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Le salafisme : apolitique ou pragmatique ?

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Message par Citizenkan Dim 10 Jan - 15:10





Le salafisme : apolitique ou pragmatique ?

(Partie 1)


« Soixante ans sous l’autorité d’un tyran valent mieux qu’une seule nuit sans sultan. »[1]


Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !


Allah (I) révèle : [Dis : Ô Allah, Souverain suprême ! Tu donnes le pouvoir à qui tu veux et Tu le reprends à qui Tu veux, Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux ; le bien est dans Ta Main, à Toi pour qui rien n’est impossible][2] ; [Allah accorde une part de Son royaume à qui Il veut][3] ; [Allah fit la promesse aux croyants vertueux, parmi les vôtres, de les faire régner sur terre au même titre que les nations anciennes][4] ; [Allah n’allait pas sceller le sort d’un peuple sans que celui-ci ne sombre dans la déchéance ; et s’Il décide de le décimer, nul protecteur ne saurait s’interposer pour le sauver].[5]


D’après ibn Abî Shaïba, avec une chaine narrative authentique, ‘Alî ibn Abî Tâlib (t) déclare : « Les gens ont besoin d’un émir, peu importe qu’il soit bon ou pervers. »[6]


Shaqîq ibn Salama raconte : quelqu’un posa la question à ‘Alî : « Pourquoi ne désignes-tu pas ton successeur ?

Le Messager d’Allah (r) ne l’a pas fait. Cependant, si Allah veut du bien à cette nation, il mettra le meilleur à sa tête, de la même manière que les Compagnons se mirent d’accord, à l’époque, sur le meilleur d’entre eux. »[7]


Ka’b el Akhbâr : « Chaque génération connait, par la Volonté de Dieu, l’avènement d’un roi qui sera le miroir de la société ; la société qu’Allah voudra épanouir héritera d’un bon roi, et celle qu’Il voudra faire périr héritera d’un nanti dont fait mention le Verset : [Quand nous voulons anéantir une cité, Nous accordons de l’envergure aux plus nantis, qui, enclins à la rébellion, se vautrent dans la débauche, en s’attirant légitimement Notre sentence qui va les décimer jusqu’au dernier].[8] »[9] El Munâwî y va de son exégèse : « Autrement dit, si le Très-Haut veut décimer un peuple pervers, Il le met entre les mains des plus nantis, car plus enclins au vice. »[10] Pharaon reflétait l’esprit cruel qui habitait ses contemporains égyptiens. Le Coran nous relate ses manigances : [Pharaon manipula son peuple qui se soumit à ses caprices, car il était pervers].[11] Seul un pervers pouvait convenir à la tête d’un peuple enclin à la perversité. Ibn Taïmiya nous fait savoir qu’un simple d’esprit est facilement manipulable, car il est plus guidé par les passions que par la raison et le savoir.[12]


Selon Abû el Jald el Asadî, un successeur des Compagnons (tâbi’î) : « Les mauvais rois s’imposent dans les sociétés dominées par le péché. »[13]


Selon une annale israélite : « Un prophète hébreu considérant l’oppression que Nabuchodonosor fit subir à son peuple : à cause de nos péchés, Tu nous as infligé un être qui n’éprouve pour nous ni sympathie ni compassion ! »


Un jour, Nabuchodonosor interpella Daniel : « Pourquoi ton peuple est-il sous ma captivité ?

En raison de l’ampleur de ton crime, et de l’injustice dont mon peuple se rendit coupable envers lui-même. »[14]


Tartûshî : « J’ai toujours entendu que vos émirs sont l’incarnation de vos agissements, et qu’on a le gouverneur qu’on mérite, mais un jour je suis tombé sur le Verset qui corrobore ce principe, et que voici : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres].[15] Un vieil adage disait également : « Les choses que tu réprouves autour de toi sont l’expression des dommages causés par ta mauvaise conduite. » ‘Abd el Mâlik ibn Marwân criait à qui voulait l’entendre : « Mes chers sujets ! Vos revendications ne sont pas justes. Vous exigez de moi que je sois, dans mes relations avec vous, à l’image d’Abû Bakr et d’Omar, mais il faudrait déjà que vous-mêmes les imitiez dans la vie de tous les jours, et dans vos relations avec moi ! Qu’Allah vienne en aide à chacun dans ses relations avec l’autre ! »


