Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

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Message par Citizenkan le Jeu 20 Oct - 17:30

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar[/size]
(Partie 1)
 
Ibn el Mubârak : « En dénigrant les savants on perd son au-delà, en dénigrant les émirs, on perd sa vie d’ici-bas, et en dénigrant les frères, on perd sa bonne réputation. » [Ibn ‘Asâkir (32/333).]
 
Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !
 
Je viens de recevoir une « réfutation » non signée à laquelle je vais répondre sous forme de points sans plus attendre, et dont voici le lien :
 
 
Je ne veux tirer vengeance de personne parmi ceux qui ont menti sur moi et qui m’ont fait subir une injustice. Je décharge devant Dieu tout musulman m’ayant fait du mal. Je souhaite le bien à tous mes frères, comme s’il s’agissait de ma propre personne.[url=#_ftn1][1][/url]
Sheïkh el Islam ibn Taïmiya disait : « Moi, je n’ai aucun ressentiment envers ceux qui s’opposent à moi, et qui outrepassent les limites d’Allah en me taxant de mécréant ou de pervers ; qui calomnient à mon encontre, ou encore qui font preuve avec moi de chauvinisme païen. Je ne dépasse pas les limites d’Allah avec eux, mais je mesure mes paroles et mes gestes, et je les juge d’après la balance de la justice (incarnée par le Coran ndt.)… La raison, c’est que la meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. »[url=#_ftn2][2][/url]
 
Il disait également : « Malgré les atteintes incessantes faites à sa personne, notre Prophète (r) déclara un jour : « Qu’Allah fasse miséricorde à Mûsî ! Malgré qu’il subit bien pire, il resta patient. »[url=#_ftn3][3][/url] Après avoir été physiquement malmené par son peuple, l’un des prophètes s’exclama : « Ô Allah ! Pardonne-leur, car ils ne savent pas ! »[url=#_ftn4][4][/url] Certaines annales rapportent que Mohammed (r) a eu la même réaction face aux attaques venant de son peuple. »[url=#_ftn5][5][/url]
 
 
« Tu dois distinguer entre tes impressions et l'argumentation scientifique, et entre tes convictions et ta capacité à les véhiculer et à convaincre tes opposants ! » 
 
فيجب التَّفريق بين الاقتناع و الإقناع، أي: بين اقتناع النَّفس بشيء ما، و بين القدرة على إقناع المخالف بإعطائه من الحجج ما يكفيه عن الاستزادة ،و يحصل معه التَّسليم و الإذعان.و بطبيعة الحال يقوم الإقناع على العلم و البرهان، و يقوم الاقتناع على مجرَّد الاعتقاد، فيجب تفريق بين ترجيح الاعتقاد، و اعتقاد الرُّجحان.
 
Baïnî wa baïnaka el 'ilm !
 
• J’avais envoyé cette citation en privé, en sachant qu’à mes yeux, elle est problématique, comme je l’ai expliqué à maintes reprises sur les forums, il aurait donc été judicieux qu’il y réponde en privé pour les passages qui lui pose problème, mais comme le disait souvent Sheïkh el Albani, hubb e-zhuhûr yaqsimu e-zhuhûr !
 
Qui ignore haït ! El insân ‘aduwwun li mâ yajhaluhu !
 
Khuluqa el insân ‘ajûlan, kafûran, zhalûman !
 
Je renvoie notre ami à la merveilleuse risâla el farq baïna e-nasîha wa e-ta’yîr d’ibn Rajab.
 
• J’ai consacré un article entier pour définir la position d’ibn Taïmiya, et je me suis contenté d’intégrer cette citation en aparté, c’est dire comme elle m’a été utile pour ma recherche, en sachant que je collectionne les citations d’ibn Taïmiya sur la question depuis plus de 10 ans, à tel point qu’il serait difficile de trouver une de ses paroles que je n’ai pas traduites sur le sujet (épargnez-moi les passages où il se répète).
 
 
Depuis, j’ai consacré de nombreux articles sur la position d’ibn Taïmiya, et je n’ai absolument pas besoin de cette citation pour la démontrer, tant celle-ci de toute façon est criante, en voici la preuve :
 
 
J’ai récemment utilisé cette citation dans un article tout en précisant en bas de page : Cette citation peut poser problème, mais ce qui nous intéresse ici, c’est la dernière phrase : « La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk. »
 
Notre ami aurait dû réfléchir à deux fois avant de mettre en péril une amitié naissante, et une collaboration très fructueuse dans le domaine de la traduction, qui, de mémoire, datait depuis plus de deux ans. Cela lui aurait, au minimum, épargné du ridicule, et c’est tout le mal que je lui souhaite, sinon, il devra rendre des comptes à Dieu pour sa calomnie éhontée ! C’est tout le mal que je lui souhaite, car pour sa décharge, il a peut-être un problème de compréhension, quoique l’hypothèse la plus douce soit déjà très amère.
 
Toi, si tu ne le savais pas c’est déjà un malheur
 Mais tu le savais, alors c’est encore pire
 
J’ai même pris soin de traduire une fatwa d’ibn Taïmiya en entier ou presque pour fermer la porte à tout téméraire sans vergogne ; fatwa que je reproduis ici :
 
 
Je souhaite bonne chance à notre ami qui doit, pour le coup, déborder d’imagination, pour y dénicher des poux !
 
Le diable se cache dans les détails, et il semble se rire de vous et particulièrement de votre faiblesse, mon ami !
 
Wa e-salâma lâ ya’dilihâ shaï-ûn !
 
Récemment, j’ai traduit un passage d’ibn Taïmiya encore plus révélateur, par quelle fourberie sournoise, notre ami va-t-il la botter en touche ?
 
« L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[url=#_ftn6][6][/url]
 
 
• J’avais précisé : « en ayant résumé légèrement ces paroles. » Cela n’aurait donc dû pas posé problème à quelqu’un qui a l’habitude des recherches scientifiques.
• Mieux, cette précision n’est pas de moi, mais du D. Mohammed el Wuhaïbî l’auteur de la thèse universitaire Nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui fut encadrée par le controversé ‘Abd e-Rahmân Mahmûd qu’on ne peut accuser de proximité avec l’irja. En outre, celle-ci fut approuvée dans la capitale du Nadj. Pourtant, l’auteur ne se contente pas de cautionner le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar qu’il impute bien sûr à ibn Taïmiya, mais il réfute l’autre position, et notamment celle d’Abâ Btîn. El Wuhaïbî s’inspire de la thèse ès Magistère el jahl bi masâil el i’tiqâd wa hukmuhu d’Abd e-Razzâq Ma’âsh, qui fut encadrée par Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk et qui est la référence sur le sujet depuis ces vingt-cinq dernières années. L’auteur fait part de la divergence et tranche du côté des pro ‘udhr. Ce dernier inspirera par la suite certaines thèses ayant abordé le sujet, ne serait-ce que de façon succincte, outre celle d’el Wuhaïbî, nous pouvons compter notamment : Nawâqidh el îmân el qawliya wa el ‘amaliya du D. ‘Abd e-Lâtîf Âl e-Sheïkh et ayant eu parmi les membres du jury, Sheïkh Luhaïdân, et Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk. Toutes imputent cette position à ibn Taïmiya.
 
À suivre…
 
 
Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] Majmû’ el fatâwâ (28/55) d’ibn Taïmiya.
[url=#_ftnref2][2][/url] Majmû’ el fatâwâ (1/14-15). Ce dernier se base sur l’annale de Sa’îd ibn el Musaïyib, selon lequel ‘Omar (t) a dit : « La meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. » Rapporté par el Baïhaqî dans el jâmi’ fî shu’ab el îmân (12/310-311).
[url=#_ftnref3][3][/url] Rapporté par el Bukhârî (3150) et Muslim (1062).
[url=#_ftnref4][4][/url] Rapporté par el Bukhârî (3477) et Muslim (1792).
[url=#_ftnref5][5][/url] Rapporté par e-Tabarânî dans e-Tarîkh el Kabîr (5694) avec une chaîne narrative Munqati’ (dont il manque l’un de ses éléments). Voir pour ce passage qâ’ida fi e-sabr d’ibn Taïmiya.
[url=#_ftnref6][6][/url] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).
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Message par Citizenkan le Ven 21 Oct - 16:40

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar[/size]
(Partie 2)
 
• Voici le texte en arabe :
 
[rtl]وقال رحمه الله في ( الرد على الأخنائي ص : 61ـ62) : ( من دعا غير الله و حج إلى غير الله فهو مشرك والذي فعله كفر , لكن قد لا يكون عالما بأن هذا شرك محرم كما أن كثيرا من الناس دخلوا في الإسلام من التتار وغيرهم و عندهم أصنام لهم يتقربون إليها و يعظمونها و لا يعلمون أن ذلك محرم في دين الإسلام, و يتقربون إلى النار أيضا , و لا يعلمون أن ذلك محرم فكثير من أنواع الشرك قد يخفى على بعض من دخل الإسلام و لا يعلم أنه شرك) .[/rtl]
 
Cette citation revient sous la même forme chez la plupart ; soit ils l’ont empruntée à el Wuhaïbî tout comme moi, ce qui est vraisemblablement le cas, soit leur référence est commune. En tout cas, il serait intéressant de creuser dans cette direction !
 
Soit dit en passant, il y a une dizaine d’années, un takfîrî belge s’était essayé à ce genre d’inepties, avant de repartir la queue entre les jambes.[url=#_ftn1][1][/url] Plus récemment, un autre zélé, non moins téméraire, me reprochait d’avoir tronqué un passage d’el ‘Uthaïmîn que j’avais pourtant emprunté à Sheïkh el ‘Abbâd. Est-ce que l’accusation tient toujours ? Ou bien, nos calomniateurs sont-ils partisans du deux poids deux mesures ? On peut deviner pourquoi ! Les procédés sont les mêmes, et trahissent le besoin de l’adversaire de sortir d’une situation compromettante, quand, en panne d’arguments, ils se sentent acculer dans le coin du ring. La calomnie est l’arme du faible…
 
Voici le passage de Sheïkh el ‘Uthaïmîn qui me valut les foudres de cet autre calomniateur incapable de tenir tête sur le front du débat scientifique : « Néanmoins, certains ignorants n’ayant aucune ambiguïté sont convaincus de détenir la vérité (que ce soit au niveau de la croyance ou des paroles). Il va sans dire qu’ils ne cherchent nullement à aller à l’encontre de la religion, ni de sombrer dans le péché et la mécréance. Nous ne pouvons les juger apostats quand bien même ils ignoreraient un fondement de la religion. Re(-)connaitre la zakât et son caractère obligatoire est l’un de ces crédos fondamentales, on peut l’ignorer tout en restant musulman.
Ainsi, nous pouvons mieux appréhender la situation de nombreux fidèles à travers diverses contrées islamiques où le recours aux morts (el istighâtha bi el amwât) est monnaie courante. Ils ne savent pas que ces pratiques sont interdites. On leur fait même miroiter qu’elles rapprochent d’Allah, et que certains occupants des tombes sont des walis, etc. Ils adhèrent pourtant à l’Islam et font preuve d’un grand zèle vis-à-vis de ses enseignements. Ils sont convaincus de faire le bien, et personne ne les a prévenus du contraire. Ils sont donc excusables, contrairement à l’entêté qui lui est condamnable ; il sait très bien que les savants disent que c’est du shirk, mais il préfère s’en tenir aux coutumes de ses ancêtres. Celui-ci est directement concerné par le Verset : [Nous avons trouvé nos pères sur une voie, et nous nous contentons de suivre leurs traces].[url=#_ftn2][2][/url] »[url=#_ftn3][3][/url]
 
• Quoi qu’il en soit, parmi ceux qui imputent cette tendance à ibn Taïmiya, nous avons Sa’dî,[url=#_ftn4][4][/url] son élève el ‘Uthaïmîn,[url=#_ftn5][5][/url] Mohammed Rashîd Ridâ qui l’impute à ibn el Qaïyim, el Albânî si ma mémoire est bonne, Mohammed Amân el Jâmî, Sheïkh ‘Abd el Muhsin el ‘Abbâd (en sachant que son opinion a vraisemblablement évoluée), Sheïkh Rabî’, Sheïkh Sa’d el Husaïn, etc.[url=#_ftn6][6][/url] Sultân el ‘Umaïrî est l’un des chercheurs qui a fait les meilleures études sur le sujet.[url=#_ftn7][7][/url]
 
• Ensuite, notre ami – qu’Allah le préserve de tous les maux sur terre et dans l’au-delà ! – interprète les paroles d’ibn Taïmiya sous le prisme d’une des parties en présence dans une question où règne la divergence ; et cela, sans s’appuyer sur aucune parole d’ibn Taïmiya pour le démontrer, ce qui est une grave erreur méthodologique, et il y en aura d’autres, nous le verrons, et indigne d’une recherche scientifique rigoureuse ; mais, quand les passions prennent le déçu…
 
• Il incombe de regrouper toutes les paroles d’un même auteur pour définir sa tendance, ce qui a fait défaut à notre ami, contrairement à notre approche qu’Allah soit loué !
 
Ibn Taïmiya établit dans l’un de ses ouvrages qu’il n’est pas pertinent d’interpréter les paroles d’un auteur d’une autre façon que selon ses propres intentions.[url=#_ftn8][8][/url] Sinon, cela revient à mentir sur lui qu’on en ait conscience ou non. Pour mieux comprendre ses passages ambigus, il incombe de regrouper tout son discours ; c’est en tout cas, ce que réclame la rigueur scientifique.[url=#_ftn9][9][/url]
 
 • Sans compter qu’interpréter les paroles d’un auteur à la lumière de sa propre opinion ne fait pas avancer le débat, c’est tahsîl el hâsil ; c’est ce que les spécialistes en usûl appellent darw ; pour les philosophes, il s’agit d’une pétition de principe, ou raisonnement circulaire : faute logique qui consiste à tenir pour vrai ce qu’il s’agit précisément de démontrer. Nous allons droit vers un dialogue de sourds, alors qu’en principe, il incombe de cerner la divergence, avant de trancher péremptoirement sans connaitre les tenants et les aboutissants de ses propos…
D’ailleurs, comme souvent, cette compréhension biaisée et réductrice amène à penser que l’adversaire triche ; oui, puisqu’il ne la partage pas, il est donc forcément coupable d’un crime ; cette approche chauvine et sectariste, en sachant que notre ami se targue de combattre toute forme de sectarisme, ne fera jamais avancer le moindre débat d’idées.
 
• Ensuite, en conclusion, la citation nous apprend :
 
La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk
Il va sans dire qu’ibn Taïmiya a donné l’exemple des tatars pour arriver à la conclusion criante que le nouveau converti qui commet une annulation de l’Islam reste musulman.
 
Ce même ibn Taïmiya explique à ce sujet : « Bon nombre de gens vivent dans des endroits ou des époques où s’estompe une grande partie du savoir prophétique, de sorte qu’il n’y a personne pour transmettre les enseignements du Coran et de la sagesse qu’Allah a ordonné à Son Messager de transmettre aux hommes. De nombreux enseignements sont alors ignorés, d’autant plus qu’il n’y a personne pour les transmettre. Ce genre d’individus ne devient pas mécréant. C’est pourquoi, les grandes références sont unanimes à dire que si le Bédouin vivant loin des villes [et des savants], et, en outre, étant un nouveau converti, renie les lois évidentes et communément transmises, on ne peut le juger mécréant avant de le mettre au courant de ces enseignements prophétiques, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?
-          Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[url=#_ftn10][10][/url] »[url=#_ftn11][11][/url]
 
 
Sheïkh Sulaïmân e-Ruhaïlî constate que de nombreux tullâb el ‘ilm pénètrent mal le sujet,[url=#_ftn12][12][/url] comme je l’ai d’ailleurs démontré dans un article,[url=#_ftn13][13][/url] et notre ami ne le fait pas mentir, malheureusement. Il se hasarde, en effet, sans citer la moindre source en dehors de ce qu’il comprend des paroles d’ibn Taïmiya, à une conclusion pour le moins péremptoire :
Autrement dit, ceux à qui la preuve à été exposée dans ce bas-monde seront - au Jour du Jugement - du nombre des voués éternellement à l'Enfer, et ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) seront - au Jour du Jugement - du nombre de "ahl al-fatra" ; ils subiront donc une épreuve, s'ils réussissent, ils entreront au Paradis, et s'ils échouent, ils entreront en Enfer, conformément aux hadiths qui ont été rapportés à ce sujet.
Mais cela ne signifie pas que ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) doivent être considérés musulmans et ne pas être qualifiés de mécréants/polythéistes. Bien au contraire, ils sont - et doivent être - considérés mécréants/polythéistes !
Déjà, outre le fait que cette tendance n’était pas connue à l’époque des anciens (nous aurons le temps d’y revenir in shâ Allah), même dans les rangs des anti ‘udhr, il n’y a pas unanimité sur ce point. Certains d’entre eux, par scrupule, s’en tiennent au statu quo, et ils ne veulent pas se prononcer sur leur sort de façon catégorique, non qu’ils en fassent un point fondamental du crédo ! C’est à cette conclusion qu’est arrivé le D. Mohammed Hishâm Tâhirî, une vieille connaissance, à travers la thèse es doctorat taqrîrât aimmat e-da’wa fî mukhâlafat madhhab el khawârij wa ibtâlihi, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘Azîz Âl e-Sheïkh.
 
 
Pour appuyer son propos, il s’inspire notamment d’un passage d‘Abd Allah le fils de l’Imâm, qui souligne en commentaire à un texte d’ibn Taïmiya dont nous avons beaucoup parlé ailleurs.[url=#_ftn14][14][/url] En réalité, comme c’est souvent le cas, l’étude en question ne résout pas la problématique que pose ce passage, et se contente de noyer le poisson… D’autres passages de ce même ‘Abd Allah sont tout aussi ambigus.[url=#_ftn15][15][/url] Sheïkh Hamd ibn ‘Atîq a des paroles qui vont dans ce sens.[url=#_ftn16][16][/url] Ce dernier établit en substance qu’en règle générale la grande association ou la grande mécréance fait sortir de la religion. Puis, il explique que nous remettons à Allah le sort d’un cas particulier, sans lui appliquer le takfîr.
 
Selon cette opinion, avant l’iqâma el el hujja, tout fautif excusable qui commet du shirk akbar n’est pas un mécréant, mais sans n’être non plus un musulman. Elle distingue ainsi entre le nom (ism) et le statut de cet individu (hukm). En d’autres termes, il ne mérite pas le châtiment de l’Enfer sans n’avoir reçu la hujja, mais il perd ses droits de musulman. Il sera éprouvé le Jour de la résurrection avant de trouver sa place, soit au Paradis soit en Enfer, un peu comme les gens qui n’ont pas reçu le message prophétique (ahl el fatra).
Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Râjihî, un savant contemporain, élude ce genre de passages que l’on retrouve chez certains savants d’aimmat e-da’wa. Partisan de la tendance selon laquelle, en faisant du shirk on ne peut en aucun cas rester dans le cercle des musulmans, il suggère de remettre son sort à Allah. Le coupable aura, à ses yeux, le même statut que lors des périodes de « rupture » de la prophétie, pour reprendre les termes de l’adversaire. Néanmoins, sur terre, on lui réserve le même sort que les païens (on ne le lave pas, on ne prie pas sur lui et on ne l’enterre pas dans un cimetière musulman).[url=#_ftn17][17][/url]
 
De nombreux savants nadjites et même du Hijâz partagent, à l’heure actuelle, cette opinion. Dans cet ensemble, nous avons en plus de Sheïkh e-Râjihî, les Sheïkh ibn Bâz, el ‘Abbâd (comme en témoignent ses déclarations récentes), Ahmed Najmî, Sâlih Suhaïmî, Sâlih Âl e-Sheïkh, etc. Sheïkh el Fawzân a encore un autre discours bien qu’il y règne certaines zones d’ombre qu’il incombe de dissiper.
Quoi qu’il en soit, en plus du fait que cette opinion ne fasse pas l’unanimité des savants, comme nous l’avons expliqué à maintes reprises, nous pouvons remarquer qu’il taxe le coupable de mécréant sans faire de distinction entre le ism et le hukm. Les tenants de cette opinion le prennent pour un murtad (apostat), voire un mécréant d’origine, mais ils s’abstiennent simplement de le promettre à l’Enfer, conformément notamment à la croyance traditionaliste, wa Allah a’lam !
 
Nous avons réfuté cette tendance ailleurs, mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’au sein des anti ‘udhr, il n’y a pas unanimité pour dire que sur terre, le fautif est un murtadd, kâfir, car certains font la distinction entre le hukm et le ism, bien qu’au niveau de la finalité, cela revient au même, mais la rigueur scientifique réclame d’être précis, wa Allah a’lam ! Ibn Bâz, lui-même, fait état de cette divergence au sein des anti ‘udhr dans un passage qui, en réalité, reste ambigu.[url=#_ftn18][18][/url]
 
Or, il y a au moins une dizaine d’années, en compagnie de Sheïkh ‘Abd e-Razzâq el ‘Abbâd, Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh fut l’un des membres du jury de la thèse ès Doctorat taqrîrât aimmat e-da’wâ fî masâil el îmân du D. Yâsir e-Salâma.
 
Au cours de la soutenance, le passage ambigu d‘Abd Allah évoqué plus haut fut mentionné.[url=#_ftn19][19][/url] Il s’agit d’une longue fatwâ coécrite avec son frère Husaïn, et Sheïkh Hamd ibn Nâsir ibn Mu’ammar. Tout comme le D. Mohammed Hishâm, l’élève ne résout pas la problématique qu’elle soulève ; elle était pourtant grosse comme une couleuvre ou comme le nez au milieu du visage, mais elle est passée comme une lettre à la poste !
 
Néanmoins, elle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, comme en témoigne l’échange qu’elle a suscité entre Sheïkh Sâlih et le chercheur. Nous reproduisons ici le passage qui nous intéresse : « Très bien, cet avis est celui de Sheïkh Hamd ibn Nâsir et consorts, mais n’est-il pas possible qu’il se soit tout simplement trompé. Les savants de aimmat e-da’wa, aussi respectables soient-ils, sont-ils sujets à l’erreur ? Ne pensez-vous pas que cette allégation soit discutable ? Qu’est-ce que cela veut dire : « si nous ne le jugeons pas mécréant, cela ne veut pas dire que nous le considérons comme musulman » ? Y aurait-il un état intermédiaire entre la mécréance et l’Islam ? »
 
Mais encore, je cite : « Très bien, que dit la règle ? En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considérations. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas. Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eue lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâ ilâh illâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. Certes, l’allégation du Sheïkh Hamd ibn Nâsir – qu’Allah ait son âme – affirme le contraire, mais elle est contestable. Elle s’inscrit à contrecourant du discours [officiel] (ou : de l’autre discours ndt.) des savants de aimmat e-da’wa. Il est faux de dire qu’en se rendant coupable d’un acte de mécréance claire, on n’est ni musulman ni mécréant. Selon moi, c’est une erreur, car la chose mérite de plus amples précisions. »
 
Conclusion imparable : « Nous disons donc, comme le veut la formule consacrée : Ami de Sheïkh Hamd, mais encore plus de la vérité. Il n’existe pas de degré intermédiaire entre la foi et la mécréance, et en principe, on reste musulman jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance ne peut annuler cette affiliation en l’absence de la preuve céleste et sans tenir compte d’un certain nombre de conditions et de considérations, etc. »
 
 
À suivre…
 
 
Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] Sa réfutation était sur ce site : http://da3wa-rooms.over-blog.fr/pages/Mise_en_garde_contre_les_PseudoSalafis_les_Talafis-1842249.html
[url=#_ftnref2][2][/url] Les ornements ; 22
[url=#_ftnref3][3][/url] Sharh el mumti’ (6/194).
[url=#_ftnref4][4][/url] http://www.mizab.org/el-udhr-bi-el-jahl-dans-le-shirk-akbar
[url=#_ftnref5][5][/url] http://www.mizab.org/el-uthamn-et-le-udhr-bi-el-jahl-dans
[url=#_ftnref6][6][/url] http://www.mizab.org/la-divergence-sur-le-udhr-bi-el-jahl-c123o
[url=#_ftnref7][7][/url] http://www.islamtoday.net/bohooth/artshow-86-14007.htm
[url=#_ftnref8][8][/url] Voir : el jawâb e-sahîh (4/44).
[url=#_ftnref9][9][/url] Majmû’ el fatâwâ (6/61).
[url=#_ftnref10][10][/url] Rapporté par ibn Mâja (4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).
[url=#_ftnref11][11][/url] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).
[url=#_ftnref12][12][/url] https://www.youtube.com/watch?list=PLCWi_Zjz0lfxgcmk8mizU_dgqXEduIHaf&v=bxgkrd9RHgE
[url=#_ftnref13][13][/url] http://www.mizab.org/eclaircissement En voici un passage : « Un jour, Sheïkh Sulaïmân e-Ruhaïlî m’expliquait qu’on n’avait pas prêté au sujet l’attention qu’il méritait. Il soulignait également qu’on en faisait une mauvaise approche, et qu’il y avait un problème de méthodologie. L’analyse objective, à ses yeux, veut de prendre pour base de réflexion, les textes scripturaires de l’Islam et l’opinion des savants des premières générations en commençant par les Compagnons et leurs successeurs, avant de se tourner vers les avis des savants des générations plus récentes qu’il incombe de replacer dans leur contexte, et de les expliquer conformément aux intentions de leurs auteurs, en mettant les passions de côté. Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. »
[url=#_ftnref14][14][/url] Voir : Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/79-80).
[url=#_ftnref15][15][/url] Voir : e-durar e-saniya (10/136-137) ; Hamd ibn Nâsir a également des paroles de ce genre dans e-durar e-saniya (10/335-337).
[url=#_ftnref16][16][/url] E-durar e-saniya (11/75-76) ; voir également : majmû’a e-rasâil wa el masâil (1/589).
[url=#_ftnref17][17][/url] Voir : as-ila wa ajwiba fî el kufr wa el îmân (p. 29-30).
[url=#_ftnref18][18][/url] http://mizab.over-blog.com/2014/08/les-sheikh-ibn-baz-et-el-fawzan-font-ils-partie-des-murjites-contemporains-de-l-interieur-partie-1.html
[url=#_ftnref19][19][/url] Voir : e-durar e-saniya (10/136-138).
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Message par Citizenkan le Sam 22 Oct - 16:53

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar[/size]
(Partie 3)
 
• Notre ami continue :
 
Juste après, Ibn Taymiyya le dit clairement (sauf que Karim Zentici n'a pas retranscrit ce passage lors de sa traduction) : "sauf qu'ils ne méritent pas le châtiment tant que la preuve ne leur a pas été exposée..."
 
Il existe, en effet, certains auteurs qui ne reprennent pas la citation de Wuhaïbî, mais ils se servent de la nouvelle recension de l’ouvrage en question,[url=#_ftn1][1][/url] sauf qu’ici le loup se mord la queue, car juste avant cette phrase que notre ami prend soin de souligner en rouge, Sheïkh el Islâm apporte une précision de taille que je retranscris ici : « Ces égarés ont perpétré un acte de shirk n’ayant pas la moindre légitimité. »[url=#_ftn2][2][/url]
[rtl]فهذا ضال ، وعمله الذي أشرك فيه باطل[/rtl]
 
Je n’accuse pas notre ami de manipuler cette citation, étant donné qu’il s’initie dans un domaine qui le dépasse, et de loin, sans vouloir l’offenser ; d’où ces énormes maladresses. N’y voyez pas de la mauvaise foi, car s’il l’avait maitrisé, je le lui aurais concédé ; quand quelqu’un est à l’aise dans ce sujet, on le repère tout de suite. Donc, je ne l’accuse pas de manipuler les paroles des savants.
 
Selon Sa’îd ibn el Musaïyib, ‘Omar (t) a dit : « La meilleure réaction envers quelqu’un qui a désobéi à Allah avec toi, c’est d’obéir à Allah avec lui. »[url=#_ftn3][3][/url]
 
Sans n’être un spécialiste, je suis assez familiarisé avec le discours d’ibn Taïmiya, et dans ce genre de contexte, il restreint ce terme (dhall) au cercle des musulmans, et je vais en faire la démonstration à travers plusieurs exemples.
 
1- Il oppose souvent « égaré(s) » à « mécréant(s) » pour signaler qu’il(s) reste(nt) musulman(s)
 
Dans la fatwa évoquée plus haut, où on lui posa la question sur des pratiques païennes en vogue à son époque, il répondit notamment :
 
« (…) Selon certains anciens, si tu leur demandes qui a créé les cieux et la terre, ils diront que c’est Allah, alors qu’ils adorent d’autres divinités. Leur adoration consistait à les invoquer et à les prendre pour des intermédiaires, des « moyens », des intercesseurs auprès d’Allah. Tout coupable de telles pratiques est un païen, et cela proportionnellement à son degré d’engagement. Si quelqu’un se voit établir la preuve contre lui pour avoir commis ce fameux shirk, et qu’ensuite il continue à le faire, il incombe de le mettre à mort et de lui réserver le même traitement que les païens ; il ne faut pas l’enterrer dans un cimetière musulman ni prier préalablement sur lui. Quant à l’ignorant qui n’a reçu aucun savoir (sur le sujet) et qui ne pénètre pas la substance du shirk pour lequel le Prophète (r) fit verser le sang des païens, on ne peut le taxer d’apostat (lâ yuhkam bi kufrihi), surtout dans la mesure où ce genre de shirk s’est répandu dans les rangs des adeptes affiliés à l’Islam. En ayant pour croyance que ces pratiques sont des actes de dévotion et d’obéissance, on est un égaré à l’unanimité des musulmans, et, après iqâma el hujjâ, un mécréant.
 
Il incombe aux musulmans et plus particulièrement aux responsables des autorités d’interdire ces pratiques et de les éradiquer par tous les moyens, en infligeant notamment une punition légale à tout récidiviste, wa Allah a’lam ! »[url=#_ftn4][4][/url]
 
2- Il distingue entre les égarés dans le domaine profane et les égarés dans le domaine de la religion
 
« Allah envoya aux hommes Mohammed (r) porteur de la bonne direction (hudâ) et de la vraie religion (dîn el haqq) qui devait dominer sur la religion entière ; et Allah suffit comme témoin ! Son message s’adresse à l’humanité entière : notamment à l’élite parmi les savants et les pieux, mais aussi parmi les émirs. Son Seigneur paracheva Sa religion pour lui et sa communauté ; Il leur eut parfait de Ses bienfaits, et leur agréa l’Islam comme religion. 
 La bonne direction englobe les sciences utiles et la vraie religion englobe les œuvres pieuses. Les anciens baignaient dans un climat de hudâ et de dîn el haqq, mais, par la suite, l’innovation et la perversité firent leur éclosion. Ainsi, la communauté se divisait désormais entre ceux qui étaient accrochés à la hudâ et à dîn el haqq, et ceux qui en avaient dévié…
Deux sortes d’égarés se dégageaient : l’innovateur dans la religion et le débauché dans le domaine du profane. Et, comme l’affirment el Hasan el Basrî, Sufiân e-Thawrî, et un grand nombre d’anciens, en étant préservé de la tentation de l’innovation et de celle de la vie terrestre, on s’en sort sain et sauf.  L’innovation étant certes plus aimée par Satan que les péchés. La première forme de tentation touche les savants et les religieux et la seconde, les émirs et les riches.
Allah (I) révèle : [Nombreux sont les prêtres et les moines qui mangent impunément l’argent des autres et qui détournent de la voie d’Allah ; quant à ceux qui amassent cupidement l’or et l’argent sans le dépenser sur le sentier d’Allah, annonce-leur un châtiment douloureux].[url=#_ftn5][5][/url]
 
Ibn el Mubârak disait :
 
Qui d’autres que les rois ont-ils souillés le culte ?
Ainsi que les mauvais prêtres et les moines
 
… Ainsi, la négligence des uns et l’hostilité des autres ont gravement contribué au déclin de la religion et à la recrudescence de l’innovation. Wa Allah a’lam ! »[url=#_ftn6][6][/url]
 
3- Parfois, il parle uniquement des innovateurs
 
« Quiconque considère que la voie d’un savant ou d’un dévot est meilleure que celle des Compagnons commet une erreur le rendant égaré et innovateur. À l’inverse, quiconque condamne sévèrement l’auteur d’une erreur qui fait suite à un effort dans l’obéissance à Allah commet une erreur le rendant égaré et innovateur. Par ailleurs, les gens font également, dans le domaine de l’amour et la haine en Dieu et de l’alliance, des efforts d’interprétation qui peuvent être justes ou non.
Bon nombre de gens aiment un individu de façon inconditionnelle, et font abstraction de ses défauts. Mais, dès qu’ils le voient faire une faute, ils se mettent à le détester de façon inconditionnelle en faisant abstraction de ses qualités… Cette opinion est celle des innovateurs parmi les kharijites, les mu’tazilites, et les murjites.
 
