucun lien avec leur pensée et que ce dernier appliquait le takfîr uniquement sur des choses sur lesquels régnait le consensus des musulmans : la grande association (shirk akbar), renier les Versets et les signes d’Allah et de Son Messager, ou toute faute du genre.[11] Et cela, uniquement après avoir établi les preuves célestes contre le fautif et de les lui avoir fait parvenir de la façon qu’il convient.[12]

Ex. : le takfîr des adorateurs des saints en leur vouant une part de leurs invocations, et en faisant d’eux des rivaux au Seigneur dans des domaines que Lui Seul est digne de recevoir de la part de Ses créatures : la divinité et l’adoration.

Ces points font l’unanimité des savants. Toutes les tendances qui suivent scrupuleusement une école de fiqh consacrent à ce domaine un chapitre extraordinaire dans lequel ils établissent les règles de l’apostasie : ses causes, ses implications. Ils mentionnent [notamment] l’association. Ibn Hajar [el Haïthamî] consacra sur le sujet un ouvrage qu’il intitula el i’lâm bi qawâti’ el islâm.

Les deux Perses en question affichèrent alors le regret et se repentirent. Ils prétendirent que la vérité leur était devenue plus claire. Par la suite, ils se rendirent sur le littoral, et prêchèrent leur tendance. Nous apprîmes qu’ils avaient kaffar les gouverneurs musulmans et qu’ils avaient envoyé des courriers aux pouvoirs égyptiens. Ils allèrent jusqu’à kaffar les Sheïkh musulmans qui avaient des relations avec ceux auxquels ces courriers étaient adressés. Qu’Allah nous préserve de l’égarement après que nous ayons connu le droit chemin, et qu’Il nous préserve de passer d’une bonne à une mauvaise situation !

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] El irshâd ilâ ma’rifa el ahkâm (p. 210).

[2] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan.

[3] La nuance entre le takdhîb et le juhûd se résume en deux points :

Le kufr juhûd consiste à démentir avec la langue, tout en ayant connaissance de la chose au fond de soi.
Le kufr juhûd est alimenté par l’obstination.

Voir : madârij e-sâlikîn d’ibn el Qaïyim (1/367).

[4] A’lâm e-sunna el manshûra (p. 175).

[5] 200 suâl wa jawâb fî el ‘aqîda (p. 99).

[6] tahkîm el qawânîn (p. 15).

[7] El fatâwa (1/80).

[8] Manhâj e-ta-sîs wa e-taqdîs (p. 70-71).

[9] Majmû’ el fatâwâ wa el maqâlât (28/271).

[10] L’un des détracteurs acharnés de la da’wâ salafiya.

[11] Voir : e-durar e-saniya (1/102).

[12] Voir : http://mizab.over-blog.com/article-le-takfir-mu-aiyin-partie-1-66690175.html
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Message par Citizenkan le Mer 7 Jan - 18:05



Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 4)

Lettre d‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (suite)

On m’a appris que vous aviez ce genre d’idées, et que vous vous êtes aventuré dans des domaines tels que :

Les notions d’alliance (muwâlât/mu’âdât),
Les traités et les courriers « internationaux »,
Les financements et les cadeaux, et bien d’autres domaines comme :
Les tendances des païens égarés,
La non-application des Lois d’Allah (el hukm bi ghaïr mâ anzala Allah) par les Bédouins, etc.

Des domaines que seuls les savants érudits sont à même de traiter. Ces derniers sont en effet dotés d’une telle sagesse, et d’une telle perspicacité qu’ils pénètrent parfaitement les intentions du Législateur.

Pour parler de ces choses, il incombe d’avoir un bagage dans les matières que nous avons citées précédemment. Il incombe de bien maitriser les règles générales et globales qui les concernent. Il n’est pas permis de s’y initier lorsqu’on est ignorant et qu’on ne tient pas compte des détails de ses règles. Un discours vague qui ne descend pas dans le détail, et qui ne sait pas comment situer ni pénétrer les intentions du législateur en détail, conduit automatiquement à l’erreur et à la confusion. C’est le meilleur moyen pour corrompre la religion des hommes et pour disperser les esprits. On se met ainsi une barrière entre soi et la compréhension du Coran et de la sunna.