Qatâda déclare : « Élohim, s’exclamèrent les enfants d’Israël ! Tu es au ciel, et nous, nous sommes sur terre, alors comment savoir si Tu es satisfait de nous ou non ? » La réponse se fit entendre par la bouche d’un prophète à qui le Très-Haut révéla : « Quand Je mets les meilleurs d’entre vous à votre tête, c’est que Je suis satisfait de vous, mais si J’y mets les pires, c’est que Je suis en colère contre vous ! »


‘Ubaïda e-Sulaïmânî s’adressant à ‘Alî ibn ‘Abî Tâlib (t) : « Prince des croyants ! Comment expliques-tu que les gens se soumettaient volontiers à Abû Bakr et à ’Omar qui baignèrent dans l’aisance après avoir surmonté l’adversité ? Ces derniers vous léguèrent, à ‘Uthmân et à toi, une situation confortable, sur un plateau d’argent, mais, très vite, vous retombèrent dans l’adversité en proie aux contestations des sujets qui étaient loin de vous être dociles !

C’est très simple, Abû Bakr et ’Omar régnaient sur des sujets comme ‘Uthmân et moi, tandis que moi, aujourd’hui, je suis éprouvé par des sujets comme toi ! »[16]


Mohammed ibn Yûsaf reçut le courrier d’un frère qui se plaignait de la tyrannie des émirs. En retour, il lui envoya une lettre dans laquelle il écrivit : « Ton courrier, qui m’est bien parvenu, décrit votre situation navrante, mais il ne convient pas à ceux qui se livrent à la débauche de contester la punition céleste. Je ne vois dans votre malheur que les traces funestes de vos péchés. Salâm ! » Fin de citation. »[17]


El ‘Ajlûnî, en parlant de l’adage on a le gouverneur qu’on mérite : « Il est rapporté par e-Tabarânî, nous assure-t-il, selon el Hasan el Basrî, qui remit à l’ordre un homme ayant, devant lui, fait des prières contre el Hajjâj ibn Yûsaf : « Ne fait pas cela, lança-t-il, car il est le reflet de vos actes. Je crains que la fin de son règne, causée par sa destitution ou par sa mort, soit l’occasion aux singes et aux porcs de vous dominer. Les annales diraient que vos émirs sont l’incarnation de vos agissements, mais encore qu’on a le gouverneur qu’on mérite. » Fin de citation. »[18]


Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/


[1] E-siyâsa e-shar’iya d’ibn Taïmiya (p. 176).

[2] La famille d’Imrân ; 26 Dans son recueil d’exégèse, Mohammed Haqqî fait le commentaire : « C’est-à-dire qu’Il met à la tête des vertueux des émirs compatissants, et à la tête des pervers, des émirs tyrans. »

[3] La vache ; 247

[4] La lumière ; 55

[5] Le tonnerre ; 11

[6] Rapporté par ibn Abî Shaïba (7/557).

[7] Rapporté par Khaïthama dans son fameux hadîth (p. 131), ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 1158), el Hâkim (3/145), el Baïhaqî dans e-sunan el kubrâ (8/149), et dalâil e-nubuwwa (7/223), ibn ‘Asâkir dans târîkh Dimashq (42/561), et autre ; dans el bidâya wa e-nihâya (5/251), ibn Kathîr a jugé potable sa chaine narrative en faisant probablement allusion à celle du texte ci-dessus.

[8] Le voyage nocturne ; 16

[9] Rapporté par Abû Nu’aïm (6/30), el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7389), et Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 299).

[10] Faïd el Qadîr (1/265).

[11] Les ornements ; 54 Un autre Verset nous apprend : [Nous infligeâmes alors aux courtisans de Pharaon des années de sécheresse et de mauvaises récoltes à titre d’avertissement] [ Les remparts ; 130].

[12] Majmû’ el fatâwâ (16/338).