Quant aux traditionalistes, ils sont conformes aux enseignements du Coran, de la sunna, et du consensus disant qu’un croyant est concerné par la promesse, la grâce, et la récompense divines pour ses bonnes actions ; comme il est concerné par le châtiment divin pour ses mauvaises actions. Un même homme peut accuser en même temps ce qui lui rapporte la récompense et le châtiment, ce qui est louable et ce qui est blâmable, et ce qu’on aime et ce qu’on déteste en lui… »[url=#_ftn7][7][/url]
 
4- D’autres fois, il n’emploie pas le terme « égarés », mais il se contente de la juxtaposition : hérétiques/désobéissants (ou pervers) qu’il oppose aux « mécréants »
 
« Or, nombre d’hérétiques épousent sincèrement la foi, bien que l’ignorance et l’injustice les poussent à l’erreur et les éloignent de la sunna. Ces derniers ne sont considérés ni comme des hypocrites ni comme des mécréants. Toutefois, leur injustice et leur animosité les rendent éventuellement pervers ou désobéissants, sinon, ils restent excusables malgré leurs erreurs en raison de leur effort d’interprétation. En outre, proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah. »
 
Quelques lignes plus loin, il signe : « Beaucoup de points de ce crédo peuvent échapper à un grand nombre de croyants s’imaginant être en accord avec la vérité, en raison des ambiguïtés qui animent leurs convictions. Ces derniers donnent foi à Allah et à Son Messager aussi bien en apparence qu’au fond d’eux. En cela, ils ne sont pas différents des autres catégories d’innovateurs qui furent induits en erreur. Ils ne sont certainement pas mécréants, mais ils se partagent entre hérétiques et désobéissants ; certains même sont pardonnables en raison de leur erreur d’interprétation. Proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah. »[url=#_ftn8][8][/url]
 
Ce même ibn Taïmiya classe les ignorants affiliés à l’Islam en trois catégories. Il introduit son discours en disant que les zindiq hypocrites que comptent notamment les rangs des karmates bâtinites sont pires que les Juifs et les chrétiens.[url=#_ftn9][9][/url] Ensuite, il classe les adeptes de l’Islam qui font du shirk en trois catégories, en fonction de leur degré de gravité :
1-      Ceux qui commettent clairement de l’association et qui s’opposent sciemment aux enseignements du sceau des Prophètes (r) à l’instar des karmates bâtinites. À l’unanimité des savants, ces derniers sont passibles de la peine de mort après sommation de réintégrer le crédo orthodoxe.
2-      Ceux qui se trompent sur des points subtils de la religion.
3-      Ceux qui sont entre les deux premières catégories, et qui se divisent en pervers (fâsiq) et désobéissants (‘âsî).[url=#_ftn10][10][/url]
 
À suivre…
 
 
Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] Voici le passage en question :
[rtl]وقال شيخ الإسلام ابن تيمية رحمه الله في "الرد على الإخنائي" تحقيق العنزي (ص: 206) :
" كذلك من دعا غير الله وحج إلى غير الله هو أيضًا مشرك، والذي فعله كفر، لكن قد لا يكون عالمًا بأن هذا شرك محرم.
كما أن كثيرًا من الناس دخلوا في الإسلام من التتار وغيرهم وعندهم أصنام لهم صغار من لبد وغيره وهم يتقربون إليها ويعظمونها ولا يعلمون أن ذلك محرم في دين الإسلام، ويتقربون إلى النار أيضًا ولا يعلمون أن ذلك محرم ، فكثير من أنواع الشرك قد يخفى على بعض من دخل في الإسلام ولا يعلم أنه شرك ، فهذا ضال ، وعمله الذي أشرك فيه باطل ، لكن لا يستحق العقوبة حتى تقوم عليه الحجة ، قال تعالى: (فلا تجعلوا لله أندادًا وأنتم تعلمون )" انتهى.[/rtl]
[url=#_ftnref2][2][/url] Je préviens que je n’ai pas traduit ce passage mot-à-mot, qu’on n’aille pas dire que je travestis ses paroles.
[url=#_ftnref3][3][/url] Rapporté par el Baïhaqî dans el jâmi’ fî shu’ab el îmân (12/310-311).
[url=#_ftnref4][4][/url] Jâmi’ el masâil (3/145-151).
[url=#_ftnref5][5][/url] Le repentir ; 34
[url=#_ftnref6][6][/url] Jâmi’ el masâil n° 18 (42-43).
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwâ (11/5-16). Ailleurs, il dit : « Les savants font uniquement allusion aux prophètes – que les prières d’Allah soient sur eux – quand ils parlent de la catégorie d’individus qui sont immunisés de persister dans la faute. Cela ne concerne pas les véridiques, les martyrs, et les pieux qui ne jouissent pas de ce privilège. Ces derniers sont capables de faire des péchés qui sont incontestables, mais ils peuvent également être motivés par un effort d’interprétation qui ne leur garantit pas d’avoir raison tout le temps. Quand ils ont effectivement raison, ils reçoivent une double récompense, mais s’ils se trompent ils n’en reçoivent qu’une seule en compensation à leurs efforts. Cela veut dire que ce genre d’erreurs leur est pardonné.
À l’inverse des savants, nous avons les égarés pour qui, l’erreur et le péché sont indissociables. Ils peuvent alors avoir deux réactions vis-à-vis des fautifs éventuels : soit ils font preuve d’excès en considérant qu’ils sont parfaits soit ils font preuve de laxisme en pensant que leurs erreurs les rendent injustes. Quant aux savants [modérés], ils disent qu’ils ne sont ni parfaits ni condamnables. » Majmû’ el fatâwâ (35/29).
Mais encore : Sinon, en règle générale, la vérité peut pencher du côté d’un individu ou d’un groupe sur un point en particulier. Il est même possible que les deux parties qui s’opposent soient aussi dans l’erreur l’une que l’autre. Elles sont également susceptibles d’avoir toutes les deux raison, mais uniquement sous un angle. Aucun groupe n’a le droit de s’arroger la vérité, peu importe qui se trouve à sa tête, car seul le meilleur des hommes (r) jouit de ce privilège. Autrement, cela supposerait que les partisans d’un groupe aient toujours raison, et que tous les autres croyants qui les contrediraient sur une question donnée seraient forcément des égarés. Leur meneur serait donc ma’sûm, ce qui, à l’évidence, va à l’encontre des connaissances élémentaires de la religion. S’ils étaient réellement ahl el haqq, alors tout consensus issu de leur groupe serait une preuve scripturaire infaillible…
Nombreux sont les sectateurs égarés qui s’autoproclament les détenteurs de la vérité, les élus et les partisans d’Allah. [Ils sont d’autant plus prétentieux qu’]ils ne daignent partager ces qualités avec personne. En réalité, il est possible qu’ils soient plus près des ennemis d’Allah que de Ses élus, et qu’ils soient largement plus près de l’égarement que du bon discernement. E-tis’îniya (3/902-906).
[url=#_ftnref8][8][/url] Voir : Majmû’ el fatâwâ (3/352-355).
[url=#_ftnref9][9][/url] Nous avons vu dans un article précédent qu’aux yeux d’ibn Taïmiya, ressembler aux gens du Livre sur un point ne rend pas forcément mécréant. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html
Ailleurs, il établit en parlant de ceux qui imposent leurs idées hérétiques : « C'est pourquoi l’un des signes distinctifs des innovateurs est d’innover une parole ou un acte qu’ils imposent ensuite aux autres par la force, et sur lesquels ils fondent leur sentiment d’alliance (l’amour et la haine en Dieu). C’est exactement ce que les kharijites, les râfidhites, et les jahmites ont fait… Dans la mesure où ce qu’on impose ou interdit n’est pas corroboré par les textes scripturaires de l’Islam, on s’associe vulgairement aux kharijites, aux râfidhites, et aux jahmites ; eux-mêmes sont sur les traces des païens et des apostats de la première époque. » Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-et-le-taqlid-partie-3-101734377.html
[url=#_ftnref10][10][/url] E-radd ‘alâ el Bakrî (1/277-279).
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Message par Citizenkan le Dim 23 Oct - 15:44

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar[/size]
(Partie 4)
 
Conclusion de ce paragraphe
 
Quand le doyen damascène parle des innovateurs non mécréants, il dissocie entre « pervers » et « désobéissants »,  et, à chaque fois, en opposition aux « mécréants » (il exclue donc les zindîq et les hypocrites).[url=#_ftn1][1][/url] Si on en doute encore, voici d’autres exemples :
 
 « Quant à la question du takfîr, selon la bonne opinion, tout individu de la communauté mohammadienne faisant une erreur suite à un effort d’interprétation ne devient pas mécréant, à condition que son intention soit de parvenir à la vérité. Dans ce cas, son erreur lui est pardonnée. Cependant, dans la situation où, bien qu’on appréhende clairement les enseignements du Messager, on s’en écarte en toute connaissance de cause, pour suivre un autre chemin que celui des croyants, on devient mécréant.
Or, dans la situation où on se soumet à ses passions, tout en faisant preuve de négligence dans la recherche de la vérité, ce qui pousse à parler sans science, on devient un désobéissant condamnable, voire un pervers, sauf si ses bonnes actions prennent le dessus sur ses mauvaises. »[url=#_ftn2][2][/url]
 
« Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuve prophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya (el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle chose est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[url=#_ftn3][3][/url]
 
« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[url=#_ftn4][4][/url] Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[url=#_ftn5][5][/url]
 
Si cela est clair, et j’avoue que je ne sais pas s’il faut prendre cela pour une règle, quand Sheïkh Taqî e-Dîn désigne les adeptes affiliés à l’Islam d’ignorants égarés, c’est que nous avons affaire à des croyants non apostats (il exclue donc les zindîq et les hypocrites). Plusieurs passages de ses ouvrages le confirment, notamment : « En étant convaincu qu’il s’agit d’actes religieux et dévoués à Dieu, on est un vulgaire menteur égaré. Il incombe d’expliquer au fautif que ces actes ne sont ni religieux ni dévoués à Dieu ; s’il persiste dans son erreur, on lui somme alors de se repentir sous peine de mise à mort. »[url=#_ftn6][6][/url]
 
« Plus on est au courant de la face cachée de cette tendance tout en y adhérant, plus on sombre dans la mécréance et l’athéisme. Or, certains ignorants se font une bonne opinion de leurs paroles, mais sans les comprendre réellement. Ils pensent qu’ils ont affaire au même genre qu’aux maitres initiés, dont le discours, bien qu’il soit juste, est indéchiffrable pour beaucoup. Ces suiveurs ont souvent la foi et sont relativement fidèles au Coran et la sunna, conformément à la croyance traditionnelle. S’ils approuvent le discours des premiers, c’est uniquement dans la mesure où ils se font une bonne opinion d’eux, tout en se soumettant à eux les yeux fermés proportionnellement à leur ignorance et à leur égarement. Ils ne se mettent pas à l’esprit que seuls un mécréant athée ou un ignorant égaré peuvent donner crédit à leurs discours…
 
Leurs discours, qu’il soit pris au pied de la lettre ou non, relèvent entièrement de la mécréance à l’unanimité des musulmans. En venant à douter de leur mécréance, après avoir eu connaissance de leurs réelles intentions et de leur véritable religion, on prend le même statut qu’eux, car c’est comme si on doutait de la mécréance des Juifs, des chrétiens, et des païens. »[url=#_ftn7][7][/url]
 
« Or, ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de leur discours s’en sont laissé abuser, exactement comme ceux qui se laissent abuser par le discours ésotérique des qarmates. Ces derniers se sont, en effet, fait passer pour des fatimides (descendants de Fâtima ndt.) affiliés au shiisme. Leurs suiveurs ont penché vers eux sans vraiment connaitre le fond de leur discours qui est rempli de mécréance. Ainsi, deux catégories d’individus peuvent avoir une attirance pour eux : soit un zindîq hypocrite soit un ignorant égaré. Nous pouvons dire la même chose pour les partisans du monisme. Leurs chefs de file sont de vulgaires mécréants qu’il incombe de mettre à mort, sans accepter le repentir d'aucuns d’entre eux, à condition de les attraper avant qu’ils ne se repentissent.
 
Ils sont en effet les pires des zindîq qui cachent derrière leur appartenance trompeuse à l’Islam, la pire des mécréance. Ceux-là pénètrent très bien leur discours et ils ont pleine conscience qu’il s’oppose littéralement à la religion des musulmans.  
 
Il incombe de punir toute personne qui s’affilie à eux, les défend, leur fait les éloges, encense leurs ouvrages, qui est connue pour les aider et les soutenir, qui déteste entendre du mal d’eux, qui leur cherche des excuses en disant qu’un tel ne connaît pas le sens de telles paroles, qu’il n’en connaît pas l’auteur, ou qu’il a composé tel ouvrage…
 
Ce genre d’excuses ne peut que provenir d’un ignorant ou d’un hypocrite. Il incombe plutôt de punir toute personne qui, au courant de leur situation, ne contribue pas à mettre fin à leurs manigances. S’opposer à eux représente l’un des plus grands devoirs du musulman, car ils ont corrompu l’esprit et la religion de bon nombre d’individus parmi les Sheïkh, les savants, les rois, et les princes. Ils sèment le désordre sur terre et détournent les gens du chemin d’Allah. 
 
Les dégâts qu’ils font à la religion sont pires que les dégâts matériels causés aux musulmans notamment par les bandits de grand chemin. Ces derniers ne s’attaquent pas en effet à la religion des gens. Dans cet ordre, nous avons les tatars qui ne convoitent que leurs richesses, mais sans s’en prendre à leurs convictions. Ceux qui ne savent pas à qui ils ont affaire ne doivent pas prendre la chose à la légère. Leur égarement et leur mauvaise influence sont plus grands que l’on puisse se l’imaginer. Ils sont la tendance la plus proche des qarmates bâtinites. C'est pourquoi ils cautionnent la venue des tatars à la tête des pays musulmans, et leur offrent leur soutien contre leurs propres concitoyens – à part les gens simples qui gonflent leurs rangs, et qui n’ont aucune idée de leur vrai visage.
 
Ceux-là mêmes qui approuvent la situation des Juifs et des chrétiens et qui considèrent qu’ils sont sur le droit chemin. Ils n’en pensent pas moins pour les adorateurs des idoles. Chacune de leur revendication représente à elle seule la pire des mécréance qui soit.
 
Ainsi, il incombe d’informer sur leur situation tous ceux qui se font une bonne opinion d’eux, et qui prétendent n’être pas au courant de leurs vraies intentions. Après cela, s’ils ne se séparent pas d’eux et s’ils n’affichent aucun mécontentement envers eux, ils auront droit au même statut qu’eux, et seront considérés comme eux et comme faisant partie d’eux. »[url=#_ftn8][8][/url]
 
• Ensuite, notre ami revient à la charge :
 
Observe(z) bien, quelques lignes après, Ibn Taymiyya dit très clairement (passage encore une fois non retranscrit par Karim Zentici) : "et ce qui est voulu ici est que ces polythéistes, ceux qui prennent les occupants des tombes comme intermédiaires..."
 
En effet, c’est exactement ce qu’il dit la page suivante.[url=#_ftn9][9][/url] Or, quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ! À ce jeu-là, aucun auteur n’est honnête, si on devait lui imposer de retranscrire deux pages avant et deux pages après (j’extrapole bien sûr) la citation qui sert à conforter son idée et qui ne déforme pas l’opinion de la référence qu’il utilise. Aucun chercheur sérieux ne soutiendra une telle aberration !
 
Pour avoir pied, notre ami s’accroche à n’importe quelle toile d’araignée, quitte à friser avec le ridicule ! Déjà, c’est exactement ce que dit la première phrase du passage traduit en question, sauf que le terme est au singulier, mais y a-t-il une différence ?
 
« Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). »
 
J’ai même pris soin de laisser mushirk et kufr en arabe. Peut-on donner une plus grande garantie d’honnêteté ? En outre, le passage que j’ai traduit s’inscrit dans une digression dont Sheïkh el Islâm avait le secret, et qui dit justement que l’auteur du shirk est excusable en raison de son ignorance ; si le ridicule tuait, certains de nos amis auraient épuisé leurs sept vies en une seule fois ! Ibn Taïmiya ne fait ensuite que reprendre le fil de son discours qui démontre que le pèlerinage pour les tombes des walis, pratique déjà en vogue à l’ère païenne, relève du shirk. Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que ce n’était pas du shirk akbar, sinon, il n’y aurait eu aucun débat sur le ‘udhr bi el jahl, réfléchis ! Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que l’auteur de cet acte n’était pas un vulgaire apostat passible de l’Enfer éternel ! La question était plutôt de savoir s’il bénéficiait éventuellement, et pas systématiquement, de circonstances atténuantes en sa faveur, et ce qui fut justement l’objet de cette digression qui se termine avec la formule consacrée : « Nous avons développé la question ailleurs. » Et c’est ce que nous démontrons depuis plus de dix ans ! Il faut être vraiment téméraire pour attaquer quelqu’un sur son terrain de prédilection ! Il ne faut pas confondre courage et témérité !
 
En outre, notre ami confond entre trois concepts – pour sa défense, il n’est pas le seul, et c’est d’ailleurs ce qui crée un énorme amalgame dans ce genre de questions : entre le « wasf », le « ism lâzim », et le « hukm thâbit ». C’est exactement la même chose avec le terme « kufr » qui remue tant les passions dans la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah. Je vais rentrer ici dans une considération un peu complexe : le « wasf » sert à décrire un acte. En l’occurrence, les musulmans qui commettent du shirk ou du kufr, sont des mushrikins ou des kuffars, ou plus exactement des kâfirûn,[url=#_ftn10][10][/url] en regard de leur acte, non de leur statut. Après iqâma el hujja, et seulement à ce moment-là (j’extrapole un peu pour ne pas compliquer davantage), les fautifs en question deviennent des mushrikins dans le sens où ils sortent de façon factuelle, de la religion. C’est ce que j’appelle « ism lâzim » qui est indissociable avec le statut qui en découle le « hukm » ; nous sommes donc loin de la règle du hukm et du ism réfutée plus haut. Ainsi, mushrik désigne deux choses différentes, d’où l’amalgame qui règne sur la chose : le « wasf » ou le « ism ‘âridh » qui consiste à désigner une personne par son acte, indépendamment de savoir si, dans les faits, il est condamnable ou non, et le « ism lâzim » qui consiste à désigner une personne par son statut inhérent, et qui est indissociable avec le châtiment qui en découle, wa Allah a’lam !
 
• D’un point de vue purement méthodologique, il est donc erroné d’interpréter les paroles d’un auteur selon la conception des adeptes de sa tendance, sous prétexte qu’ils seraient plus à même de déchiffrer ses intentions. Cela est d’autant plus vrai que l’auteur en question se charge lui-même de mettre en lumière sa tendance. L’approche qui consiste à faire parler ibn Taïmiya par la bouche de certains savants de aimmat e-da’wâ, qui, soit dit en passant, n’ont pas une position uniforme, est bancale, comme démontré à travers plusieurs articles.
 
On peut ne pas se laisser convaincre par la personne insignifiante que je suis, et c’est compréhensible, alors je vais laisser ibn Taïmiya se « dédouaner » lui-même de ce crédo qu’on lui impute, et qui consiste à dissocier le hukm et le ism. Avant cela, j’aimerais pousser le lecteur à la réflexion : pourquoi est-ce qu’il n’a jamais développé cette notion, ne serait-ce qu’à travers les digressions qu’il affectionne tant ? Une notion qui serait, qui plus est, un point essentiel du crédo ! Pourquoi s’évertuer à deviner sa tendance dans certaines bribes de son discours, en occultant de façon grossière, et parfois au même endroit ou « quelques lignes après », son discours clair et limpide qui jalonne ses analyses ? Pourquoi tordre ses paroles pour les faire tendre vers sa propre tendance ? Pourquoi passer par des raisonnements tirés par les cheveux, et pour le moins abracadabrant ?
 
Sheïkh el Islam établit la règle selon laquelle une parole de kufr ne voue pas forcément à la mécréance tous ceux qui la prononcent. Se prononcer sur un cas particulier, cela revient à se prononcer sur son sort dans l’au-delà en appliquant sur lui les textes de la menace divine… Or, si ce dernier, au même moment, n’est ni un mécréant ni un hypocrite, il ne peut être qu’un croyant.[url=#_ftn11][11][/url]
 
À l’unanimité des savants, l’apostat est plus condamnable que le mécréant d’origine.[url=#_ftn12][12][/url] La sunna établit que la punition de l’apostat est plus sévère que celle du mécréant d’origine, comme le démontrent notamment les points suivants :
-          L’apostat est mis à mort sans condition ; il ne lui est pas offert de verser un tribut et de se soumettre au statut de dhimmî, contrairement au mécréant d’origine.
-          L’apostat est mis à mort, même s’il est incapable de prendre les armes, contrairement au mécréant d’origine qui ne participe pas au combat, selon la plupart des savants à l’instar d’Abû Hanîfa, Mâlik, et Ahmed. En revanche, pour la majorité des savants, l’apostat est passible de la peine de mort. Cette tendance est celle de Mâlik, Shâfi’î, et Ahmed.
-          L’apostat est privé de certains droits (mariage, héritage), et on n’a pas le droit de manger sa viande, contrairement au mécréant d’origine, etc.[url=#_ftn13][13][/url]
 
Ibn Taïmiya distingue entre le statut d’un acte dans l’absolu et son application à un cas particulier
 
Sheïkh el Islam ibn Taïmiya établit que les Textes divins concernant le mauvais devenir de l’homme (wa’îd) et les paroles provenant des grandes références de la religion sur les questions du takfîr (taxer quelqu’un d’apostat), du tafsîq (taxer quelqu’un de pervers), et autres, n’impliquent nullement qu’il faille les appliquer à une personne en particulier sauf si celle-ci répond aux conditions pour le faire et si toute restriction en est exclue.[url=#_ftn14][14][/url]
 
Puis, il enchaine : « Il n’y a pas de différence en cela entre les questions fondamentales et les questions subsidiaires de la religion, pour ce qui est du châtiment divin dans l’au-delà. Cette règle englobe tout individu passible de la menace divine (châtiment, malédiction, courroux) qu’elle soit perpétuelle ou non, ou portant des noms (ism) qui s’y rattachent comme mécréant (pour le takfîr) et pervers (pour le tafsîq). Nous pouvons faire entrer dans cette règle indistinctement les innovations (qu’elles soient dogmatiques ou rituelles) qui touchent à la religion, ou les actes de débauche qui touchent à la vie profane, et auxquels on donne le nom de perversité corporelle.
Quant aux différents statuts terrestres, nous pouvons dire la même chose. Autrement dit, le djihad lancé contre les mécréants doit être précédé de la prédication. Le châtiment s’applique uniquement, en effet, à celui qui a reçu la preuve céleste. Nous pouvons dire la même chose pour les punitions des pervers, soit qu’elle n’a pas lieu avant d’avoir établi contre eux la preuve céleste. »[url=#_ftn15][15][/url]
 
La preuve, si tant est qu’il faille encore le démontrer, à ma connaissance, ibn Taïmiya n’a pas kaffar el Bakrî qui cautionnait pourtant l’istighâtha bi e-sâlihîn,[url=#_ftn16][16][/url] ni, probablement, el Akhnâî contre qui, également, il consacra une réfutation dont elle extraite la citation d’el Wuhaïbî.
 
• La conclusion de notre ami est sans appel :

Après sa traduction de ce passage d'Ibn Taymiyya, Karim Zentici disait donc: "en ayant résumé légèrement ces paroles".

N'aurait-il pas été plus juste de dire: "en ayant censuré grossièrement ces paroles?

 
Sans commentaire, à la lumière des explications précédentes, wa bi Allah e-tawfîq !
 
[rtl]إن مما أدرك الناس من كلام النبوة الأولى : إذا لم تستحي ، فاصنع ما شئت[/rtl]
 
 
 Allah promet à la victime d’une injustice s’étant tournée vers Lui : la ansurannaka wa law ba'dh hîn !
 
 
[rtl]وَعِزَّتِي وَجَلَالِي لَأَنْصُرَنَّكِ وَلَوْ بَعْدَ حِينٍ[/rtl]
 
Bon, j’arrête de vous inonder avec mes pavés, mes parpaings, et vous donne rendez-vous très prochainement avec la suite, in shâ Allah !
 
 
Par : Karim Zentici
 
 
 
 
 




[url=#_ftnref1][1][/url] Le D. ‘Abd el Majîd el Mish’abî est l’auteur d’une thèse ayant pour titre ; manhaj ibn Taïmiya fî mas-alat e-takfîr (1/251-261) où il démontre, avec de nombreux textes d’ibn Taïmiya à la clef, qu’ibn Taïmiya distingue entre le musulman coupable d’une erreur et le zindîq.
[url=#_ftnref2][2][/url] Majmû’ el fatâwâ (12/180).
[url=#_ftnref3][3][/url] Majmû’ el fatâwâ (3/229).
[url=#_ftnref4][4][/url] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.
[url=#_ftnref5][5][/url] Majmû’ el fatâwa (1/113).
[url=#_ftnref6][6][/url] Majmû’ el fatâwa (1/372).
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwa (2/367-368).
[url=#_ftnref8][8][/url] Majmû’ el fatâwâ (2/131-132).
[url=#_ftnref9][9][/url] Voir : http://shamela.ws/browse.php/book-9277/page-113#page-113
[url=#_ftnref10][10][/url] E-Râghib el Asfahânî souligne que le pluriel « el kuffâr », sert le plus souvent à désigner les non-musulmans. L’autre pluriel « el kafara » est plus utilisé pour le kufr e-ni’ma (l’ingratitude) qui ne fait pas sortir de la religion. Réf : Mufradât alfâzh el Qur-ân (p. 716). Voir : http://www.mizab.org/le-kufr-avec-un--el-
[url=#_ftnref11][11][/url] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (3/60).
[url=#_ftnref12][12][/url] Majmû’ el fatâwâ (28/477, 478).
[url=#_ftnref13][13][/url] Majmû el Fatâwâ (28/534-535).
[url=#_ftnref14][14][/url] Majmû’ el fatâwâ (10/372).
[url=#_ftnref15][15][/url] Majmû’ el fatâwâ (10/372).
[url=#_ftnref16][16][/url] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).
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Message par Citizenkan le Lun 24 Oct - 13:12

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II[/size]
(Partie 1)
 
Personnellement, je tiens à bannir de mon vocabulaire toute expression, qui au lieu de dépassionner le débat, pour reprendre un passage d'un livre interdit en France, il l'embrouille, l'envenime et le rend impossible, soit tout le contraire de l'ambition que je m'assigne. L'analyse doit être distinguée de toute polémique, mais aussi des arrières pensées que l'on croit détecter chez l'autre. Inutile de se prêter au jeu et d'ouvrir la chasse aux sous-entendus. Ce qui importe, si l'on veut être compris, c'est une authentique analyse du phénomène exempte de tout soupçon.
 
 
Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !
 
Sans transition, nous enchainons sur ce billet :
 
http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/abou-hanifa-l-ignorance-n-est-pas-une-excuse-dans-l-unicite-d-allah.html
 
L'imam Abou Hanifa
Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – : « pas d'excuse, pour qui que ce soit parce qu'il ignore la connaissance de son Créateur, car il est obligatoire pour toutes les créatures de connaître Le Seigneur ainsi que Son unicité, à cause de la création des cieux et de la terre qu'il voit, ainsi que du reste de la création d'Allah. Quant aux obligations, celui qui ne les connaît pas, ou qu'elles ne lui parviennent pas, c'est à lui que la preuve décisive n'a pas été exposée. »
cf. « badâë' as-sanâë' » ( 9 / 4378 )
 
Là aussi, je vais répondre sous forme de points, et nous allons un peu plus nous familiariser avec la position d’ibn Taïmiya qui ne s’accorde pas forcément avec celle d’Abû Hanîfa :
 
• Notre ami prétend faire fi des avis des hommes, charité bien ordonnée commence par soi-même, a harâm ‘alaïnâ wa halâl laka ?
 
• Il reproche aux pro ‘udhr d’utiliser des citations d’anciens dans le domaine des Noms et Attributs divins, et c’est exactement ce qu’il fait ou quand l’hôpital se moque de la charité ! Nous devons comprendre les paroles d’un auteur selon son vocabulaire à lui, non le nôtre. Il incombe de contextualiser son discours au risque de le tronquer, qu’on en ait conscience ou non. En l’occurrence, quand il parle du tawhîd, il fait allusion aux trois formes existantes, et plus particulièrement celle au niveau des Noms et Attributs divins, car il fallait mettre un terme aux hérésies naissantes et les tuer dans l’œuf ; c’est probablement la raison pour laquelle, il ferma la porte à toute excuse possible, en sachant qu’il peut aussi bien faire allusion aux points essentiels de la connaissance du Seigneur, et qu’il est impossible d’ignorer en temps normal, soit à asl e-tawhîd, qui en réalité, est une notion élastique soumise à des variations spatio-temporelles, et qui est donc aléatoire, comme nous allons le démontrer (il peut certes y avoir une partie constante, le tout est de la définir convenablement). La preuve, c’est que dès la génération suivante, alors que le fléau jahmite prenait de l’ampleur, on entend des voix ici et là parler du ‘udhr bi el jahl dans le domaine des Noms et Attributs divins. En voici quelques exemples.
 
1- L’Imam e-Shâfi’î : « Allah le Très-Haut a des Noms et des Attributs que recense Son Livre et que Son Prophète a divulgués à sa communauté. Il ne convient à aucune créature d’Allah de les rejeter, une fois que les preuves sont établies contre elle (…) Après cela, il devient un mécréant, mais avant cela, il est excusable, étant donné que ce n’est pas un sujet que l’on peut percevoir par la raison, le rêve, le cœur ni par la pensée. Nous ne taxons aucun ignorant d’apostat avant que les enseignements ne lui soient parvenus. »[url=#_ftn1][1][/url]
 
2- Ibn Abî Hâtim a dit : « J’ai interrogé Abû Zur’a et mon père au sujet de la tendance des traditionalistes dans les bases fondamentales (usûl) de la religion, et celle des savants qu’ils ont connue à travers toutes les contrées (le Hijâz, l’Iraq, le Shâm, et le Yémen) ; ils m’ont répondu notamment : la foi est composée des paroles et des actes, elle peut monter et descendre… Celui qui prétend que le Coran est créé commet un acte de mécréance qui le fait sortir de la religion ; celui qui doute sur sa mécréance parmi ceux qui comprennent est un mécréant également ; celui qui doute sur la Parole d’Allah (U) et qui ne se prononce pas par doute en disant qu’il ne sait pas si celle-ci est créée ou non est un jahmî ; pour celui qui ne se prononce pas au sujet du Coran par ignorance (jâhilan), il incombe de l’instruire et de le taxer d’innovateur, sans qu’il ne sorte pour autant de l’Islam. »[url=#_ftn2][2][/url]
 
3- l’Imam el Bukhârî a dit : « Quiconque ne sait pas que la Parole d’Allah est incréée, il faut lui faire savoir et ramener son ignorance au Livre d’Allah et à la sunna. S’il refuse, après cela, de se soumettre à la vérité, il est considéré comme un mu’ânid (un entêté). »[url=#_ftn3][3][/url]
 
4- Ahmed ibn Munî’ el Baghawî affirme pour sa part : «Celui qui prétend que le Coran est créé est un jahmî, et celui qui ne se prononce pas sur le sujet parmi ceux qui ne comprennent rien (marchands, femmes, enfants), nous ne disons rien sur eux, et nous les instruisons sur la chose. »[url=#_ftn4][4][/url]
 
5- Dans son livre, e-tabsîr fî ma’âlim e-dîn, ibn Jarîr e-Tabarî annonce qu’il existe deux genres d’enseignements dans la religion : mâ yasa’ el jahl bihî wa mâ la yasa’ el jahl bihî ou : mâ yu’dhur bi el khata wa mâ la yu’dhur bi el khata. Autrement dit, les enseignements qu’il est concevable d’ignorer et ceux qu’il est inconcevable d’ignorer. Il explique notamment qu’il existe des questions dont la connaissance est élémentaire (ma’lûm min e-dîn bi e-Dharûra). Ibn Taïmiya souligne que même sur ce dernier point, les choses sont relatives.[url=#_ftn5][5][/url] Dans son tafsîr, ibn Jarîr parle également d’iqâmat el hujja.[url=#_ftn6][6][/url]
 
• À l’époque de l’Imâm Ahmed, le jahmisme gangréna les hautes sphères du Pouvoir, et, le mal étant déjà fait, il fit preuve d’un grand relativisme vis-à-vis de ses adeptes, en sachant que les savants n’ont pas tous le même degré d’érudition et de perspicacité.[url=#_ftn7][7][/url] Ses positions d’ailleurs perturbèrent nombre de ses élèves, comme l’explique ibn Taïmiya.
 