Dans sa fameuse kâfiya, ibn el Qaïyim précise à ce sujet :

Le détail est crucial ••• les notions générales

Perturbent l’existence ••• et les idées sans cesse

Quant à considérer kâfir celui qui est concerné par les infractions précédemment citées – que vous croyez être des actes d’apostasie –, vous vous conformez exactement à la tendance harûriya ; ces rebelles qui ont pris les armes contre le Prince des croyants, ‘Alî ibn Abî Tâlib, et les Compagnons qui se trouvaient avec lui.

Ces derniers lui reprochaient d’avoir eu recours à l’arbitrage d’Abû Mûsâ el Ash’arî et de ‘Amr ibn el ‘Âs, à l’occasion de la fitna qui eut lieu entre le gendre du Prophète et Mu’âwiya soutenu par les habitants du Shâm. Les kharijites contestèrent cet arbitrage. Ils comptaient au départ dans ses propres rangs parmi les habitants des villages de la région de Bassora et de Kûfa. Ils lui avancèrent comme argument : « Tu t’es tourné vers le jugement des hommes et tu as pris pour ami et allié Mu’âwiya et ‘Amr (wâlaït/tawallaït), alors qu’Allah dit clairement : [La Loi n’appartient qu’à Allah]. Tu as ensuite instauré une trêve avec eux, alors qu’Allah a aboli les traités de paix depuis qu’Il a révélé barâa (la sourate tawba ndt.). »

De longues querelles se déclenchèrent alors entre le Prince des croyants et les rebelles. Ils s’en prirent aux musulmans en pillant leurs troupeaux, et en tuant les partisans d’Alî qu’ils réussirent à avoir sous la main. Dès lors, le 3ème Khalife prit la résolution de mater la rébellion. Il leur livra batailla juste devant la montagne de Nahrawân, après leur avoir présenté un ultimatum et avoir coupé court à toute excuse.

Après les hostilités, il chercha dans les cadavres la dépouille du kharijite auquel le hadîth authentique faisait mention, et qui fut rapporté par e-sahîh de Muslim, et d’autres recueils parmi les auteurs des sunan. Lorsqu’il le trouva, il ressentit une joie immense. Il se prosterna même par reconnaissance envers Allah, qui lui avait permis de réaliser cette prophétie. Puis, il déclara : « Si les combattants qui matèrent ces rebelles savaient quelles récompenses Mohammed a promises pour ceux qui y participaient, ils s’arrêteraient de faire des bonnes œuvres. » Pourtant, ils étaient connus pour être les plus fervents dans l’adoration (prière, jeûne, etc.).

Quant aux termes : injustice (zhulm), désobéissance (ma’siya), perversité (fusûq), débauche (fujûr), el muwâlât (prendre pour allié ndt.), el mu’âdât (prendre pour ennemi ndt.), e-rukûn (pencher vers ndt.), l’association, etc.

Ils désignent dans les textes du Coran et de la sunna, deux sens : le sens absolu (el haqîqa el mutlaqa) et son sens dans l’absolu (mutlaq el haqîqa).

Pour les spécialistes en usûl, en principe, c’est le premier dont il est question dans les textes. Seul un indice explicite, voire sous-entendu, peut faire passer de la haqîqa el mutlaqa à mutlaq el haqîqa.

L’exégèse et l’explication prophétique sont à même de nous éclaircir la chose. Allah (I) explique à ce sujet : [Tous les messagers que Nous avons envoyés parlaient la langue de leur peuple afin qu’ils leur éclaircissent], [Tous les messagers que Nous avons envoyés avant toi étaient choisis parmi les hommes auxquels Nous consacrions la révélation ; demandez aux gens du rappel si vous ne savez pas… avec les preuves évidentes et les Psaumes. Nous t’avons descendu le rappel afin que tu éclaircisses aux hommes ce qui leur fut descendu, ainsi vont-ils réfléchir].

Dans cet ordre d’idée, les termes : croyant, bienfaiteur, pieux, ont dans l’absolu un sens élogieux, qui n’est pas le même que lorsque le contexte parle des obligations/interdictions. Ne vois-tu pas que l’homme adultère, le voleur et le buveur d’alcool sont concernés par le sens général du Verset : [Ô croyants ! Quand vous voulez prier], [Ô croyants ! Ne soyez pas comme ceux qui ont porté préjudice à Mûsâ, le jour où Allah l’a par la suite lavé de leurs accusations] [Ô croyants ! Les témoignages entre vous].