[13] Rapporté par Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 300), et ibn ‘Asâkir dans târîkh Dimashq (39/477).

[14] Voir : e-dâ e-dawâ (p. 75) d’ibn el Qaïyim avec la recension d’Alî Hasan el Halabî. Le sermonneur Ibrâhîm ibn Hamsh disait : « Ô Allah, à cause de nos péchés, Tu nous as infligé un être qui n’éprouve pour nous ni sympathie ni compassion ! » Rapporté par el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7390).

[15] Le bétail ; 129

[16] Un jour, on demanda à ‘Alî ibn ‘Abî Tâlib (t) : « Comment expliques-tu que les musulmans contestent ta légitimité, alors que ce n’était pas le cas pour Abû Bakr ni ’Omar ?

C’est très simple, Abû Bakr et ’Omar régnaient sur des sujets comme moi, tandis que moi, aujourd’hui, je suis éprouvé par des sujets comme toi ! » El muqaddima (1/374) d’ibn Khaldûm.

[17] Voir : sirâj el mulûk (2/467). On aurait demandé à el Hajjâj : « Pourquoi n’es-tu pas aussi juste qu’Omar dont tu as eu personnellement l’expérience de son règne ?

Soyez pieux et austères comme Abû Dharr, et je serais juste et équitable comme ‘Omar ! » Fin de citation. » Voir tafsîr Mohammed Haqqî du v. 59 de s. les femmes.

[18] Kashf el khafâ (1/147). D’après e-Dînawarî, el Hasan el Basrî se plaisait à dire sous le règne d’el Hajjâj ibn Yûsaf : « Craignez Dieu, car Allah a beaucoup de soldats comme el Hajjâj ! » Voir : el mujâlasa (n° 2433). Il est également l’auteur des paroles : « El Hajjâj incarne le courroux divin qui s’est abattu sur vous, alors ne l’affrontez pas avec l’épée. Pensez plutôt à implorer Dieu de vous accorder Son pardon et Sa pitié, et Il mettra fin à vos tourments. » Rapporté par ibn Abî e-Duniyâ dans el ‘uqûbât (n° 52), avec une chaine narrative authentique.
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Message par Citizenkan Lun 11 Jan - 11:20


Le salafisme : apolitique ou pragmatique ?

(Partie 2)


Le sujet


Voici un extrait de l’article qui perturba plus d’un salafi : http://www.nawa-editions.com/extrait-iif-le-salafisme-secularise-vers-une-foi-laique/


Pour le réfuter, ne serait-ce qu’en partie, je me contenterais ici de reproduire la conclusion du livre : on a le gouverneur qu’on mérite (kamâ takûnû yuwallâ ‘alaïkom) du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî.


Voir également : http://www.mizab.org/#!la-condamnation-publique-du-gouverneur/c1h2o


La règle que cette étude tente à démontrer n’est nullement teintée de fatalisme,[1] elle ne cautionne encore moins la sinistre situation qui nous entoure, et elle n’incite pas forcément à agir, si ce n’est que dans le bon sens. La question n’est pas tant de savoir s’il faut ou non faire bouger les lignes, mais comment s’y prendre. C’est la raison pour laquelle, elle fut l’objet d’une si grande attention par les hommes de science qui visent à sensibiliser les consciences et donner un sens à leur combat. Toute action doit avoir un but, mais pour cela, il faut se donner les moyens adéquats sans se perdre en route. Notre discours s’adresse à tout le monde, et en particulier à deux catégories d’individus :

La branche politique des mouvements islamistes, en sachant que la politique fait partie de la religion, comme démontrer dans le présent ouvrage.
La branche armée de ces mouvements, en sachant que le djihâd est le sommet le plus haut de la religion (littéralement sanâm est la bosse du chameau ndt.).