Ce dernier souligne qu’il faut prendre dans leur sens général les paroles des anciens taxant certaines sectes d’apostasie, comme les jahmites, les qadarites, ou encore les rafidhites. Cela ne veut pas dire qu’il faille les appliquer sur des cas particuliers et que chaque membre de ces sectes est concernée par ce statut.[url=#_ftn8][8][/url] L’imam Ahmed n’a pas kaffar (taxer d’apostat) chaque jahmite ni tous ceux qui se revendiquent jahmites ni tous ceux qui s’accordent avec certaines de leurs idées. Il a même prié derrière les khalifes jahmites, comme el Ma-mûn qui imposait à ces sujets de suivre sa tendance sous peine de leur faire subir les punitions les plus sévères. Ahmed ne remettait pas en question leur appartenance à l’islam et consacrait même des invocations en leur faveur.[url=#_ftn9][9][/url] La raison, c’est qu’ils ne démentaient pas le Prophète (r) et qu’ils ne reniaient pas ses enseignements. Ils furent simplement motivés par une mauvaise interprétation des textes qui leur avait été dictée par les savants jahmites en qui ils avaient une confiance aveugle.[url=#_ftn10][10][/url]
 
Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr
 
Il souligne, en effet, dans un autre passage : « Par ailleurs, certains savants de notre école des nouvelles générations ont divergé sur la question de savoir si la personne ayant commis un acte de kufr, est vouée à l’Enfer éternel. La plupart estime que oui, comme le stipule un certain nombre d’anciens spécialistes en hadîth, à l’exemple d’Abû Hâtim, Abû Zur’â et de bien d’autres. D’autres désapprouvent ce jugement.
 
La raison à l’origine de cette divergence, c’est que les textes se « contredisent » à leurs yeux. Ils sont confrontés à des textes qui réclament de kaffar les auteurs de certaines paroles, mais au même moment, ils voient que certains d’entre eux avaient une foi telle, qu’ils n’étaient pas concernés par ce statut. Ainsi, les textes s’opposaient.
En réalité, ils avaient raison de prononcer un jugement absolu, comme l’ont fait ces fameux Imams avec les textes scripturaires ; ils disaient en effet que celui qui dit telle chose est un kâfir. À les entendre, ils donnaient l’impression à ces savants que ce jugement englobait tous les cas possibles. Cependant, ils ne sont pas mis à l’esprit que le takfîr est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure pour chaque cas particulier.
Ainsi, le takfîr el mutlaq (absolu) n’implique pas forcément le takfîr el mu’ayin (particulier), sauf dans la situation où toutes les conditions pour le faire soient remplies et où toute restriction obligeant à s’abstenir soit en même temps exclue. »[url=#_ftn11][11][/url]
 
• Ainsi, cette conception biaisée de la tendance d’Ahmed fut adoptée dans les rangs hanbalites,[url=#_ftn12][12][/url] à travers les siècles avec son lot d’anathèmes à l’emporte-pièce sur leurs coreligionnaires coupables d’hérésie, et son lot de troubles qu’ils engendrèrent. Plus récemment, elle prit pied dans les milieux najdites, nous y reviendrons plus loin.
 
Le shirk étant le miroir inversé du tawhîd, il a lieu à ses trois niveaux.[url=#_ftn13][13][/url] Il consiste à donner un rival, un semblable, un égal à Dieu dans les domaines qui lui sont propres, soit au niveau de la Seigneurie, des Noms et Attributs, et de la Divinité.[url=#_ftn14][14][/url]
 
À suivre…
 
 
Par : Karim Zentici
 
 




[url=#_ftnref1][1][/url] Voir : mu’tasar el ‘Ulû d’el Albânî (p. 177).
[url=#_ftnref2][2][/url] E-lâlakâî (1/176).
[url=#_ftnref3][3][/url] Voir : khalq af’âl el ‘ibâd (p. 61).
[url=#_ftnref4][4][/url] E-lâlakâî (1/176).
[url=#_ftnref5][5][/url] Ibn Jarîr lui-même relativise, comme en témoigne son tafsîr du V. 112 de la S. el mâida où il affirme que les apôtres doutaient de la qudra d’Allah, bien que d’autres savants ne le lui concèdent pas.
[url=#_ftnref6][6][/url] Voir : son exégèse du v. 15 de la s. Le voyage nocturne. Dans nawâqid el îmân el qawliya wa el ‘amaliya, qui est une thèse ès doctorat le D. ‘Abd el ‘Azîz el ‘Abd âl ‘Abd e-Latîf utilise le passage suivant d’ibn Jarîr du livre en question, pour établir le principe du ‘udhr, en parlant de certains textes sur les Attributs divins : « … personne ne devient mécréant (ou il ne faut taxer personne de mécréant ndt.) à cause de son ignorance [sur le sujet], sauf une fois qu’il les a reçus… » Ibn el Qaïyim dans ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 195) et e-Dhahabî également, mais cette fois dans siar a’lâm e-nubalâ (14/280) reprennent ce passage. Il est à constater qu’il ressemble terriblement à celui de Shâfi’î cité plus-haut.
[url=#_ftnref7][7][/url] http://www.mizab.org/la-hirarchie-des-savants
[url=#_ftnref8][8][/url] Voir : el istiqâma (1/164) et Majmû’ el fatâwa (7/619) tous deux d’ibn Taïmiya. À ses yeux, lorsque les savants anciens considèrent apostat (kaffar) l’auteur de la parole : « le Coran est incréé », cela ne veut pas dire que tous ceux qui la prononcent sont des kuffars (mécréants).
[url=#_ftnref9][9][/url] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).
[url=#_ftnref10][10][/url] Majmû’ el fatâwa (23/348-350).
[url=#_ftnref11][11][/url] Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).
[url=#_ftnref12][12][/url] http://library.islamweb.net/newlibrary/display_book.php?idfrom=2033&idto=2033&bk_no=22&ID=1309
[url=#_ftnref13][13][/url] Voir : Shubuhât el mubtadi’a fî tawhîd el ‘ibâda (1/248-249) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn ‘Abd e-Rahmân el Hadhaïl.
[url=#_ftnref14][14][/url] Voir : e-shirk fî el qadîm wa el hadîth (1/113-141) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Magistère d’Abû Bakr Mohammed Zakariya.
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Message par Citizenkan le Mar 25 Oct - 17:24

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II[/size]
(Partie 2)
 
La négation ouvre grande la porte à l’association[url=#_ftn1][1][/url]
 
Ibn Taïmiya souligne que le Créateur se caractérise forcément par des Attributs sans lesquels Il n’existerait pas.[url=#_ftn2][2][/url] Les négateurs ne peuvent en tout état de cause concrétiser l’adoration du Seigneur qu’ils assimilent, qu’ils en aient conscience ou non, au néant. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’association s’est répandue dans les rangs des négateurs musulmans.[url=#_ftn3][3][/url] Si la plupart n’adhèrent pas aux implications de leur discours qui se contredit de fond en comble, ils n’échappent pas au shirk d’une façon ou d’une autre, si l’on sait que leur monothéisme est plus que bancal.[url=#_ftn4][4][/url] Leur conception de la Seigneurie divine est complètement altérée, et les ultras, à l’image d’ibn Sîna et d’ibn ‘Arabî, fondent leur hérésie sur la négation des Attributs,[url=#_ftn5][5][/url] sur les traces des contemporains d’Ibrâhîm – qui se partageaient entre païens et négateurs – et, plus tard, de Pharaon, le chef de file des négateurs. Ce dernier, qui cultivait le culte de sa personne, reniait l’élévation et la Parole d’Allah.[url=#_ftn6][6][/url] D’ailleurs, le crédo des jahmites aboutit à l’athéisme pharaonique (qui ouvre également la porte au monisme-panthéisme akbarien) au nom du monothéisme pur.[url=#_ftn7][7][/url] C’est la raison pour laquelle les anciens insistaient sur la reconnaissance des Attributs qui est à la base de la divinité.[url=#_ftn8][8][/url]
 
Il existe donc un lien de corrélation entre la négation des Attributs divins et l’athéisme pur. Cela n’est pas sans conséquence sur le comportement des hérétiques qui passent d’un extrême à l’autre : quand ils ne s’adonnent pas à la débauche et au libertinage, ils se livrent au culte des saints.[url=#_ftn9][9][/url] On ne peut adorer un Dieu qui n’existe pas ou dont l’existence est purement virtuelle dans le sens où l’esprit s’imagine des choses qui dans la réalité sont impossibles, comme l’existence d’une entité sans attributs ni caractéristiques.[url=#_ftn10][10][/url]
 
Paradoxalement, pour échapper à l’anthropomorphisme, les négateurs assimilent la divinité au néant ; il est pourtant plus grave de renier la divinité que de la faire ressembler à la création existante. En cela, le ta’tîl est pire que le tamthîl.[url=#_ftn11][11][/url] Il vaut mieux mal se représenter la divinité que de carrément la renier, ne serait-ce qu’au niveau des implications.[url=#_ftn12][12][/url] En droite ligne avec la Révélation, les réfutations des anciens se polarisaient plus sur les jahmites en tout genre que sur les assimilateurs et anthropomorphistes.[url=#_ftn13][13][/url] Les grandes références avaient bien compris le jeu des pères fondateurs du jahmisme qui enrobaient leur zandaqa avec un vocabulaire islamique pour échapper à la vindicte populaire et aux autorités en place.[url=#_ftn14][14][/url] Néanmoins, nombre de suiveurs, même parmi les plus grands érudits, ne se sont pas rendu pas compte du piège qui leur fut tendu, et, mus par un zèle religieux, ont défendu becs et ongles un crédo qui ouvre pourtant la porte à tous les débordements.[url=#_ftn15][15][/url]
 
Le lien de corrélation entre la négation et l’association
 
Ibn Taïmiya explique que la négation en tout ou partie des Noms et Attributs divins est une forme d’association, car, au même titre que l’anthropomorphisme, elle met sur le même pied d’égalité le Créateur parfait et les créatures déficientes ; des créatures qu’ils érigent éventuellement au rang de divinité.[url=#_ftn16][16][/url] Par ailleurs, d’une manière ou d’une autre, la négation implique l’association.[url=#_ftn17][17][/url] D’ailleurs, le paganisme est souvent répandu dans les milieux athées, à l’image de Pharaon qui se livrait à l’idolâtrie.[url=#_ftn18][18][/url] Ainsi, chaque négateur est forcément un associationniste, mais le contraire n’est pas vrai ; un associationniste n’est pas forcément négateur, à l’instar des païens arabes.[url=#_ftn19][19][/url]
 
Sheïkh el islâm établit qu’à l’origine, il existe deux formes de shirk auxquelles les messagers étaient confrontés : le ta’tîl, la moins répandue, et le shirk proprement dit. Le ta’tîl se range en deux grands sous-ensembles : le ta’tîl intégral qui consiste à renier la divinité absolue et le ta’tîl partiel qui, bien qu’il l’implique, se borne à renier Ses Attributs parfaits.[url=#_ftn20][20][/url]
 
Le parallèle entre le ta’tîl et le shirk
 
Ibn Taïmiya dresse un parallèle entre le ta’tîl et le shirk, et voici ce qui en ressort :
1-      Le shirk est le plus répandu à travers l’Histoire des hommes[url=#_ftn21][21][/url] ;
2-      Le ta’tîl qui est mu par l’orgueil et le plus grave des deux, si l’on sait qu’il est plus grave de renier le Seigneur que de partager Son adoration avec une créature[url=#_ftn22][22][/url] ;
3-      Le ta’tîl est une forme d’égarement particulière par rapport au shirk qui est le plus courant des fléaux[url=#_ftn23][23][/url] ;
4-      Le ta’tîl est plus répandu chez les jahmites intellectuels (les savants du kalam), tandis que le shirk est plus répandu chez les jahmites ascètes (les soufis) ; ibn ‘Arabî, qui compte dans la seconde catégorie, assimilait Dieu à la création, et, par voie de conséquence cautionnait l’idolâtrie ; à l’inverse, Râzî, qui entre dans la première, L’assimilait au néant, d’où l’adage : le comble du ta’tîl est de ne rien adorer comme chez les jahmites mutakallimîn, et le comble du shirk est d’adorer toute chose comme chez les jahmites soufis.[url=#_ftn24][24][/url]
 
N.B. La croyance qadarite qui se polarise sur le libre-arbitre est empreinte de shirk et de ta’tîl, les deux facteurs à l’origine de la mécréance ; elle doit son ta’tîl à sa prétention de sortir les actes des hommes de la création d’Allah, et son shirk vient de sa propension à ériger les hommes au rang de créateurs.[url=#_ftn25][25][/url] Les païens arabes n’ont jamais atteint ce degré de shirk qui touche au domaine de la Seigneurie divine ; ils se contentaient d’attribuer dans l’adoration des associés au Tout-Puissant.[url=#_ftn26][26][/url] En outre, une mauvaise conception de l’unicité dans le domaine de la Seigneurie divine et de la gestion de la création va se répercuter sur la pratique du culte. Ibn Taïmiya explique que les adeptes du kalâm misent sur le tawhîd e-rubûbiya qu’ils maitrisent déjà mal, car ils dénaturent les Noms et Attributs divins ; cela aura des conséquences plus ou moins désastreuses au niveau de l’unicité dans la divinité.[url=#_ftn27][27][/url]
 
 
• Pour ibn Taïmiya, certaines opinions relèvent de l’apostasie (renier l’aspect obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne, du pèlerinage, autoriser moralement l’alcool, les jeux de hasard, le mariage à des femmes légalement interdites). Néanmoins, leur auteur peut être excusable dans la situation où les preuves célestes ne lui sont pas parvenues. Le cas échéant, il ne devient pas apostat ; le nouveau converti ou le bédouin vivant loin des villes, et n’ayant pas accès aux lois détaillées de la religion ne sont pas assimilés à des apostats quand ils en renient une sans le savoir.
 
Dans ce registre, nous avons le crédo jahmite qui revient à renier la perfection du Créateur et la révélation confiée au Messager. Cette hérésie est gravissime pour trois raisons majeures :
1-      Les preuves validées par l’unanimité des savants orthodoxes, et allant à son encontre pullulent dans les textes scripturaires, sauf que ses adeptes les falsifient ;
2-      Il implique de renier le Créateur, bien que nombre d’entre eux n’en ont pas conscience ; renier l’existence du Très-Haut est à la base de la mécréance, de la même manière que la reconnaissance de Son existence est à la base de la croyance ;
3-      Elle va à l’encontre des principes en accord avec l’unanimité des religions et la nature saine.
 
Malgré cela, beaucoup de points de ce crédo peuvent échapper à un grand nombre de croyants s’imaginant être en accord avec la vérité, en raison des ambiguïtés qui animent leurs convictions. Ces derniers donnent foi à Allah et à Son Messager aussi bien en apparence qu’au fond d’eux. En cela, ils ne sont pas différents des autres catégories d’innovateurs qui furent induits en erreur. Ils ne sont certainement pas mécréants, mais ils se partagent entre hérétiques et désobéissants ; certains même sont pardonnables en raison de leur erreur d’interprétation. Proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah.[url=#_ftn28][28][/url]
 
Ailleurs, il donne une définition du murtadd dans laquelle il étend ce principe au tawhîd el ulûhiya, si tant est qu’il fallût le démontrer : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[url=#_ftn29][29][/url]
 
À suivre…
 
 
Par : Karim Zentici
 




[url=#_ftnref1][1][/url] Voir : juhûd Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya fî taqrîr tawhîd e-rubûbiya wa radd el qawâdih fîhi du D. ‘Âdil el ‘Âmirî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.
[url=#_ftnref2][2][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/375).
[url=#_ftnref3][3][/url] Sharh el asbahâniya (p. 117).
[url=#_ftnref4][4][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (10/307).
[url=#_ftnref5][5][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (8/241-242, 5/312-313).
[url=#_ftnref6][6][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (7/175-176).
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwâ (13/185).
[url=#_ftnref8][8][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/175-182, 6/118-119).
[url=#_ftnref9][9][/url] Sharh el asbahâniya (p. 114).
[url=#_ftnref10][10][/url] Sharh el asbahâniya (p. 116).
[url=#_ftnref11][11][/url] Majmû’ el fatâwâ (12/516).
[url=#_ftnref12][12][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (10/306).
[url=#_ftnref13][13][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (6/347).
[url=#_ftnref14][14][/url] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (1/143-144).
[url=#_ftnref15][15][/url] E-safdiya d’ibn Taïmiya (2/54-55).
[url=#_ftnref16][16][/url] E-tuhfa el ‘irâqiya (p. 386).
[url=#_ftnref17][17][/url] Bayân talbîs el jahmiya (3/145).
[url=#_ftnref18][18][/url] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (5/393).
[url=#_ftnref19][19][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (7/73).
[url=#_ftnref20][20][/url] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (3/292).
[url=#_ftnref21][21][/url] Majmû’ el fatâwâ (6/83).
[url=#_ftnref22][22][/url] Minhâj e-sunna (5/393).
[url=#_ftnref23][23][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (3/133).
[url=#_ftnref24][24][/url] Bayân talbîs el jahmiya (3/783-784).
[url=#_ftnref25][25][/url] Minhâj e-sunna (3/278-279).
[url=#_ftnref26][26][/url] Minhâj e-sunna (3/277).
[url=#_ftnref27][27][/url] Minhâj e-sunna (3/295).
[url=#_ftnref28][28][/url] Majmû’ el fatâwâ (3/354-355).
[url=#_ftnref29][29][/url] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).
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default Re: Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

Message par Citizenkan le Mer 26 Oct - 17:22

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II[/size]
(Partie 3)

L’évolution du shirk ‘amalî dans la communauté mohammadienne

Les premiers monastères

Tout a commencé avec l’excès dans l’adoration. Après la mort d’el Hasan el Basrî et d’ibn Sirîn, la première duraïra fut édifiée à Bassora par Ahmed ibn ‘Atâ el Hujaïmî, un adepte d’Abd el Wâhid (m. 150 h.), qui était lui-même un élève d’el Hasan el Basrî. La ville était connue pour son ascétisme et sa piété à outrance, d’où l’adage : le fiqh est à Koufa ce que la piété est à Bassora. Les anecdotes surprenantes qui nous viennent sur le sujet sont pour la plupart imputées à leurs pieux, comme Zirâra ibn Awfa (m. 93 h.), Abû Juhaïr el A’mâ (m. ? h.), ‘Utbat el Ghulâm (m. ? h.), ‘Atâ e-Sulaïmî (m. après 140 h.).[url=#_ftn1][1][/url]
Cette duraïra, qui servait de lieu d’adoration, rassemblait les soufis environnants qu’Abd e-Rahmân ibn Mahdî et d’autres « baptisèrent » de fuqaïriya (les miséreux).

Les premiers mausolées

Ibn Taïmiya nous offre son analyse sur l’origine des mausolées. Il n’y avait pas en terre musulmane (le Hijâz, le Yémen, le Shâm, l’Égypte, l’Iraq, le Khurasân et le Maghreb) à l’époque des Compagnons ni à celles de leurs fidèles successeurs parmi les tâbi’îns et leurs successeurs, de mosquée construite sur des tombes ni de pèlerinage consacré aux mausolées.[url=#_ftn2][2][/url] Néanmoins, deux grands facteurs expliquent l’expansion de ce phénomène. Primo, les différentes dynasties fatimides qui s’installèrent le long du bassin méditerranéen méridional et qui étendirent leur autorité au Hijâz, et parfois même jusqu’à Bagdad, encouragèrent la propagande des mashâhid (pl. de mashhad).

Secundo, en raison de la présence des ismaéliens et des shiites duodécimains en Égypte et au Moyen-Orient, les croisés réussirent à s’emparer des « Lieux saints » de Jérusalem et firent camp tout le long du littoral. Après leur départ, les vainqueurs ont repris à leur compte leurs coutumes païennes et leurs mausolées.[url=#_ftn3][3][/url] À l'époque de l’Imâm Mâlik, personne ne consacrait de pèlerinage pour la tombe du Prophète (r) à Médine, ou pour des pieux un peu partout en terre musulmane. Personne ne sollicitait les invocations des occupants des tombes, ou, pire, ne les invoquait directement. Personne ne pensait que les invocations étaient plus bénéfiques auprès des tombeaux.[url=#_ftn4][4][/url] Le paganisme prit pied dans la Nation avec le déclin de la dynastie abbasside qui assista impuissante à la division, à la recrudescence de l’innovation, et à l’infiltration des penseurs libres qui se faisaient passer pour des musulmans.

Le troisième siècle touchait à sa fin. Les qarmates banû Buwaï prirent le pouvoir au Maghreb, puis s’étendirent en Égypte. Ils offraient une large marge de manœuvre aux banû ‘Ubaïd el Qaddâh qui encourageaient la construction de mausolées. Le mausolée d’Ali fut édifié dans les environs de Najaf. Ils gagnèrent les faveurs des râfidhites plus perméables à leur hérésie. Les chrétiens voyaient d’un bon œil tout ce remue-ménage, et se flattaient de la ressemblance flagrante qui se dessinait entre les moines et théologiens musulmans et chrétiens. Les plus objectifs parmi eux n’avaient aucune animosité envers la dernière des religions, et pensaient qu’elle était simplement une autre façon de se rapprocher du Seigneur.[url=#_ftn5][5][/url]

Les lettres ikwân e-safâ

Les ismaéliens ont mis deux siècles pour mettre en place leur propagande païenne par le biais de leur organisation secrète ikwân e-safâ qui coucha leur croyance dans cinquante lettres. Leur structure était si hermétique qu’un grand point d’interrogation règne jusqu’aujourd’hui sur l’identité de leur auteur, bien que chacun y va de son hypothèse, plus ou moins crédible, pour lever le voile sur cet anonymat. Les shiites duodécimains leur ont emboité le pas. À partir du début du troisième siècle, la propagande se mit en marche sans que l’on en connaisse la source. Il fallut attendre le siècle suivant pour découvrir la manigance, mais il était déjà trop tard. Quand les grands érudits sentirent le danger, ils entreprirent une contre-propagande anti fâtimide, à l’image d’ibn ‘Aqîl (m. 513 h.), qui, dès le cinquième siècle est l’un des premiers à jeter l’anathème sur la secte secrète et les adorateurs des tombes.[url=#_ftn6][6][/url] Dans l’Andalousie, directement concernée par le phénomène, les savants, comme ibn ‘Abd el Barr, ibn Abî Zamanaïn, Abû ‘Omar e-Talamankî, Abû Zaïd el Qaïrawânî, et plus tard, el Maqrîzî en Égypte, n’étaient pas en reste.[url=#_ftn7][7][/url]

Les premières citations sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

Quand les savants de la première époque parlaient du ‘udhr bi el jahl, comme l’Imam e-Shâfi’î, Ibn Abî Hâtim, el Bukhârî, ils faisaient plus allusion au shirk ta-tîl. Nous venons de voir avec ibn ‘Aqîl qu’au cinquième siècle, des voix s’élèvent pour vouer à la mécréance les adorateurs des tombeaux ayant commis du shirk tamthîl (au niveau de la divinité non des Noms et Attributs divins). C’est ce qui explique peut-être qu’à la même période, des savants andalous mettent en avant le principe du ‘udhr bi el jahl dans le shirk tamthîl, en sachant qu’eux-mêmes n’étaient pas tout « blancs » dans le domaine du shirk ta-tîl, tout comme ibn ibn ‘Aqîl, d’ailleurs.

C’est le cas notamment d’ibn el ‘Arabî (m. 543 h.), l’auteur des paroles : « Si l’ignorant ou celui qui commet une erreur parmi les adeptes de cette communauté, fait un acte de kufr ou de shirk qui en principe, le rend soit mushrik soit kâfir, il est excusable en raison de son ignorance et de son erreur (ya’dhur bi el jahl wa el khata) jusqu’à ce que lui soit établie de façon claire et limpide et loin de toute confusion, la preuve d’Allah qui voue à la mécréance celui qui ne s’y soumet pas ; et qu’il renie ensuite un point élémentaire de la religion (ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra), relevant du consensus recensé de façon sûre, et que tout musulman connait machinalement et sans réfléchir. »[url=#_ftn8][8][/url]

Ibn Hazm (m. 456 h.), un autre Andalou, a un discours qui va dans ce sens.[url=#_ftn9][9][/url] Deux siècles plus tard, un auteur traitera du sujet comme jamais auparavant, et comme plus jamais depuis d’ailleurs, en vue du contexte dans le lequel il évolua. Il s’agit d’ibn Taïmiya. Les analyses du Damascène sur le sujet sont d’une profondeur déroutante. Mohammed Amân el Jâmî, Sheïkh el Albânî, ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî, et son élève Sheïkh el ‘Uthaïmîn reprendront exactement son discours, wa Allah a’lam ! 

Voir : http://www.mizab.org/le-shirk

Voici ce que nous trouvons dans kashf el qinâ’ : « Considéré pervers (tafsîq) le suiveur auteur d’une innovation pour laquelle nous taxons le prédicateur de mécréant est la tendance de Majd [le grand-père d’ibn Taïmiya]. Dans sa lettre à l’auteur d’e-tarkhîs, el Muwaffaq [ibn Qudâma] pour sa part, opte pour le non takfîr du prédicateur qui est motivé par un effort d’interprétation. Il se base sur la réaction d’Ahmed envers el Mu’tasim qu’il appelait : prince des croyants ! »[url=#_ftn10][10][/url]

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn confirme la position de Majd ibn Taïmiya dans le passage suivant : « El Majd – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit : « Toute innovation pour laquelle nous faisons le takfîr des prédicateurs, nous donnons le statut de « pervers » (fâsiq) aux suiveurs. Ex. : dire que le Coran est créé, que les Noms d’Allah sont créés, qu’on ne peut le voir dans l’au-delà, proférer des insultes contre les Compagnons avec une intention religieuse, dire que la foi se confine dans la croyance, etc.

Toute personne qui a connaissance de ces innovations, qui les prêche, et qui polémique à leur sujet est jugée mécréante, comme le stipule Ahmed dans plusieurs passages. » Fin de citation. Voyez, comment les a-t-il kaffar, bien qu’ils soient des ignorants. »[url=#_ftn11][11][/url]

Certaines annales venant des anciens semblent corroborer cette tendance, comme d’elle d’bn Abî Hâtim cité plus haut.

Or, il incombe de relativiser cette tendance, et cela, pour plusieurs raisons :

1- Ibn Qudâma lui-même relativise sur le takfîr du prédicateur, comme le démontre le premier passage ci-dessus.

2-  L’annale d’Ahmed ibn Munî’ el Baghawî évoquée plus-haut relativise également la chose, nous la remettons ici : « Celui qui prétend que le Coran est créé est un jahmî, et celui qui ne se prononce pas sur le sujet parmi ceux qui ne comprennent rien (marchands, femmes, enfants), nous ne nous disons rien sur eux, et nous les instruisons sur la chose. »[url=#_ftn12][12][/url]
3- Le grand-père d’ibn Taïmiya fait la distinction entre le prédicateur et le suiveur dans les questions du takfîr. Cependant, s’il range le muqallid dans le cercle des innovateurs sans prendre la peine de faire l’iqâma el hujja, c’est uniquement pour les innovations aggravées (ghalîzha) faisant sortir de la religion. C’est, en tout cas, ce qu’il laisse entendre, wa Allah a’lam !

4- Il vaut se méfier de la croyance mu’atazilite selon laquelle les notions du bien et du mal peuvent être perceptibles sans passer par la Révélation ; comprendre que l’iqâma el hujja n’est pas indispensable à leurs yeux. Ces mêmes mu’atazilites s’accordent, avec certains ash’arites, à refuser la foi du muqallid sous prétexte que chacun est intellectuellement capable de parvenir à la vérité par la réflexion. Or, nous avons vu ailleurs que l’homme était responsable uniquement dans les limites de ses possibilités et de ses connaissances. Malgré ses bonnes attentions, le pauvre muqallid n’est pas en mesure de savoir s’il a tort ou raison, surtout qu’il est perdu devant une multitude d’opinions, et qu’il n’est pas capable de pénétrer les subtilités et les nuances auxquelles il est confronté pour une question donnée.[url=#_ftn13][13][/url]

5- Il existe plusieurs sortes de muqallid qui partent du savant d’une école, du muftî et du dhî pour arriver aux gens simples incapables de regarder dans les textes. Certes, les premiers sont inexcusables s’ils entêtent à suivre leur imâm dans l’erreur en toute connaissance de cause, mais les derniers n’ont pas les outils en main pour détecter sur quels principes se base leur Imam pour arriver à ses conclusions.[url=#_ftn14][14][/url] Ils ne seraient même pas en mesure de faire une liste des savants de leur école.

6- Certains érudits, à l’image d’el Mardâwî, avancent explicitement que le muqallid ne devient, suite à une erreur, ni un mécréant ni un pervers. Voici la teneur de ses propres : « Afficher son innovation, cela revient à l’exhiber ouvertement, contrairement à l’innovateur discret, et à en faire la prédication, et, si besoin est, à polémiquer pour la défendre. C’est de cette façon notamment que l’auteur et son commentateur l’ont défini. Le Qâdhî a dit : « L’innovateur qui affiche sa bid’a s’appuie dans sa conviction sur un certain nombre d’arguments, contrairement au suiveur. » Il souligne également au sujet de ce dernier : « Le suiveur ne devient ni un mécréant ni un pervers. » ».[url=#_ftn15][15][/url]

Ibn el Qaïyim a un  discours qui va dans ce sens.[url=#_ftn16][16][/url] Il précise en effet, en parlant des adeptes des sectes (khawârij, mu’tazila, murjiya, etc.) qu’ils sont plusieurs catégories d’individus. L’un d’entre eux est un muqallid ignorant qui n’a aucune clairvoyance ; dans son cas, il ne devient ni kâfir, ni fâsiq (pervers), et on ne doit pas refuser son témoignage, étant donné qu’il n’est pas en mesure d’étudier la vérité.[url=#_ftn17][17][/url]

Vu l’importance de ses paroles, je me permets de mettre le passage en question en entier : « La première catégorie : le suiveur ignorant qui n’a aucune clairvoyance ; ce dernier ne devient ni mécréant ni pervers, et son témoignage n’est pas refusé ; dans la situation où il est incapable d’étudier et de distinguer la bonne voie. Il a le même statut que les gens faibles parmi les hommes, les femmes et les enfants : [qui n’ont pas trouvé de moyen ni aucun chemin. Ceux-là, Allah peut leur pardonner ; Allah est certes Compatissant et Absoluteur].[url=#_ftn18][18][/url]

La deuxième catégorie : celui qui est capable de se renseigner, de chercher et de trouver la vérité, mais qui, pour une raison ou pour une autre (occupations mondaines, quête de pouvoir, de plaisir, et du bien-être, etc.), s’en détourne. Celui-là est concerné par la punition divine en raison de son laisser-aller ; il mérite un péché pour avoir négligé son devoir, car il lui est enjoint de craindre Allah dans la mesure du possible ; ce qu’il n’a pas fait. Son statut est le même que les désobéissants ayant délaissé certaines obligations. Ensuite, il faut voir s’il a un plus grand ascendant pour l’innovation et les passions que la sunna et la bonne direction ; dans ce cas, son témoignage est refusé, sinon, il restera crédible.