Cependant, ces derniers ne sont pas concernés par les Versets : [Les croyants sont uniquement ceux qui ont cru en Allah, et à Son Messager, et qui n’ont pas par la suite été touchés par le doute], [ceux qui ont cru en Allah et à son Messager, sont eux les véridiques]. C’est cette distinction qui a poussé les anciens à ne pas nommer le fâsiq « pieux » ou « croyant ».

En outre, selon le hadîth : « L’homme qui commet l’adultère n’est pas un croyant au moment de son acte, celui qui boit de l’alcool n’est pas un croyant au moment de le faire… »[1] ou bien : « Nul n’est croyant s’il n’épargne pas son voisin de son mal. »[2] Le fait que le Prophète (r) ne lui reconnait pas la foi, cela ne veut pas dire qu’il n’est pas musulman. C’est un croyant qui est différent de celui qui renie Allah et Ses messagers. C’est de cette façon que les anciens ont compris les textes. Ils ont établi ces règles dans le chapitre des réfutations aux kharijites, et des murjites, etc.

Tu dois bien comprendre cette question dans laquelle bon nombre de gens ont glissé et se sont égarés.

Quant à la question de la menace divine qu’encourent les auteurs de certains grands péchés, il est possible que pour une raison ou une autre un cas particulier en soit épargné. Ex. : l’amour d’Allah et de Son Messager, le djihad sur Son sentier, le poids des bonnes actions, Son Pardon et Sa Miséricorde, l’intercession des croyants, les malheurs qui font effacer les péchés dans les trois mondes, etc.[3]

C'est pourquoi les anciens ne promettent pas un cas particulier parmi les musulmans au Paradis ni à l’Enfer, bien qu’ils font état de la menace à la manière du Coran et de la sunna. Ils font ainsi la différence entre le cas général et absolu et le cas particulier et restrictif.

‘Abd Allah Himâr était un buveur de vin. Lorsqu’on le fit comparaitre devant le Messager d’Allah (r), un homme dans l’assemblée proféra la malédiction contre lui. Puis, il enchaina : « Combien de fois fut-il emmené au Messager d’Allah (r).

Ne le maudit pas, répondit le Prophète (r), car il aime Allah et Son Messager. »[4]

Pourtant, lui-même a maudit dans son discours l’alcool, celui qui en boit, celui qui en vend, celui qui le presse, etc.

Médite également sur l’histoire de Hâtib ibn Balta’a.[5]

(…)

Ces nuances que l’on rencontre dans ce domaine ou ailleurs sont connues des anciens érudits parmi les Compagnons et leurs successeurs. Néanmoins, celles-ci posent problèmes à ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de la langue et qui confondent entre les cas, parmi les nouvelles générations non-arabes et néophytes. Ces dernières sont mal à l’aise dans ce domaine, et n’ont pas les outils pour déchiffrer les sens profonds du Coran et de la sunna.

C’est ce qui a poussé el Hasan à dire : « Leur mauvaise compréhension vient du fait qu’ils sont des étrangers. » Un jour, ‘Amr ibn el ‘Alâ entra en polémique avec ‘Amr ibn ‘Ubaïd qui soutenait que les auteurs des grands péchés étaient promis à l’Enfer éternel. L’ancêtre des mu’tazilites avait mis en avant qu’Allah en avait fait la promesse (wa’d) qu’Il ne pouvait trahir. Il faisait allusion à la menace (wa’îd) que le Coran pointait contre les auteurs de certains grands péchés passibles de l’Enfer éternel.

Le traditionaliste lui répondit : « Ta mauvaise compréhension vient du fait que tu es un étranger. Il s’agit de la menace non de la promesse. »

Il s’inspira ensuite des vers :

Moi, si je promets ou si je fais des menaces

Mes menaces, Je m’en dédis et Mes promesses, je les respecte

Un Imam rapporte la parole d’el Bukhârî et autres : « Le bonheur pour un étranger et l’arabe converti, c’est d’avoir sous la main un traditionaliste. Leur malheur, c’est d’être éprouvé, et de rejoindre les adeptes des passions et de l’innovation. »

(…)

Il incombe en effet de se référer à la sunna qui a pour vocation d’éclairer les gens sur les intentions du Coran. Quant aux innovateurs, ils s’en passent pour se tourner vers leurs propres passions et se fient à leurs avis et leurs impressions.