Les premiers se perdent dans une lutte acharnée pour atteindre les sommets du Pouvoir, et les seconds sont assoiffés de sang. Il incombe donc de mettre le doigt sur le véritable fléau qui accable les musulmans, et de s’attaquer à la maladie à la racine, car cibler les symptômes est la première étape au remède. Il va sans dire que tous les échelons de la société sont responsables de la corruption qui la mine. Il est évident que les lois positives instaurées par le chef de l’autorité tirent le peuple vers le bas, mais cela ne doit pas nous faire oublier que c’est la décadence du peuple qui entraine la mise en place d’un gouverneur dépravé à sa tête : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres pour prix de leurs mauvais agissements].[2]


Selon une loi universelle, la réforme des âmes est le seul chemin à même d’améliorer le berger et son troupeau : [Allah n’allait pas sceller le sort d’un peuple sans que celui-ci ne sombre dans la déchéance].[3] Le Maitre des messagers fit de ce principe un leitmotiv qu’il répétait inlassablement en introduction à ses sermons : « Nous cherchons refuge auprès de Lui contre les maux de nos âmes et les méfaits de nos actions ! »[4] Alors, à quoi bon faire l’autruche, et s’enfermer dans une fuite en avant !


Je fus motivé, en écrivant ce modeste ouvrage, par un sentiment de compassion envers tous ces vains efforts étendus à des pans entiers de la prédication. Tant d’énergie aurait pu être économisée si tous ces acteurs animés par les meilleures volontés s’étaient éclairés des textes et de la biographie de l’élite des hommes qu’une lutte incessante opposait à leurs nations insoumises. Ils auraient ainsi gagné un temps précieux par la Volonté d’Allah, et auraient pu obtenir des résultats extraordinaires dans une période très courte. Malheureusement, nombreux sont ceux qui se sont perdus dans l’une des deux orientations évoquées plus haut, et qui ne récolteront de leurs efforts, outre la fatigue, que des fruits amers, le jour où des visages seront contrits : [Confondus et harassés par leurs vains efforts].[5]


Cette désillusion frappe toute autant nos amateurs zélés en politique, qui n’ont pratiquement d’autre culture qu’une certaine presse à scandale ; ces papiers qui s’intéressent de près aux dérapages des hommes publics qu’ils connaissent aussi bien que leurs propres fils. Ne parlons pas de leur contribution à la da’wa qui se résume à sans cesse lancer des invectives contre l’élite qu’ils vouent en pâturage à la plèbe. Ils se répètent tellement qu’on dirait qu’ils cherchent à faire apprendre une table par cœur. Il faut dire qu’ils sont un véritable centre d’attraction pour un auditoire qui malheureusement est bien pauvre en science religieuse. On a l’impression que, depuis un moment déjà, les nouvelles générations n’ont rien d’autre au bout des lèvres. Ha, le fameux fiq el wâqi’ (actualité ndt.) qui prend une place démesurée dans les cœurs à tel point qu’on ne lui accorde aucune pause, même pendant les vacances ! Tant d’ardeurs et tant d’argents ont été investis pour finir en queue de poisson, quel gâchis !


Par ailleurs, la cause politique qui remue tant les passions débouchent presque tout le temps sur des bains de sang qui entraine un nombre incroyable de victimes. À vouloir concrétiser son rêve, on se retrouve à panser ses plaies ! Et pendant ce temps-là, le peuple, sacrifié sur l’autel de la répression, paie les pots cassés ! S’il avait, au minimum, enrichi sa culture religieuse pour renoncer aux hérésies et aux pratiques païennes qui polluent son quotidien, il aurait beaucoup gagné. Que nenni ! Les leaders n’ont pas le temps de s’arrêter à ce genre de bagatelles…


Après tant d’années, leur projet, qui s’enlise indéfiniment, n’a pas avancé d’un iota. Ils ne veulent pas brûler les étapes, pensent-ils, mais le fait est qu’ils se font toujours couper dans leur élan. Ils vont de désillusions en désillusions. Ils s’incrustent sur le devant de la scène sur la pointe des pieds. Au début, ils sont remplis de bonnes intentions, et d’idées nouvelles pour sortir le peuple de sa torpeur intellectuelle. Ils s’annoncent en véritable prophète en leur pays. Mais, ils sont très vite rattrapés par des ambitions mondaines sous couvert de ne pas laisser la place aux laïcs ni aux traitres. Là, ils se rendent compte que leurs nouveaux intérêts sont incompatibles avec leurs grandes idées, alors ils vont de concession en concession jusqu’à vendre pratiquement leur religion. Ils troquent leur habit de prophète, et renoncent au plus vieux métier du monde : l’annonce de la bonne parole. Ils deviennent de plus en plus gourmands jusqu’au jour où l’ogre, qu’il ne fallait pas réveiller, se dresse devant eux. Les lendemains sont tragiques…[6]