La troisième catégorie : celui qui se renseigne, qui recherche et qui est en mesure de trouver la vérité, mais qui la délaisse par suivisme, chauvinisme, ou par animosité envers ses tenants. Au meilleur des cas, celui-ci est considéré comme un pervers. Il peut atteindre le degré de mécréance en regard de différents points de vue et de différentes conclusions. Si, en plus de cela, il compte parmi les prédicateurs, son témoignage, ses fatwas et ses jugements seront refusés, sauf en cas de force majeure ; soit, dans la situation où ce genre d’individus est en surnombre et qu’ils sont en position de force.
Si les juges, les muftis, et les différents témoins proviennent de leurs rangs, il serait très difficile d’en faire abstraction, compte tenu des inconvénients énormes qu’une telle initiative engendrerait. Dans ce cas de figure, nécessité fait loi. »[url=#_ftn19][19][/url]

7- L’Imâm Ahmed s’abstenait de taxer d’innovateurs plusieurs cas qui lui furent soulevés. Voici ici un exemple où il tient explicitement compte de l’ignorance dans les questions du tabdî’.

D’après ibn Hânî, l’Imâm fut interrogé sur le fait de prier derrière quelqu’un qui préfère ‘Alî aux deux premiers Khalifes (Abû Bakr et ‘Omar). Celui-ci répondit : « Dans la situation où il est ignorant et inculte, je pense qu’il n’y a pas de mal à cela. »[url=#_ftn20][20][/url]

L’Imâm Ahmed fut interrogé au sujet d’un homme qui classait les quatre khalifes, selon l’ordre de préférence de la façon suivante : Abû Bakr, ‘Omar, ‘Alî, ‘Uthmân. Voici quelle fut sa réponse : « Cette parole ne me plait pas !

  • Est-ce qu’on peut dire que son auteur est un innovateur, insista-t-on ?
  • J’appréhende de le considérer comme un innovateur ayant commis une innovation grave.
  • D’accord. Et celui qui dit Abû Bakr, ‘Omar, ‘Alî sans n’aller plus loin, et sans faire de préférence pour aucun d’entre eux.
  • Cette parole ne me plait pas non plus !
  • Est-ce qu’on peut dire qu’il est un innovateur ?
  • Cette parole ne me plait pas. »[url=#_ftn21][21][/url]


On fit savoir à l’Imâm Ahmed : « Un homme qui retranscrit le hadîth est l’auteur des paroles : « Quiconque affirme de façon formelle que les « dix promis » sont au Paradis est un innovateur. » L’Imam n’apprécia pas ses paroles, et le fit savoir en disant : « C’est sûrement un ignorant qui ne sait pas de quoi il parle. »[url=#_ftn22][22][/url]

Il fut également interrogé au sujet d’un homme qui ne reconnaissait pas le khalifat d’Alî. Voici quelle fut sa réponse : « C’est une très mauvaise parole !
Ahmed ibn Hasan rapporte une version plus longue de cette conversation, et dans laquelle selon Bakr, selon père, on demanda ensuite à l’Imam : « Est-ce qu’il compte parmi les traditionalistes ?

  • Je ne m’avance pas à l’exclure du traditionalisme, car il fut sûrement motivé par une erreur d’interprétation. »[url=#_ftn23][23][/url]


Voir : http://www.mizab.org/le-takfr-le-tafsq-et-le-tabd-

À suivre…


Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] Majmû’ el fatâwâ (11/6-13).
[url=#_ftnref2][2][/url] Voir : talkhîs kitâb el istighâtha (2/529) et majmû’ el fatâwa (27/366) tous deux d’ibn Taïmiya.
[url=#_ftnref3][3][/url] Idem. (2/352-353) Notons que Jérusalem n’a pas le statut de Lieux saints, contrairement à Médine et à La Mecque [voir : majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (27/14-15)].
[url=#_ftnref4][4][/url] Voir : el jawâb el bâhir fî zawwâr el maqâbir avec la recension du D. Ibrahim el Mukhlif p. 255-256).
[url=#_ftnref5][5][/url] Majmû’ el fatâwâ (27/275).
[url=#_ftnref6][6][/url] Hâdhihi mafâhimuna de Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh (p. 104-108).
[url=#_ftnref7][7][/url] http://www.sahab.net/forums/index.php?showtopic=128683
[url=#_ftnref8][8][/url] Voir : tafsîr el Qâsimi (5/1307-1308).
[url=#_ftnref9][9][/url] El fisal d’ibn Hazm (3/302)
[url=#_ftnref10][10][/url] Kashf el qinâ’ (6/420).
[url=#_ftnref11][11][/url] El intisâr li hisb Allah el muwahhidîn (p. 16-18).
[url=#_ftnref12][12][/url] E-Lâlakâî (1/176).
[url=#_ftnref13][13][/url] Voir : e-sîl el jarrâh de Shawkânî (1/103).
[url=#_ftnref14][14][/url] Voir : i’âna e-tâlibîn (4/217).
[url=#_ftnref15][15][/url] El insâf d’el Mardâwî (2/254).
[url=#_ftnref16][16][/url] http://www.mizab.org/ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans
[url=#_ftnref17][17][/url] El Qâsimî a rapporté ses paroles dans son tafsîr (5/1309).
[url=#_ftnref18][18][/url] Les femmes ; 98
[url=#_ftnref19][19][/url] E-turuq el hakamiya (1/255).
[url=#_ftnref20][20][/url] El insâf d’el Mardâwî (2/48).
[url=#_ftnref21][21][/url] E-sunna d’el Khallâl (1/378).
[url=#_ftnref22][22][/url] E-sunna d’el Khallâl (1/369).
[url=#_ftnref23][23][/url] E-sunna d’el Khallâl (1/428).
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Message par Citizenkan le Jeu 27 Oct - 17:14

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II[/size]
(Partie 4)

• En outre, pour revenir à Abâ Btîn, ce dernier se représentait mal la tendance d’ibn Taïmiya dans le domaine du takfîr, un peu à la manière des élèves d’Ahmed envers leur Imâm. Voici le passage qui en témoigne : « Quant à l’homme qui demanda à sa famille de brûler son corps après sa mort, Allah lui pardonna certes, bien qu’il doutait d’un Attribut divin. La raison, c’est que la preuve céleste ne lui était pas parvenue sur le sujet, comme le prétend plus d’un savant. Sheïkh Taq-ï e-Dîn [ibn Taïmiya] – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique qu’en doutant d’un des Attributs du Seigneur on devient mécréant ; dans le cas d’un individu qui n’est pas censé ignorer ce point. Ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé le savoir. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar l’homme ayant douté pourtant du Pouvoir d’Allah, étant donné que la preuve céleste ne lui était pas parvenue.

Cette tendance est celle d’ibn ‘Aqîl qui interprète ce hadîth en disant que la da’wa ne lui était pas parvenue. Taq-ï e-Dîn opte pour cette opinion pour les questions qui touchent aux Attributs divins, mais pas pour celles qui touchent au shirk ou autre, comme nous allons le voir à travers certains de ses passages in shâ Allah. Nous avons déjà cité auparavant les passages où il kaffar les monistes et d’autres innovateurs. Il alla jusqu’à kaffar tous ceux qui douteraient de leur mécréance.

L’auteur qui recense les opinions propres (ikhtiyârât) de Taq-ï e-Dîn explique : « L’apostat est celui qui commet l’association, qui déteste le Messager ou ses enseignements, qui ne condamne pas le mal ne serait-ce qu’avec son cœur… ou qui place des intermédiaires entre Son Seigneur et lui, en qui il remet sa confiance, à qui il réserve ses demandes et ses invocations. Il devient mécréant à l’unanimité des savants. Quiconque doute d’un Attribut divin (les paroles sont d’ibn Taïmiya) devient apostat si dans son cas il n’est pas censé les ignorer, mais ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé les connaitre. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar celui qui doutait du Pouvoir d’Allah (I). »

Il a donc désigné un certain nombre de fautes qui ne font pas sortir de la religion, et fit exception, dans le domaine des Attributs divins, à l’ignorant à qui il accorde une excuse. En sachant que Sheïkh – qu’Allah lui fasse miséricorde –  ne se prononce pas sur notamment le takfîr des jahmites, contrairement à l’opinion de l’Imam Ahmed et d’autres grandes références de l’Islam»[url=#_ftn1][1][/url]

Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/12/aba-btin-partie-1.html

Il est paradoxal d’avancer qu’ibn Taïmiya rejoint l’avis des anti ‘udhr tout en lui attribuant des erreurs dans le sujet (en disant par exemple qu’il peut se tromper comme tout le monde, en réfutant les exemples qu’il avance, etc.) ou, au minimum, en se représentant mal sa tendance, et c’est ce à quoi cette série d’articles s’attèle à démontrer.

Ibn Taïmiya établit une règle en or : à ses yeux, le mujtahid et le muqallid qui ne sont pas animés par les passions sont excusables pour les erreurs commises dans n’importe quel domaine de la religion. En cela, le shirk ‘amalî ne fait pas exception, et celui qui prétend le contraire doit ramener des paroles explicites d’ibn Taïmiya sur la chose, sans n’inverser les rôles. Je dis « explicite » pour nous épargner les sous-entendus tirés par les cheveux et les bribes de citations aussi obscures que du hiéroglyphe. Les articles du crédo sont, en principe, clairs que l’eau de roche…

Sheïkh el Islam développe cette règle dans le cadre d’une autre règle selon laquelle, les textes maudissant un acte ne s’adressent pas forcément à tous les cas possibles. À travers certains exemples, il deviendra plus facile de l’appréhender.

Nous avons d’un côté certains hadîth qui maudissent toutes les formes d’usure (ribâ el fadhl et ribâ e-nasâ), et de l’autre côté, nous avons certains Compagnons, à l’instar d’ibn ‘Abbâs ayant légitimé ribâ el fadhl. Pourtant, il ne vient à l’esprit de personne de les maudire ou de maudire tous ceux qui les ont imités. Ils furent, en effet, motivé par un effort d’interprétation, qui, en gros, ne sortait pas du cadre toléré, et cela, quand bien même ils s’étaient trompés.

‘Abd Allah Himâr était un buveur de vin. Lorsqu’on le fit comparaitre devant le Messager d’Allah (r), un homme dans l’assemblée proféra la malédiction contre lui. Puis, il enchaina : « Combien de fois fut-il emmené au Messager d’Allah (r).

  • Ne le maudit pas, répondit le Prophète (r), car il aime Allah et Son Messager. »[url=#_ftn2][2][/url]

Pourtant, lui-même a maudit dans son discours toute boisson enivrante, celui qui en boit, celui qui en vend, celui qui la presse, etc.

Même chose pour les savants de Koufa qui étaient convaincus que seul le vin à base de raisin ou de dates était passible de la malédiction. Ils ne voyaient pas d’inconvénient à boire du nabîdh (boisson fermentée) à base d’autres fruits, à condition, bien sûr, de ne pas en abuser sous peine de s’enivrer. Ainsi, la malédiction d’un cas particulier est soumise aux mêmes paramètres (condition à remplir et restriction à exclure) que le takfîr d’un cas particulier.[url=#_ftn3][3][/url]  Par ailleurs, selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[url=#_ftn4][4][/url] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[url=#_ftn5][5][/url]

Si cela est clair, ailleurs, il répond à des objections qui « s’imaginent » mal comment dédouaner le mujtahid et le muqallid de tout reproche, sou prétexte de leur accorder des circonstances atténuantes, et voici qu’elle fut sa réponse : « Neuvièmement : la raison à cela, c’est que l’excuse empêche la malédiction d’atteindre un cas particulier. Nous avons vu précédemment que les hadîth sur la menace divine ont uniquement pour fonction de montrer que tel acte engendre la malédiction ; il est la cause à l’origine de la malédiction.
On peut toujours avancer que cela n’implique nullement d’applique le statut correspondant à chaque individu l’ayant commis, mais cela implique que la cause est présente, sans pour autant engendrer le statut qu’il l’entraine ; cela veut dire qu’il n’y aurait aucun mal à le faire.

Nous avons établi précédemment que le mujtahid n’est pas condamnable. Mieux, il est plus grave d’autoriser moralement un péché que de la commettre. Pourtant, l’excuse est valable pour tout le monde.

On peut avancer également qu’on ne peut être qu’un mujtahid et un muqallid pour faire un péché, en sachant que ces deux sont excusables, cela veut dire que personne n’est condamnable !

Ce à quoi nous répondons : la réponse peut se voir sous plusieurs angles :

L’un : l’ambition est de montrer que tel acte est à l’origine de la punition indépendamment de se soucier qu’il existe quelqu’un pour le faire. Dans l’hypothèse où tous les fautifs ne remplissent pas les conditions pour recevoir la punition ou que celle-ci soit annulée en raison d’une restriction quelconque, cela ne remet nullement en question que ce péché soit interdit par la religion.
L’essentiel est de savoir ou de se rendre compte qu’il est interdit en vue de s’en éloigner. Néanmoins, la miséricorde divine veut qu’un fautif éventuel soit excusable pour une raison ou pour une autre. Sur ce principe, nous avons les petits péchés, qui, bien qu’ils soient interdits, sont expiables à condition d’éviter les grands péchés. Ce principe est le même pour tous les péchés qui ne font pas l’unanimité ; notre rôle consiste à les dénoncer, mais, au même moment un fautif motivé par l’ijtihad ou le taqlîd peut être excusable. Cela ne nous empêche nullement d’être convaincus que ce péché reste un péché.

Vu sous un autre angle, quand on met en lumière son statut, c’est en vue de dissiper toute ambiguïté faisant obstacle à la punition. Quand on est excusable en raison de sa mauvaise croyance, cela ne veut nullement dire qu’on doit rester ainsi, sans faire l’effort de se renseigner dans la mesure du possible. Sinon, cela remettrait en question le devoir de propager la science ; cela signifierait qu’il vaudrait mieux dans l’intérêt des gens de les laisser ignorants. Il n’y aurait plus aucun intérêt à expliquer, avec preuves à l’appui, les questions ambigües.

Sous un troisième angle, dévoiler le statut et la menace qui plane sur un péché conforte les gens sains à s’en éloigner ; sans cette campagne de sensibilisation, ce péché prendrait du terrain dans les rangs.

Sous un quatrième angle, quand on parle d’excuse, on fait naturellement allusion à celui qui n’est pas capable d’y remédier. Sinon, dès lors qu’il est en mesure de connaitre la vérité, il n’est plus excusable pour son laisser-aller.

Sous un cinquième angle, il n’est pas évident de dire que l’ijtihâd et le taqlîd sont une excuse dans l’absolu. Il y a des cas où ils ne sont pas tolérés. Pour eux, la cause à l’origine de la menace divine est bel et bien effective, et l’ijtihâd et le taqlîd ne constituent plus une restriction dans leur cas. Ils sont donc passibles de la punition, celle-ci est même toute désignée, sauf, bien sûr, si aucune autre restriction ne vient intercéder en leur faveur (repentir, bonnes œuvres expiatrices, etc.).

De plus, l’ijtihâd et le taqlîd ne sont pas des notions constantes. Quelqu’un peut être motivé dans son acte par l’un de ses deux facteurs en pensant qu’il est en droit de le faire, mais le fait est qu’il peut soit avoir tort soit avoir raison. L’essentiel, c’est de garder la vérité entre les yeux, et de mettre les passions de côté ; auquel cas, Allah n’impose rien à l’homme qui soit au-dessus de ses forces. »[url=#_ftn6][6][/url]

• Voici plusieurs passages dans lesquels ibn Taïmiya établit cette règle (je me permets parfois de faire une synthèse de ses paroles) :

1- L’innovation, et, en général, tout ce qui s’oppose au Coran et à la sunna peut provenir d’un individu qui est excusable, soit pour avoir fait un effort d’interprétation soit pour avoir suivi quelqu’un d’autre (taqlîd) dans les limites excusables. Il est possible également qu’il n’ait pas les moyens de parvenir à la vérité.[url=#_ftn7][7][/url]

2- Il existe des questions qui ne s’opposent pas de façon évidente aux textes. Elles relèvent plutôt de l’effort d’interprétation (ijtihâd). Domaine dans lequel il règne une divergence entre savants. Il est possible qu’aux yeux de certains d’entre eux, ces questions soient claires comme l’eau de roche, et qu’Allah leur ait montré la vérité sur celles-ci. Cependant, cela ne leur donne pas le droit de les imposer à ceux pour qui la chose n’est pas aussi évidente…

Il est possible également qu’ils y aillent de leurs propres efforts d’interprétations. Ce qui est tout à fait compréhensible de la part de ceux qui en ont la compétence et de ceux qui font leur taqlîd… Autrement dit, ils ne sont pas condamnables…

Pour être condamnable, il faut négliger une obligation ou transgresser une interdiction, sans n’être motivé par une erreur d’interprétation tolérable ou une excuse légitime. Dans ce cas de figure, nous avons ceux qui affichent une tendance allant en opposition avec le Coran et la sunna...

Néanmoins, parfois, la chose est ambiguë. Nous ne pouvons affirmer avec certitude que telle parole ou tel acte est passible ou non d’une punition. Dans ce cas, il vaut mieux s’abstenir et laisser la chose en suspens, car : « Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. »[url=#_ftn8][8][/url] » [url=#_ftn9][9][/url]

3- « Ainsi, les sciences et les pratiques religieuses légitimes prennent leur source des Compagnons du Messager d’Allah (r) ; et tout élément nouveau qui se manifesta après eux n’a aucune autorité canonique, bien que, au même moment, ses instigateurs potentiels sont excusables, voire récompensés en raison de leur effort d’interprétation (ijtihâd) ou de leur suivisme légal (taqlîd). »[url=#_ftn10][10][/url]

À suivre…


Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] El intisâr li hisb Allah el muwahhidîn (p. 16-18).
[url=#_ftnref2][2][/url] Rapporté par el Bukhârî, selon ‘Omar.
[url=#_ftnref3][3][/url] Majmû’ el fatâwa (20/386-388).
[url=#_ftnref4][4][/url] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).
[url=#_ftnref5][5][/url] Idem. (3/231).
[url=#_ftnref6][6][/url] Majmû’ el fatâwâ.
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwâ (10/371).
[url=#_ftnref8][8][/url] La première partie du hadîth est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (259) tous deux de Sheïkh el Albânî.
[url=#_ftnref9][9][/url] Majmû’ el Fatâwâ (10/383-385).
[url=#_ftnref10][10][/url] Majmû’ el fatâwâ (10/359-361).
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Message par Citizenkan le Ven 28 Oct - 17:48

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II[/size]
(Partie 5)

On peut toujours avancer que ce principe ne concerne pas l’association. Détrompez-vous ? Si, aux yeux d’ibn Taïmiya, l’association ne rapporte aucune récompense, elle n’en demeure pas moins excusable. Voici le passage où il en parle :

« On peut faire un acte d’adoration interdit par la religion, mais sans qu’on le sache, à condition que cet acte en question ait une origine dans les textes ; par exemple, faire la prière pendant les horaires interdits ; on peut avoir connaissance des textes généraux enjoignant de prier, mais sans savoir que, dans certains horaires, cela est interdit… Cet acte entre dans le sens général des textes vantant les vertus de la prière, tout en ignorant que d’autres textes l’interdisent sous cette forme-là ; dans ce cas, on est récompensé. Certes, sous un certain angle, cette prière est interdite. Dans la mesure où l’on ne sait pas que, faite de cette façon, elle est une innovation qu’on élève au rang de rite à l’occasion duquel on se réunit annuellement. Cela revient à, par exemple, inventer une sixième prière journalière.
Néanmoins, les actes, qui n’ont aucune origine dans les textes comme l’association, ne rapportent aucune récompense. Certes, Allah ne châtie pas leur auteur avant qu’il ait reçu la preuve prophétique, conformément au Verset : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[url=#_ftn1][1][/url] Néanmoins, s’il est vrai qu’on ne sera pas châtié à cause de ces actes, on n’aura pas droit, pour autant, à une récompense, conformément au Verset : [Nous avons considéré les œuvres qu’ils ont avancées et les avons rendues comme de la poussière éparpillée].[url=#_ftn2][2][/url] Ibn el Mubârak en fait le commentaire suivant : « Il s’agit des œuvres qui ne sont pas faites pour Allah. » Pour Mujâhid, il s’agit des œuvres qui n’ont pas été acceptées. Allah (I) révèle également : [Voici la parabole de ceux qui ont mécru à Leur Seigneur ; leurs œuvres sont comme des cendres disséminées violemment par le vent].[url=#_ftn3][3][/url] Leurs actes sont complètement annulés et ils ne rapportent aucune récompense. »[url=#_ftn4][4][/url]

Attention, il n’est pas question ici de la distinction entre le hukm et le ism sous prétexte que, je cite : « Allah ne châtie pas leur auteur avant qu’il ait reçu la preuve prophétique ». La suite du passage d’ibn Taïmiya coupe court à cette interprétation abracadabrante : « Néanmoins, s’il est vrai qu’on ne sera pas châtié à cause de ces actes, on n’aura pas droit, pour autant, à une récompense ». Ailleurs, ibn Taïmiya théorise la question. Il explique, en substance, qu’il incombe d’interdire toute adoration qui n’est pas en vigueur ; si, en étant au courant de son interdiction, on la fait quand même, on mérite la punition, sinon, on ne la mérite pas. En outre, on peut croire qu’elle est légiférée, dans ce cas, on mérite une récompense, à condition qu’elle ait une origine dans les textes.

En revanche, tout acte qui relève de l’association n’a aucune origine textuelle. Néanmoins, la chose peut être confuse aux yeux de certains qui pensent que sous certaines formes, elle soit légiférée. On ne peut pas dire qu’ils soient des savants mujtahid qui eux ne sortent jamais des preuves légales dans leur réflexion, ce qui n’est pas le cas de l’association n’ayant aucune origine textuelle. Malgré tout, celle-ci peut être motivée par un effort d’interprétation qui revient à suivre aveuglément les Sheïkh et les savants qui s’adonnent à ce genre de pratique. Ces derniers sont motivés par différentes raisons ; ils peuvent penser par expérience qu’elles sont utiles ou ils peuvent être induits en erreur par un faux hadîth.

Dans la mesure où la preuve céleste n’est pas établie contre eux, ils ne méritent pas d’être châtiés. Quant à être récompensé, c’est encore un autre sujet. Ils sont en effet relativement plus louables que les autres, mais sans n’avoir la récompense prévue pour les actes de dévotion, étant donné que ce genre de pratiques n’a aucune origine textuelle.[url=#_ftn5][5][/url]

• Abû Hanîfa opère une distinction, dans la question du takfîr, entre la connaissance du tawhîd et les obligations religieuses.[url=#_ftn6][6][/url] Or, ce paramètre est aléatoire et élastique, comme l’auteur de ces lignes l’a démontré à maintes reprises : il varie, en effet, en fonction des époques, des endroits et des personnes. Il incombe donc de replacer les choses dans leur contexte, comme nous l’avons vu plus haut. En voici la démonstration à travers le discours d’ibn Taïmiya :

La preuve céleste varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

Ibn Taïmiya explique : « … De la même manière, les mécréants qui se trouvent en terre non musulmane et qui, ayant entendu parler de la prédication du Prophète (r), surent qu’il était le Messager d’Allah, puis crurent en lui et à ses enseignements, tout en craignant Allah dans la mesure du possible. Ce fut le cas, notamment, du Najâshî, qui n’était pas en mesure d’émigrer en terre musulmane ni d’adhérer à toutes les lois de l’Islam. Sa place lui empêchait, en effet, de sortir de son royaume et d’afficher sa religion. Et cela, d’autant plus qu’il n’avait personne sous la main pour lui apprendre toutes les lois de la religion. Il était pourtant un croyant, promis au Paradis. Dans ce cas, nous avons les croyants de la famille de Pharaon, dont sa propre femme, qui se comportaient de la même façon avec leur peuple.

Yûsaf  (u) le véridique lui-même ne pouvait pas faire autrement avec les habitants d’Égypte qui étaient des mécréants. Il n’était pas en mesure de leur imposer les enseignements de l’Islam qu’il connaissait ; ils les avaient bien conviés à embrasser la foi, et la religion monothéiste, mais sans succès. Allah (I) relate les paroles des croyants de la famille de Pharaon : [Yûsaf vous était venu auparavant avec des preuves éclatantes, mais vous n’aviez cessé de douter de ce qu’il vous avait ramené. Lorsqu’il mourut, vous prétendirent alors qu’Allah n’enverrait aucun messager après lui].[url=#_ftn7][7][/url]

Najâshî, pour sa part, était certes le roi des chrétiens, mais son peuple ne le suivit jamais dans sa conversion, à part un tout petit nombre. Ses partisans étaient tellement peu nombreux qu’on ne trouva personne, à sa mort, pour prier sus sa dépouille. Ce fut le Prophète (r) qui se chargea de le faire d’où il était à Médine. Les musulmans s’étaient rassemblés pour prier à l’air libre. Il organisa les rangs, et fit la prière mortuaire. Il annonça sa mort aux fidèles le jour même de l’évènement. Voici quelles furent ses paroles : « L’un de vos frères qui était un pieux vient de rendre l’âme aujourd’hui en terre abyssine. »[url=#_ftn8][8][/url]

Il est mort sans n’avoir pu vivre pleinement de nombreuses lois, pour ne pas dire la plupart des lois de la religion, car il en fut incapable. Il n’a jamais fait la hijra (l’émigration ndt.), ni le djihâd, ni le pèlerinage à la Maison sacrée. Certaines annales vont jusqu’à dire qu’il n’aurait pas observé les cinq prières ni le jeûne du ramadhân, ni verser l’aumône légale. Il avait trop peur que son peuple découvre sa conversion, et qu’il le lui reproche. Il aurait été incapable d’entrer en conflit avec eux. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il ne pouvait pas régner sur eux par le Coran. »[url=#_ftn9][9][/url]

Pour les questions claires de la religion, le Coran suffit en lui-même pour établir la preuve céleste

Ibn Taïmiya explique : « Les bases fondamentales de la religion se présentent de la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent…
Toutes les questions que l’individu a besoin de connaitre et de croire d’une foi ferme ont été pleinement clarifiées par Allah et Son Messager, de sorte qu’elles ne lui offrent aucune excuse. Elles incarnent les plus grands enseignements que le Messager a clairement transmis, et expliqués aux hommes. Elles incarnent également les plus grands enseignements avec lesquels Allah a établi la preuve céleste contre Ses créatures, par l’intermédiaire des messagers qui menèrent leur mission à bien. D’une part, le Livre d’Allah qui fut fidèlement véhiculé tout d’abord par les Compagnons, puis par leurs successeurs directs, en ayant pris soin de garder intacts les termes et la compréhension que le Messager leur a transmis ; et d’autre part, la Sagesse qui incarne la Tradition prophétique qui nous fut également véhiculée par ces derniers ; tous deux répondent à ce besoin d’éclaircissement de la façon la plus parfaite… »[url=#_ftn10][10][/url]

Or, ce discours est relatif ; il varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

Ibn Taïmiya explique : « Une fois que le Coran fut entièrement révélé et que la religion fut parachevée, il est possible qu’un individu n’en reçoive qu’une partie. Dans ce cas, il incombe de croire en gros, à tous les enseignements du Messager, et en détail, à ceux qu’il connait en particulier. Quant à ceux qu’il n’a pas reçus et qu’il n’est pas dans la possibilité de connaitre, il doit y donner foi en détail s’ils venaient à lui parvenir. Un homme peur croire au Messager d’une foi ferme et venir à mourir avant l’entrée de la prière ou l’obligation d’accomplir tel ou tel acte. Dans ce cas, il est mort en ayant une foi parfaite par rapport à ce qui lui était demandé. Quand vient l’heure de la prière, on est obligé de la faire. On est ainsi soumis à un nouveau commandement auquel on n’était pas tenu auparavant… Ainsi, la foi qui incombe à la personne responsable varie d’une part en fonction des nouvelles révélations venant du ciel, et, d’autre part, en fonction de ce qui lui en parvient. »[url=#_ftn11][11][/url]

Le savoir minimum que chacun doit connaitre

Ibn Taïmiya explique : « Il incombe à toute personne responsable de connaitre ce qu’Allah lui a ordonné. Elle doit connaitre ce qui touche à la foi qu’Il lui a ordonné d’avoir, et le savoir qu’Il lui a ordonné d’avoir ; par exemple, si elle est concernée par la zakât, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois ; si elle est concernée par le pèlerinage, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois, etc. Il incombe à l’ensemble de la communauté d’apprendre tous les enseignements que le Messager (r) nous a transmis de façon à ne rien en perdre ; ils correspondent à tout ce qui touche au Coran et à la sunna. Néanmoins, tout ce qui vient en plus de ce que chacun doit apprendre relève de l’obligation collective. Autrement dit, si une partie de la communauté s’en charge, le reste en est déchargé. »[url=#_ftn12][12][/url]

« … C’est pourquoi, il incombe aux savants d’avoir un niveau de croyance qui n’incombe pas d’avoir aux gens simples, comme il ne sera pas demandé aux habitants d’un territoire où règne le savoir et la foi la même chose que ceux vivant dans un territoire où règne l’ignorance. »[url=#_ftn13][13][/url]

« Il n’est pas demandé à tout musulman de connaitre tout enseignement ou tout commandement qui se trouve dans le Coran et la sunna »[url=#_ftn14][14][/url]

Il n’est pas demandé à tout le monde de connaitre le dogme en détail comme le Prophète (r), mais chacun en fonction de ses possibilités

Sheïkh Taqî e-Dîn nous apprend : « Ainsi, tout individu qui donne foi à Dieu est croyant proportionnellement en fonction de l’intensité de son adhésion. En outre, si la preuve céleste n’est pas établie contre lui, il ne devient pas mécréant en reniant ces enseignements dont les textes font pourtant mention. Pour expliquer ce point, nous disons que la plupart des fidèles (qui font la prière) croient d’une foi ferme en Dieu et à Son Messager, bien qu’ils aient une conception différente de Leur divinité et de Ses Attributs. Nous ne parlons pas des hypocrites qui affichent la foi du bout de la langue, mais qui renient le Messager du fond du cœur ; ceux-là ne sont pas des croyants proprement dits.
Néanmoins, tout individu qui se revendique musulman, sans n’être un hypocrite au fond de lui, est un croyant. Sa foi sera en fonction des efforts qu’il aura fournis dans ce sens. Tôt ou tard, il sortira de l’Enfer, quand bien même il renfermerait la foi la plus infime (mot-à-mot : une foi pas plus lourde qu’un grain de moutarde ndt.). Nous pouvons compter dans cette catégorie, tous les hérétiques qui divergent dans les domaines des Attributs divins et du destin, toutes tendances confondues.