J’ai entendu dire que vous vous êtes inspirés du Verset de la sourate Mohammed : [Cela, pour avoir dit à ceux qui ont eu un ressentiment contre les Versets révélés par Allah : Nous allons vous obéir sur certains points] : Vous les auriez fait correspondre à certains émirs contemporains qui entretiennent des courriers, ou qui nouent des traités de paix avec certains chefs égarés et certains rois païens. Le problème, c’est que vous n’avez pas regardé le début du Verset disant : [Ceux qui ont tourné les talons après avoir appréhendé le bon chemin]. Vous avez mal compris de quelle obéissance il s’agit ni de quels points notoires auquel fait allusion ce noble Verset.

Le déroulement du traité d’el Hudaïbiya nous apprend que le Messager d’Allah s’est plié aux exigences et conditions des païens. Cela suffit pour réfuter votre mauvaise compréhension et votre conception erronée.

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par el Bukhârî et Muslim, selon Abû Huraïra.

[2] Rapporté par el Bukhârî et Muslim, selon Abû Huraïra.

[3] Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya recense dix facteurs qui épargnent le pécheur croyant du châtiment :

Le repentir sincère efface le péché comme s’il n’avait jamais été commis.
La demande de pardon (istighfâr).
Les bonnes actions effacent également les mauvaises actions : [Les bonnes actions chassent les mauvaises] [Hûd ; 114]
Les invocations et l’intercession des croyants en faveur du pécheur, avant et après sa mort.
Les bonnes œuvres qu’ils lui dédient afin de les mettre à son actif.
L’intercession prophétique.
Les épreuves qu’il subit sur les choses qui lui sont chères (sa personne, ses biens, sa famille, etc.).
Les épreuves de la tombe dans l’entre-monde (barzakh) où il sera interrogé par les anges, juste après que la terre va compresser ses côtes.
Les affres du Jour de la résurrection.
La Miséricorde du plus grand des Miséricordieux.

[4] Rapporté par el Bukhârî, selon ‘Omar.

[5] Voir pour ce dernier : http://mizab.over-blog.com/article-l-amour-et-la-haine-en-dieu-partie-1-66689875.html

‘Abd e-Lâtif ramène trois causes à l’origine de la mauvaise compréhension des paroles des savants que les égarés reprennent à leur compte :

Soit, en utilisant certains de leurs passages dont leur sens est vague, alors qu’il incombe de tous les regrouper pour les éluder. Voir : E-durar e-saniya (1/469).
Soit, en prenant pour argent comptant certaines expressions sévères que les savants utilisent pour fustiger leurs adversaires dans leurs réfutations. Idem. (1/469).
Soit, en reprenant à leur compte les erreurs des savants. c’était justement le cas de Hamd ibn ‘Atîq sur la question de la muwâlât. Certains de ses passages, qu’il fallait mettre sur le compte de l’erreur, portaient à confusion. Idem. (8/369).

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Message par Citizenkan le Jeu 8 Jan - 17:41



Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 5)

Lettre d‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (suite)

Section :

Il existe plusieurs principes à respecter :

Le premier : la sunna prophétique et les hadîth servent à éclaircir les lois coraniques, et les ambitions que dévoilent les textes du Livre d’Allah dans le domaine des limites à connaitre qu’Allah a révélées. Ces limites portent sur la connaissance des termes comme croyant/mécréant, polythéiste/monothéiste, pervers, bienfaisant, injuste, pieux, ce que sous-entendent la muwâlât et le tawallî, etc.

De la même manière que celle-ci donne des éclaircissements sur la façon de prier comme il l’est demandé : ses nombres de rak’a, ses piliers, ses conditions, ses obligations ; il en est de même pour la zakât… le jeûne, le pèlerinage… les lois de l’usure… Ses enseignements détaillés nous parviennent par le biais d’annales que nous véhiculent des rapporteurs crédibles et irréprochables, de génération en génération, et qu’ils font remonter à la source : la sunna du Messager d’Allah (r).

En négligeant ce principe, on se ferme hermétiquement les portes du savoir et de la foi, tout comme on ferme les portes à la compréhension du Coran.