Souvent, les leaders islamiques ont un discours populiste pour rallier le maximum à leur cause, en faisant fi des véritables causes à l’origine de la décadence, comme ses lignes tentent de le démontrer depuis le début. À vouloir satisfaire les attentes immédiates du peuple, ils en oublient de l’éduquer. Ils leur donnent donc ce qu’ils veulent : un discours enflammé qui les éloigne davantage d’une véritable prise de conscience, qui, en principe, devrait les pousser à leur autocritique, à un repentir sincère. Les mots, tel un puissant opium, ont ce pouvoir de faire oublier les problèmes réels. Allah (U) révèle : [Et ne soyez pas comme ceux qui ont tellement oublié Leur Seigneur qu’ils ont fini, par une action de Leur Seigneur, par s’oublier eux-mêmes ; ceux-là sont les pervers].[7]


Ce principe est si précieux que les traditionalistes l’ont inséré dans leurs ouvrages qui recensent le crédo orthodoxe. Ibn ‘Abd el ‘Izz, qui l’érige en article de foi, établit : « Les gouverneurs en place donnent éventuellement des ordres qui sont contraires à la Loi divine. Le cas échéant, il ne faut pas leur obéir, car l’obéissance à Allah et à Son Messager passe avant la leur. Néanmoins, leur tyrannie éventuelle ne remet nullement en question le pacte d’allégeance noué avec eux. En effet, les inconvénients qu’engendre la rébellion sont largement supérieurs à ceux qu’on était censé enlever. Endurer leur injustice est un moyen efficace pour expier les péchés et gagner une plus grande récompense. Allah (I) nous a infligé leur joug à cause de nos crimes, en sachant que la punition céleste est de même nature que les péchés. Alors, redoublons d’efforts pour revenir à Dieu à travers un repentir sincère et la vive résolution de nous réformer : [Tout malheur qui vous frappe n’est que le fruit de vos actes bien que, pour beaucoup d’entre eux, Il n’en tienne pas rigueur][8] ; [Et le jour où vous essuyâmes une cuisante défaite, après avoir triomphé à deux reprises, vous vous demandâtes alors : Comment en sommes-nous arrivés là ? Réponds-leur : ne vous en prenez qu’à vous-mêmes][9] ; [Le bien qui t’arrive procède d’Allah, mais le mal qui te frappe procède de toi][10] ; [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres pour prix de leurs mauvais agissements].[11]


Un peuple désireux de se libérer de la tyrannie de son émir doit lui-même renoncer à l’injustice. Selon Mâlik ibn Dînâr, le Tout-Puissant révéla dans un Livre ancien : « Moi, Dieu, Souverain suprême, Je détiens dans Ma Main le cœur des rois que Je distille aux différents peuples en fonction de leur fidélité à Mes Lois ; les bons peuples jouiront d’un pouvoir clément et les mauvais peuples tomberont sous le joug d’un tyran. Ne vous dispersez pas à maudire vos rois, mais préoccupez-vous plutôt à vous repentir, et Je mettrais un peu de douceur dans leur cœur. » Fin de citation. »[12]


Peu importe que nous ayons affaire avec une annale israélite, car le Prophète (r) nous accorde son aval, à travers le hadîth : « Il n’y a pas de mal à ce que vous rapportiez les propos des enfants d’Israël. »[13] Surtout dans la mesure où celle-ci ne s’oppose nullement aux fondements de notre religion, et que dire alors si l’on sait qu’elle cadre parfaitement avec ceux-ci, comme nous l’avons vu précédemment. Une autre annale de ce même Mâlik ibn Dînâr la corrobore à merveille. En voici l’énoncé : « j’ai lu dans les Psaumes : Je tire vengeance contre l’hypocrite en infligeant contre lui un hypocrite comme lui ; en les montant l’un contre l’autre, Je me venge des deux à la fois. Un Verset du Coran exprime exactement ce principe : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres].[14] »[15]