Si, pour entrer en Paradis, il fallait connaitre Allah aussi bien que Son Prophète (r), personne ou presque dans sa communauté n’y aurait droit. La plupart des musulmans en effet ne sont pas capables d’avoir une telle croyance détaillée. Pourtant, ils iront au Paradis, en sachant qu’ils auront des échelons différents en fonction de leur foi et de leur connaissance. Un homme peut renfermer une foi avec laquelle il connait Son Seigneur, mais l’un de ses semblables peut le dépasser dans ce domaine, alors que lui, il en est incapable. Il ne lui est pas imposé une chose qui est au-dessus de ses capacités… »[url=#_ftn15][15][/url]
  
L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

Ibn Taïmiya explique : « En délaissant une obligation non par conviction ni par une forme d’ignorance qui est légitimement excusable, mais tout simplement par une ignorance qui est née d’une volonté de se détourner du savoir qu’il incombe d’apprendre, tout en y ayant accès. Il est possible également de ne pas adhérer à une obligation ou à une interdiction après l’avoir entendu, sans forcément renier la prophétie, mais tout simplement en s’en détournant. Ces deux cas sont souvent la raison pour laquelle on néglige son devoir d’apprendre le savoir obligatoire. C’est ce qui pousse à délaisser une obligation ou à enfreindre une interdiction sans savoir qu’on va à l’encontre de la Loi, ou bien, même en le sachant, on daigne y adhérer soit par esprit de chauvinisme envers sa tendance, soit pour avoir succombé à ses passions. Ce cas revient à délaisser une croyance obligatoire sans excuse valable. »[url=#_ftn16][16][/url]

Ainsi, ibn Taïmiya distingue entre l’ignorance involontaire ou indépendante de la volonté et impossible de remédier dans l’immédiat et l’ignorance volontaire ou qu’il est possible de remédier.[url=#_ftn17][17][/url] Or, même l’erreur mue par les passions ne fait pas automatiquement sortir de la religion, comme le démontre le passage d’ibn el Qaïyim plus haut. Nous avons développé la chose dans un article.[url=#_ftn18][18][/url]

Pour la distinction entre usûl et furû’, voir : http://www.mizab.org/ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans
Et pour le ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra : http://www.mizab.org/le-malm-min-e-dn-bi-e-dharra



Par : Karim Zentici







[url=#_ftnref1][1][/url] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.
[url=#_ftnref2][2][/url] Le furqân ; 23
[url=#_ftnref3][3][/url] Ibrahim ; 18
[url=#_ftnref4][4][/url] Majmû’ el fatâwâ (20/31-33).
[url=#_ftnref5][5][/url] Majmû’ el fatâwâ (20/32-33) ; ailleurs, il explique que certains ignorants qui participent au mawlûd par amour envers le Prophète (r) sont récompensés pour leurs bonnes intentions. [Voir : iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/617-618).]
[url=#_ftnref6][6][/url] Sauf s’il entend par « connaissance du tawhîd », reconnaitre l’existence de Dieu, ce qui parait peu probable, étant qu’il l’oppose aux obligations ; l’athée ne serait donc pas concerné par ce discours, wa Allah a’lam.
[url=#_ftnref7][7][/url] L’Absoluteur ; 34
[url=#_ftnref8][8][/url] Rapporté par el Bukhârî (5/51), et Muslim (2/656-658), selon notamment Abû Huraïra.
[url=#_ftnref9][9][/url] Manhâj e-sunna (5/111-113).
[url=#_ftnref10][10][/url] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/27-28).
[url=#_ftnref11][11][/url] Majmû’ el fatâwa (7/519).
[url=#_ftnref12][12][/url] Majmû’ el fatâwa (3/328-329).
[url=#_ftnref13][13][/url] Majmû’ el fatâwa (3/328).
[url=#_ftnref14][14][/url] El îmân (p. 390).
[url=#_ftnref15][15][/url] Majmû’ el fatâwa (3/328).
[url=#_ftnref16][16][/url] Majmû’ el fatâwa (5/254-255).
[url=#_ftnref17][17][/url] Majmû’ el fatâwa (2/281).
[url=#_ftnref18][18][/url] http://www.mizab.org/el-uthamn-et-le-udhr-bi-el-jahl-dans
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Message par Citizenkan le Sam 29 Oct - 12:45

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar III[/size]
(Partie 1)

El fudhaïl ibn ‘Yiâdh : « Prends le bon chemin, et ne sois pas affligé par le petit nombre qui l’emprunte, et éloigne-toi du mauvais chemin, et ne sois pas impressionné par le grand nombre qui l’emprunte. [El i’tisâm de Shâtibî (1/83).]

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Notre ami nous pond des billets à foison :
https://justpaste.it/zjme
https://justpaste.it/zj0g
https://justpaste.it/zjnt

أنا زعيم ببيت في ربض الجنة لمن ترك المراء وإن كان محقاً

• [Et quand l’exemple d’ibn Mariam fut donné à ton peuple, ils se mirent à le railler • Ils protestèrent : est-ce qu’il vaut mieux que nos divinités ? Ils t’ont donné cet exemple juste pour polémiquer ; ils sont plutôt enclins à la dispute].[url=#_ftn1][1][/url]

Selon Abû Umâma (t), avec un hadîth qu’il fait remonter au Prophète (r) : « Chaque peuple qui s’égare de la vérité est enclin à la polémique. » Puis, il récita le Verset : [Ils t’ont donné cet exemple juste pour polémiquer ; ils sont même enclins à la dispute].[url=#_ftn2][2][/url]

El Hasan, qui avait entendu un groupe polémiquer, s’exclama : « Quand ces gens-là se sont lassés de l’adoration, ils sont devenus plus enclins à la parole et de moins en moins enclins au scrupule religieux. C’est ce qui les a poussés à parler. »[url=#_ftn3][3][/url]

Selon ‘Âisha – qu’Allah l’agrée –, le Messager d’Allah (r) a dit : « Le querelleur acharné est  le pire des hommes auprès d’Allah. »[url=#_ftn4][4][/url]

• Récapitulons, ni notre ami ni moi n’avions traduit ce passage qui remet pourtant de fond en comble l’allégation saugrenue dont il se targue encore : « Ces égarés sont coupables d’un acte de shirk n’ayant pas la moindre légitimité. »

Ce qui nous donne : « Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela tout autant était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk. Ces égarés sont coupables d’un acte de shirk n’ayant pas la moindre légitimité. Néanmoins, ils ne méritent pas le châtiment, pas avant que la preuve céleste ne soit appliquée contre eux… »[url=#_ftn5][5][/url]

Dorénavant, j’utiliserais cette citation sous cette forme, et j’en remercie notre ami. Ainsi, ce passage s’inscrit dans le cadre d’une digression pour dire que ces musulmans coupables de paganisme ne sortent pas forcément de l’Islam ; celui-ci se termine par la formule consacrée : « Nous avons développé la question ailleurs. »

Puis, ibn Taïmiya reprend le fil de son discours en ces termes : « Wa el maqsûd… » Nous voyons bien que notre ami est peu familiarisé avec son style. En revenant au début du chapitre, soit à peu près cinquante pages plus tôt, nous constatons qu’il réfute el Akhnâî – qui, soit dit en passant, il n’a pas kaffar – qui cautionnait certaines pratiques païennes répandues dans la sphère islamique d’antan.[url=#_ftn6][6][/url]
• Ailleurs, sans n’évoquer les tatares, Sheïkh el Islâm  met exactement en avant cette notion qui fut l’objet de sa digression : « Si quelqu’un se voit établir la preuve céleste contre lui pour avoir commis ce fameux shirk, et qu’ensuite il continue à le faire, il incombe de le mettre à mort et de lui réserver le même traitement que les païens ; il ne faut pas l’enterrer dans un cimetière musulman ni prier préalablement sur lui. Quant à l’ignorant qui n’a reçu aucun savoir (sur le sujet) et qui ne pénètre pas la substance du shirk pour lequel le Prophète (r) fit verser le sang des païens, on ne peut le taxer d’apostat (lâ yuhkam bi kufrihi)... »[url=#_ftn7][7][/url]

J’ai emprunté ce passage à Râshid e-Râshid dans son dhawâbit e-takfîr qui a omis un passage disant pourtant la même chose que celui-ci-dessus « surtout dans la mesure où ce genre de shirk s’est répandu dans les rangs des adeptes affiliés à l’Islam. En ayant pour croyance que ces pratiques sont des actes de dévotion et d’obéissance, on est un égaré à l’unanimité des musulmans, et, après iqâma el hujjâ, un mécréant… »[url=#_ftn8][8][/url] C’est la fameuse fatwâ que j’ai postée dans la première partie, et que j’ai traduite en entière plus récemment. Je n’accuse pas non plus e-Râshid de manipuler les paroles d’ibn Taïmiya, mais le fait est que ce passage nous renseigne sans ambages qu’il ne kaffar pas les égarés musulmans coupables d’un acte de shirk, wa bi Allah e-tawfîq !

À suivre…


Par : Karim Zentici




[url=#_ftnref1][1][/url] Les ornements ; 58-59
[url=#_ftnref2][2][/url] Rapporté par Ahmed (22164), e-Tirmidhî (3253), et ibn Mâja (48).
[url=#_ftnref3][3][/url] Rapporté par Abû Nu’aïm dans hiliyat el awliyâ (2/157).
[url=#_ftnref4][4][/url] Rapporté par el Bukhârî (2457), et Muslim (2668).
[url=#_ftnref5][5][/url] Voir la recension d’e-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 206).
[url=#_ftnref6][6][/url] J’ai relevé tous ces passages où ibn Taïmiya fait la comparaison entre ces pratiques en vogue à son époque et les coutumes préislamiques :
[ولكن أهل الضلال والجهال] يظنون أن السفر إلى قبورهم من حقوقهم التي تجب على الخلق وأنها من الإيمان بهم.
معلوم أن زيارة القبور بهذا القصد وعلى هذا الوجه ليست من شريعة الإسلام، بل من دين المشركين والمعطلين
هؤلاء الذين يحجون إلى القبور يقصدون ما يقصده المشركون الذين يقصدون بعبادة المخلوق ما يقصده العابدون لله.
 والمشرك يقصد فيما يشرك به أن يشفع له، أو يتقرب بعبادته إلى الله، أو يكون قد أحبه كما يحب الله. والمشركون بالقبور توجد فيهم الأنواع الثلاثة
فكفى بقاض مالكي جهلاً وضلالاً [أن يقول بكفر من قال بقول إمامه وأصحابه، بل كفى بمن قال ذلك جهلاً وضلالاً]
 فليس / فيهم من يجعل أصحاب ذلك القول ممن تنقص الأنبياء أو عاداهم أو عاندهم، بل قائل هذا من أجهل الناس. وهو في هذه المقالة بالنصارى أشبه منه بالمسلمين.
وأما من زار قبره أو قبر غيره ليشرك به ويدعوه من دون الله فهذا حرام كله، وهو مع كونه شركًا بالله فهو ترك لما يجب من حقه صلى الله عليه وسلم، وطلب منه ما ليس إليه بل إلى الله
وأهل البدع والجهل يفعلون ما هو من جنس الأذى لله ورسوله، ويدعون ما أمر الله به من حقوقه وهم يظنون أنهم يعظمونه، كما يفعله النصارى بالمسيح، فيضلهم الشيطان كما أضل النصارى وهم يحسبون أنهم يحسنون صنعًا، والذين يزورون قبور الأنبياء والصالحين ويحجون إليها ليدعوهم ويسألوهم أو ليعبدوهم ويدعوهم من دون الله هم مشركون، وهم إذا قالوا نحن نحبهم فهم إن كانوا صادقين هم يحبونهم مع الله، لا يحبونهم لله، كمحبة أهل الشرك للأنداد
وهؤلاء الذين يعتقدون أن القبور تنفعهم وتدفع البلاء عنهم قد اتخذوها أوثانًا من دون الله، وصاروا يظنون فيها ما يظنه أهل الأوثان في أوثانهم
لا ريب أن أهل البدع يحجون إلى قبور الأنبياء والصالحين، ويزورونها غير الزيارة الشرعية، لا يقصدون الدعاء لهم كالصلاة على جنائزهم، بل الزيارة عندهم والسفر لذلك من باب تعظيمهم لعظم جاههم وقدرهم عند الله، ومقصودهم دعاؤهم أو الدعاء بهم أو عندهم وطلب الحوائج منهم وغير ذلك مما يقصد بعبادة الله تعالى،
هؤلاء الذين يحجون إلى القبور يقصدون ما يقصده المشركون الذين يقصدون بعبادة المخلوق ما يقصده العابدون لله.
منهم يجعل لصاحب القبر نصيبًا من ماله أو بعض ماله، أو يجعل ولده له كما كان المشركون يفعلون بآلهتم.
الذين يحجون إلى القبور هم من جنس الذين يحجون إلى الأوثان. والمشركون يدعون مع الله إلهًا آخر يدعونه كما يدعون الله، وأهل التوحيد لا يدعون إلا الله لا يدعون مع الله إلهًا آخر، لا دعاء سؤال وطلب، ولا دعاء عبادة وتألّه. والمشركون يقصدون هذا وهذا، [وكذلك الحجاج إلى القبور يقصدون هذا وهذا]
[url=#_ftnref7][7][/url] Majmû’ el fatâwa (1/113).
[url=#_ftnref8][8][/url] Jâmi’ el masâil (3/145-151).
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Message par Citizenkan le Dim 30 Oct - 16:55

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar III[/size]
(Partie 2)

• Je disais dans la première partie au sujet d’un passage où ibn Taïmiya donne la définition de l’apostat : « Récemment, j’ai traduit un passage d’ibn Taïmiya encore plus révélateur, par quelle fourberie sournoise, notre ami va-t-il la botter en touche ? »

Et cela n’a pas loupé :

Alors que le frère Karim Zentici m'avait envoyé cette parole par e-mail me demandant ce que j'en pensais, je lui avais répondu qu'il fallait tout simplement savoir lire pour voir qu'elle ne défend pas la théorie de l'excuse de l'ignorance dans le shirk akbar.
Je vais donc faire émerger cela...
En prenant le temps de lire ce passage, tout le monde remarque ( de façon très évidente ) qu'Ibn Taymiyya dit : "ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats"
Ibn Taymiyya parle donc d'excuse de l'ignorance pour les noms et attributs, non pas dans le fait d'adorer autre qu'Allah par ignorance !
Faut savoir distinguer entre l'unicité de l'adoration et celle des noms et attributs, ce sera un bon début.

Pour sa défense, il commet la même approximation qu’Abâ Btîn, qui, aussi honorable soit-il, se représentait mal la tendance d’ibn Taïmiya dans le domaine du takfîr, comme en témoigne ses paroles déjà citées dans la partie précédente, et que je reproduis ici : « Quant à l’homme qui demanda à sa famille de brûler son corps après sa mort, Allah lui pardonna certes, bien qu’il doutait d’un Attribut divin. La raison, c’est que la preuve céleste ne lui était pas parvenue sur le sujet, comme le prétend plus d’un savant. Sheïkh Taq-ï e-Dîn [ibn Taïmiya] – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique qu’en doutant d’un des Attributs du Seigneur on devient mécréant ; dans le cas d’un individu qui n’est pas censé ignorer ce point. Ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé le savoir. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar l’homme ayant douté pourtant du Pouvoir d’Allah, étant donné que la preuve céleste ne lui était pas parvenue.

Cette tendance est celle d’ibn ‘Aqîl qui interprète ce hadîth en disant que la da’wa ne lui était pas parvenue. Taq-ï e-Dîn opte pour cette opinion pour les questions qui touchent aux Attributs divins, mais pas pour celles qui touchent au shirk ou autre, comme nous allons le voir à travers certains de ses passages in shâ Allah. Nous avons déjà cité auparavant les passages où il kaffar les monistes et d’autres innovateurs. Il alla jusqu’à kaffar tous ceux qui douteraient de leur mécréance.

L’auteur qui recense les opinions propres (ikhtiyârât) de Taq-ï e-Dîn explique : « L’apostat est celui qui commet l’association, qui déteste le Messager ou ses enseignements, qui ne condamne pas le mal ne serait-ce qu’avec son cœur… ou qui place des intermédiaires entre Son Seigneur et lui, en qui il remet sa confiance, à qui il réserve ses demandes et ses invocations. Il devient mécréant à l’unanimité des savants. Quiconque doute d’un Attribut divin (les paroles sont d’ibn Taïmiya) devient apostat si dans son cas il n’est pas censé les ignorer, mais ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé les connaitre. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar celui qui doutait du Pouvoir d’Allah (I). »

Il a donc désigné un certain nombre de fautes qui ne font pas sortir de la religion (sic), et fit exception, dans le domaine des Attributs divins, à l’ignorant à qui il accorde une excuse. »[url=#_ftn1][1][/url]

Déjà, en revenant au passage en question, il est clair qu’ibn Taïmiya n’est pas en train de  faire une distinction entre le shirk et les Attributs divins, ni même entre les questions subtiles et les questions claires,[url=#_ftn2][2][/url] mais ne fait que s’arrêter sur un exemple précis d’un fourvoiement au niveau des Attributs après avoir dressé une liste d’éléments faisant sortir de l’Islam, dont le shirk. Il ne faut y voir aucun mafhûm el mukhâlafa (sous-entendu et implicite). Qu’on en juge : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[url=#_ftn3][3][/url]

Cette distinction entre le shirk et la négation des Attributs est d’autant plus aléatoire que nous avons donné plus haut deux passages, dont celui des tatares, dans lesquels ibn Taïmiya accorde explicitement l’excuse de l’ignorance à l’égaré musulman ayant commis du shirk. La suite de l’article offrira d’autres exemples non moins éloquents, wa Allah el musta’ân !

Ensuite, nous avons rapporté dans la partie I des passages où ibn Taïmiya accorde explicitement l’excuse de l’ignorance à des ignorants qui furent abusés par des monistes. Il faisait donc allusion au statut absolu, non à tous les cas possibles ; cela démontre encore une fois que de grandes sommités à l’image d’Abâ Btîn faisaient la même confusion avec le discours d’ibn Taïmiya que les élèves de l’Imâm Ahmed avec celui de leur maitre, wa Allah el musta’ân !

• Ensuite, notre ami renchérit :

Aussi, à cette occasion, je vais parler d'une autre parole d'Ibn Taymiyya souvent utilisée par les adeptes de cette théorie insensée de l'excuse de l'ignorance dans le shirk akbar:

Il s'agit de la parole dans laquelle Ibn Taymiyya dit : " si je prononce votre parole je mécrois, mais pour moi, vous n'êtes pas mécréants..." (sens approximatif)

Dans cette parole là aussi, Ibn Taymiyya fait allusion aux noms et attributs d'Allah. En effet, de par cette parole, il s'adresse à ceux qui nient l'istiwâ d'Allah sur le 'arch. Mais - en général - les adeptes de la théorie de l'excuse de l'ignorance dans le shrik akbar ne retranscrivent pas cette partie de la parole d'Ibn Taymiyya...


• cette allégation téméraire est pour le moins saugrenue.
من تكلم في غير فنه أتى بالعجائب

Déjà, voici le passage en question :
« C'est pourquoi je disais aux jahmites panthéistes et négateurs qui reniaient qu’Allah (U) fût sur Son Trône à l’époque où leur fitna commença ; que si j’avais été l’auteur de vos paroles, j’aurais été un kâfir. Moi, en effet, je sais pertinemment que vos paroles relèvent de la mécréance, mais, à mes yeux, vous n’êtes pas des kuffar étant donné que vous êtes des ignorants. Je m’adressais ainsi à leurs juges, leurs savants, leurs Sheïkh et leurs émirs. À l’origine, leur ignorance provient des arguments de la pensée, de la part de leurs leaders, qui étaient ambigus, car leur bagage dans le domaine des textes authentiques, qui sont conformes à la raison saine, était léger. »[url=#_ftn4][4][/url]

Ce passage est extrait d’el istighâtha qui fut consacré en réfutation à el Bakrî qu’ibn Taïmiya n’a pas kaffar, à ma connaissance, bien que ce dernier cautionnait maintes pratiques païennes.[url=#_ftn5][5][/url] Au cours des lignes où il le réfute, Sheïkh el Islam fait le constat suivant : « La voie empruntée par cet homme et par tous ceux qui lui ressemblent, est celle des innovateurs qui sont imprégnés à la fois de l’ignorance et de l’injustice. Dans un premier temps, ils innovent une chose allant à l’encontre des Textes du Coran, de la sunna, et du consensus. Ensuite, ils traitent d’apostats tous ceux qui s’opposent à leur innovation. Quant aux traditionalistes, imprégnés par la foi et la connaissance, ils sont motivés par la science, la justice, et la compassion à l’égard des autres. Ils connaissent la vérité qui leur permet de se conformer au Coran et à la sunna et de les préserver de la bid’a, mais ils sont justes à l’encontre de leurs opposants et ils ne font nullement preuve d’injustice à leur égard. »[url=#_ftn6][6][/url] Plus loin, il conclut qu’il ne lui rend pas la pareille, alors qu’el Bakrî l’a kaffar.[url=#_ftn7][7][/url]
Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî nous parle notamment de cet ouvrage (il parle également de e-radd ‘alâ el Akhnâî d’où est extraite la citation sur les tatares) : « La communauté mohammadienne est soulagée des fautes commises par erreur, oubli, ou sous la contrainte. Ainsi, en règle générale, nous taxons de mécréant celui qui commet une faute relavant de la mécréance dans les paroles et la croyance. Cependant, nous pouvons nous abstenir de nous prononcer dans certains cas si une restriction comme l’ignorance vient changer la donne. Il échappe à certains fautifs que leurs actes relèvent de la mécréance ou de l’association. C’est ce qui nous pousse à nous abstenir de les kaffar en personne, bien qu’au même moment nous soyons convaincus qu’ils ont commis du kufr.

C’est de cette façon que les Compagnons et leurs successeurs directs (tâbi’în) se comportèrent envers l’innovation (la bid’a). Dès leur époque, plusieurs mouvements hérétiques (kharijisme, mu’atazilisme, qadarisme, etc.) virent le jour. Tous s’accordaient à aller à l’encontre des textes scripturaires de l’Islam. Ils les démentaient et les falsifiaient pour les faire aller dans leur sens, ce qui en soi est un acte de mécréance. Cependant, les anciens s’abstinrent de les sortir un à un de la religion. Ils étaient en effet motivés par une mauvaise interprétation des textes. Les kharijites démentaient les textes sur l’intercession et ceux démontrant que les auteurs des grands péchés étaient affiliés à la foi. C’est ce qui les poussa à autoriser moralement (istihlâl) le sang des Compagnons et des musulmans en général. Les mu’tazilites également démentaient les textes de l’intercession en faveur des auteurs des grands péchés, ils démentaient la prédestinée, les Attributs divins, etc.

Il n’y a aucune différence entre ces formes d’apostasie et celle préconisant d’invoquer et de demander secours aux morts. Le ta-wîl est leur dénominateur commun. Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.) Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenu de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre, avant de se prononcer, de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde.
Il devient clair que l’ignorance, le suivisme aveugle, et la mauvaise interprétation des textes – non basée sur l’obstination – sont des facteurs atténuants. Ils nous empêchent de condamner ces cas particuliers à l’apostasie. »[url=#_ftn8][8][/url]

À suivre…


Par : Karim Zentici



[url=#_ftnref1][1][/url] El intisâr li hisb Allah el muwahhidîn (p. 16-18).
[url=#_ftnref2][2][/url] Nous avons d’ailleurs montré ailleurs qu’Abâ Btîn impute cette distinction aléatoire à ibn Taïmiya. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/12/aba-btin-partie-1.html
[url=#_ftnref3][3][/url] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).
Voice le passage en arabe :
وقال ابن تيمية - أيضاً - : "والمرتد : من أشرك بالله تعالى، أو كان مبغضًا للرسول-r - ولما جاء به اتفاقًا ، أو ترك إنكار منكر بقلبه ، أو توهم أن أحدًا من الصحابة أو التابعين أو تابعيهم قاتل مع الكفار، أو أجاز ذلك، أو أنكر مجموعًا عليه إجماعًا قطعيًّا، أو جعل بينه وبين الله وسائط يتوكل عليهم ، ويدعوهم ، ويسألهم ، ومن شك في صفة من صفات الله تعالى ، ومثله لا يجهلها ؛ فمرتد ، وإن كان مثله يجهلها ؛ فليس بمرتد ، ولهذا لم يكفر النبي - r - الرجل الشاك في قدرة الله على إعادته ؛ لأنه لا يكون إلا بعد الرسالة". " المستدرك على مجموع الفتاوى " (5/129)
[url=#_ftnref4][4][/url] E-rad ‘alâ el bakrî (2/494).
[url=#_ftnref5][5][/url] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).
[url=#_ftnref6][6][/url] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/487-490).
[url=#_ftnref7][7][/url] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).
[url=#_ftnref8][8][/url] Voir : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (232-238) ; l’auteur imagine un débat sur le takfîr d’un cas particulier ayant commis un « acte » de mécréance. Ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584).
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Message par Citizenkan le Mar 22 Nov - 13:51

[size=32]Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar III[/size]
(Partie 3)

Par ailleurs, dans sa réfutation à el Bakrî, ibn Taïmiya dédouane des ascètes tels que le poètehanbaliteYahyâe-Sarsarî, un soufi ultra (m. 656 h.) :

« Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîth faibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorité, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète SheïkhYahyâe-SarsarîetSheïkhMohammed ibn e-Nu’mân,[url=#_ftn1][1][/url] auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabîfî el yaqazhawa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.
Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens en effet ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkh dans les moments difficiles pour lui solliciter son aide.
Je connais personnellement certains Sheïkh connus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours.

Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles. Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r)n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha(appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r)a formellement interdit ce genre de pratiques qu’ila jugées commerelevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques. C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu aiespu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[url=#_ftn2][2][/url]

Le maitre d’el ‘Uthaïmîn utilise ce passage pour valider l’idée que l’ignorant musulman ayant commis du shirk ne sort pas systématiquement de l’Islam, et pour condamner la distinction opérée entre le shirk ‘amalî et le ta’tîl des Noms et Attributs divins dans le domaine du takfîr (il donne l’impression de répondre directement à AbâBtîn – qu’Allah ait son âme –). Ce dernier souligne en explication au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis][url=#_ftn3][3][/url] : « Dire que le Verset en question, et bien d’autres arguments textuels, font allusion aux erreurs commises dans les questions subsidiaires de la religion, non dans les questions élémentaires est une allégation dénouée de tout fondement. Ni le Coran ni le Prophète (r) ne font cette distinction.[url=#_ftn4][4][/url] Nous avons souligné plus haut que les anciens n’ont pas kaffar les premiers innovateurs dont les erreurs d’interprétation touchaient aux questions élémentaires de la religion, comme les Attributs parfaits d’Allah. Le tawhîdtourne autour de deux principes : la reconnaissance de ces fameux Attributs et l’unicité du culte.

Si nous donnons des circonstances atténuantes à un cas particulier qui fait des erreurs (ignorance, mauvaises interprétations des textes, et suivisme aveugle) dans le premier domaine, nous devons le faire pour celles qui touchent au second ; et cela, pour les mêmes raisons. La restriction qui est valable pour l’un est aussi valable pour l’autre. La mission du Messager (r) portait indistinctement sur ces deux domaines. Les hérétiques de sa communauté se sont égarés dans l’un ou l’autre domaine, voire dans les deux à la fois. Ils vont à l’encontre des enseignements connus de façon élémentaire par tous les musulmans. Le Prophète (r) avait pourtant mis en garde contre l’hérésie. C'est pourquoi s’obstiner à renier ses enseignements qui touchent à ces deux domaines, après en avoir eu connaissance, relève de la mécréance incontestable.

Un musulman qui adhère à l’Islam au niveau du cœur et des actes peut s’égarer dans certains points, car il n’a pas les éléments en mains pour le faire parvenir à la vérité. Dans ce cas, nous ne sommes pas formels sur son apostasie, étant donné qu’il existe une restriction faisant obstacle à cette condamnation. D’où l’importance d’établir contre lui la preuve céleste ; une preuve céleste qui s’applique contre tout obstiné (mu’ânid).[url=#_ftn5][5][/url]

C’est pour cette raison, et vous êtes d’accord avec nous, que nous nous sommes abstenus de kaffar certains cas comme e-Sarsarî, qui appellent à invoquer, à rechercher le secours du Prophète (r), et à lui demander de répondre aux besoins. Ces derniers sont directement concernés par les paroles de Sheïkh el Islam auxquelles nous avons fait allusion précédemment.

Par ailleurs, vous dites qu’il n’y a pas la moindre hésitation à kaffar celui qui renie la Résurrection, comme le révèlent les textes du Coran et de la sunna. Ils ne font pas la différence, selon vos dires, entre le fait d’être motivé ou non par l’obstination.
Ce à quoi nous répondons que cette question est du même registre. Les erreurs d’interprétation offrent des circonstances atténuantes. Ces erreurs sont courantes dans le domaine des Attributs divins et de l’Unicité chez beaucoup de ceux qui donnent foi à tous les enseignements du Prophète (r). Cependant, il est rare de trouver quelqu’un qui renie la Résurrection [tant elle coule de source]. Malgré cela, en supposant qu’un bédouin ou un nouveau converti n’en ait pas connaissance, nous devons le mettre au courant. C’est seulement après cette démarche que nous pourrons le sortir de l’Islam.

Quiconque croit en Allah et à Son Messager, et qui adhère totalement à leur obéissance, mais qui renie un enseignement de la religion par ignorance (il peut ignorer que le Messager l’ait apporté), nous devons nous abstenir de nous prononcer sur son cas. Nous reconnaissons que son acte fait sortir de la religion, mais il bénéficie d’une circonstance atténuante, qui est l’ignorance. Il n’y a pas de différence en cela entre les questions élémentaires et les questions subsidiaires de la religion. La mécréance consiste à renier tout au partie les enseignements du Prophète (r) et en toute âme et conscience. Ainsi, nous pouvons mieux distinguer entre un suiveur mécréant[url=#_ftn6][6][/url] et un croyant qui renie un enseignement de la religion, soit par égarement et ignorance, soit par obstination et en toute connaissance de cause. »[url=#_ftn7][7][/url]

E-radd ‘alâ el Bakrî nous éclaire sur ce qu‘ibn Taïmiyaentend par « ignorant » quand il parle des adeptes affiliés à l‘Islam

Dans E-radd ‘alâ el Bakrî, ibn Taïmiya classe les ignorants affiliés à l’Islam en trois catégories. Il introduit son discours en disant que les zindiq hypocrites que comptent notamment les rangs des karmatesbâtinites sont pires que les Juifs et les chrétiens.[url=#_ftn8][8][/url] Ensuite, il classe les adeptes de l’Islam qui font du shirken trois catégories, en fonction de leur degré de gravité :

  1. Ceux qui commettent clairement de l’association et qui s’opposent sciemment aux enseignements du sceau des Prophètes (r) à l’instar des karmatesbâtinites. À l’unanimité des savants, ces derniers sont passibles de la peine de mort après sommation de réintégrer le crédo orthodoxe.
  2. Ceux qui se trompent sur des points subtils de la religion.
  3. Ceux qui sont entre les deux premières catégories, et qui se divisent en pervers (fâsiq) et désobéissants (‘âsî).[url=#_ftn9][9][/url]


80 pages plus tôt, il ramène un point qui est certes problématique, bien que ce ne soit pas l’endroit pour en parler, mais il y concède tout de même aux ignorants musulmans qui commettent du shirkd’avoir la foi. Il parle bien sûr de la foi qui les maintient dans l’Islam, non de la foi dans l’absolu, qu’on en juge : « Personne n’est en mesure de ramener un seul texte des Compagnons et des anciens en général justifiant de solliciter l’aide, le secours, ou la victoire du Prophète (r) après sa mort. Personne de la première époque n’a jamais sollicité sa tombe pour faire venir la pluie ou pour lui venir en aide, comme on avait l’habitude de la faire du temps de son vivant. Aucun homme connu pour son savoir et sa piété ne s’est jamais hasardé à une telle pratique.

Celle-ci vient plutôt de certains ignorants qui se présentèrent devant sa tombe en vue de lui implorer de la nourriture ou de leur porter secours contre un tyran. Certes, le Seigneur les exauça, mais uniquement par hommage envers le meilleur des hommes, et pour préserver leur foi fragile. Ils auraient pu, en effet, en cas d’échec, être ébranlés dans leur foi, et sombrer dans le doute. Ils auraient pu, également avoir une mauvaise réaction envers Dieu, en sachant qu’ils lui manquaient déjà de respect en s’en remettant aux morts dans le besoin. Allah ne fit preuve que de mansuétude envers eux, car ils venaient de se convertir. Ils avaient besoin qu’on les couve pour leur éviter de renoncer à la foi et à la religion. »[url=#_ftn10][10][/url]

D’autres passages de ce même ouvrageétablissent le principe du ‘udhr bi el jahl

Dans d’autres passages de ce même ouvrage, ibn Taïmiya accorde clairement l’excuse de l’ignorance, et établit que le takfîrn’a lieu qu’après iqamat el hujja, en sachant désormais qu’il ne fait pas cette distinction qu’on lui prête entre le hukm et le ism, ou, en tout cas, pas de la façon dont on nous la présente. Voici les passages en questions :

« De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants parmi les Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[url=#_ftn11][11][/url]

Ainsi :« Quiconque attribue à un autre qu’Allah ce qui n’appartient qu’à Lui est également un mécréant si la preuve céleste considérant comme mécréant tous ceux qui la délaissent est établie contre lui. »[url=#_ftn12][12][/url]

Après cela, qui ose dire encore qu’ibn Taïmiya ne voit pas le ‘udhr bi el jahl dans le shirkakbar ?