Le deuxième principe :

La foi a une essence (asl) qui se diversifie en diverses branches. Chaque branche (far’) entre sous l’appellation de la foi. Lâ ilâh illâ Allah est la plus haute d’entre elles, et la plus basse consiste à enlever une entrave du chemin. Si certaines d’entre elles ne sont pas fournies, celles-ci annulent la foi à l’unanimité des savants, comme c’est le cas pour la première. En revanche, d’autres ne l’annulent pas à l’unanimité des savants quand elles sont négligées, comme c’est le cas pour la dernière. Or, entre ses deux branches, il en existe de multiples variétés. Les unes rejoignent la première ; elles en sont donc plus proches. Les autres rejoignent la dernière, et en sont donc plus proches.

En voulant mettre toutes ces branches sur le même pied d’égalité lorsque celles-ci sont rassemblées, on s’oppose ainsi aux textes et à la voie des anciens et des grandes références de cette communauté.

D’autres parts, la mécréance (kufr) se compose également d’une essence et de branches. Ainsi, de la même manière que les branches de la foi entrent dans la foi, nous pouvons en dire autant pour la mécréance. Tous les péchés sont des branches du kufr, comme en parallèle, les bonnes œuvres sont des branches de la foi. Il n’est donc pas pertinent de les mettre sur le même pied d’égalité au niveau des statuts et des noms légitimes qui leur sont accolés.

Il y a donc une différence entre délaisser la prière, l’aumône, ou le jeûne, commettre l’association, ou dénigrer le Coran, et entre commettre un vol, l’adultère, boire de l’alcool, piller, et afficher une certaine muwâlât pour les non-musulmans à la façon de Hâtib.

Celui qui met sur le même pied d’égalité les différentes branches de la foi au niveau des noms et des lois qui leur correspondent, ou qui fait la même chose avec les branches du kufr, il s’oppose au Coran et à la sunna ; il s’écarte de la voie des anciens, et entre dans l’ensemble des adeptes de l’innovation et des passions.

Le troisième principe :

La foi est composée des paroles et des actes.

Il existe deux sortes de paroles : la parole du cœur qui se matérialise par la croyance, et la parole verbale qui se matérialise par l’attestation de foi.

Il existe deux sortes d’actes : les actes du cœur qui consiste à s’orienter vers Allah, Le choisir comme divinité, L’aimer, chercher Sa satisfaction, et à Lui donner foi.

Les actes extérieurs comme la prière, l’aumône, le pèlerinage, le djihad, etc.

S’il n’y a plus la croyance du cœur (tasdîq), accompagnée des actes intérieurs, la foi s’annule entièrement. Si ce sont simplement certains actes extérieurs qui sont délaissés, comme la prière, tout en gardant à la fois la croyance et la parole du cœur, il y a divergence entre les savants sur le statut qui lui correspond : est-ce que la foi s’annule entièrement ou non en délaissant l’un des cinq piliers de l’Islam ? Est-ce que le coupable devient mécréant ou non ? Faut-il distinguer la prière des autres piliers ou non ?

Les traditionalistes s’accordent à dire qu’il faut absolument fournir les actes du cœur (l’amour d’Allah, Sa soumission, et la recherche de Son Agrément).

Pour les murjites, le tasdîq est suffisant pour devenir croyant. La divergence entre les traditionalistes concerne donc les actes extérieurs : devient-on un mécréant en les délaissant ou non ? Selon la tendance notoire des anciens, on devient mécréant en délaissant l’un des quatre piliers venant après l’attestation de foi.

Selon une deuxième tendance : seul celui qui les renie est voué à la mécréance.

Une troisième tendance distingue entre la prière et les autres piliers. Toutes ces tendances sont notoires.

Concernant les péchés et les actes de désobéissance, les anciens distinguent entre ceux qui s’opposent catégoriquement à l’essence de la foi, et les péchés moins graves. Ils distinguent également entre ceux que le Législateur qualifie de mécréance et les autres. Telle est la tendance des traditionalistes qui se conforment scrupuleusement à la sunna du Messager d’Allah (r) ; les preuves textuelles venant le démontrer sont détaillées ailleurs.

Le quatrième principe :

Il existe deux sortes de kufr :

Kufr ‘amal et le kufr juhûd wa ‘inâd qui consiste à renier une chose en sachant pertinemment qu’elle vient du Messager (r) par obstination et dénégation. Cela concerne les Noms du Seigneur, Ses Attributs, Ses Actions, Ses Lois qui ont pour base, Son tawhîd et Son adoration unique sans Lui vouer le moindre associer.