On comprend mieux pourquoi ibn Taïmiya la cite dans son fameux minhâj e-sunna, avec l’adage qui sert de titre à cet ouvrage, avant de conclure : « Chaque époque se caractérise par des évènements qui sont le reflet des hommes qui l’ont traversée. »[16] Ailleurs, il signe : « J’ai démontré à d’autres endroits que le changement du khalifat en système monarchique n’est pas seulement la faute de l’élite, mais les sujets en sont en partie responsables, car on a le gouverneur qu’on mérite, et : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres].[17] Nous avons établi ailleurs en nous inspirant de preuves textuelles exhaustives, que les sujets ont le devoir d’obéissance à l’émir, mais sans que cela n’entraine de désobéir à Allah, en plus de lui prodiguer le bon conseil, d’endurer ses abus, et ses décisions iniques, répondre à son appel au djihad, faire l’office sous sa direction, etc. soit toutes les bonnes actions qui réclament obligatoirement sa présence, et qui entrent sous le principe de s’entraider à faire le bien.


En parallèle, il ne faut pas cautionner ses mensonges, ses injustices, se soumettre à ses ordres qui vont à l’encontre de la religion, etc. soit toutes les mauvaises actions qui reviennent à s’entraider à faire le mal.


Il incombe également, comme avec n’importe qui d’autre, de lui prodiguer la morale (ordonner le bien et interdire le mal) dans les limites légitimes, notamment lui faire parvenir les enseignements de la religion, sans n’y faire défection sous l’impulsion d’un sentiment de lâcheté, d’un cupide égoïsme, de la peur des représailles ou de l’appât du gain poussant à vendre les Versets du Coran à un vil prix. Le bon conseil ne doit pas non plus être prodigué en vue d’avoir une ascendance sur lui ou sur le peuple, ni par jalousie, orgueil, ostentation. Il faut éviter toute action qui engendrerait un mal plus grand (révolte armée qui entraine des guerres intestines), conformément aux principes traditionalistes de notoriété publique qui s’inscrivent en adéquation avec les textes prophétiques, car on ne rend pas le mal incarné par leur injustice, par un mal plus grand. »[18]


Nous en arrivons donc aux questions fatidiques en vogue dans les milieux de la da’wâ : est-il autorisé d’intégrer le Parlement d’un État qui est géré par des lois positives ? Est-il autorisé de s’attarder sur la réforme politique sans passer par ce moyen ? Comme le font souvent ces individus en manque de reconnaissance qu’il cache derrière les meilleures intentions, et un grand zèle religieux.

Ou encore : est-il autorisé de récupérer ses droits en exerçant des pressions sur les Nations par le biais de manifestations ou autre ? La gloire musulmane passe-t-elle par la suprématie technologique et économique ?


Désormais, nous nous rendons compte de l’impertinence de ces questions. Les débats qu’elles suscitent sont plus stériles qu’autre chose. Déjà, le simple fait qu’elles traversent l’esprit trahit une méconnaissance flagrante de la mission des prophètes.


Pour être plus clair, prenons l’exemple de deux cultivateurs qui exploitent un champ sur lequel ne poussent que de mauvaises herbes. L’un se contente de ramasser la récolte, tandis que l’autre laboure la terre en vue de revivifier ses racines qu’il arrose régulièrement. Lequel des deux a les meilleures compétences en agriculture ?