Cette question dérangeante interpelle notamment l’auteur de cette œuvre téméraire :

https://app.box.com/s/rj9594ylaldsoah36yl2tc4hf8emg2v1



Par : Karim Zentici
























[url=#_ftnref1][1][/url] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).
[url=#_ftnref2][2][/url]El istighâtha (2/731).
[url=#_ftnref3][3][/url]La vache ; 286
[url=#_ftnref4][4][/url] Voir pour une explication détaillée de ce principe : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (23/346-347).
[url=#_ftnref5][5][/url] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (12/180).
[url=#_ftnref6][6][/url] Voir : tarîq el hijrataïn d’ibn el Qaïyim (411-412).
[url=#_ftnref7][7][/url] Voir : e-tibyânfî ta-sîlmasâil el kufrwa el îmânde Fathî el Mawsilî (232-238).
[url=#_ftnref8][8][/url] Nous avons vu dans un article précédent qu’aux yeux d’ibn Taïmiya, ressembler aux gens du Livre sur un point ne rend pas forcément mécréant. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html
Ailleurs, il établit en parlant de ceux qui imposent leurs idées hérétiques : « C'est pourquoi l’un des signes distinctifs des innovateurs est d’innover une parole ou un acte qu’ils imposent ensuite aux autres par la force, et sur lesquels ils fondent leur sentiment d’alliance (l’amour et la haine en Dieu). C’est exactement ce que les kharijites, les râfidhites, et les jahmites ont fait… Dans la mesure où ce qu’on impose ou interdit n’est pas corroboré par les textes scripturaires de l’Islam, on s’associe vulgairement aux kharijites, aux râfidhites, et aux jahmites ; eux-mêmes sont sur les traces des païens et des apostats de la première époque. » Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-et-le-taqlid-partie-3-101734377.html
[url=#_ftnref9][9][/url]E-radd ‘alâ el Bakrî (1/277-279).
[url=#_ftnref10][10][/url]E-radd ‘alâ el Bakrî (1/201).
[url=#_ftnref11][11][/url]E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).
[url=#_ftnref12][12][/url]Majmû’ el fatâwa(1/112) et e-rad ‘alâ el bakrî(p. 214).
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Message par Citizenkan le Dim 11 Déc - 10:11





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 1)



Le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. [Ibn Taïmiya, e-sab’îniya p. 345.]



Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !



Aujourd’hui, nous nous intéressons à deux billets qui, bien que courts, ne manquent pas d’intérêt :



Al Qarâfî [mâlekite] : consensus que nul n'est excusé par l'ignorance



Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – :

« C'est pour cela qu'Allah n'excuse pas par l'ignorance dans les fondements de la religion, ceci avec le consensus ! »

Cf. « sharh tanqîh al foçoul » ( p.439 )



http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-consensus-que-nul-n-est-excuse-par-l-ignorance.html



Al Qarâfî [mâlekite] : malgré son ignorance, il n'est pas excusé



~Il a dit : « et celui qui s'avance avec ignorance, sera dans le péché, en particulier dans les sujets de dogme. Le détenteur de la shari'a a été très « strict » sur les dogmes des fondements de la religion, de sorte que si un homme donne tous ses efforts et dépense son énergie pour retirer son ignorance pour l'un des attributs d'Allah – ta'âla – ou dans une chose des fondements de la religion à laquelle il est obligatoire de croire, et que [malgré cela] son ignorance n'a pas été retirée, il est dans le péché et est mécréant parce qu'il aura délaissé cette croyance qui fait partie de la foi. Il sera dans l'Enfer pour l'éternité, selon ce qui est « mashour » (=notoire) des différents madhabs, alors que son effort à atteint son maximum, et que l'ignorance lui est « collée » ; il n'est pas possible qu'il la repousse de sa personne. Malgré tout ça, il n'est pas excusé. […] ils font partie des gens de l'Enfer à cause de leur mécréance, s'ils y sont tombés par ignorance. Quant aux furu' (branches), elles sont différentes des fondements : Le détenteur de la shari'a a pardonné à ces sujets. Celui qui dépense son effort dans les « branches », et s'est trompé, aura une seule récompense. Quant à celui qui a eu juste, il a deux récompenses, comme cela est rapporté dans le hadith. » Cf. « al furouq » ( 2 / 279 à 281 )



http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-malgre-son-ignorance-il-n-est-pas-excuse.html



• Passons sur la qualité de la traduction,[1] mais force est de constater, qu’en ces temps qui courent, la charité est plus que généreuse, si tant est qu’elle déborde sur la route, verse sur le trottoir. Moi, je n’aurais pas le droit de m’inspirer d’ibn Taïmiya, le plus grand spécialiste en la matière à l’aune de la méthodologie des anciens, alors que notre ami utilise sans ambages un mentor du kalâm !



Ramatnî bi dâihâ wa insallat !



Ha, charité quand tu nous tiens…



• Pire, d’obédience ash’arite, el Qarrâfî (m. 684 h.), au même titre que ses coreligionnaires modernes, tend vers le mu’tazilizme, avec tout cela que cela implique.[2] Or, selon cette dernière tendance, les notions du bien et du mal peuvent être perceptibles sans passer par la Révélation ; comprendre que l’iqâma el hujja n’est pas indispensable à leurs yeux. Ces adeptes s’accordent, avec certains ash’arites, à refuser la foi du muqallid sous prétexte que chacun est intellectuellement capable de parvenir à la vérité par la réflexion, comme nous l’avons vu précédemment.



• Pire, quand el Qarrâfî parle de usûl e-dîn, il fait allusion d’abord et avant tout, en bon néo-ash’arite qu’il est, à la théorie de l’accident (le dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm). En cela, les traditionalistes, dans les rangs desquels compte notre ami, sont des hérétiques apostats, car assimilés à des anthropomorphistes ; ces derniers ne sont pas excusables, pas plus que les pauvres suiveurs qui ne pénètrent pas cet outil emprunté à la philosophie et qui remonte aux calendes grecques !



• D’ailleurs, la seconde citation qu’utilise notre ami s’inscrit en réfutation à el Jâhizh, qui tente de laver son linge sale en famille en s’attaquant au principe selon lequel le Législateur a le droit d’imposer à l’individu responsable un fardeau au-delà de ses capacités (taklîf bi mâ lâ yutâq).[3] Sur ce point qui est loin d’être binaire, la vérité est grossièrement du côté d’el Jâhizh, bien que ce dernier construise dessus l’allégation saugrenue accordant éventuellement aux juifs et aux chrétiens ignorants la possibilité de gagner le Paradis. Alors certes, cette allégation prend le contre-pied d’un consensus immuable, mais de là, à l’attribuer aux traditionalistes pros ‘udhr, comme s’aventure à le faire Jarbû’, est, au minimum, tendancieux !



• En outre, non seulement notre ami utilise un auteur qui, si l’on s’en tient à ses principes, ne le considère pas musulman, mais, l’inverse est aussi vrai. Autrement dit, pour être cohérent, notre ami devrait en toute logique kaffar les mutakallimîns qui comptent el Qarrâfî dans leurs rangs.



Le tawhîd chez les mutakallimîns murjites



En se basant sur leur définition de la foi, ils ne considèrent pas que l’Unicité de la divinité (tawhîd el ulûhiya) compte parmi les branches de l’Unicité. L’Unicité selon eux, consiste à dire qu’Allah est Unique dans Son Essence sans ne faire aucun partage, Unique dans Ses Actions sans n’avoir aucun associé, et Unique dans Ses Attributs sans avoir aucun égal.[4] Cette définition ne fait nullement mention de l’unicité de la Divinité. C’est pourquoi, il est possible de constater chez les sociétés où l’ash’arisme est répandue, qu’elles ne portent pas l’accent sur ce point primordial ; celles-ci sont contaminées par l’association et l’innovation étant donné qu’elles n’apprennent pas aux gens qu’Allah est Unique dans Son Adoration sans n’avoir aucun associé.[5] À leurs yeux, la divinité et la seigneurie sont synonymes. Le Dieu suprême se particularise par son pouvoir de création.[6]



Par rapport à leur définition du tawhîd, ils ne voient pas d’inconvénients à invoquer les morts tant qu’on a conscience qu’Allah est le véritable « faiseur ». Ils ramènent donc la chose à la croyance.[7] Selon Taqî e-Dîn Subkî, solliciter le secours des walis (istighâtha bi e-sâlihîn) n’est pas du shirk akbar, dans la mesure où ces walis n’ont pas un pouvoir autonome, mais soumis à la Volonté divine. Il disculpe ainsi les adorateurs des tombes en prétextant que, de ce côté-là, leur croyance est saine, et que leurs pratiques ne remettent nullement en question leur monothéisme.[8] Dahlân, un farouche détracteur de la da’wâ najdite, s’imagine mal qu’un musulman peut conférer à une créature quelconque de s’ingérer de son propre chef dans les affaires du Seigneur.[9] On peut faire tout ce qu’on veut ou presque dans le domaine de la divinité (invoquer un wali qu’il soit mort ou vivant, se prosterner devant lui ou sa tombe, lui consacrer des tawâfs, des immolations, des vœux, etc.), l’essentiel est de garder une croyance saine dans celui dans la Seigneurie.[10] Et quand ils se sentent acculer devant l’évidence, ils sortent leur « joker », la métaphore. Quand le musulman lambda impute les bonnes choses qui lui arrivent au wali untel, avancent-ils, c’est par une pure métaphore, car il est convaincu au fond de lui que tout vient de Dieu.[11]



En outre, ils ramènent l’istighâtha bi e-sâlihîn au tawassul qui lui serait synonyme.[12]  C’est pourquoi, sous influence soufie, de grandes références néo-ash’arites cautionnent l’istighâtha bi e-nabî ou autre. En voici une liste non exhaustive :

Ibn el Hâjj dans el madkhal (1/252) ;
Taqî e-Dîn Subkî, dans shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 293, 305-313, 315) ;
El Qastalânî dans el mawâib e-ladunniya (p2/392) ;
Ibn Hajar el Haïtamî dans el jawhar el munazhzham fî ziyâra el qabr e-sharîf e-nabawî el mu’azhzham (p. 175-176) ;
El Bakrî qu’ibn Taïmiya n’a pas kaffar, à ma connaissance ;[13]
El Qudhâ’î qui était plus soufi, dans el barâhîn e-sâti’a (p. 298-299) ;
El Kawtharî, un adepte du mâturîdisme,[14] etc.


Voir : http://www.mizab.org/le-shirk



Si les mauvaises implications d’un discours ne font pas autorité, elles n’en démontrent pas moins l’incohérence !



In kâna lazîm el madhhab laïsa bi madhhab…



À suivre…





Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/




[1] Voici les deux textes en arabe :

1°)

 ولذلك لم يعذره الله بالجهل في أصول الدين إجماعاً

(شرح تنقيح الفصول) (439/1)

2°)

"فإن صاحب الشرع قد شدد في عقائد أصول الدين تشديداً عظيماً، بحيث إن الإنسان لو بذل جهده، واستفرغ وسعه في رفع الجهل عنه في صفة من صفات الله تعالى، أو في شيء يجب اعتقاده من أصول الديانات، ولم يرتفع ذلك الجهل- فإنه آثم كافر بترك ذلك الاعتقاد الذي هو من جملة الإيمان، ويخلد في النيران، على المشهور من المذاهب"

[2] Voir : http://www.mizab.org/lasharisme

[3] Voir : http://laaroussi.bl.ee/index_fichiers/Page4968.htm



[4] Voir : nihâya el aqdâm (p. 90), et el milal wa e-nihal tout deux de Shihristânî (1/42).

[5] Voir : introduction de la recension de Kitâb el ‘arsh (1/57-62) de l’Imâm e-Dhahabî (m. 746 h.) par le docteur Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

[6] Voir : usûl e-dîn d’el Baghdâdî (p. 123).

[7] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 35).

[8] Shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 175).

[9] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 34).

[10] Shawâhid el haqq d’e-Nubhânî (p. 116).

[11] Misbâh e-zhalâm de Mohammed Tâhir (p. 5).

[12] E-sawâ’iq el ilâhiya de Sulaïmân ibn ‘Abd el Wahhâb (p. 6).

[13] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).

[14] Voir : maqâlât el kawtharî (p. 383).
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Message par Citizenkan le Lun 12 Déc - 16:33





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 2)



• La définition des usûl : bases ou questions fondamentales de la religion



Ibn Taïmiya explique : « Les bases fondamentales de la religion se présentent sous la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent… »[1]



Ailleurs, il précise : « Donner foi au caractère obligatoire des obligations apparentes et communément transmises et au caractère prohibé des interdictions apparentes et communément transmises est l’un des plus grands fondements de la foi et des fondements de la religion. »[2]



La distinction entre les usûl et les furû’ (questions subsidiaires de la religion)



Sheïkh Taqî e-Dîn établit qu’Allah pardonne au croyant qui qu’il soit, lorsqu’il commet une erreur malgré ses efforts à la recherche de la vérité. Il n’y a pas de différence en cela, entre les questions fondamentales (usûl ndt.) ou subsidiaires (furû’ ndt.) ; cette tendance est celle des Compagnons et de la plupart des grandes références de l’Islam. Ces derniers n’ont jamais fait la différence dans le domaine du takfîr entre les questions fondamentales qui, en les reniant, feraient sortir de la religion, et les questions subsidiaires qui ne feraient pas sortir de la religion celui qui les renie.



Puis, il poursuit : « Quant à séparer entre les éléments de la religion en deux ensembles en faisant entrer dans le premier d’entre eux les questions dites fondamentales et dans l’autre, les questions dites subsidiaires ; il faut savoir que cette distinction ne prend son origine ni chez les Compagnons ni chez leurs fidèles successeurs ni chez les grandes références de la religion. Elle provient plutôt des innovateurs, avec les mu’tazilites à leur tête.



C’est de ces derniers que s’inspirent les légistes qui en parlent dans leurs ouvrages. Sans compter que cette distinction se contredit elle-même. Nous demandons à ses théoriciens de nous indiquer la limite des questions fondamentales qui vouent toute erreur à la mécréance et la limite des questions subsidiaires !

Ils peuvent toujours répondre que les premières représentent les questions dogmatiques et les secondes, les questions pratiques.

Ce à quoi nous répondons : les musulmans se sont divisés sur le sujet de savoir si le Prophète (r) a vu ou non Son Seigneur, si ‘Uthmân est meilleur qu’Ali, sur de nombreuses exégèses du Coran, et sur l’authenticité de certains hadîth ; en sachant que ces divergences relèvent des questions dogmatiques et théoriques. Pourtant, celles-ci n’entrainent aucun takfîr à l’unanimité des savants.

D’un autre côté, le caractère obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne et le caractère prohibé de la débauche, et du vin sont de l’ordre des questions pratiques. Pourtant, à l’unanimité des savants, elles vouent à la mécréance toute personne qui les renie.



Ils peuvent aussi vouloir dire que les usûl renferment les questions formelles.

Ce à quoi nous répondons que nombre de questions pratiques sont formelles ; comme il existe de nombreuses questions théoriques qui ne le sont pas. Tout en sachant que la notion de « formel » ou de « probabilité » est relative. Une question peut être formelle pour quelqu’un qui détient de son point de vue une preuve irréfutable ; il peut avoir entendu un texte prophétique et pénétrer parfaitement ses intentions ; au moment où pour un autre cette question n’atteint même pas le degré de probabilité, avant qu’on puisse parler de formelle, étant donné qu’il n’a jamais eu cette preuve entre les mains, ou que, bien qu’il l’en ait connaissance, il remet en question son sens ou son authenticité, ou encore qu’il ne soit pas en mesure d’y puiser le moindre argument. »[3]



Bien qu’aléatoires, les termes usûl et furû’ ne sont pas condamnables en eux-mêmes !



L’homme qui rendit l’âme dans les murs de sa prison est l’auteur des paroles : « Si tu sais que l’expression usûl e-dîn, dans le vocabulaire de ses instigateurs est une notion vague et floue, car renfermant une conception élastique qui varie en fonction des contextes et des spécialités dans lesquels elle est utilisée ; tu te rendras compte que le vrai usûl e-dîn pour Allah, Son Messager, et Ses serviteurs croyants fut hérité, en réalité, du Messager. »[4]



« De nombreux imams des différents groupes, comme les légistes, les traditionnistes, et les soufis (y), bien qu’au niveau des furû’, ils suivent différentes écoles, tous revendiquent être conformes au niveau des usûl ou de la sunna, la tendance d’Ahmed ibn Hanbal. »[5]



« Là où nous voulons en venir ici, c’est que les procédés utilisés par le Coran pour éclairer les arguments et les questions dans les usûl et les furû’, sont d’une extrême perfection. »[6]



Ainsi, ces deux termes s’étant vulgarisés dans quasiment toutes les spécialités de la religion, et, de surcroit, pouvant revêtir une bonne connotation, il n’y a pas de raison à ne pas les utiliser. D’autant plus, qu’il est même possible, aux yeux d’ibn Taïmiya, d’utiliser des termes hérétiques par condescendance, et si l’intérêt le réclame. C’est le cas par exemple quand on s’adresse à des personnes qui ne connaissent que ce vocabulaire.[7] Que dire alors si l’on sait que ces deux vocables trouvent leur légitimité dans les textes ! Le tout est de bien les délimiter et de les orienter. Ibn Taïmiya s’en charge en offrant une distinction d’une extrême cohérence et d’une imparable précision entre les notions d’usûl et de furû’.



Qu’on en juge : « En réalité, toute question évidente entrant dans chacun de ces deux domaines (théorique et pratique) entre dans les usûl ; et toute question subtile entre dans les furû’. Connaitre le caractère obligatoire des cinq piliers de l’Islam, le caractère prohibé des interdictions évidentes et communément transmises ; comme savoir, parmi les questions dogmatiques évidentes et communément transmises, qu’Allah est capable de faire toute chose, qu’Il est Omniscient, qu’Il est Entendant, Voyant, que le Coran est Sa Parole, etc.

C’est pourquoi, en reniant les lois pratiques que nous avons citées, et sur lesquelles règne un consensus, on devient un mécréant, au même titre que celui qui renie l’une de ces questions dogmatiques… »[8]



La classification usûl/furû’ est tout simplement illégitime dans le domaine du takfîr[9]



Puis, il enchaine : « Il est même possible qu’il soit plus imposé de reconnaitre certaines lois pratiques que les lois dogmatiques. C’est même le cas pour la plupart des questions ! Il suffit, en effet, d’avoir une connaissance générale des questions dogmatiques qui touchent à la foi en Dieu, Ses anges, Ses Livres, Ses messagers, à la vie après la mort, et au destin qu’il soit bon au mauvais.



Quant aux obligations religieuses, il incombe d’en avoir une connaissance approfondie, car c’est le seul moyen de les mettre en pratique… » [10]



Ibn Taïmiya insiste sur le fait que les compagnons ne faisaient pas la différence entre les usûl (dont le shirk akbar fait partie) et les furû’ pour les erreurs d’interprétation.



Voici ses paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’tazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[11]



Il explique ailleurs : « Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuve prophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya (el usûl pour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya (el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya (…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle choses est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq (le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[12]



À suivre…





Par : Karim Zentici

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[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/27).

[2] Majmû’ el fatâwâ (12/496).

[3] Majmû’ el fatâwa (23/346-347) ; voir également : (13/126)  et (19/207-212) ; mais aussi : manhâj e-sunna (5/84-95).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/41).

[5] Bayân talbîs el jahmiya (2/92).

[6] Majmû’ el fatâwa (2/8).

[7] Voir : Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (2/554-555).

[8] Majmû’ el fatâwa (6/56-57).

[9] En annotation à ‘âridh el jahl (p. 97) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne qu’ibn Taïmiya condamne cette classification dans les questions du takfîr, non qu’elle n’ait aucune origine dans la religion. J’ai récemment entendu Sheïkh Shathrî revoir à la baisse la tendance qu’il attribuait à ibn Taïmiya sur le sujet, et s’aligne désormais à celle de Sheïkh el Fawzân. Une réfutation mettant l’accent sur son approximation lui avait été consacrée, qu’Allah le préserve !

[10] Majmû’ el fatâwa (6/57).

[11] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[12] Majmû’ el fatâwâ (3/229).
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Message par Citizenkan le Mar 13 Déc - 15:29





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 3)



• Pour sa décharge, notre ami ne se contente pas de Qarrâfî, mais s’appuie sur d’autres références mâlikites pour confirmer ce fameux consensus.[1] J’y reviendrais peut-être plus tard, mais dors et déjà, nous devons déjà cerner ce qu’ils entendent par asûl e-dîn, qui est loin de se confiner dans le tawhîd el ulûhiya (l’unicité dans le domaine de la divinité) ; il faut compter avec le tawhîd  dans les Noms et Attributs divins. Or, les anti ‘udhr reconnaissent que l’erreur dans ce domaine est excusable. Ces citations ne vont donc pas dans le sens de notre ami, mieux, elles se retournent contre lui, surtout dans la mesure où toute falsification d’un Attribut n’en demeure pas moins du shirk, au même titre que le culte des tombeaux, comme nous l’avons expliqué dans les premières parties.



Qu’il se rassure, car il n’est pas le seul à se précipiter dans ce genre d’approximation. Avant lui, il y a eu, entre autre, Râshid e-Râshid, l’auteur du fameux ‘âridh el jahl qui multiplie les citations des savants des quatre écoles refusant toute circonstance atténuante à toute entorse qui touche aux fondements de la religion, qui ne sont pas propres, rappelons-le, à tawhîd el ulûhiya.



C’est exactement ce que condamne ibn Taïmiya dans un passage cité plus haut, et que je remets ici : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’tazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[2]



• Sans compter que d’autres savants malékites aux relents beaucoup moins hérétiques qu’el Qarrâfî déroge à ce prétendu consensus. C’est le cas notamment d’ibn el ‘Arabî (m. 543 h.), l’auteur des paroles : « Si l’ignorant ou celui qui commet une erreur parmi les adeptes de cette communauté, fait un acte de kufr ou de shirk qui en principe, le rend soit mushrik soit kafir, il est excusable en raison de son ignorance et de son erreur (ya’dhur bi el jahl wa el khata) jusqu’à ce que lui soit établit de façon claire et limpide, loin de toute confusion, la preuve d’Allah qui voue à la mécréance celui qui ne s’y soumet pas ; et qu’il renie ensuite un point élémentaire de la religion (ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra), relevant du consensus recensé de façon sûre, et que tout musulman connait machinalement et sans réfléchir. »[3]



Ibn Hazm (m. 456 h.), un autre andalou, a un discours qui va dans ce sens.[4] La rigueur scientifique aurait réclamé de le signaler.



[Ne croyez-vous qu’à une partie du Livre au détriment du reste ; en agissant ainsi, quelle autre rétribution aura-t-on sinon de goûter à l’ignominie ici-bas et d’être jeté dans le pire des châtiments le Jour de la résurrection ; Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites][5] ; [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[6]



• Mieux, ce même ibn Hazm met en avant un consensus disant exactement le contraire, bien qu’il ne fasse pas la distinction entre les formes d’erreurs.[7] Ibn Taïmiya est plus précis en soulignant que cette tendance, nuance, est celle des Compagnons, des tâbi’îns, et des grandes références de l’Islam.[8] Au cours d’un dialogue probablement imaginaire entre un pro et un anti ‘udhr, Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî entérine ce fameux consensus des Compagnons et de leurs successeurs direct (le consensus d’ibn Hazm prend tous son sens, si l’on sait qu’il ne reconnait pas les consensus des générations plus tardives) :



Le premier intervenant (anti ‘udhr) : le Coran, la sunna, et le consensus des savants musulmans établissent que l’invocation d’une idole (que ce soit un ange, un prophète, un pieux, une statue, etc.) fait sortir de la religion. Son auteur est un kâfir (mécréant) mushrik (païen) condamné à l’Enfer éternel. Ce principe est connu de façon élémentaire par tous les musulmans. Personne ne peut le renier. Tout coupable est un kâfir mushrik. Peu importe qu’il l’ait fait par obstination (‘inâd), ignorance (jahl), erreur d’interprétation (ta-wîl), ou suivisme aveugle (taqlîd). Allah ne distingue pas dans le Coran entre les catégories de mécréants. Ils ont tous le même statut. Aucune différence n’y est faite entre les leaders et les suiveurs ni entre les obstinés et les ignorants. Ils avancent pourtant l’excuse : [Nous avons trouvé nos ancêtres sur une voie et nous avons suivi leurs traces].[9] Il va sans dire que la plupart d’entre eux pensent qu’ils sont sur la vérité, comme le relate le Verset : [ceux qui s’égarèrent au cours de leur vie alors qu’ils pensaient bien faire • Ce sont ceux qui mécrurent aux signes de Leur Seigneur].[10] Leur conviction qu’ils sont sur le droit chemin n’intercède nullement en leur faveur. Ainsi, invoquer une créature, ou l’appeler au secours pour des choses que Seul Allah est à même de faire rend mécréant et païen, indépendamment de savoir qu’on l’ait fait par obstination ou non, qu’on eût connaissance des textes ou non. Sinon, quelle serait la différence entre les ignorants affiliés à l’Islam qui commettent l’association et les ignorants juifs, chrétiens, etc. ? Et quelle serait la différence entre celui qui renie la Résurrection même par ignorance et celui qui invoque une idole et qui recherche son aide et son secours. Tous deux ont le même statut ! Le Messager a transmis clairement le message, et la preuve céleste (hujja) est établie contre ceux qui reçoivent le Coran qu’ils l’aient comprise ou non.
Le second intervenant (pro ‘udhr) : vous avez évoqué, en vous appuyant sur les textes du Coran et de la sunna et du consensus que l’invocation et l’appel au secours des idoles relèvent de la mécréance et de l’association menant à l’Enfer éternel. Point sur lequel il n’y a aucun doute. En revanche, vous mettez sur le même pied d’égalité toutes les formes d’ignorance. D’un coté, nous avons les différentes confessions mécréantes (juive, chrétienne, etc.) qui ne donnent pas foi à la prophétie de Mohammed (r). D’un autre coté, nous avons les ignorants qui donnent foi à tous ses enseignements et qui adhèrent pleinement à son obéissance. Cependant, ces derniers commettent l’association sans s’en rendre compte, en invoquant une créature. Ils pensent ainsi rendre hommage à la personne qu’ils invoquent. À leurs yeux, c’est la religion elle-même qui le leur réclame. Or, faire une telle comparaison est une erreur grossière. Elle va à l’encontre des textes scripturaires (Coran et sunna), du consensus des Compagnons et de leurs fidèles successeurs (tâbi’în). Il est en effet connu de façon élémentaire par tous les musulmans que tous les ignorants mécréants, dont les juifs et les chrétiens, sont voués à l’Enfer éternel. Personne ne peut le contester. L’autre catégorie concerne ceux qui donnent foi à tous les enseignements du Prophète (r) et qui adhèrent totalement à sa religion, mais qui font une erreur dans la croyance, les paroles et les actes soit par ignorance, une mauvaise interprétation ou par suivisme.[11]


Ainsi, si consensus il y a eu, c’est au sein des générations récentes, non des Compagnons ni de leurs successeurs direct ni des grandes références de l’Islam ; en sachant que les adeptes des quatre écoles canoniques ont été influencées par le mu’tazilisme, et, par voie de conséquence, par l’ash’arisme. Nous avons vu aussi que certains hanbalites, particulièrement, appréhendaient mal la tendance de leur imâm sur la question, les conduisant ainsi vers l’excès. Et, comme le dit si bien ce dernier, la plupart des consensus revendiqués sont fallacieux !



Il y             a souvent un décalage entre les allégations des modernes et la réalité des anciens.



• Et cela, d’autant plus qu’il existe un autre consensus[12] remettant radicalement en cause ce prétendu consensus, mais surtout la théorie anti ‘udhr selon laquelle, il est impossible, d’une manière ou d’une autre, que la foi et le shirk s’associe chez une même personne responsable. Le consensus en question établit que le nouveau converti commettant une annulation de l’Islam bénéficie de circonstances atténuantes. Après avoir dressé une liste de questions connues par tous les musulmans de façon élémentaire, e-Nawawî nous apprend : « … Or, si le nouveau converti, qui ne connait pas l’Islam dans ses détails, renie l’un de ces éléments par ignorance, il ne devient pas mécréant (hukm ndt.), et garde le nom de musulman (ism ndt.) comme ceux que nous avons cités… »[13]

Plusieurs savants à travers diverses époques (Bahâ e-Dîn el Maqdisî, e-Suyûtî, ‘Alî el Qârî, ibn Qudâma el Maqdisî) donnent l’exemple du nouveau converti et du bédouin qui vit loin des villes pour dire qu’il ne devient pas kâfir, avant iqâma el hujja, pour faire la distinction entre lui et l’apostat (murtadd). Il n’y est pas question de distinction entre l’ism et le hukm. Pour mieux comprendre, il faut revenir à la définition du murtadd que nous proposent plusieurs savants. Tous s’accordent à dire qu’au niveau de la langue, apostasier, c’est revenir sur quelque chose dans l’absolu. Dans la religion, il consiste à renoncer verbalement à la religion ou dans les actes.[14]



Râshid e-Râshid lui-même corrobore ce principe dans ‘âridh el jahl où il dresse une liste des savants des quatre écoles qui l’entérinent, avant de conclure : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. »[15]



• Or, il est possible de conjuguer entre ces deux consensus, qui, en apparence, se contredisent, en disant qu’en temps normal nul n’est censé ignoré la loi, mais que l’exception n’échappe pas à la règle. Malheureusement, dans certains endroits et à certaines époques, c’est l’exception qui prédomine. Ainsi, comme souvent entre traditionalistes, les divergences sont plus sur la forme que sur le fond.



En faisant en effet un résumé des paroles des savants des différentes tendances sur le sujet, on se rend compte paradoxalement que leur discours se rejoint.



• Les cas où l’ignorance n’est pas une excuse dans les questions évidentes, non dans les questions subtiles qui réclament de faire iqâma el hujja.



Celui qui vit en terres musulmanes ou dans un pays limitrophe.
Celui qui vit à une époque où le savoir est répandu et accessible à tous.
Celui qui a la possibilité de poser des questions aux savants sur les choses qu’il ignore.


 • Les cas où l’ignorance est un facteur excusable dans les questions évidentes et à fortiori dans les questions subtiles



Celui qui vit dans les périodes de fatra (sans prophétie) ou dans celle où la lumière de la prophétie s’est estompée.
Celui qui vit en terre ennemi, étant donné qu’en principe, le savoir n’y est pas répandu.
Le bédouin qui vit loin des villes.
Le nouveau converti.
Et, par analogie, tous ceux qui répondent au même signalement.


Pour faire cette classification, je me suis paradoxalement aidé du livre ‘âridh el jahl de Râshid e-Râshid.[16] Ainsi, l’état d’ignorance n’est pas une excuse en soi, mais il faut tenir compte d’un facteur qui est extérieur à l’individu et qui est indépendant de sa volonté, soit l’impossibilité d’avoir accès au savoir, pour une raison ou pour une autre. Wa Allah a’lam !



• Notre ami étend ce consensus à l’école hanafite,[17] mais nous savons désormais de quoi il en retourne réellement. Nous avons vu notamment que le maitre éponyme faisait allusion aux trois formes de tawhîd, non particulièrement au domaine de l’Unicité. Nous avons vu également que la négation des Noms et Attributs divins était à mettre au compte du shirk au même titre que le culte des tombeaux. Rien ne prête à dire en regard des textes qu’il faille distinguer entre les formes de tawhîd en matière d’iqâma el hujja. Quiconque prétend le contraire doit en avancer la preuve sans n’inverser les rôles. En outre, ce consensus revendiqué par les légistes modernes des quatre écoles et que Râshid e-Râshid a pris soin de compiler ne s’arrête pas au shirk ‘amalî. Il s’étend à la négation des Noms et Attributs, au caractère obligatoire d’un des piliers de l’Islam, etc. Or, ni ses fameux légistes ni Râshid e-Râshid ni les anti ‘udhr purs et durs ni même notre ami n’avancent qu’aucune excuse n’est accordée dans ces autres domaines ; pourquoi, alors, faire exception au shirk ‘amalî ? C’est celui qui lui attribue ce caractère exclusif qui doit en apporter la preuve, non celui qui s’en tient à la règle générale, n’inversons pas les rôles !