Cette forme d’apostasie s’oppose à la foi à tous les niveaux. Concernant le Kufr ‘amal, il y a certains actes qui s’opposent à la foi à tous les niveaux, comme se prosterner devant une idole, dénigrer le Coran, tuer voire offenser un prophète.

Quant au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah et l’abandon de la prière, ils relèvent du kufr ‘amal non du kufr i’tiqâd.

Dans cet ordre, nous avons le hadîth : « Ne redevenez pas des mécréants après moi en vous tranchant mutuellement la nuque. »[1]

Le Prophète (r) dit également : « Quiconque visite un devin et donne crédit à ses paroles, ou qui sodomise sa femme aura mécru aux enseignements révélés à Mohammed. »[2]

Il s’agit ici du Kufr ‘amal qui n’a pas le même degré de gravité que les actes que nous avons cités précédemment, bien que dans tous les cas on parle de kufr.

En outre, le Coran désigne celui qui met en pratique une partie du Coran comme étant croyant pour la partie qu’il met en pratique et mécréant pour celle qu’il délaisse. Allah (I) révèle en effet : [Et lorsque nous primes votre engagement de ne pas verser votre sang et ne pas vous expulser des maisons] jusqu’à : [Ne croyiez-vous qu’à une partie du Livre et en renieriez-vous le reste ?] Ce Verset nous enseigne qu’ils ont accepté cet engagement et qu’ils y ont adhéré (iltazama). Cela démontre qu’ils y ont donné foi. Il nous informe pourtant, qu’ils ont désobéi à l’ordre de Leur Seigneur, et que certains d’entre eux ont versé le sang à un autre groupe parmi les-leurs qu’ils ont expulsé de chez eux. Ils ont donc renié l’engagement qui leur fut pris.

Le Coran nous apprend ensuite qu’ils réclamèrent une rançon en échange des prisonniers que le premier groupe avait constitué. Ils ont donc donné foi à l’engagement que le Seigneur avait pris sur eux dans le Livre. Ils étaient d’un côté croyants pour avoir mis en pratique le pacte qu’ils avaient pris avec Lui, et d’un autre côté mécréants pour en avoir négligé une partie.

Ainsi, la foi au niveau des actes s’oppose à la mécréance au niveau des actes et la foi au niveau de la croyance s’oppose à la mécréance au niveau de la croyance.

Selon un hadîth authentique : « Offenser un croyant relève de la perversion, et le tuer relève de la mécréance. »[3] Le Prophète (r) a distingué entre l’offense et le meurtre ; l’un étant un acte de perversion (fusûq) qui ne rend pas mécréant, et l’autre un acte de mécréance. Il va sans dire qu’il faisait allusion au Kufr ‘amalî non au Kufr i’tiqâdî. Ce genre de kufr ne fait pas sortir catégoriquement de la religion musulmane, de la même manière que l’adultère, le vol, et l’alcool, bien qu’au même moment, les fautifs se voient retirer le nom de croyants.

Ces détails sont conformes à l’opinion des Compagnons, qui sont les plus éclairés de la communauté sur le Livre d’Allah, sur l’Islam, la mécréance, et leurs implications. Il n’est donc pas pertinent de se tourner pour ces questions vers quelqu’un d’autre. Les nouvelles générations ont mal appréhendé leur discours, c'est pourquoi elles se sont divisées en deux groupes :

Un groupe qui a sorti de la religion les auteurs des grands péchés, en les condamnant à l’Enfer éternel ;
et un groupe qui les a considérés à l’opposée comme des croyants ayant une foi parfaite.

Les premiers ont sombré dans le rigorisme et les seconds dans le laxisme. Néanmoins, Allah guida les traditionalistes, qui sont au milieu des tendances musulmanes comme l’Islam est au milieu des autres religions, soit la meilleure voie, qui est la voie du milieu.

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[2] Rapporté par e-Tirmidhî, ibn Mâja, et Abû Dâwûd ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans irwâ el ghalîl (7/68).