Un Verset nous offre la réponse : [Ne vois-tu pas qu’Allah compare une bonne parole, à un bel arbre aux racines profondes et dont les branches tendent au ciel • Pour donner des fruits en toute saison, avec la permission de Son Seigneur ; C’est ainsi qu’Allah se sert de paraboles pour pousser les hommes à la méditation • La mauvaise parole est, elle, comme un arbre malingre n’arrivant pas à se détacher du sol, la cause à des racines trop instables].[19]


Je nourris l’espoir que la jeunesse, notamment ceux qui s’initient à la prédication, comprenne la raison profonde pour laquelle les grands savants contemporains n’ont pas trempé dans ce genre d’aventures téméraires conduisant aux désordres. Qu’ils se fassent une bonne opinion de leurs ainés ayant agi, à la lumière des textes, en toute connaissance de cause. Ils ne furent motivés dans leur position ni par une lâcheté opiniâtre ni par une quelconque ambition pécuniaire.


Quand Allah veut du bien à quelqu’un, Il lui facilite l’accès à l’adoration du moment, et l’éloigne de ce qui ne le regarde pas. Aujourd’hui, l’adoration du moment se résume à la plume, une forme particulière du djihad. Les aventures guerrières ne sont pas à l’ordre du jour en regard d’une conjoncture défavorable aux musulmans. Le savoir est une arme imparable au service de l’individu et de la communauté. Chacun apporte sa brique à l’édifice en renforçant ses connaissances pour les transmettre aux autres dans les limites de ses moyens. Les savants et les étudiants en science religieuse, notamment, ont un rôle primordial à jouer dans cette phase périlleuse, mais incontournable.


Les gens simples ont la tâche ardue de s’occuper de leur famille, en mettant à leur disposition les outils pour les former culturellement. Les dons d’argent représentent également un sacrifice pour la cause d’Allah (constructions d’écoles, imprimerie d’ouvrages qui furent recommandés par les érudits, enregistrement et distribution d’audio aux membres de la communauté, mais aussi aux non-musulmans, etc.). Surtout ne jamais mésestimer ce genre d’actions assimilées par les textes à un grand djihad à qui il incombe à tout un chacun. Le Coran, qui est la source d’inspiration du djihad par la plume, nous dit bien : [Alors ne cède pas à la volonté des infidèles, et sers-toi de ce Livre pour leur livrer un grand combat].[20] Pour ibn el Qaïyim, il s’agit du plus grand des combats.[21] Autrement dit, la plume à l’ascendant sur l’épée.


Allah est Celui qui concède la réussite !


Traduit par : Karim Zentici

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[1] Mu’âdh ibn Jabar, l’auteur de la citation: « Critiquer l’émir revient à critiquer l’Ordre d’Allah qui l’a désigné à la tête des musulmans. » Selon une version, Khâlid ibn Ma’dân ajouta : « Cela te plairait-il, toi fils d’Adam, de critiquer l’Ordre d’Allah ? » Rapporté par ibn Zanjawaïh dans el amwâl (n° 33), et Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 144).

[2] Le bétail ; 129

[3] Le tonnerre ; 11

[4] Rapporté par les quatre recueils de sunan et authentifié par l’Albânî dans la recension dont ils furent l’objet.

[5] Les tourments sombres du jugement dernier ; 3

[6] D’après ibn Abî Shaïba (7/272), avec une chaine narrative authentique, Mohammed ibn el Hanafiya a dit : « Méfiez-vous de ces troubles qui entrainent les curieux dans leur sillage. Ces gens-là – les rois – ont un règne limité que les forces conjuguées de tous les hommes ne pourraient enlever sans la permission d’Allah. C’est aussi impossible que d’enlever les montages ! »

[7] Le rassemblement ; 19

[8] La concertation ; 30

[9] La famille d‘Imrân ; 165

[10] Les femmes ; 79

[11] Le bétail ; 129

[12] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya avec la recension de Sheïkh el Albânî (p. 381).

[13] Rapporté par el Bukhârî (n° 3461).

[14] Le bétail ; 129

[15] Rapporté avec une chaine narrative authentique par ibn Abî Hâtim dans son tafsîr en exégèse au Verset en question.

[16] Voir : minhâj e-sunna (4/546).

[17] Le bétail ; 129

[18] Majmû’ el fatâwâ (35/20).

[19] Ibrâhîm ; 24

[20] Le discernement ; 52

[21] Voir : miftâh dâr e-sa’âda (1/70).
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Message par Lalgeriemonamour Lun 11 Jan - 11:59

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