Wa Allah el musta’ân, pour reprendre une expression chère à Sheïkh Muqbil – paix à son âme – !







Par : Karim Zentici

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[1] Voir : http://lexcusedelignorance.over-blog.com/tag/l%27ecole%20malekite/

[2] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[3] Voir : tafsîr el Qâsimi (5/1307-1308).

[4] El fisal d’ibn Hazm (3/302)

[5] La vache ; 85

[6] Le repas céleste ; 14

[7] El fisal d’ibn Hazm (3/142)

[8] Majmû’ el fatâwa (23/346-347).

[9] Les ornements ; 22

[10] La caverne ; 104-105

[11] Voir : e-tibyânfî ta-sîlmasâil el kufrwa el îmânde Fathî el Mawsilî (232-238) ; l’auteur imagine un débat sur le takfîr d’un cas particulier ayant commis un « acte » de mécréance. Ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584).

[12] Pour être plus précis, ibn Taïmiya attribue ce consensus aux grandes références de l’Islam. Voir : Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[13] Sharh e-Nawawî (1/205). Il dit mot à mot : baqâ ism e-dîn ‘alaïhi. Juste avant, Nawawî affirme au sujet de celui qui ne reconnait pas le troisième pilier de l’Islam : « Ainsi, nous pouvons dire la même chose concernant tous ceux qui renient un élément connu de façon élémentaire de la religion, dans la mesure où sa connaissance est répandue : comme les cinq prières, le jeûne du ramadhân, la grande ablution après les rapports sexuels, l’interdiction de l’adultère, l’alcool, le mariage consanguin, etc. Cela ne concerne pas ceux qui viennent d’embrasser l’Islam et qui ne connaissent pas ses lois. Les renier avec ignorance ne rend pas mécréant. » Sharh sahîh Muslim (1/205). Ibn Qudâma a également un discours qui va dans ce sens. Voir : el mughnî (8/131).

[14] ‘âridh el jahl (p. 345).

[15] ‘âridh el jahl (p. 224).

[16] ‘âridh el jahl (p. 213).

[17] Voir : http://lexcusedelignorance.over-blog.com/tag/l%27ecole%20hanafite/
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Message par Citizenkan le Dim 18 Déc - 9:42





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 1)



Ibn Taïmiya : « Tout au long de ma vie, jusqu’à cette heure, je n’ai jamais convié personne à suivre dans les bases de la religion (usûl) ni le madhhab hanbalî ni aucun autre madhhab. » Majmû’ el fatâwa (3/229).



Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !



Quand le sage montre la lune le sot regarde le doigt...



Aujourd’hui, toujours fidèle à lui-même, sauf son respect, notre ami – qu’Allah le garde – fait montre d’un manque cruel de rigueur scientifique digne d’un novice. Ses approximations ont au moins l’avantage de nous familiariser davantage avec la tendance d’ibn Taïmiya sur le sujet ; ses allégations calomnieuses sont donc un mal pour un bien :



http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-dhat-anwat.html



Si le but est de nous convaincre, c’est maigre comme argumentation, c’est même « vachement » maigre ! Nous restons sur notre faim…



• Déjà, il tranche péremptoirement sur une question épineuse qui donne lieu à des différences de point de vue sur l’interprétation des arguments utilisés, quoi que, comme souvent, les divergences que ces débats engendrent portent plus sur la forme que sur le fond. Ce que notre ami attribue curieusement à certains contemporains avait déjà lieu au sein d’aimmat e-da’wâ qui n’avaient pas une position uniforme sur l’explication du hadîth de dhât el anwât. Il est certes possible de conjuguer entre les différents avis qui s’opposent, ce que je n’ai pas la prétention de faire ici, mais retenons dors et déjà que les fautifs en question sollicitaient une pratique qui relevait soit du shirk asghar soit du shirk akbar. En explication à kitâb e-tawhîd, Sheïkh Mohammed Hâmid el Faqîh opte pour la seconde hypothèse. ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî lui emboitera le pas lorsqu’il établira plus récemment que les qubûriyins sont des apostats après iqâma el hujja, et qu’avant cela, ils sont des ignorants comme les Compagnons qui avaient demandé au Prophète (r) de leur désigner un arbre sur lequel ils suspendraient leurs armes (ashâb el anwât).[1]



Indépendamment de savoir comment orienter ce qui semble se contredire dans son discours, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb s’inspire de ce genre d’arguments pour souligner : « Le musulman qui fait un effort d’interprétation (mujtahid) peut prononcer des paroles de kufr sans le savoir. Si après qu’on l’ait averti de son erreur, il se repend sur le champ, il ne devient pas mécréant… »[2] Ce dernier fait la distinction entre ne pas connaitre le vrai sens d’une parole qu’on prononce et ne pas savoir qu’elle fait sortir de l’Islam. Si la première forme d’ignorance est excusable, ce n’est pas le cas pour la seconde.[3] Son petit-fils, ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a des paroles qui vont dans ce sens.[4] C’est la raison pour laquelle, les savants établissent que le nouveau converti qui renie l’aspect obligatoire des actes d’adoration ne sort pas de la religion, sauf s’il persiste dans l’erreur, pour une raison ou pour une autre,  après avoir été averti.



De nombreux passages des ouvrages de l’Imâm établissent ce principe. Un jour, on lui posa une question sur un hadîth qui annonçait le Paradis au musulman. On voulait savoir s’il concernait uniquement le musulman n’ayant aucun acte d’association à son passif. Voici quelle fut sa réponse : « … Quant au croyant qui commet de l’association sans s’en rendre compte, malgré tous les efforts qu’il entreprend pour être conforme aux enseignements d’Allah et de Son Messager, il est à espérer qu’il soit toujours concerné par la promesse dont fait mention le hadîth en question.



Plusieurs Compagnons commirent à leur époque ce genre de choses. Ils juraient par leurs pères et par la Ka’ba ; ils avaient des expressions du genre : « si Allah et Mohammed le veulent ! » ou « désigne-nous un arbre où nous pourrons suspendre nos armes ! » Cependant, dès qu’ils se rendaient compte de leurs erreurs, ils revenaient dessus immédiatement. Ils ne cherchaient nullement à polémiquer ni à défendre aveuglément leurs coutumes et leurs ancêtres.



Quant à celui qui prétend adhérer à l’Islam, mais qui commet des actes d’associations abominables, et qui se détourne par orgueil des Versets qu’on lui récite, je dis qu’il n’est pas musulman… »[5]



Ainsi, l’erreur est humaine, si l’on sait que les Compagnons eux-mêmes n’y ont pas échappé.[6]



‘Abd Allah, le fils du premier homme de la da’wâ najdite entérine cette tendance : « Pour la réponse à la troisième question disant : celui qui commet un acte de mécréance sans intention, mais par ignorance, est-il excusable ou non, que ce soit au niveau des paroles, des actes, de la croyance ou en faisant du tawassul ?

Nous disons en réponse : si quelqu’un qui croit en Dieu et à Son Message commet du kufr, car ignorant des enseignements d’Allah et de Son Messager, que ce soit au niveau de la croyance, de la parole ou des actes, il n’est pas pour nous un mécréant ; et nous ne le taxons pas ainsi avant d’avoir appliqué contre lui la preuve céleste qui voue à la mécréance celui qui va à son encontre. Après l’iqâma el hujja, soit, après que les enseignements du Messager (r) lui soient parvenus, il devient mécréant en persistant dans son égarement… le Coran suffit en lui-même pour établir la hujja contre lui. Cependant, il  a besoin que les savants lui expliquent la chose, wa Allah (I)  a’lam ! »[7]



‘Abd e-Latîf explique qu’une erreur ne rend pas forcément mécréant (kâfir), pervers (fâsiq) ou désobéissant (‘âsî).[8] Et cela, conformément au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[9] Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[10] Il explique également que les plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[11] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[12] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[13]



• Dans el Qawâ’id el arba’a, ibn ‘Abd el Wahhâb écrit :



Voici la preuve textuelle pour les pierres et les arbres : [Avez-vous vu e-Lât et el ‘Uzza ? • Et Manât la troisième du lot ?][14]



Il y a également le hadîth d’Abû Wâqid e-Laïthî (t), dans lequel ce dernier raconte : « Nous avons participé à la bataille de Hunaïn avec le Prophète (r), alors que nous venions d’embrasser l’Islam. Les païens avaient un cèdre au pied duquel ils se vouaient à l’adoration (ya’kifûn) et sur lequel ils accrochaient leurs armes. Il portait le nom de dhât anwât. Comme nous passâmes devant un cèdre, nous nous exclamèrent : « Messager d’Allah ! Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens, etc. »



En commentaire à ce passage Sheïkh el Fawzân explique :



Selon Abû Wâqid e-Laïthî (t), l’un de ceux qui se convertirent après la conquête de La Mecque, comme l’indique l’hypothèse la plus répandue sur le sujet, soit en l’an huit de l’Hégire.[15]



 « Il portait le nom de dhât anwât.» : anwât est le pluriel de nawt qui signifie : accrocher ou faire pendre. Il s’agit d’un arbre sur lequel on accroche quelque chose, soit ici, les armes des combattants en vue d’attirer la bénédiction. Certains Compagnons fraichement convertis, et qui ne pénétraient pas encore parfaitement le tawhîd eurent l’idée suivante :



« Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens » : vouloir imiter aveuglément les autres est un vrai fléau, pour ne pas dire qu’il en est l’un des plus grands. Le Prophète (r) fut surpris de cette proposition, à laquelle il répliqua : « Allah akbar ! Allah akbar ! Allah akbar ! » Ce dernier réagissait de cette façon soit pour approuver soit pour désapprouver une chose qui attisait son étonnement. Il pouvait dire également : « Gloire à Allah ! » en le répétant plusieurs fois.



Le Prophète s’est exclamé ensuite : « C’est une vraie tradition ! » La tradition est la voie que les hommes empruntent et qu’ils se transmettent les uns les autres. La raison les ayant poussés à demander cela est de suivre les coutumes des premières générations et d’imiter les païens.



« Vous avez demandé – par Celui qui détient mon âme dans Sa Main – la même chose que les enfants d’Israël demandèrent à Mûsâ ! [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé].[16] »



Moïse (u) traversa la mer Rouge à la tête des tribus d’Israël, qui assistèrent à l’épisode où Allah engloutit leur ennemi sous les eaux. Une fois sur l’autre rive, ils passèrent devant des païens qui rendaient le culte à leurs idoles. Ce qui donna des idées aux adeptes du frère d’Aaron qui lancèrent : [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé]. Il leur reprocha leur réaction, avant d’enchaîner : [Ces gens-là ne tiennent sur rien] : ils sont sur le faux ; [et leurs œuvres sont réduites à néant] : pour être du shikr ; [Dois-je vous choisir un autre dieu qu’Allah, alors qu’Il vous a préféré au reste de l’humanité].[17]



Mûsâ (r) se comporta avec ses contemporains de la même manière que notre Prophète Mohammed (r) le fera des siècles plus tard. Or, ni les uns ni les autres ne franchirent le pas. Les Juifs ne passèrent pas à l’action de la même façon que les Compagnons novices se contentèrent de solliciter un arbre sur lequel ils pourraient pendre leurs armes. Cependant, Allah leur épargna de tomber dans la faute. Ces derniers se résignèrent aussitôt aux paroles de leur Prophète qui le leur interdisait. Leur demande fut simplement motivée par l’ignorance, et n’était pas intentionnelle. Dès qu’ils surent qu’il s’agissait d’un acte de shirk, ils se rétractèrent immédiatement, sans mettre leur ambition à exécution. S’ils l’avaient fait, ils auraient effectivement sombré dans l’association.



Ce qui nous intéresse dans ce Verset, c’est qu’il existe des gens pour adorer les arbres, étant donné que les païens auxquels il fait allusion s’étaient attribués un cèdre dhât anwât. Cette pratique donna des idées à certains Compagnons qui ne s’étaient pas encore imprégnés du savoir, et qui voulaient les imiter, mais Allah les empêcha de faire l’irréparable grâce à Son Messager (r).

Ainsi, il y a bien une catégorie d’individu qui cherche la baraka dans les arbres et qui, à leur pied, se vouent (ya’kifûn) à l’adoration. ya’kifûn du nom ‘ukûf qui signifie rester une longue période auprès d’un lieu en signe d’adoration. Le ‘ukûf consiste donc à rester longtemps dans un endroit.



Ce hadîth renferme un certain nombre de questions qui sont très éloquentes :



Premièrement : ignorer l’unicité représente un grand danger, car, sans s’en rendre compte, on s’expose à l’association. À partir de là, on comprend la nécessité de les étudier tous les deux : l’unicité et son antonyme. Le but, c’est d’être bien renseigné sur le sujet et de ne pas se laisser prendre au dépourvu par son ignorance. Surtout, si en voyant les autres faire une chose, on s’imagine qu’ils ont raison. L’ignorance représente donc un danger, surtout dans le domaine de la croyance.



Deuxièmement : ce hadîth nous apprend qu’il est périlleux de vouloir imiter les païens, car on n’est pas à l’abri ainsi de trébucher dans le shirk. Le Prophète (r) affirme à ce sujet : « En imitant un peuple, on compte dans ses rangs. »[18]



Troisièmement : chercher la baraka sur des pierres, des arbres, ou des constructions (mausolées) est une forme d’association, quand bien même on appellerait cela autrement. Solliciter la bénédiction de quelqu’un d’autre qu’Allah, relève de l’association, même si on lui donne un autre nom.



À suivre…





Par : Karim Zentici

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[1] Voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[2] Kashf e-shubuhât (p. 24).

[3] Fatâwa wa masâil inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/3/39).

[4] Voir : majmû’e-rasâil wa el masâil (4/370).

[5] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[6] E-durar e-saniya (1/334-336).

[7] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/247-248).

[8] Manhaj e-ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 75-75).

[9] La vache ; 286

[10] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[11] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[12] Voir : misbâh e-zhalâm (p. 324-325).

[13] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[14] Les étoiles ; 19-20

[15] Le hadîth en question est rapporté par e-Tirmidhî (n° 2180) ; kitâb el fitan : bâb mâ jâ la tarkabanna sunana man kâna qablakom ; à la suite de quoi il fit le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. » ; Il est rapporté également par Ahmed (5/218), ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 76), ibn Hibbân dans son recueil e-sahîh (n° 6702 – el ihsân) ; ibn Hajar l’a authentifié dans el isâba (4/216).

[16] El a’râf ; 138

[17] El a’râf ; 140

[18] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4031) ; kitâb e-libâs : bâb fî labs e-shuhra ; il est rapporté également par Ahmed (2/50), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar – qu’Allah les agrée son père et lui –. Ibn Taïmiya fait le commentaire suivant suite à ce hadîth : « Sa chaîne narrative est potable. » Voir : iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/336-339). Dans takhrîj el ihyâ, le Hâfizh el ‘Irâqî a dit quant à lui : « Sa chaîne narrative est authentique. » Dans fath el Bârî, le Hâfizh ibn Hajar donne le jugement suivant pour sa part : « Sa chaîne narrative est bonne. »
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default Re: Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

Message par Citizenkan le Lun 19 Déc - 11:35






Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 2)



• Par ailleurs, quand ibn Taïmiya démontre qu’il est interdit de ressembler aux polythéistes, dans un ouvrage qui fut consacré à ce sujet, rappelons-le, il ne parle pas du degré de cette interdiction ; est-ce que celle-ci relève du kufr dûn kufr (péché), du shirk asghar ou du shirk akbar ? Le propos n’est pas là ! Il faut donc aller chercher ailleurs pour deviner sa position sur le sujet.[1] Et nous disons cela par condescendance, car, en réalité, le passage dont se sert notre ami a visiblement subi une mauvaise manipulation des scribes, ce qui, bien qu’involontaire, déforme ses propos.



Grâce à Dieu, ‘Abd Allah, le fils de l’Imâm a fidèlement enregistré cette citation, ce qui donne : « Le Prophète a reproché à ses hommes le simple point de ressemblance avec les païens en désignant un arbre pour suspendre leurs armes. Qu’aurait-il pensé d’un acte bien plus grave que cela, et qui n’est autre que l’association elle-même ? »[2]



Nous avons succinctement vu, dans les premières parties de cette série d’articles, que la gravité de la ressemblance varie en fonction de la nature de l’acte en question, et qui part du simple péché, voire de l’autorisé, à la grande association.



• Ce même ibn Taïmiya distingue, ce qui, à mon sens, est révolutionnaire, entre les païens d’origine et les musulmans coupables de shirk dans des propos dont voici la teneur : « … Ce genre de pratiques est beaucoup répandu chez les païens purs et durs et chez les adeptes de cette communauté coupable d’association. »[3]



Ailleurs, il signe : « C’est la raison pour laquelle, tout fautif auteur d’une mauvaise interprétation (ta-wîl) ou d’un acte pervers (fisq), bien que, contrairement au premier, il jouisse d’une croyance saine, soit, d’un côté, louable et blâmable, d’un autre côté, mais dans les deux cas, il se distingue des mécréants (païens et gens du Livre). »[4]



D’ailleurs, c’est parce que notre ami ne fait pas cette distinction qu’il m’a accusé de tronquer les textes ; il me voit donc sous le prisme de ses propres idées, sans n’avoir le recul suffisant pour sortir de sa condition…



• Ensuite, quand bien même, le hadîth de dhât el anwât n’allait pas dans le sens du ‘udhr bi el jahl, alors que notre ami nous explique sur quel texte se base les savants pour établir que le bédouin et le nouveau converti sont excusables, en sachant qu’il règne, sur la chose, un consensus des grandes références de la religion, comme nous l’avons vu précédemment !



À maintes reprises, ibn TaÏmiya met en lumière ce principe à travers divers passages que nous reproduisons en partie ici :



« Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela tout autant était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à de nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk. Ces égarés sont coupables d’un acte de shirk n’ayant pas la moindre légitimité. Néanmoins, ils ne méritent pas le châtiment, pas avant que la preuve céleste ne soit appliquée contre eux… »[5]



« Bon nombre de gens vivent dans des endroits ou des époques où s’estompe une grande partie du savoir prophétique, de sorte qu’il n’y a personne pour transmettre les enseignements du Coran et de la sagesse qu’Allah a ordonné à Son Messager de transmettre aux hommes. De nombreux enseignements sont alors ignorés, d’autant plus qu’il n’y a personne pour les transmettre. Ce genre d’individus ne devient pas mécréant. C’est pourquoi, les grandes références sont unanimes à dire que si le Bédouin vivant loin des villes [et des savants], et, en outre, étant un nouveau converti, renie les lois évidentes et communément transmises, on ne peut le juger mécréant avant de le mettre au courant de ces enseignements prophétiques, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[6] »[7]


« Le takfîr entre dans le domaine de la menace divine. Il est possible qu’une parole consiste à démentir les enseignements du Messager (r). Cependant, il est possible également qu’elle provienne d’un nouveau converti ou d’un Bédouin vivant loin des villes. Dans ce cas, il ne devient pas mécréant pour avoir renié un enseignement de la religion, pas tant que la preuve céleste ne soit établie contre lui. Il est possible qu’un individu n’ait jamais entendu parler de ces textes, ou que, bien qu’ils en aient entendu parler, il remette en question leur sens ou leur authenticité, ou qu’il soit sujet à n’importe quel autre empêchement l’ayant forcé à les interpréter, indépendamment du fait qu’il se soit trompé dans sa conclusion. Je prends depuis toujours l’exemple, pour appuyer ce point, du hadîth rapporté par el Bukhârî et Muslim sur l’homme ayant recommandé à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » [Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis,] Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[8]


Cet homme mettait en doute le Pouvoir d’Allah, soit qu’Il puisse rassembler ces cendres qu’il recommanda d’éparpiller. Pire, il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, cette croyance est une forme de mécréance à l’unanimité des savants. Cependant, il était ignorant et ne connaissait pas ce point. Et, en même temps, il était croyant et craignait ardemment qu’Allah le châtie. C’est ce qui lui fit gagner Son Pardon. À fortiori, les savants ayant la compétence pour faire des efforts d’interprétation, tout en veillant à suivre le Messager (r) mérite encore plus d’être pardonnés. »[9]



« Le fait qu’une question soit connue de façon élémentaire par tous les musulmans est, somme toute, relatif. Le nouveau converti et le Bédouin vivant loin des villes peuvent n’en avoir aucune connaissance, avant de pouvoir parler de connaissance élémentaire. Bon nombre de savants savent de façon élémentaire que le Prophète (r) a fait la prosternation de l’oubli, qu’il a jugé que le prix de sang devait être versé par le clan du meurtrier, qu’il a jugé que l’enfant naturel était affilié au lit, etc. Certes, les spécialistes connaissent ces points de façon élémentaires, mais, au même moment, la plupart des gens n’en ont jamais entendu parler. »[10]



« Certaines opinions relèvent de l’apostasie (renier l’aspect obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne, du pèlerinage, autoriser moralement l’alcool, les jeux de hasard, le mariage à des femmes légalement interdites). Néanmoins, leur auteur peut être excusable dans la situation où les preuves célestes ne lui sont pas parvenues. Le cas échéant, il ne devient pas apostat ; le nouveau converti ou le bédouin vivant loin des villes, et n’ayant pas accès aux lois détaillées de la religion ne sont pas assimilés à des apostats quand ils en renient une sans le savoir. »[11]



« C’est pourquoi, si un homme qui se convertit ne sait pas que la prière est obligatoire, ou que le vin est interdit, il ne devient pas mécréant en croyant le contraire, et, mieux, il ne mérite aucun châtiment, pas avant que la preuve prophétique ne lui soit parvenue. »[12]



• Ainsi, quand bien même le hadîth de dhât el anwât ne représentait pas un argument en faveur du ‘udhr bi el jahl, il en existe beaucoup d’autres pour le conforter. Il y a une dizaine d’années, j’ai traduit un passage de e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî qui en reproduisait quelques-uns, et que je cite ici pour l’occasion :



Allah révèle : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[13] [Des messagers avertisseurs et annonciateurs afin que les hommes ne puisse opposer à Allah aucun argument après leur venue].[14] [Ton Seigneur n’allait pas faire périr les cités avant d’envoyer à leur cité mère un messager qui leur récite Nos versets].[15] [Peu s’en faut qu’elle n’explose de rage ; toutes les fois qu’un groupe y est jeté, ses gardiens leur lancent : un avertisseur ne vous est-il pas venu ? • Si, répondent-il, un avertisseur nous est bien venu, mais nous l’avons démenti et avons prétendu qu’Allah n’a rien révélé].[16]



Ces Versets démontrent qu’Allah ne châtie jamais celui à qui Son Message n’est pas parvenu. Le châtiment ne concerne pas celui qui n’en a jamais eu connaissance. Quant à celui qui n’en reçoit qu’une partie, il ne lui sera fait grief que des enseignements qu’il conteste après en avoir eu connaissance et qui constituent désormais une preuve contre lui.[17]



D’après Muslim, selon Abû Huraïra (t), le Prophète (r) a déclaré : « Par Celui qui tient l’âme de Mohammed dans Sa Main ! Quiconque dans cette communauté, qu’il soit juif ou chrétien, entend parler de moi, et qui ne croit pas en mes enseignements avant de mourir, comptera parmi les gens du feu… »[18]



D’après ‘Abd Allah ibn Abî Awfâ : « Lorsque Mu’âdh rentra du Shâm, il se prosterna devant le Prophète (r) en guise de salutation. « Que fais-tu Mu’âdh ? Lui demanda-t-il.

Je me suis rendu dans la région du Shâm expliquat-il. Je les ai vus se prosterner devant leurs moines et leurs prêtres. Je me suis dis que nous devrions faire pareille envers toi.
Ne le faites envers personne, rétorquat-il, si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari [compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle]. Par Celui qui détient l’âme de Mohammad entre Ses Mains ! Elle ne remplira pas ses devoirs envers Allah tant qu’elle ne remplira pas ses devoirs envers lui. S’il la désire, elle ne doit pas se refuser à lui, quand bien même elle serait à dos de chameau. »[19]


Selon Khâlid ibn Dhakwân, selon e-Rabî’ bint Mu’awwadh : « Le Prophète vint chez moi le jour de notre mariage. Il entra et s’assit sur mon lit comme tu es assis en face de moi. Certaines de nos fillettes se mirent alors à jouer du duff (tambour), et chantaient en hommage à nos pères tombés à la bataille de Badr. L’une d’entre elles fredonna alors : « Nous avons un Prophète qui connait l’avenir » Ce dernier s’exclama aussitôt : « Évite ce genre d’expression et contente-toi de ce que tu chantais au début. »… »[20]



Allah révèle : [Allah n’impose à personne des choses au-dessus de sa capacité ; elle a pour elle ses bonnes œuvres, et contre elle ses mauvaises œuvres. Seigneur, ne nous tient pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[21] Un hadîth exprime que le Seigneur a répondu à cette invocation.[22]



[Et Dawûd et Sulaïmân, lorsqu’ils eurent à juger au sujet d’un champ que les moutons du voisin avaient saccagé la nuit. Nous étions témoin de leur sentence • Nous la fîmes comprendre à Sulaïmân bien qu’à tous deux, Nous offrîmes le bon jugement et le savoir].[23] Hasan el Basrî explique que le bon jugement fut accordé à Salomon dans cette affaire, bien qu’aucun grief ne fût fait à son père.[24]



Selon el Aswad ibn Sarî’, le Prophète (r) a dit : « Quatre catégories d’individus le Jour de la Résurrection : le sourd, le simple d’esprit, le vieillard décrépit, et celui qui est décidé pendant la période de la fatra (intervalle entre deux missions prophétiques) ; le sourd dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, je n’entendais rien » ; le fou dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, les enfants me jetaient des crottins d’animaux » ; le vieillard décrépit dira : « Seigneur, quand l’Islam est venu, je n’avais plus ma raison » ; et celui qui est décidé pendant la période de la fatra dira : « Seigneur, aucun de Tes messagers ne m’est venu ». Le Très-Haut prendra alors leur engagement de Lui obéir. Il leur sera ensuite demandé de se jeter au feu. Par Celui qui détient Mon âme dans Sa Main ! S’ils se jettent au feu, il sera pour eux frais et paisible. »[25]



Dans tarîq el hijrataïn, ibn el Qaïyim avance que l’iqâma el hujja varie en fonction des époques, des lieux et des personnes. La preuve d’Allah peut ainsi s’appliquer à certaines époques, à certains endroits et contre certaines personnes ; elle ne s’applique pas contre l’enfant, le fou, celui qui a du mal à comprendre le message et qui n’a personne sous la main pour lui expliquer (ou pour lui traduire) en termes compréhensibles. Le cas échéant, il est comme le malentendant qui, ne comprenant pas ce qu’on lui dit, compte parmi les quatre catégories qui, le Jour de la Résurrection, auront un prétexte devant Allah.[26]



Il y a deux obstacles qui empêchent de bien comprendre le message. Soit la personne ne le comprend pas du tout, soit elle le comprend mal. Les textes prennent en considération ces deux cas :



Concernant le premier cas : il y a le hadîth de ‘Âisha disant : « La plume n’inscrit pas dans trois cas : celui qui dort jusqu’à son réveil, l’enfant jusqu’à sa puberté, et le fou jusqu’à ce qu’il retrouve sa raison. »[27]



Concernant le second cas : ‘Adî ibn Hâtim a mal interprété le Verset disant : [jusqu'à ce que vous distinguiez le fil blanc du fil noir].[28] Ce dernier nous fait la confidence qu’il mit la nuit sous son oreiller deux petites cordes : une blanche et une noire. Lorsqu’il essaya de vérifier, il ne constata rien. Au matin, il fit part de son expérience au Prophète (r), qui lui répondit aussitôt : « Le Verset parle de la noirceur de la nuit et de la blancheur du jour. »[29]



Dans ce registre, nous avons l’histoire où le Prophète (r) ordonna à ses hommes de ne prier le ‘asr qu’une fois arrivés chez les banû Quraïdha. Les Compagnons se divisèrent pourtant en deux groupes ; les uns prièrent en route de peur de dépasser l’heure de l’office prescrite et les autres prièrent sur place. À la suite de cet événement, le Prophète (r) ne réprimanda personne bien que forcément, l’un des deux groupes avait tort.[30]



Ces arguments sont d’autant plus solides que la religion musulmane à pour vocation d’enlever toute gêne à ses adeptes, comme le révèle le v. 78 de la s. le pèlerinage.



À suivre…





Par : Karim Zentici

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[1] Voir notamment dans le même ouvrage : iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/234, 235, 237).

[2] Voir : el kalimat el nâfi’a fi el mukaffarât el wâqi’a (p. 24).

Voici le passage en arabe :

فأنكر النبي - صلَّى اللهُ عَليهِ وعَلى آلِهِ وسَلَّمَ- مجرَّدَ مُشابهتهم في اتخاذ شجرة يعكفون عليها معلِّقين سلاحهم، فكيف بما هو أطم من ذلك من الشِّرك بعينه!

[3] Voir : minhâj e-sunna (2/396).

[4] Voir : jâmi’ e-rasâil (1/244-245).

[5] Voir la recension d’e-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 206).

[6] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[7] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[8] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (n° 7505) et Muslim (n° 2757).

[9] Majmû’ el fatâwâ (3/231).

[10] Majmû’ el fatâwâ (13/118).

[11] Majmû’ el fatâwâ (3/354-355).

[12] Majmû’ el fatâwâ (11/407).

[13] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[14] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[15] Les récits ; 59

[16] La royauté ; 8-9

[17] Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (12/393).

[18] Rapporté par Muslim (n° 152). Pour l’explication de ce hadîth, voir : ikmâl el mu’allim (1/468), el mufhim (1/368), et sharh sahîh Muslim d’e-Nawawî (2/188).

[19] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (n° 1853), Ahmed (n° 21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa recension de sunan ibn Mâja.

[20] Rapporté par el Bukhârî (n° 5147) ;

[21] La vache ; 286

[22] Rapporté par Muslim (n° 125).

[23] Les prophètes ; 78-79

[24] Voir : Tafsîr e-Tabarî.

[25] Rapporté par Ahmed dans el musnad (n° 16301) ; bien qu’ibn el Qaïyim l’a authentifié dans Tarîq el hijrataïn (2/865), sa chaîne narrative reste suspecte, comme le fait remarquer l’auteur de la recension de Tarîq el hijrataïn (N. du T.).

[26] Tarîq el hijrataïn (p. 414).

[27] Rapporté par Ahmed (n° 24694) et ibn Mâja (n° 2041) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de ce dernier (1/247).

[28] La vache ; 187

[29] Rapporté par el Bukhârî (n° 1916) et Muslim (n° 1090).

[30] Le hadîth est rapporté par el Bukhârî (n° 3119). Pour son explication, voir : Majmû’ el Fatâwâ (19/123) et (27/20).
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Message par Citizenkan le Mar 20 Déc - 18:31





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 3)


• Il existe beaucoup d’autres arguments qui viennent conforter la thèse pro ‘udhr, notamment :



[Ce Coran me fut révélé afin que je vous avertisse, vous et tous ceux à qui il est parvenu][1] ; [[Des messagers avertisseurs et annonciateurs] afin que les hommes ne puissent opposer à Allah aucun argument après leur venue].[2]



« Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3] »[4]


D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah (r) a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir : « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[5]


Dans certains de ses ouvrages,[6] Abû el ‘Abbâs rejoint l’opinion qui, aux yeux d’ibn Hajar el ‘Asqalânî est la plus vraisemblable,[7] et selon laquelle cet homme fut motivée par une peur extrême. Dans d’autres passages, il reprend une autre opinion, et c’est à la lumière de celle-ci qu’il incombe de comprendre sa position sur le ‘udhr bi el jahl. Ce dernier explique notamment : « Cet homme en question croyait qu’Allah (I) n’avait pas le pouvoir de le reconstituer s’il faisait éparpiller ses cendres, ou tout au moins, il en doutait. Il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, ces deux croyances sont du kufr, et font sortir de la religion celui contre qui la preuve céleste fut établie. Cependant, il ignorait ce point, et il n’avait pas le savoir suffisant ayant pu dissiper cette ignorance. Il donnait bien foi à Dieu, à Ses commandements (obligations/interdictions), et à Sa promesse (du Paradis ou de l’Enfer). Ce fut ce qui anima en lui la peur de Son châtiment. Une peur qui intercéda en sa faveur, car Allah lui pardonna.