[3] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.
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Message par Citizenkan le Ven 9 Jan - 12:39

Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 6)

Lettre d‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (suite)

Ainsi, on parle de kufr dûn kufr (mécréance sans être de la mécréance), de nifâq (hypocrisie) dûn nifâq, de shirk dûn shirk, et de zhulm (injustice) dûn zhulm.

Selon ibn ‘Abbâs en effet au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants] : « Ce n’est pas la mécréance à laquelle vous pensez. » Cette annale est rapportée par Sufiân et ‘Abd e-Razzâq. Une version précise : « il s’agit de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[1]

Selon ‘Atâ : « Il s’agit du kufr dûn kufr, du zhulm dûn zhulm, et du fisq dûn fisq. »

Ce principe est clairement exposé dans le Coran pour celui qui se penche dessus. Allah (I) en effet appelle « mécréant » celui qui n’applique pas Ses lois. La même désignation est consacrée à celui qui renie les Lois qu’Il a révélées à Son Messager. Pourtant, il n’est pas question du même statut dans les deux cas.

En outre, le Coran taxe le mécréant de zhâlim (injuste) dans le Verset suivant : [Les mécréants sont eux les injustes]. Il taxe du même nom celui qui dépasse les limites dans les domaines du mariage, du divorce, etc. Il affirme à ce sujet : [Celui qui outrepasse les Limites d’Allah, est vraiment injuste envers lui-même]. Yûnas fait également l’aveu : [Je comptais vraiment parmi les injustes]. Ce genre d’injustice est encore différent du premier.

Le mécréant est également qualifié de fâsiq (pervers) dans le Verset : [mais Il n’égare par son biais que les pervers] ; mais aussi : [Nous avons descendu sur toi des Versets détaillés, seuls les pervers peuvent les renier].

Or, les désobéissants musulmans ont droit à la même appellation : [Ô croyants ! Quand un pervers vous ramène une nouvelle, alors vérifiez-la]. Un autre Verset parle des diffamateurs en ces termes : [ceux-là sont vraiment les pervers]. Pour le hadj, il est dit : [il ne faut ni approcher sa femme ni faire de perversité ni se disputer lors du pèlerinage].

Dans cet ordre d’idée, nous avons le shirk qui se divise également en deux catégories

Le shirk qui fait sortir de la religion : le grand shirk ; et celui qui n’y fait pas sortir : le petit shirk, comme le riyâ (l’ostentation).

Au sujet du shirk akbar, Allah (I) révèle : [Allah interdit le Paradis à quiconque Lui associe quoi ce soit ; sa demeure sera l’Enfer où les injustes ne trouveront aucun secoureur] [Faire du shirk, c’est comme tomber du ciel et être en proie soit aux serres des rapaces…]. Concernant le shirk riyâ, un Verset nous apprend : [Quiconque désire rencontrer Son Seigneur, qu’il fasse des bonnes œuvres et qu’il ne Lui associe personne dans Son adoration].

Pour les hadîth, nous avons : « Ce que je crains le plus pour vous, c’est le petit shirk. »[2]

« Quiconque jure par un autre qu’Allah aura commis l’association. »[3] Il va sans dire que ce péché ne fait pas sortir son auteur de la religion, et que ce dernier n’est pas à rallier au niveau du statut aux non-musulmans.

Dans ce registre, nous avons : « L’association dans cette communauté est plus subtile que le pas d’une fourmi. »[4]

Tu peux voir ainsi comment des termes comme : shirk, kufr, fusûq, zhulm, sont-ils répartis en deux catégories : l’une est du kufr qui fait sortir de la religion et l’autre est du kufr qui n’en fait pas sortir.

Il existe également deux sortes d’hypocrisie : nifâq i’tiqâdî et nifâq ‘amalî.

Le Coran porte l’attention, à maintes reprises, à l’hypocrisie qui se vérifie au niveau du cœur et de la croyance. La sentence prévue pour ses auteurs est le dernier échelon de l’Enfer.

Quant à l’hypocrisie au niveau des actes, c’est de celle-ci dont il est question dans le hadîth : « Celui qui porte en lui ces quatre traits de caractère à la fois est un vrai hypocrite, mais s’il se distingue uniquement par l’un d’entre eux, il aura certains traits de l’hypocrisie jusqu’à ce qu’il s’en débarrasse : s’il ment dans ses paroles, s’il trahit ses engagements, s’il est vulgaire lors des disputes, et s’il trahit la loyauté qu’on lui accorde. »[5]

Une personne digne d’estime souligne à ce sujet : « L’hypocrisie peut très bien se mêler avec l’essence de la foi, mais une fois qu’elle s’est bien implantée, elle est susceptible d’extirper carrément la foi du cœur, quand bien même on ferait la prière et le jeûne, et qu’on prétendrait être musulman. La foi en effet interdit ce genre de traits de caractère, mais s’ils deviennent encrés chez un individu, et que rien ne l’empêche de les avoir, il ne peut qu’être un vrai hypocrite. » Fin de citation.

Le cinquième principe :

Avoir certaines caractéristiques de la foi ne fait pas forcément de l’individu un croyant, de la même façon que d’avoir certaines caractéristiques de la mécréance, ne fait pas forcément de l’individu un mécréant, bien qu’il en porte en lui certaines germes. C’est comme le fait d’avoir une certaine science, ou certaines connaissances en médecine, ou en figh cela ne fait pas de l’individu un savant ou un médecin ou un spécialiste en figh. Quant à l’acte de kufr proprement dit (issu de l’une des branches du kufr), il prend le nom de kufr, comme le mentionne le hadîth : « Il y a deux catégories d’individus dans ma communauté qui portent en eux certaines germes du kufr : celui qui bafoue la lignée des autres et celui qui gémit à l’occasion d’un décès. »[6]

Dans un autre hadîth, il est dit : « Celui qui jure par un autre qu’Allah aura mécru. »[7] Il ne s’agit pas toutefois du kufr de façon absolue.

[Conclusion]

Celui qui pénètre correctement ces notions, comprendra mieux la pensée des anciens, qui se distinguaient par la profondeur de leur savoir et pour avoir le moins d’affectation possible. Ibn Mas’ûd explique à ce sujet : « Si tu dois suivre quelqu’un, alors suis les Compagnons du Messager d’Allah (r). Eux qui avaient les cœurs les plus sains de notre communauté, qui avaient le savoir le plus étendu, et qui faisaient moins preuve d’affectation que quiconque. Ces gens qu’Allah a choisis pour la compagnie de Son Prophète. Tu dois reconnaitre leur mérite, car ils étaient sur le droit chemin. »

Satan a tendu deux pièges immenses aux êtres humains, peu lui importe avec lequel il les capture.

Le premier : est l’excès et le rigorisme qui consiste à outrepasser les limites.

Le second : c’est le manque de rigueur, le laxisme et le délaissement.

Après avoir dressé une liste de certaines ruses du Diable, ibn el Qaïyim souligne notamment : « Un ancien a dit : pour tous les commandements qu’Allah impose aux hommes, Satan insuffle deux penchants : il insuffle soit la négligence et le laisser-aller, soit l’excès et le rigorisme. Peu lui importe avec lequel des deux il capture les hommes.

La plupart des hommes, à l’exception d’un petit nombre, tombent dans l’un de ces deux pièges. Le trop et le trop peu. Peu d’entre eux se maintiennent sur le chemin que le Messager d’Allah (r) et ses Compagnons empruntaient. » Après avoir dressé de multiples exemples – qu’Allah lui fasse miséricorde –, il poursuit : « Certains gens ont fait preuve de laxisme en prétendant que la foi du plus pervers et du plus tyran des hommes est comme celle de Jibrîl, et Mikâil avant de parler d’Abû Bakr et d’Omar. À l’opposé, certains ont fait preuve d’excès en sortant de la religion l’auteur d’un seul grand péché. »[8]

Le mot de la fin

Ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux. Malheureusement, de nombreux contemporains, qui ont pour vocation de dénigrer les savants de référence, se reconnaitront dans ce portait.

« Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. »[9]

À suivre…

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[1] Cette annale d’ibn ‘Abbâs est authentique, voir : http://mizab.over-blog.com/article-l-annale-d-ibn-abbas-partie-1-74115854.html

[2] Rapporté par Ahmed, selon Mahmûd ibn Labîd.

[3] Rapporté par Ahmed.

[4] Rapporté par Abû Ya’lâ, selon Abû Bakr.

[5] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[6] Rapporté par Muslim, selon Abû Huraïra.

[7] Rapporté par ibn Hibbân, e-Tirmidhî, et Abû Dâwûd.

[8] Ighâtha e-lahfân (1/116-117).

[9] Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).
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