Ainsi, toute erreur commise par les croyants au niveau de certaines questions dogmatiques n’est pas pire que celle commise par cet homme. Ils donnent en effet foi en Dieu et au jour du jugement dernier, et font de bonnes œuvres. Ils méritent tout autant le Pardon divin pour leur erreur, mais ils peuvent aussi être châtiés pour ceux d’entre eux qui faisaient preuve de négligence dans la recherche de la vérité. Et cela, proportionnellement à leur niveau de religiosité. Quant à kaffar un individu sur une simple erreur, c’est une chose de vraiment grave… »[8]



Sur la définition de l’apostat : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas taxé de mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[9]



Toujours concernant l’homme qui avait recommandé d'éparpiller ses cendres après sa mort : « Cet homme pensait qu’Allah n’aurait aucun pouvoir sur lui, et qu’il ne pourrait pas rassembler ses cendres une fois éparpillées. Chacune de ces deux croyances (renier le Pouvoir d’Allah et la résurrection des corps) est une mécréance en elle-même, mais malgré sa foi en Dieu et à Ses Commandements et la crainte qu’il avait de Lui, il ignorait ce point, et s’était égaré et trompé dans sa conception. Mais, Allah le lui pardonna…

Dans le pire des cas, cet homme n’était pas au courant de tous les Attributs qui revenaient à Allah. Il ne connaissait pas le Pouvoir d’Allah dans ses détails. De nombreux croyants peuvent également les ignorer, mais sans devenir des mécréants pour autant. »[10]



Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb nous fait un résumé de la position d’ibn Taïmiya sur les erreurs d’interprétation : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais le Très-Haut ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »


Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…



Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait, dans l’ensemble, au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsque le Tout-Puissant décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.



Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffar pour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne ait eu lieu à l’état d’éveil.



Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][11] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner, se réjouir, plaire à ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait s’étonner de quelque chose. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »



Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut entériné par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[12]



Ibn Taïmiya ramène d’autres exemples confortant la thèse pro ‘udhr : « De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants des Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[13]



Sheïkh Taqî e-Dîn renchérit : « Certains peuvent aller jusqu’à autoriser moralement certaines boissons enivrantes suite à une erreur d’interprétation, à l’exemple des habitants de Koufa. Cette autorisation morale qui ne sort pas du cercle de l’effort d’interprétation, mais qui conduisit à l’erreur des croyants ayant à leur actif des actions énormes est pardonnée par Allah ayant répondu à l’invocation : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[14] Certains ont autorisé moralement certaines formes d’usure, d’autres ont permis d’écouter la musique, et d’autres enfin, ont autorisé à verser le sang des musulmans. De tels errements venant de grands croyants, sont à mettre au compte soit des péchés effacés par les malheurs, ou tout simplement pardonnés, soit au compte des erreurs pardonnées. Malgré cela, il incombe de mettre en lumière les enseignements du Coran et de la sunna qui incarnent le droit chemin et la vraie religion ; puis, de l’ordonner aux gens et de l’interdire en fonction des moyens. »[15]



« On ne peut taxer d’apostat (kaffar) un cas particulier avant l’iqama et hujja, comme celui qui renie l’aspect obligatoire de la prière, la zakat, et qui autorise moralement le vin, l’adultère en faisant une erreur d’interprétation (ta-awwal)… comme l’ont fait les Compagnons avec ceux qui s’étaient autorisés le vin. »[16]



Sheïkh Taqî e-Dîn dit en parlant des chants soufis : « Les auteurs de ces initiatives sont relativement des élus d’Allah, des pieux et des dévots, qui les placent au-dessus de tous ceux qui n’atteignent pas leur niveau. En cela, ils ne sont pas pires (ou pas meilleurs ndt.) que l’élite des anciens qui participèrent aux guerres intestines, et ceux qui autorisèrent moralement certaines boissons enivrantes, l’intérêt (ribâ el fadhl), le mariage provisoire, et de prendre sa femme par-derrière. ‘Abd Allah ibn el Mubârak est l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. » L’erreur provient soit en autorisant moralement un interdit suite à un effort d’interprétation, soit en délaissant une obligation pour la même raison, soit en changeant un acte interdit en rituel, à l’exemple des guerres intestines qui furent considérées par les deux côtés comme un acte obligatoire, voire recommandé…



Ainsi, l’erreur d’interprétation a lieu dans les cinq degrés de la loi : d’un côté, en changeant l’obligatoire en recommandé, permis, déconseillé, ou interdit ; et d’un autre côté en changeant l’interdit en déconseillé, permis, recommandé, ou obligatoire. »[17]



À suivre…





Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/


[1] Le bétail ; 19

[2] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[3] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[4] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[5] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (n° 7505) et Muslim (n° 2757).

[6] Voir notamment : majmû’ e-rasâil wa el masâil (3/346).

[7] Voir : fath el Bârî (13/290).

[8] El istiqâma (1/164-165) ; En annotation à ‘âridh el jahl (p. 433) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne que l’homme en question ne connaissait pas certains détails du Pouvoir, bien qu’il le reconnaissait dans l’ensemble. Son erreur touchait donc à un point subtil du dogme.

[9]El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

[10] Majmû’ el fatâwâ (11/409-411), (2/231), (12/491), et el istiqâma (1/163-165).

[11] Les rangées d’anges ; 12

[12] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246) ; voir notamment pour ibn Taïmiya : Majmû’ el fatâwâ (11/551).

[13] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).

[14] La vache ; 286

[15] El istiqâma (2/188-189).

[16] Majmû’ el fatâwâ (7/619).

[17] El istiqâma (2/219-220).
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Message par Citizenkan le Mer 21 Déc - 19:51





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 4)



Parmi les preuves textuelles appuyant cette question, nous avons le long hadîth d’Âisha dans lequel, le Prophète la réprimanda en ces termes : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ?

Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?
Oui, lui assura-t-il. »[1]


En commentaire à ce hadîth, le Sheïkh damascène souligne : « ‘Âisha, la mère des croyants interrogea le Prophète (r) en ces termes : « Allah connait-il tous les secrets que les hommes cachent en eux ?

Oui, lui assura-t-il, en réponse. »


Cela signifie qu’elle ne le savait pas. Pourtant, avant d’avoir été mise au courant qu’Allah connaissait tout ce que les hommes pouvaient cacher en eux, elle n’était pas mécréante. Reconnaitre ce point, avant que la preuve céleste soit établie, compte parmi les fondements de la foi ; en le reniant, on n’est pas différent de celui qui renie Son Pouvoir sur toute chose. Bien qu’au même moment, cela n’a pas empêché son mari de la réprimander, car elle le méritait pour la faute qu’elle avait commise. Il la taquina du doigt avant de s’écrier : « Pensais-tu vraiment que tu pouvais cacher quelque chose à Allah et à Son Messager ? »

Ce principe, nous l’avons détaillé dans d’autres endroits, mais retenons qu’une parole peut effectivement relever de la mécréance, mais cela ne fait pas, pour autant, celui qui la prononce, un mécréant ; nous ne pouvons pas le juger ainsi avant que ne lui soit parvenu le savoir à même d’établir contre lui la preuve céleste vouant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. »[2]



« Quiconque croit que son Sheïkh pourvoit à ses besoins, qu’il le soutient, le guide, lui apporte son secours et son aide ; ou qui, parfois, lui voue l’adoration, des invocations et des prosternations ; ou qui le préfère au Prophète (r) soit dans l’absolu soit en lui reconnaissant certaines distinctions qui le rapprocheraient davantage du Seigneur ; ou que lui ou son Sheïkh sont exempts de suivre le Prophète (r) ; tous ces types d’individus sont des mécréants s’ils affichent ces croyances ou des hypocrites s’ils les tiennent secrètes.



Si ces types d’individus sont nombreux à notre époque, c’est parce que ceux qui prêchent le savoir et la foi se font rares et que les traces de la Révélation se sont estompées dans la plupart des pays. La plupart de ces gens-là n’ont pas un héritage suffisant de la Révélation pour leur permettre de connaitre le bon chemin. Beaucoup d’entre eux n’y ont pas accès. Lors des périodes d’affaiblissement ou d’intervalle entre les révélations (fatarât) et les endroits qui accusent ce phénomène, l’individu est récompensé pour la foi infime qu’il détient. Allah pardonne plus facilement à celui qui n’a pas reçu la hujja qu’à celui qui l’a reçue, comme en témoigne le fameux hadîth : « Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3]


En principe, toute parole qui relève de la mécréance, selon le Livre d’Allah, la sunna et le consensus des savants, est jugée ainsi dans l’absolu (qawl yutlaq), comme le prouvent les arguments textuels ; la foi fait partie des lois qui émanent d’Allah et de son Messager. Elle n’est pas laissée à l’initiative des hommes laissant libre court aux passions et aux suspicions. De plus, toute personne disant ces paroles n’est pas nécessairement un kâfir sans remplir les conditions ni écarter toute restriction possible pour le devenir. »[4]



« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[5] Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[6]



Allah (Y) révèle : [Il ne vous est pas tenu rigueur de vos erreurs, mais de ce que vous faites volontairement avec le cœur][7] ; [Seigneur, ne nous tiens pas rigueur de nos oublis et nos erreurs].[8] Après la révélation de ce dernier Verset Allah promis : « Je consens ! »[9]



En exégèse à ce Verset Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî explique : « La communauté mohammadienne est soulagée des fautes commises par erreur, oubli, ou sous la contrainte. Ainsi, en règle générale, nous taxons de mécréant celui qui commet une faute relavant de la mécréance dans les paroles et la croyance. Cependant, nous pouvons nous abstenir de nous prononcer dans certains cas si une restriction comme l’ignorance vient changer la donne. Il échappe à certains fautifs que leurs actes relèvent de la mécréance ou de l’association. C’est ce qui nous pousse à nous abstenir de les kaffar en personne, bien qu’au même moment nous soyons convaincus qu’ils ont commis du kufr.



C’est de cette façon que les Compagnons et leurs successeurs directs (tâbi’în) se comportèrent envers l’innovation (la bid’a). Dès leur époque, plusieurs mouvements hérétiques (kharijisme, mu’atazilisme, qadarisme, etc.) virent le jour. Tous s’accordaient à aller à l’encontre des textes scripturaires de l’Islam. Ils les démentaient et les falsifiaient pour les faire aller dans leur sens, ce qui en soi est un acte de mécréance. Cependant, les anciens s’abstinrent de les sortir un à un de la religion. Ils étaient en effet motivés par une mauvaise interprétation des textes. Les kharijites démentaient les textes sur l’intercession et ceux démontrant que les auteurs des grands péchés étaient affiliés à la foi. C’est ce qui les poussa à autoriser moralement (istihlâl) le sang des Compagnons et des musulmans en général. Les mu’tazilites également démentaient les textes du l’intercession en faveur des auteurs des grands péchés, ils démentaient la prédestinée, les Attributs divins, etc.



Il n’y a aucune différence entre ces formes d’apostasie et celle préconisant d’invoquer et de demander secours aux morts. Le ta-wîl est leur dénominateur commun. Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.) Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenue de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre avant de se prononcer de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde.



Il devient clair que l’ignorance, le suivisme aveugle, et la mauvaise interprétation des textes – non basée sur l’obstination – sont des facteurs atténuants. Ils nous empêchent de condamner ces cas particuliers à l’apostasie. »[10]



Allah (I) révèle : [Seigneur, Tu embrasses toute chose de Ta Miséricorde et de Ta science][11] ; [Dis : ô Mes serviteurs qui avez été négligeant envers vous-mêmes, ne désespérez pas de la Miséricorde d’Allah ; Allah pardonne tous les péchés, Lui, qui est Absoluteur et Tout-Miséricordieux • Revenez à Votre Seigneur et soumettez-vous à Lui][12] ; Un autre Verset fait dire à Ibrahim, l’Ami d’Allah (r) : [Il dit : mais qui, en dehors des égarés peut désespérer de la Miséricorde de Son Seigneur][13] ; Ya’qûb également, est l’auteur des paroles : [et ne désespérez pas de l’Esprit d’Allah, car seuls les infidèles peuvent désespérer de Son Esprit].[14]



Selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Lorsqu’Allah fit la création, Il écrivit dans un livre qui se trouve auprès de Lui au-dessus du Trône : « Ma Miséricorde devance Ma Colère. » »[15]



D’après el Bukharî et Muslim, toujours selon Abû Huraïra (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah divisa la Miséricorde en cent parties ; Il en retint quatre-vingt-dix-neuf auprès de Lui, et Il en descendit une seule sur terre. C’est avec celle-ci que les créatures se font miséricorde entre elles. C’est ce qui pousse la bête à lever son sabot pour éviter son petit. »[16]



Muslim rapporte une version de Salmân disant notamment : « Chaque Miséricorde est aussi vaste que l’espace entre le ciel et la terre. » Il précise également : « Le Jour de la résurrection, celle-ci complètera leur nombre. »[17]



Selon Anas ibn Mâlik (t), le Messager d’Allah (r) a dit : « Allah est plus heureux du repentir de son serviteur que l’un d’entre vous ayant, en plein désert, perdu sa monture qui transportait eau et nourriture. Dans un élan de désespoir, il s’allonge à l’ombre d’un arbre en étant convaincu qu’il ne la retrouvera plus. Mais, dès qu’il se réveille, il la trouve juste devant lui. Il l’agrippe alors par la lanière avant de s’écrier, emporté par la joie : « Ô Allah ! Tu es Mon serviteur et je suis Ton seigneur ! » Il se trompe dans ses paroles tellement il est emporté par la joie. »[18]



• Malgré cela, je préfère dans mes échanges théoriser le sujet au lieu de m’appuyer sur des exemples issus des textes pour justement éviter de rentrer dans un dialogue de sourd. Je disais à ce propos sur un forum :



Le principe des échecs consiste à anticiper plusieurs coups à l'avance, et c'est pour cela que je dis qu'il existe un statu quo aux niveaux des arguments et des textes...



Il ne faut pas y voir un signe de faiblesse ni une faille par laquelle on pourrait entrer.

Non, les arrières sont solides et cette déclaration démontre même une grande confiance en ses arguments !



Moi, mon approche est macro et globale et celles de nos amis est micro et partielle, et donc aléatoire et perfectible, car elle ne tient pas compte des tous les paramètres en jeu !



Comme le dit Sheïkh el ‘Uthaïmîn, La question du ‘udhr bi el jahl prend ses racines dans le sens général des textes scripturaires de l’Islam. Personne n’est à même de ramener une preuve la remettant en question.[19] 



Ces fameux textes établissent des grandes règles comme celles-ci :  

Allah pardonne l'erreur et l'oubli aux musulmans, faut-il le préciser ;
Allah n'impose rien qui soit au-dessus des capacités ;
Allah ne châtie personne avant de lui avoir fait parvenir le message.


Ces règles ont une portée générale et démontrent que l'erreur est excusable dans tous les domaines de la religion qui tolèrent en principe une excuse...



Par rapport à cela, les savants muhaqqiqin ont établi qu'en se trompant dans les usuls, on est concerné par ces principes, en sachant que le shirk 'amalî ne fait pas exception à la règle...



Celui qui prétend le contraire doit le prouver !



Maintenant, demander une preuve précise offrant une excuse au shirk est un faux débat, car il part d'un postulat faux ou ne serait-ce que contestable et qui donnerait au shirk un statut particulier par rapport aux autres questions ma'lûm min e-dîn bi e-dharûra et offrant des circonstances atténuantes en cas d'erreur qui englobe l'ignorance, mais pas seulement, il y a l'ikrâh, le ta-wîl, l'oubli, etc.



Avant de demander une preuve spécifique pour le shirk, il faut déjà prouver que le shirk a un statut particulier ; il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs !



Ainsi, ceux qui demandent des preuves sont les mêmes qui doivent ramener des preuves de ce qu'ils avancent, charité bien ordonnée quand tu nous tiens ! 



Le asl veut qu'aucune question (je ne vais pas parler ici de asl e-tawhid et des grands principes de la religion qu'il est impossible d'ignorer) ne fasse exception à la règle, sauf celles que les textes ont explicitement mentionnés, et ce n'est pas le cas ici, sauf en faisant un ta-wîl des textes, un qiyâs ou on représentation subjective de asl e-tawhid (je dis subjective car en vérité la question est élastique),



Et cela augmente encore plus la difficulté et enferme encore plus dans un dialogue de sourd où chacun campe sur ses idées !



Les pro 'udhr insistent sur les textes du wa'd ;



Et les anti 'udhr insistent sur les textes du wa'îd.



Les premiers se distinguent des murjites qui ne tiennent pas compte du wa'îd ;



Les seconds se distinguent des kharijites qui ne tiennent pas compte du wa'd.



Néanmoins, les textes du wa'd sont les plus fort, et comme le dit  Sheïkh el ‘Uthaïmîn, il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorités. Or, le Seigneur (I) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ?[20]



Or, quand je parle du sujet, j'occulte volontairement la chose, pour ne pas que le débat se transforme en échange d'arguments partiels, ce qui est purement subjectif et contre-productif...



C’est pour cela que j'invite à avoir une vision d'ensemble sur le sujet, bien qu'en réalité, « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » est l'un des plus grands principes de la religion...



Malheureusement, on sera vite taxer de murjite en mettant en avant ce principe extraordinaire !



Ainsi, ibn Taïmiya a une approche globale du sujet et non partielle, il faut envisager la somme de ses arguments, non en tant qu'unité.



Sans n'être méchant, et ne visant personne quand le sage montre la lune le sot regarde le doigt...



Alors le premier réflexe est de dire : non tel argument d'ibn Taïmiya ne concerne pas le shirk akbar, mais ibn Taïmiya ne fait qu'établir la règle de base (et je dis cela par condescendance), et c'est à ses contradicteurs de prouver que le shirk fait exception à la règle, non le contraire.



Alors, n'inversons pas les rôles, et rendons à César...



Voici une synthèse détaillée de la question, en sachant que, décidément, je n'avais jamais été, là aussi, aussi loin dans le raisonnement, mais force majeure oblige...



Si j'ai raison, c'est grâce à Dieu et je me trompe, la faute vient de moi et de Satan, et qu'Allah m'en pardonne !



wa Allah a'lam !



Qu'Allah nous montre la vérité à tous !



• Si cela est clair, on s’aperçoit mieux désormais de l’impertinence du billet suivant de notre ami, mais, ne  lui demandons pas non plus la lune. En même temps, je lui concède en grande partie son raisonnement, sauf que la réflexion est ailleurs, et qu’il fait fausse route :



http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-2-la-prosternation-de-mu-adh.html



Ici, il s’agit de connaitre le statut de la prosternation qui du point de  vue de notre législation est un acte d’adoration. Autrement dit, dans l’absolu, on peut vouer un acte d’adoration à une créature sans forcément devenir un polythéiste. Pourquoi ? Déjà, en raison de l’intention, comme expliqué dans cet article, ce qui n’arrange décidément pas trop certains pro takfîr : http://www.mizab.org/lintention-dans-les-questions-du-takfr



Mais aussi, car ce sont les textes, et la révélation qui nous enseignent le caractère sacré de ce fameux acte. En ce sens, si quelqu’un l’ignore, il n’est pas considéré comme un mécréant au premier abord, et c’est ce qui nous intéresse.



En explication à ce hadîth, Sheïkh el Islam souligne : « Quant à l’humilité spirituelle, la dévotion du fond du cœur (qunût), la reconnaissance de la Seigneurie et de la divinité, celles-ci reviennent dans l’absolu à Allah Seul. Il est impossible et complètement faux que quiconque en dehors de Lui puisse s’arroger un tel droit.

Quant à la prosternation, c’est une pratique religieuse qu’Allah nous a imposé de faire devant Lui. Cependant, s’Il nous avait demandé de le faire devant une créature, nous l’aurions fait par obéissance envers Lui (dans la situation par exemple où Il aimerait que nous honorions l’une de Ses créatures). S’Il ne nous l’avait pas ordonné, nous ne l’aurions jamais fait. Les anges se sont prosternés devant Adam pour obéir, adorer Dieu, et se rapprocher de Lui à travers cela. Dans le cas d’Adam, c’est en guise d’honneur et d’encensement. Quant aux frères de Yûsaf, ils se prosternèrent devant lui en guise de salut. Ne vois-tu pas que si Yûsaf s’était prosterné devant ses parents, il n’y aurait rien eu à son encontre… »[21]



Ailleurs, il signe : « Les animaux se prosternaient devant le Prophète (r), bien qu’il n’adorent qu’Allah. Comment peut-on dire alors que la prosternation implique obligatoirement l’adoration ? Alors que le Prophète (r) est l’auteur des paroles : « Si j’avais ordonné à un être humain de se prosterner devant un autre, j’aurais ordonné à la femme de se prosterner devant son mari, compte tenu des droits immenses qu’il concède sur elle. » [22] Il va sans dire qu’il n’a pas dit : Si j’avais ordonné à un être humain d’adorer…»[23] Deux pages avant, il fait la distinction entre se prosterner « pour » une chose (avec encensement et révérence) et « devant » une chose.[24]



• Notons enfin que des auteurs comme Râshid e-Râshid qui s’est fait connaitre par son ouvrage ‘âridh el jahl et Sheïkh Ferkous attribuent, d’un côté, la position anti ‘udhr à ibn Taïmiya, mais que, d’un autre côté, ils s’attaquent à ses arguments pour démonter la thèse pro ‘udhr, ce qui, indépendamment de savoir s’il a tort ou raison, est plus que révélateur…



Wa Allah a’lam !







Par : Karim Zentici

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[1] Rapporté par Muslim (103).

[2] Majmû’ el fatâwâ (11/412-413).

[3] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87).

[4] Majmû’ el fatâwa (35/164-165).

[5] Le voyage nocturne ; 15

[6] Majmû’ el fatâwa (1/113).

[7] Les coalisés ; 5

[8] La vache ; 286

[9] Le hadîth sur le sujet est rapporté par e-Tabarî dans son tafsîr (3/154), selon ibn ‘Abbâs – qu’Allah les agrée son père et lui –.

[10] Voir : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (p. 232-238) ; ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (p. 578-584).

[11] L’Absoluteur ; 7

[12] Les groupes ; 53-54

[13] Le hijr ; 56

[14] Yûsaf ; 87

[15] Rapporté par el Bukhârî (n° 3194), et Muslim (n° 2571).

[16] Rapporté par el Bukhârî (n° 6000), et Muslim (n° 2752).

[17] Rapporté par Muslim (n° 2753).

[18] Rapporté par el Bukhârî (n° 6309) en résumé, et Muslim (n° 9) à qui revient l’énoncé.

[19] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

[20] Idem. C’est le constat que fait l’auteur de l’excellente recherche, que l’adversaire se targue de mettre en avant ‘âridh el jahl, et qui n’est autre que Râshid e-Râshid. Celle-ci, rappelons-le, fut préfacée par Sheïkh el Fâwzân, connu pour ses positions fermes sur le sujet. Il explique en effet : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. » ‘âridh el jahl (p. 224).

[21] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[22] Hadîth rapporté par ibn Mâja dans son recueil (1853), Ahmed (21986), et ibn Abî Shaïba (4/305) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans sa correction de sunan ibn Mâja.

[23] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/360).

[24] Voir : majmû’ el fatâwâ (4/358).
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Message par Citizenkan le Lun 26 Déc - 12:46





Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 1)



Personne n’aime autant qu’Allah offrir des excuses à ses créatures à qui il envoya le Livre sacré, et des messagers avertisseurs du châtiment et annonciateurs de la bonne nouvelle…[1]



Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !



[…Seigneur ! Desserre ma poitrine • Et facilite-moi la tâche][2] ;



« Seigneur ! – ou selon une version : Ô Allah ! – Aide-moi et ne me livre pas aux mains d’un ennemi ; donne-moi la victoire sur lui et ne lui donne pas la victoire sur moi ; ruse en ma faveur et ne ruse pas contre moi ; facilite-moi le bon chemin et fais-moi triompher de ceux qui me font du tort ! Seigneur, fais que je redouble de gratitude envers Toi, que je m’absorbe dans Ton évocation, tout au long de ma fuite vers Toi ! Entièrement soumis et rempli d’humilité, je me repends à Toi et reviens vers Toi ! Alors, accepte mon repentir, lave mes péchés, répond à mon invocation, raffermis mon argument, corrige ma langue, guide mon cœur, et épure-le des viles turpitudes ! »



Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à plusieurs billets :



http://lexcusedelignorance.over-blog.com/tag/ibn%20baz/



Prologue



Le takfîr est une disposition légale qui émane exclusivement d’Allah et de Son Messager (r)[3] ; seuls les textes du Coran et de la sunna juge que l’auteur de tel acte est un mécréant. Ce droit n’appartient qu’Allah seul et à personne d’autre.[4] Nous ne faisons le takfîr que pour des péchés qui font l’objet d’un consensus des musulmans ou d’une preuve infaillible.[5]



Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya établit à sujet : « Cet usage était en vigueur chez les savants traditionalistes qui ne vouaient pas leurs opposants à la mécréance, quand bien même, ces mêmes opposants ne se gênaient pas pour les sortir de l’Islam. Le takfîr est, en effet, une disposition légale. »[6]





Ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – est l’auteur des vers suivants :



Le kufr est le droit d’Allah, et de Son Prophète

Il est fixé – non l’avis d’un tel – par la loi

Quand le Seigneur et Mohammed le décrète

C’est que tel acte fait sortir de la foi



C’est en sortant de la religion les musulmans à cause des péchés qu’on en arrive à autoriser moralement leur sang, et leurs biens ; les tenants de cette tendance décrète mécréants, les pays musulmans, et ils confinent les limites de la terre musulmane à l’endroit où ils vivent.[7]



E-Tahâwî affirme : « Nous ne sortons de la religion aucun adepte de la qibla à cause des péchés, à condition de ne pas les autoriser moralement. »[8]



Ibn ‘Abd el ‘Izz souligne : « Le domaine du takfîr ou du non takfîr, a suscité d’énormes divisions et malheurs. »[9]



El Ghazâlî – qu’Allah ait son âme – met en garde : « Il incombe de prendre le plus de précautions possibles dans le domaine du takfîr, car autoriser moralement le sang et les biens des fidèles affiliés à l’Islam, qui adhèrent ouvertement à l’attestation de foi est une grossière erreur, en sachant qu’il vaut mieux laisser en vie mille mécréants par erreur, que de verser le sang d’un seul musulman par erreur.. »[10]



Ailleurs, il renchérit, comme le rapporte ibn Taïmiya : « Le takfîr est une disposition légale qui débouche sur la mise à mort, la réquisition des biens, et l’enfer éternel. Au même titre que n’importe quel statut dans la religion, celle-ci oscille entre la certitude à la forte probabilité, quand elle ne suscite pas l’hésitation. Dans ce dernier cas, il est plus sain de s’abstenir, en sachant que le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. »[11]



Ibn Taïmiya explique qu’un émir à plus intérêt à pardonner par erreur que de punir par erreur.[12] Il ne convient pas de punir qui que ce soit ni d’affirmer que telle chose est vraie ou fausse en se basant sur de simples conjectures.[13]



Ainsi, comme l’établit ibn Taïmiya, Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[14] À ses yeux, je cite : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[15]



D’après el Baïhaqî, j’ai entendu dire Abû Hâzim el ‘Abdawî, j’ai entendu dire Zâhir ibn Ahmed e-Sarkhasî : peu avant de rendre l’âme, Abû el Hasan el Ash’arî que j’avais hébergé sous mon toit, m’a appelé à son chevet pour me témoigner : « Je témoigne que je ne kaffar aucun adepte de la qibla, car, bien qu’ils ont des mots différents pour le décrire, tous adhèrent au même Dieu. »



L’historiographe Dhahabî a cautionné ses propos qu’il a enregistrés dans son encyclopédie avant de conclure : « Je partage la même conviction. À la fin de sa vie, ibn Taïmiya, notre maitre disait : « Je ne kaffar aucun membre de la communauté, conformément aux propos prophétiques : « Seul le croyant préserve les ablutions. » Ainsi, en étant assidu à la prière qu’on fait précéder des ablutions, on est un musulman. » »[16]



Toutes ces précautions de la part d’ibn Taïmiya ne signifient nullement qu’il n’applique jamais le takfîr sur un cas particulier. Lui-même taxe d’apostats certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemceni.[17] Il n’épargne pas non plus les philosophes musulmans, à l’instar d’el Fârâbî,[18] ibn Sîna, etc.



Nous avons vu dans les parties précédentes que le Sheïkh Taqî e-Dîn distingue entre les adeptes affiliés à l’Islam qui sont des croyants non apostats et les zindîq, hypocrites.



Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh entérine le principe cité plus haut à travers ses dires : « En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considération. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas.



Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eu lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâ ilâh illâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. »[19]



• Alors certes, il faut distinguer entre les grands péchés et la grande mécréance, ce que ne faisaient pas les kharijites, mais nous devons, pour nous éloigner définitivement de ces hérétiques, mettre une frontière nette entre le statut absolu d’un acte et son application sur un cas particulier.



Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[20] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[21]



Il est donc fallacieux, pour échapper à la vindicte des traditionalistes, de se cacher derrière l’idée que les kharijites font sortir les musulmans désobéissants de la religion,[22] à la manière de Salmân el ‘Awda dans son fameux échange avec ibn Bâz sur la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah ; en voici un extrait : « Ainsi, explique l’ancien Muftî, on s’épargne et on s’éloigne de la pensée Kharijite. Sinon, on sombre dans les mêmes travers que les Kharijites, et les mêmes confusions qui a régnées dans leur esprit, à vouloir ainsi généraliser.

Vous avez évoqué la question d’exclure le désobéissant de la religion et de l’auteur d’un grand péché, lança Salmân en vue de rebondir ; il n’y a pas de divergence sur ce point.
Quoi qu’il en soit, lui fustigea-t-il, telle est la méthode et l’erreur des Kharijites ; ils ont tendance à tout généraliser au dépend du sens particulier que revêt un sujet précis. En résultat, ils taxent tout le monde d’apostats, alors que le Prophète (r) a dit à leur sujet : « Ils sortent de l’Islam pour ne plus jamais y revenir. » »[23]


À suivre…





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[1] Hadîth rapporté par el Bukhârî (n° 7416) et Muslim (n° 2760).

[2] Tâ-Hâ ; 28

[3] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[4] Sheïkh D. Sâlih ibn Humaïd au cours d’un sermon du vendredi.

[5] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[6] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/492). Ibn Taïmiya, en effet, dit ouvertement qu’il n’a pas kaffar el Bakrî qui, lui, ne s’est pas gêné pour le faire. Voir : e-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (19/73).

[8] El ‘aqîda e-tahâwîya (p. 19).

[9] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 316).

[10] El iqtisâd fî el i’tiqâd (p. 269) ; fath el Bârî (12/300).

[11] Ibn Taïmiya reprend à son compte cette dernière phrase dans e-sab’îniya p. 345. Pour la citation entière, voir : el jâmi’ li sîrat ibn Taïmiya de ‘Azîr e-Shams et ‘Alî el ‘Imrân (p. 544).

[12] Extrait du hadîth : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. » La première partie est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[13] Majmû’ el Fatâwâ (10/378-386).

[14] Majmû’ el fatâwâ (12/393).

[15] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[16] Voir : siar a’lâm e-nubalâ (15/88).

[17] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[18] Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[19] Voir : http://www.mizab.org/shekh-slih-l-e-shekh--et-la-rgle-du

[20] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).

[21] Idem. (3/231).

[22] La définition classique d'un kharijite est approximative, comme le démontre cet article : http://mizab.over-blog.com/2016/07/la-definition-classique-d-un-kharijite-est-approximative.html

[23] Voir : Madârik e-nazhar fî e-siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî.
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